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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

4. Perspective. Prospective. Itinéraires

Comment rendre plus net l'objet de notre étude ? Comment s'y prendre pour apprécier son évolution probable, sachant que nous sommes nous-mêmes les auteurs (au moins partiels) de ce futur ? Par où commencer pour appréhender cet ensemble composé d'une multiplicité de sujets ? Comment faire pour être utile et préparer l'action ?

Modèles. Qui est concerné par l'agriculture et l'agroalimentaire ? Qui est concerné par les 10 « F » ? Tout le monde. La population de la planète, la population de chaque région, chacun en particulier. Soulignons cette évidence : la démographie est essentielle ; il ne suffira pas d'admettre que la population mondiale pourrait atteindre un maximum de 9 milliards en 2050 ; les modèles nous aiderons à comprendre pourquoi les pressions démographiques sont différentes d'un endroit à l'autre. En revanche, les modèles climatiques, s'ils sont à même de « cadrer » certaines évolutions possibles, sont beaucoup moins fiables. Ils permettent cependant d'envisager des modifications importantes dans les capacités de production agricole. Comparer l'évolution des populations et celle des productions agricoles conduira à révéler des contraintes qui ne sont pas prises en compte dans certains modèles économétriques, notamment ceux qui servent à argumenter les effets supposés de la libéralisation de l'agriculture.

Scénarios. Pour se préparer au futur, il est tout à fait intéressant d'imaginer un nombre restreint de scénarios avec des hypothèses contrastées. C'est en particulier ce qu'a fait l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) pour imaginer le cadre de sa propre évolution stratégique d'ici 2020. Nous nous en inspirerons. De même, la Délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT, ex DATAR) a fait travailler son groupe « agriculture et territoires » à l'horizon 2015, lequel a rendu un rapport intitulé « L'agriculture à la recherche de ses futurs ». Et, depuis que l'échéance de 2013 pour la politique agricole commune (PAC) est connue, nombreux sont ceux qui utilisent cette méthodologie pour mieux cerner leurs propres variables d'action.

Avis pertinents. Modèles et scénarios trouvent évidemment leurs limites. Et en examinant les essais qui ont été faits par le passé, on se rend compte que certains négligent les facultés d'adaptation de l'homme ; d'autres ignorent les ruptures ; certains sous-estiment les délais de mise en oeuvre ; d'autres encore sont trop généraux et ne tiennent pas compte de réalités, par exemple régionales. Cependant, ces insuffisances sont elles-mêmes des sources de réactions de personnes impliquées dans des actions : leur expérience apporte du pragmatisme, et c'est finalement ce qui compte pour passer à l'action (« La fonction de la prospective est de préparer l'action », dit Thierry Gaudin). C'est là que les auditions auxquelles nous avons procédé prennent toute leur valeur.

Horizons. Trop loin ? Trop prés ? C'est ainsi que pratiquement tous les « auditionnés » ont le sentiment que la planète est « finie » : avec plus ou moins d'acuité, chaque acteur sait qu'il est quelque part sur le globe terrestre et qu'il ne peut s'en échapper ; il est plus ou moins impératif de « penser global » et d' « agir local ». De même, 2005 apparaît à beaucoup comme le milieu de la période 1960-2050. Il y a 45 ans, c'était encore l'après-guerre et la PAC n'existait pas. 45 ans, voilà un délai convenable pour un autre chantier de la taille de la PAC. Mais que voulons-nous ? Là est la question. Pour forger notre destin. Maintenant.

Développement durable. Comme on le perçoit, deux binômes doivent être présents constamment à notre esprit. L'un est géographique  (global/local), l'autre est historique (contemporain/intergénérationnel). Perspective, prospective, itinéraires : nous prenons tous conscience de ces larges dimensions, tout en sachant que nous ne pouvons être que sur des itinéraires particuliers. Pour ne pas nous perdre, nous avons choisi le système de repérage simple du développement durable : trois cercles se coupent trois à trois, définissant le développement durable. Deux à deux, le social et l'économique donnent l'équitable ; le social et l'environnement donnent le vivable ; l'économique et l'environnement donnent le viable. Plus la surface de recouvrement est grande entre l'équitable, le vivable et le viable est grande ; plus le développement est durable.