Allez au contenu, Allez à la navigation



Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

ACADÉMIE DES SCIENCES

Site Internet : http://www.academie-sciences.fr

Pr. Guy OURISSON Ancien président de l'Académie des sciences

(17 mai 2006)

Le Pr. Guy OURISSON a d'abord évoqué l'Appel de Paris, lancé par le Pr. Dominique BELPOMME et signé par plusieurs membres éminents de l'Académie des sciences - mais non chimistes - ce qui a conduit le Pr. Guy OURISSON à adresser une lettre à tous les signataires dudit appel pour attirer leur attention sur les approximations contenues dans ce document. Le Pr. Guy OURISSON a également alerté la section de chimie de l'Académie des sciences et la Société française de chimie. Il a aussi organisé deux réunions dont la première à la Cité des sciences, au cours de laquelle il a présenté une première réfutation détaillée des arguments contenus dans le texte dudit appel.

Lors de la seconde séance, tenue à la Maison de la chimie, le Pr. Dominique BELPOMME a déclaré assumer commettre des erreurs par excès de prudence. Par la suite, le Pr. Dominique BELPOMME demanda à la Société française de chimie la publication d'une lettre assortie d'un document de deux pages mais aucune suite n'a été donnée à cette sollicitation.

Le Pr. Guy OURISSON a ensuite regretté que ce genre de proclamation recueille un écho dans la mesure où il reflète les terreurs du public, au premier rang desquelles figure l'espérance de vie. Il a donc redouté que l'Appel de Paris devienne d'autant plus dangereux qu'il a été signé par de grands noms.

Il a rappelé que, dans cet appel, le Pr. Dominique BELPOMME soutient que les cancers se développent et que l'espérance de vie se réduit en dépit des avis en sens contraire qui lui ont été donnés publiquement. En réalité, il y aura de plus en plus de cancers du simple fait de l'allongement de la durée de la vie. En outre, plusieurs affirmations du Pr. Dominique BELPOMME sont contredites par des publications tout à fait officielles. Le danger de cet appel est de diffuser à la fois un message et des interprétations plus ou moins cohérentes.

Le Pr. Guy OURISSON a noté qu'ancien élève du Pr. Georges MATHÉ, de l'Institut Gustave Roussy à Villejuif, le Pr. Dominique BELPOMME a reçu une bonne formation mais que, à sa connaissance, il est thérapeute et non chercheur.

Le Pr. Guy OURISSON a regretté que le Pr. Dominique BELPOMME invoque souvent le soutien de Pierre POTIER7(*) alors que celui-ci est décédé en février 1986.

Après avoir tenté de se faire connaître par un petit livre, le Pr. BELPOMME a lancé l'Appel de Paris qui comporte une très belle brochette de noms détenant chacun une notoriété dans son domaine.

Le Pr. Guy OURISSON a noté que les deux réfutations publiques des erreurs de l'Appel de Paris qu'il a faites n'ont pas reçu de réponse publique du Pr. Dominique BELPOMME. De plus, certains signataires de l'Appel de Paris auraient regretté s'être aventurés dans cette affaire sans pour autant retirer leur nom de cette pétition déjà très connue.

Abordant ensuite la position de l'Académie des sciences face aux divers polluants, le Pr. Guy OURISSON a rappelé que l'Académie était intervenue contre la panique liée à la dioxine, sur saisine du ministère de l'Ecologie. Cependant, il a relevé qu'un des membres de la commission saisie s'était opposé aux conclusions de la majorité et que l'avis a négligé d'en faire état, ce qui constitue une erreur méthodologique même si cela ne remet pas en cause la pertinence de cet avis.

Sur saisine d'EDF, une question a été posée à l'Académie sur l'existence d'émission de dioxine par les pyralènes des transformateurs chauffés accidentellement dans un incendie ; la réponse semblait négative mais l'emploi des pyralènes a été interdit quand même.

Sur le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), le Pr. Guy OURISSON a précisé qu'il n'y a pas eu de rapport de l'Académie des sciences mais que cette question revient toujours - même si le prix de l'interdiction du DDT est en réalité payé chaque jour par les habitants du Sri Lanka et par ceux de nombreux pays africains à travers des décès en grand nombre qui auraient pu être évités grâce à l'emploi du DDT.

Abordant la question des nanotechnologies déjà présentes dans au moins vingt-et-une substances, le Pr. Guy OURISSON a estimé que les craintes exprimées en France étaient proches de celles de l'apprenti sorcier et qu'un laboratoire existait à Grenoble, spécialisé en nanotechnologies et considéré comme le meilleur de France.

Le Pr. Guy OURISSON a ensuite évoqué son enfance sur le site d'une usine polluante ce qui lui permettait de pouvoir témoigner maintenant du fait que l'industrie chimique française polluante a presque complètement disparu, tandis que l'industrie pharmaceutique a mieux évolué. Il a estimé que la disparition d'une branche importante de l'industrie constitue un vrai problème et que la pollution continue dans les filiales françaises des sociétés étrangères (BASF France, par exemple).

Le Pr. Guy OURISSON s'est réjoui de constater que depuis vingt ans environ, une attention réelle est portée à la sécurité dans l'industrie, ce qui révèle un changement total de comportement et une prise de conscience importante. Certes, l'accident survenu à Toulouse dans l'usine AZF a rappelé la réalité des dangers potentiels de l'industrie chimique mais même un accident de cette importance présente moins de dangers qu'une contamination insidieuse et continue.

Parallèlement, il a estimé positif de pouvoir constater que, dans les écoles d'ingénieurs, ont été apportées des améliorations tendant à prévenir les accidents.

Au sujet de REACH, dont il a estimé ne pas être un spécialiste, le Pr. Guy OURISSON a établi des contacts avec Bruxelles, notamment à propos des cosmétiques. Il a observé qu'il n'existait pas d'opposition de principe des industriels à cette réglementation mais que ceux-ci craignaient néanmoins un dérapage vers des objectifs irréalisables du fait d'une dérive quelque peu démagogique de la réglementation.

Il a également noté que, pour les toxicités aiguës, il existe des méthodes de mesures et d'investigations, ce qui n'est pas le cas pour des imprégnations lentes.

Au sujet de l'étiquetage, le Pr. Guy OURISSON a craint l'inutilité de celui-ci si sa traduction en quatre langues devenait obligatoire : en effet, les caractères de plus en plus petits rendraient illisibles les informations. C'est déjà le cas, par exemple, pour les équivalents d'eau de Javel contenant du chlore.

Documents de référence :

- Prise de position de la section de Chimie de l'Académie des sciences à propos de l'Appel de Paris, 10 juin 2004

- Réfutation de l'Appel de Paris

* 7 Pharmacien et chimiste, membre de l'Académie des technologies, de l'Académie de pharmacie et de l'Académie des sciences - section de chimie, médaille d'or du CNRS, Pierre POTIER (1934-2006) a apporté une contribution capitale à la thérapeutique des cancers.