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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

GROUPE SOMARO PROSIGN

Site Internet : http ://www.somaro.fr

http ://www.prosign.fr

M. Jean LALO, Directeur Technique et Achats

(10 mai 2006)

M. Jean LALO a indiqué qu'à partir de 2007, les peintures pulvérisées à base de solvant toluène grand public seront interdites, en application d'une directive européenne. Mais par ailleurs, les plus grands utilisateurs de ces peintures étant les industriels, ceux ci continueront à en utiliser alors que les substituts en phase aqueuse sans éthers de glycol existent déjà.

M. Jean LALO a évoqué sa prise de conscience de l'importance des problèmes d'environnement qui s'est effectuée à partir de deux accidents dont le premier est survenu en 1993 après la vente de Prosign par Shell-UK. Trois sites industriels s'étant révélés pollués au toluène et au trichloréthylène, Prosign a alors décidé de dépolluer volontairement ces sites, ce qui lui a fourni l'occasion d'une expérience de gestion de crise, notamment à travers les relations avec la presse et, selon le département d'implantation du site, il a pu être constaté que la qualité des résultats variait en fonction de la qualité des relations entretenues avec les DRIRE. C'est à cette occasion que M. Jean LALO a pris conscience de l'ampleur des dangers du toluène et qu'il s'est intéressé au développement d'une gamme de peintures à l'eau, en liaison avec des chimistes américains, afin d'obtenir une peinture sans toluène ni alkyl phénol éthoxylate (APEO), ce qui était une première démarche d'éco-conception. Par la suite, en 1997, une explosion et un incendie ayant causé deux brûlés étant survenus à l'occasion du nettoyage d'un container avec du toluène, M. Jean LALO a lancé la formation de 50 % des personnels au secourisme.

M. Jean LALO a aussi rencontré des problèmes d'incendie et d'explosion de machines qui lui ont donné l'occasion de saisir l'INERIS. Il a alors insisté sur les dangers du toluène, notamment en cas de non respect de la relaxation des charges électrostatiques. Une expertise sur le toluène, réalisée avec l'aide d'Exon Chemical, a montré des effets narcotiques du toluène, considérés comme des précurseurs de drogues entraînant éventuellement une euphorie avec la création possible d'une dépendance. En outre, des effets cumulatifs sont observés lorsque le toluène est associé à l'alcool ; ce peut être le cas, par exemple, d'employés qui nettoient des outils au toluène puis boivent ensuite de l'alcool. Tant et si bien que le toluène est progressivement abandonné pour le méthyléthylcétone. Mais, pour comprendre la difficulté rencontrée par les industriels dans la substitution des produits dangereux, il faut savoir qu'entre l'invention d'un nouveau produit et sa mise sur le marché, il s'écoule environ quatre ans.

A la suite d'un incident de transport de matières dangereuses sur une autoroute, en l'occurrence un camion contenant vingt quatre tonnes de toluène, M. Jean LALO est devenu un ardent partisan de la filière rail-route. Le toluène a été classé en 2004 comme substance CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique) de niveau 3.

Le retrait unilatéral du toluène des produits a donc été décidé par PROSIGN et sera totalement réalisé à la fin de 2007. Déjà en 2004, le retrait unilatéral des chromates de plomb (peintures routières jaunes) avait été décidé et il n'en est plus employé aujourd'hui que 2 000 tonnes au lieu de 12 000.

M. Jean LALO a insisté sur le coût de la substitution. Pour le toluène qui revient à 400 € la tonne, son substitut coûte environ 900 € la tonne. La substitution du toluène a donc coûté environ 100 000 € à Prosign mais cette somme sera sans doute contrebalancée par les commandes éventuellement générées par l'utilisation de produits non polluants. De plus, ce choix a traduit la priorité accordée à la santé des employés et des clients. Aujourd'hui, environ 60 % des produits utilisés par cette entreprise sont à l'eau et il devrait être possible d'atteindre le seuil de 90 % en 2009, sans compter que le client peut influer sur la croissance de la demande de produits non polluants.

M. Jean LALO a reconnu qu'il était très coûteux d'évoluer vers le respect de l'environnement mais que tous les syndicats de Prosign soutiennent cette évolution.

M. Jean LALO a estimé qu'à l'heure actuelle, les éthers de glycol n'étaient pas présents dans beaucoup de produits de marquage routier ; quant à l'APEO, de nouvelles peintures en phase aqueuse sont maintenant produites sans APEO.

Évoquant les relations entre les industriels et les ONG, M. Jean LALO a indiqué que celles-ci pouvaient être constructives ; c'est ainsi que, par exemple, pour sa part, il a prononcé une conférence pour WWF sur le thème de la substitution et dispensé des formations pour France Nature Environnement.

M. Jean LALO a ensuite estimé que REACH constituait une avancée.

Revenant sur son expérience en matière d'accidents environnementaux, M. Jean LALO a reconnu que deux électrochocs lui avaient été nécessaires pour comprendre tout l'intérêt d'une approche écologique vertueuse. Mais, dans le même souci de vérité, il ne faut pas masquer que le lancement d'un nouveau produit moins polluant demande beaucoup de temps et d'énergie. Cependant l'industriel peut être appuyé par l'ADEME, par les démarches d'éco-conception ou encore par l'Association Orée, dont M. Jean LALO est vice-président en charge des relations avec les entreprises.

Pour les produits de marquage, après dix années de combat, des éco labels (NF environnement produits de signalisation horizontale) et plusieurs prix ont été obtenus par Prosign. M. Jean LALO a jugé nécessaire l'existence de prix liés aux actions en faveur de l'environnement, car la difficulté de telles innovations suscite un besoin de reconnaissance. C'est pourquoi, pour sa part, il a choisi de concourir pour tous les prix existant. En revanche, il a déploré que les corporatismes, et notamment celui de certains membres des industries chimiques (UIC), freinent ces évolutions.

Évoquant ensuite les produits thermoplastiques, il a souligné que les pétroliers pouvaient s'intéresser aussi au végétal et qu'il était envisageable, par exemple, de créer une filière de produits de substitution à partir des déchets ostréicoles. A cet égard, il a rappelé que l'Europe du Nord était en avance avec des produits sans toluène soucieux de l'environnement tandis que les Français évoluaient peu.

En terminant, M. Jean LALO, a émis le souhait d'une réglementation uniforme sur toutes les normes de pollution et a fait part de toute son admiration pour l'action de l'ADEME, des DRIRE, des chambres de commerce et d'industrie et de l'Association Orée.

Il a enfin déploré que les journalistes attendent trop souvent du sensationnel.

Documents de référence :

Fiche « Typhon, peinture à l'eau de marquage au sol, 2ème Prix ECOPRODUIT 2000 », Prosign

Communiqué sur les produits Prosign paru dans « Le Moniteur », 9 novembre 2001

Fiche « Les emballages, la Plastipoche », Prosign, mai 2001

Fiche « Marquage routier et environnement », Prosign

Fiche « e-Prosign.com, Marquer, guider, protéger, Et vous, que comptez-vous faire pour l'environnement ? », Prosign

Fiche toxicologique « Toluène » n° 74, INRS, 2004

- « Rapport sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil concernant les restrictions à la commercialisation et à l'utilisation du toluène et du trichlorobenzène », document de séance du Parlement européen, Karl-Heinz FLORENZ rapporteur, janvier 2005

Directive 2005/59/CE du Parlement européen et du Conseil

- Fiche de données toxicologiques et environnementales des substances chimiques Toluène, INERIS, novembre 2005

- « Toluène et produits de marquage routiers », document de travail, Prosign, avril 2006