Allez au contenu, Allez à la navigation



L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

7. Les temps changent : climat et eau

« Ecocide », pour suicide écologique. Voilà comment Jared Diamond avait pensé intituler son dernier ouvrage. Mais cela n'aurait pas été vendeur, plaisante-t-il. Alors il a choisi « Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ». Ce Cassandre y démontre que notre planète est vouée, d'ici cinquante ans, au même sort que l'île de Pâques, que ses habitants ont détruite, malgré leur haut degré de civilisation. Ne sommes-nous pas en train de détruire la planète ?

En tout cas, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a établi en 1990 que l'humanité modifiait le climat par ses émissions de gaz à effet de serre. En 1997, les pays signataires du protocole de Kyoto se sont engagés à réduire leurs émissions de 5,2 % en 2012 par rapport à 1990. Et le protocole est entré en vigueur en février 2005. Le gouvernement français a mis en place le groupe « division par quatre des émissions de gaz à effet de serre de la France en 2050 ». Par ailleurs, la mission climat de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a conduit des travaux -auxquels a participé la SAF- qui démontrent que l'agriculture, 3ème émetteur de gaz à effet de serre, dispose d'un fort potentiel technique de réduction et qu'il est donc possible d'envisager la valorisation des réductions d'émissions du secteur agricole, ce qui n'est pas le cas actuellement puisque le secteur agricole n'est pas concerné par la directive européenne instituant le système d'échange de quotas. Le chantier est donc à poursuivre : le potentiel de réduction serait de 15 millions de tonnes de CO² ; à 25 euros par tonne, les sommes générées seraient de 375 millions d'euros. Les solutions techniques et économiques -les marchés Powernext carbon et European climate exchange (ECX)- sont à travailler.

En France, sur un siècle, le réchauffement climatique pourrait se manifester par un « décalage » vers le Nord d'environ 500 kilomètres. En tout cas, les sécheresses et les canicules estivales mettent en relief les restrictions d'eau et la compétition pour cette ressource qui devient rare, au moins temporairement et dans certaines zones. La polémique est facile à attiser et l'agriculture est rapidement montrée du doigt, notamment à propos du maïs irrigué.

Au niveau planétaire, croissance de la population et évolution du climat modifient les risques de pénurie d'eau. Et comme l'agriculture utilise 73 % de l'eau douce (contre 21% pour l'industrie et 6 % pour les usagers domestiques), cette dernière est particulièrement concernée. Ainsi, certains pays, comme la Chine, plutôt que d'irriguer leurs propres productions, préfèrent s'approvisionner sur le marché des céréales : il est plus facile de transporter le blé que l'eau nécessaire à sa culture (il faut 4.500 litres d'eau, soit 4,5 tonnes, pour produire un kilo de riz, contre 1.500 litres d'eau, soit 1,5 tonnes, pour produire un kilo de blé), tandis que l'eau est plus rentable ailleurs dans l'industrie. Ce qui conduit à conclure : « Le manque d'eau va doper les échanges agricoles ». Voilà une manière « de considérer le problème de l'eau non plus comme un sujet de conflit », selon le souhait de Jean-François Le Grand, sénateur de la Manche et président du Centre français de l'eau (CFE), mais peut-être pas tout à fait « comme une opportunité de coopération ». N'oublions pas ce qu'est devenue la mer d'Aral, qui a servi à irriguer des plantations de coton : Ouzbékistan et Turkménistan se sont affrontés militairement à ce sujet en 1995 ; la Turquie et la Syrie s'opposent au sujet de l'Euphrate ; la Jordanie et Israël se disputent régulièrement l'eau du Jourdain. Et que dire du Nil, dont la vie dépend en Égypte et en Éthiopie ; ainsi que de l'Amérique du Sud, qui détient un quart des réserves mondiales d'eau et ne rassemble qu'un peu plus de 5% de la population. On peut également être interloqué par le fait que 5 % de l'aide au développement est consacré à l'eau, contre 25 % aux télécommunications. Ce qui fait dire à Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, qui s'est réuni à Mexico en mars 2006 : « L'eau potable vaut bien le téléphone portable ». Comme on le voit, tout n'est pas possible à la fois.

Le public a-t-il vraiment conscience que l'eau est « le » problème le plus critique, avant l'énergie et le pétrole ? Eau et pétrole que consomme l'agriculture.