B. LES « OBJECTIFS » DE LA DATAR DESTINÉS À PERMETTRE L'ÉVALUATION DES DÉPENSES NE CORRESPONDENT PAS AUX OBJECTIFS PRÉVUS PAR LA LOI DE 1999

1. De 1995 à 1999, l'imprécision des objectifs fixés par la loi a conduit la DATAR à retenir ses propres objectifs

La loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire présente des objectifs et des moyens en termes très généraux.

Dans ces conditions, les « objectifs » indiqués dans le rapport au Parlement ont longtemps consisté en un simple regroupement thématique des engagements de crédits.

Ainsi, jusqu'en 1999, les objectifs figurant dans le rapport au Parlement étaient les suivants :

- éducation, recherche, culture ;

- développement rural, littoral, massif ;

- aménagement de l'espace ;

- développement économique et emploi ;

- divers.

L'évolution entre 1997 et 1999 des engagements de crédits du FNADT selon cette nomenclature est indiquée par le graphique ci-après.

Objectifs poursuivis par les dépenses du FNADT,
selon l'ancienne nomenclature de la DATAR

(engagements de crédits, en %)

Sources : rapports au Parlement 1997 et 1999

2. Depuis l'an 2000, les objectifs relativement précis fixés par la loi ne sont qu'imparfaitement pris en compte par la DATAR dans la détermination de ses « objectifs »

Compte tenu des évolutions législatives, la doctrine d'emploi du fonds a été adaptée par la circulaire du Premier ministre du 9 novembre 2000 relative aux interventions du FNADT (qui abroge celle du 15 février 1995).

Cette circulaire prévoit explicitement que « le fonds a vocation à soutenir, en investissement comme en fonctionnement, les actions qui concourent à mettre en oeuvre les choix stratégiques de la politique d'aménagement du territoire, tels qu'ils ont été définis à l'article 2 de la loi d'orientation du 25 juin 1999 » 25( * ) .

Dans ses rapports au Parlement, la DATAR utilise une nomenclature - correspondant à celle des composantes de l'agrégat « aménagement et développement du territoire » de son budget - qui présente quelques différences par rapport aux objectifs fixés par la loi de 1999, comme l'indique le tableau ci-après, ce qui complexifie l'évaluation de l'action du FNADT.

Comparaison des objectifs de la loi de 1999 et de ceux retenus par la DATAR depuis 2000

Loi n° 99-533 du 25 juin 1999 d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire

DATAR (rapports au Parlement sur les années 2000 et 2001)

Objectifs tendant à « l'équité »

1. « soutien des territoires en difficulté , notamment les territoires ruraux en déclin, certains territoires de montagne, les territoires urbains déstructurés ou très dégradés cumulant des handicaps économiques et sociaux, certaines zones littorales, les zones en reconversion, les régions insulaires et les départements d'outre - mer - régions ultrapériphériques françaises »

1. « mise en valeur des espaces », c'est-à-dire développement des espaces sensibles (grandes opérations d'aménagement, politique des massifs, actions en faveur du littoral)

2. « développement local , organisé dans le cadre des bassins d'emploi et fondé sur la complémentarité et la solidarité des territoires ruraux et urbains.

2. « aide au développement du territoire » (appui au développement économique local, renforcement du tissu économique, aide à la conversion de territoires)

3. « structuration du territoire » (recomposition de pays et agglomérations, services publics locaux)


 

Objectifs tendant à « l'efficacité économique »

3. « organisation d'agglomérations favorisant leur développement économique, l'intégration des populations, la solidarité dans la répartition des activités, des services et de la fiscalité locale ainsi que la gestion maîtrisée de l'espace »

-

4. « renforcement de pôles de développement à vocation européenne et internationale , susceptibles d'offrir des alternatives à la région parisienne »

-

La nomenclature retenue pour les « agrégats » et leurs composantes ne permet d'identifier aucun des deux objectifs législatifs tendant à « l'efficacité ». Cette lacune est d'autant plus étonnante que le scénario du « polycentrisme maillé », retenu par la DATAR, repose, on l'a vu, sur un compromis entre « équité » et « efficacité ». Elle peut cependant sembler justifiée, si l'on considère que le FNADT n'a pas vocation à financer l'ensemble de la politique d'aménagement du territoire, mais plus particulièrement d'aider au développement des zones en difficulté.

Par ailleurs, l'agrégat « structuration du territoire » regroupe des actions relevant d'une logique d' « équité » (action en faveur des pays, services publics locaux) et d'autres d'une logique d' « efficacité » (action en faveur des agglomérations).

L'agrégat « mise en valeur des espaces » présente le même inconvénient, les « grandes opérations d'aménagement » étant souvent destinées au renforcement des pôles de développement existants. Ainsi, le rapport au Parlement pour l'année 2001 donne comme exemples « le contrat triennal Strasbourg ville européenne 2000-2002 » ou l'opération Euroméditerranée à Marseille ».

Enfin, on peut se demander pourquoi l'aide à la conversion de territoires fait partie de l'agrégat « aide au développement du territoire », et non de celui intitulé « mise en valeur des espaces », dans la mesure où l'objectif législatif correspondant à ce dernier (« soutien des territoires en difficulté ») fait explicitement référence aux « zones en reconversion ».

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