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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

9. Mais l'agriculture peut produire de l'énergie

Le fait de savoir que l'agriculture peut produire de l'énergie sous forme de biocarburants soulage l'esprit, du moins en première analyse. La solution des biocarburants semble d'ailleurs doublement positive : d'une part, elle apporte un substitut au pétrole et, d'autre part, c'est une solution immédiatement disponible pour réduire les émissions de CO2. En effet, la consommation de biocarburant ne fait que relâcher dans l'atmosphère le CO2 que la biomasse y a elle-même puisé lors de la croissance des plantes.

Mais il faut y regarder de plus près. Au niveau planétaire et à l'horizon 2050, il n'est pas évident du tout que l'agriculture puisse fournir des biocarburants en plus de l'alimentation. Comme le disent certains, « il faudra choisir : rouler ou manger ! ». Des tentatives de bilans prévisionnels existent, comme le rapporte Michel Griffon dans Nourrir la planète. Les bases et les raisonnements doivent être discutés et approfondis.

Cependant, bien avant 2050, il est clair que l'agriculture aura produit massivement des biocarburants : au Brésil, aux Etats-Unis, en France (plan biocarburants 2015) ; mais aussi en Inde, en Chine et en Russie.

Pour la filière essence, les sources sont les betteraves, les céréales ou la canne à sucre. Pour la filière diesel, il s'agit dans un premier temps du colza et du tournesol. Puis viendront les cultures ligno-cellulosiques (le bois donnant le BTL, « biomasse to liquid »). Le gaz et le charbon auront aussi donné leur contribution avec des technologies « propres » : GTL, « gas to liquids », et CTL, « coal to liquids ».

Progressivement, une révision régulière des technologies et des savoirs dans tous les domaines amènera à reconsidérer les bilans globaux et locaux « alimentation+énergie » et, par conséquent, la sollicitation de l'agriculture. Des sous-équilibres vont se modifier : d'un côté la filière essence/éthanol et, de l'autre, la filière diesel/diester. L'évolution des constructeurs de voitures est autant à prendre en compte que celle des capacités de raffinage des pétroliers. Les industriels seront amenés par ailleurs à solliciter l'agriculture pour les biomatériaux : des objets industriels -en partie destinés à l'automobile, mais pas seulement- seront de plus en plus élaborés à partir du lin, du chanvre ou de l'amidon de céréales ou de pomme de terre ; tandis que l'utilisation du pétrole et de ses dérivés se modifiera et que la « chimie verte » progressera.

C'est aux productions végétales que l'on pense en premier, comme en témoigne le pôle de compétitivité à vocation mondiale « agroressources », inauguré par le président de la République en Picardie-Champagne-Ardenne. Cependant, les productions animales peuvent être contributives, elles aussi, comme en témoigne le projet Gazoleo de Jean Quentin : il s'agit d'utiliser une partie des huiles et graisses animales (équarrissage) des régions d'élevage de l'Ouest de la France pour produire du biodiesel.

En outre, à côté des grands projets, des initiatives plus réduites -mais conduites avec passion- ont vu le jour pour transformer directement sur la ferme les oléagineux en carburant agricole. Nul doute qu'il y aura à apprendre de ces expériences : évolution des motorisations, mais aussi utilisation des tourteaux, résidus de l'extraction ... A ce sujet, il est intéressant de noter qu'un des fabricants des presses à huile est une PME -dans l'orbite du groupe DAGRIS, travaillant essentiellement en Afrique- autrefois spécialiste des presses pour extraire l'huile des graines de coton ! ...

On relève également avec amusement ces initiatives purement individuelles qui consistent à s'approvisionner en huile de table chez les hard discounters pour les besoins des véhicules personnels.

Comme on le voit encore ici, il est absolument nécessaire d'avoir une vue globale pour apprécier le rôle de l'agriculture : sous-équilibres mondiaux des capacités pétrolières et énergétiques ; sous-équilibres mondiaux des capacités agricoles à fournir des aliments, des biocarburants et des biomatériaux ; sous-équilibres européens dans la PAC, qui a ouvert la jachère industrielle et permis ainsi les premières expérimentations en biodiesel ... Ces modifications progressives d'équilibres conduiront à ajuster -mondialement et régionalement- les surfaces nécessaires à la production énergétique de l'agriculture. Peut-être reviendra-t-on en France à y consacrer des surfaces équivalentes à celles qui étaient indispensables à la force motrice animale, avant la révolution agricole !