Allez au contenu, Allez à la navigation



L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

6. La mise sous tension du système

Prendre la mesure des forces qui s'appliquent au système est absolument nécessaire pour apprécier avec réalisme le caractère durable de l'évolution. Or, certains points critiques apparaissent. Qu'en est-il exactement ? La prise de conscience qui s'opère n'est évidemment pas homogène et suscite à différents niveaux d'organisation des négociations, mais aussi des conflits dont peut dépendre notre avenir.

Les hommes et les ressources naturelles. Démographie galopante d'un côté et raréfaction des ressources naturelles de l'autre ? La description de ces phénomènes n'est pas suffisante : comprendre leurs dynamiques permettra de mieux appréhender les évolutions. Combien serons-nous ? Restera-t-il des agriculteurs en France ? Que deviendront nos campagnes ? Seront-elles désertées lorsque le changement climatique aura rendu l'agriculture impossible dans telle ou telle région du monde, suite au manque d'eau et d'énergie ? Qu'en sera t-il alors de la production de biocarburants par l'agriculture ? Et, au total, n'aurons-nous pas dépassé des limites qu'il n'aurait pas fallu atteindre ?

Apparition de raretés. Ces tensions qui s'exercent conduisent à des situations intolérables. A des guerres. L'amélioration du fonctionnement du commerce international peut-elle pacifier ces situations et la libéralisation des marchés agricoles est-elle la solution pour réduire la pauvreté des plus démunis et redonner des espaces de croissance économique ? L'agriculture peut-elle se satisfaire de simples traitements commerciaux, quand on sait que les Etats-Unis et l'Europe ont pris, historiquement, toutes sortes de mesures pour assurer leur souveraineté alimentaire ? Quelle position devons-nous prendre alors dans le cycle de Doha ? Les bienfaits supposés d'une libéralisation des marchés agricoles augmenteront-ils les disponibilités totales, et celles-ci se trouveront-elles réparties de façon satisfaisante ? Questions difficiles, à la solution desquelles une initiative française aimerait contribuer, sachant que l'Europe s'est principalement matérialisée dans la PAC, aujourd'hui contestée, mais néanmoins fondatrice et qui a permis à l'Europe de grandir.

7. Des acteurs en chaîne

Et au-delà de l'Europe, c'est à un repérage de toutes les agricultures du monde auquel nous procéderons, en nous arrêtant sur la Chine, l'Inde et le Brésil. Avant de « zoomer » sur la France, où plus personne, à commencer par les agriculteurs eux-mêmes, ne sait très bien quelle agriculture souhaiter. Le législateur avance, mais on peine à découvrir un projet d'envergure. Tandis que, sur la lisière entre fourniture d'intrants, production agricole et transformation alimentaire, les coopératives demeurent un acteur clé de l'organisation économique. Si les producteurs agricoles peuvent se sentir bien petits par rapport aux géants de l'industrie agroalimentaire, ces derniers sont préoccupés, partout dans le monde, par les relations qu'ils doivent maintenir avec eux dans le but de mieux répondre aux exigences de leur principal client, la grande distribution, et d'un client qui prend de plus en plus d'importance, la restauration hors foyer.

En réalité, on observe un enchevêtrement de « chaînes » qui finissent par constituer des réseaux complexes, avec des zones plus ou moins denses. Les fournisseurs d'intrants agricoles sont très concentrés, ce qui est aussi le cas pour les distributeurs alimentaires. Les transformateurs sont, quant à eux, beaucoup plus divers en taille, allant d'une myriade de très petites entreprises à un nombre, somme toute modeste, de très grandes entreprises transnationales. Les agriculteurs se trouvent ainsi « atomisés » et côtoient des fournisseurs et des clients de toutes tailles, mais parmi lesquels se trouvent quelques unes des plus grandes entreprises du monde.