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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

8. L'épuisement des énergies

L'agriculture consomme du pétrole. Or, la production agricole doit suivre la demande alimentaire, qui elle-même doit suivre la progression démographique. Il en découle que la consommation de pétrole doit augmenter pour résoudre le problème de l'alimentation, générant pollution et réchauffement climatique, tandis que l'on s'approche de l'épuisement des réserves connues.

On voit bien qu'il faut « changer la donne », si l'on veut trouver une solution. Pour cela, il faut au moins comprendre comment l'agriculture consomme du pétrole d'une part et, d'autre part, examiner s'il est possible de substituer une autre énergie au pétrole, dans l'agriculture comme dans les autres secteurs.

Dans les pays industrialisés, la révolution agricole de la seconde moitié du XXème siècle a été basée sur le tracteur (donc le carburant), sur la chimie des phytosanitaires issus du pétrole et des engrais issus du gaz (comme l'azote), et sur des gisements comme le phosphate ou la potasse. Dans les pays en développement, c'est la « révolution verte » qui a permis l'accroissement de la production agricole. Sur le plan technique, elle se définit comme une agriculture irriguée par inondation, utilisant des variétés de riz et de blé à paille courte, à hauts rendements, consommant des engrais et des phytosanitaires chimiques, et utilisant souvent -mais pas toujours- des motoculteurs. Les résultats ont été remarquables quant à la production, mais les effets ont aussi été des pollutions très sérieuses, des sols notamment.

Dans les deux cas, il s'agit de réduire les gaspillages et le niveau d'intensité des intrants. Ce fut la proposition formulée par Guy Paillotin, dirigeant de l'INRA, dans son rapport au ministre en charge de l'agriculture en 2000 : l'agriculture raisonnée. Par ailleurs, les agronomes ont progressé dans la compréhension des mécanismes biologiques : il ne s'agit plus seulement d'apporter des engrais chimiques au système « climat-sol-plante ». En comprenant les mécanismes biologiques qui se succèdent lors des opérations de production, ils ont mis au point le concept « d'itinéraire technique » qui aboutit à des augmentations de rendement en utilisant des pratiques inspirées de l'agriculture biologique (dont les processus internes n'étaient pas bien connus non plus d'ailleurs).

Pour simplifier, on peut admettre que l'agriculture raisonnée permet de limiter les pollutions et les charges économiques, tout en préservant les rendements, ce qui est particulièrement intéressant dans les pays où de hauts niveaux sont déjà atteints. On peut admettre également que les pays ayant utilisé la révolution verte peuvent à la fois raisonner leur agriculture et faire progresser les rendements en utilisant des techniques prenant en compte l'ensemble de l'écosystème : c'est la révolution doublement verte.

Or, il est globalement nécessaire d'augmenter les rendements, car les surfaces disponibles pour les cultures à venir ne sont pas suffisantes. Certains prétendent que, sous prétexte que la production alimentaire a augmenté légèrement plus vite que la population dans les dernières observations longues réalisées, il y a largement de quoi nourrir les populations à l'avenir. C'est sans compter par ailleurs sur le fait que la mise en culture de nouveaux espaces a un coût écologique (par destruction de la forêt primaire, par exemple). C'est sans compter enfin sur le fait que les pratiques actuelles peuvent user les sols et leur faire perdre leur fertilité. C'est sans compter que de nombreuses surfaces sont soustraites à la culture ou à la nature. Jared Diamond va même jusqu'à affirmer que l'urbanisation, la construction des routes, la destruction de la forêt ... entraînent une diminution de la capacité totale des plantes à la photosynthèse, c'est-à-dire que la capacité de la planète à utiliser la lumière du soleil pour la transformer en énergie baisse !

Ces phénomènes sont globaux. Mais la pression démographique, les tensions sur l'eau et la disponibilité des terres sont très variables d'un point à l'autre du globe. Il en découle que l'on ne peut parler de « l'agriculture » ; on doit au contraire considérer « les agricultures » du monde et admettre cependant qu'elles ne sont pas complètement indépendantes les unes des autres, des mouvements d'équilibrage se faisant par transport de nourriture ou migrations de populations2(*).

Reste à signaler que le pétrole cher a rendu le charbon plus compétitif, que l'essor du solaire et de l'éolien est en cours, que l'avenir du gaz semble assuré et que l'on reconsidère avec plus d'intérêt le nucléaire. Et à mentionner que les pétroliers font tout pour valoriser leurs productions face à la montée des biocarburants. Est-ce vraiment la fin de l'or noir ? Assiste t-on à un nouvel épisode du pétrole vert ?

* 2 Cf. chapitre IV.