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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

INSTITUT NATIONAL DE LA SANTÉ ET DE LA RECHERCHE MÉDICALE (INSERM) - UNITÉ 625 / GROUPE D'ETUDE DE LA REPRODUCTION CHEZ L'HOMME ET LES MAMMIFERES (GERHM)

Site Internet : http ://www.u625.rennes.inserm.fr

Dr. Sylvaine CORDIER, Directeur de recherche, responsable de l'équipe Recherches épidémiologiques sur l'environnement et la reproduction Université de Rennes 1, Campus de Beaulieu
M. Luc MULTIGNER, Chargé de recherche

(20 juillet 2005)

Le Dr. Sylvaine CORDIER a précisé qu'elle intervenait sur les éthers de glycol à deux titres : d'abord en tant que chercheuse réalisant des études épidémiologiques puis en tant qu'expert dans l'expertise collective sur les éthers de glycol menée par l'INSERM. Elle a étudié en particulier la fertilité féminine et les malformations congénitales tandis que M. Luc MULTIGNER étudiait la fertilité masculine. Elle a rappelé que la première expertise collective de l'INSERM sur les éthers de glycol avait été conduite en 1999 et qu'elle avait été élaborée en un an par une équipe de huit personnes. La mise à jour 2005 résultant de la nouvelle expertise collective de l'INSERM ne devrait pas tarder à paraître ; celle-ci est réalisée par cinq personnes sous la conduite du Dr. Jeanne ETIEMBLE.

En 1999, les molécules ont été évaluées une par une en s'appuyant sur la synthèse des travaux déjà publiés et des expériences en laboratoire.

Actuellement, une étude est en cours en Bretagne sur les femmes enceintes. Au total, il a été constaté une concordance entre l'expertise collective de l'INSERM et celle des laboratoires de l'INSERM.

M. Luc MULTIGNER a relevé que le récent rapport GIRO de l'Assemblée nationale2(*) avait bien répertorié toutes les études importantes sur les éthers de glycol parmi lesquelles le rapport du Conseil supérieur d'hygiène publique de France auquel M. Luc MULTIGNER a participé.

Interrogé sur les pressions auxquelles les chercheurs de l'INSERM auraient été éventuellement soumis et sur l'ampleur des moyens de l'expertise, M. Luc MULTIGNER a écarté l'existence de pressions et estimé que des moyens confortables avaient été alloués à l'expertise. A cet égard, M. Luc MULTIGNER a estimé que l'alerte lancée par M. André CICOLELLA avait été indispensable même si le problème des éthers de glycol apparaît moins grave que celui de l'amiante. Il a précisé que c'est ce chercheur qui a attiré l'attention du Dr. Sylvaine CORDIER et de lui-même sur les éthers de glycol. Ensuite, il y a eu surmédiatisation de ce dossier qui n'en méritait pas tant, même si toutes les questions posées n'ont pas encore reçu de réponses. Enfin, M. Luc MULTIGNER a estimé que certaines craintes émises par M. CICOLELLA n'étaient pas toujours pleinement fondées et que l'actualisation de l'expertise collective allait répondre aux questions encore posées, notamment à celles liées au caractère cancérogène des éthers de glycol.

A propos de l'émission télévisuelle d'« Envoyé spécial » sur les éthers de glycol diffusée en juin 2005, M. Luc MULTIGNER a signalé qu'il avait eu l'occasion de s'exprimer sur « France 2 matin » à l'occasion des journées scientifiques de l'Institut de veille sanitaire tenues en décembre 2004 mais qu'il n'avait pas été assailli de demandes de journalistes par la suite, les conclusions ayant sans doute été jugé trop ardues ou pas trop alarmantes.

A propos de la fiction télévisuelle « Lucille et le petit prince » également diffusée en juin 2005, M. Luc MULTIGNER a déploré le mélange des genres associant problématiques réelles, fiction et personnalisation.

M. Luc MULTIGNER a indiqué sa préférence pour des émissions du type de celle qu'ARTE a co-produite en 2003 « Les spermatozoïdes en danger », diffusée en première partie de soirée, et qui consacrait 20 mn aux éthers de glycol et 20 mn à l'étude de l'INSERM sur l'exposition des agents de la RATP aux éthers de glycol.

Interrogé sur l'impact positif pour les chercheurs de l'arrêt de la Cour de cassation dans l'affaire CICOLELLA, le Dr. Sylvaine CORDIER et M. Luc MULTIGNER ont estimé que cette décision de justice profitait à l'indépendance des chercheurs, sans pour autant cautionner les aspects scientifiques évoqués.

Questionné sur l'existence hermétique de deux familles d'éthers de glycol, les bons (série P) et les mauvais (série E), M. Luc MULTIGNER a relevé qu'il n'y a pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. En fait, après l'expertise de 1999, tous les éthers dangereux ont été progressivement réglementés. Sur quarante substances examinées, des interrogations ont perduré pour certaines. Une expertise complémentaire a été nécessaire et réalisée en 2005. Celle-ci ne fait pas état de découvertes majeures, ni d'effets plus importants que prévus, ni de nouvelles substances à écarter.

Dans le rapport GIRO, le DEGEE avait été suspecté mais, depuis, les rapports scientifiques ont été rassurants.

A propos des moyens consacrés par les industriels aux études sur les éthers de glycol, M. Luc MULTIGNER a relevé que les nouvelles substances faisaient l'objet de larges études tandis que, pour les anciennes substances, chacun est libre d'en produire sans mener de nouvelles études. Il a d'ailleurs signalé qu'un représentant de l'Association européenne des producteurs de solvants oxygénés (OSPA) a participé à des colloques avec des scientifiques et des syndicalistes et qu'il y a fait preuve d'ouverture d'esprit. En conclusion, M. Luc MULTIGNER a estimé qu'il y avait vraiment deux phases à distinguer : avant et après 1999.

Au sujet du crédit à accorder aux tests de « l'UFC - Que choisir ? », le Dr. Sylvaine CORDIER a estimé que ces documents étaient plutôt raisonnables mais qu'ils étaient davantage à prendre en compte comme un bruit de fond que comme des données scientifiques.

M. Luc MULTIGNER a d'abord recommandé de se reporter à ce qui est dit sur les éthers de glycol dans le rapport du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (2002) ; si des explications ardues figurent dans le corps du rapport, elles sont assorties d'annexes tout à fait compréhensibles.

Il a rappelé que ces travaux avaient été présidés par le Pr. Denis ZMIROU et que toutes les personnes qui le souhaitaient avaient été entendues. Il a relevé qu'avant cette étude les industriels n'avaient pas été assez présents, ne fournissant que les informations minimales alors qu'ils avaient été largement entendus à l'occasion de l'étude du Conseil supérieur, l'annexe relative à la présence d'éthers de glycol dans les parfums étant particulièrement documentée.

Enfin, à propos des alertes lancées par « l'UFC - Que choisir ? », il a noté que le formaldéhyde classé cancérogène par le CIRC constituait bien un vrai problème et que certaines vérités pouvaient parfois émerger même grâce à des démarches non conventionnelles. M. Luc MULTIGNER a indiqué n'avoir jamais eu accès aux données d'origine de « l'UFC - Que choisir ? ». A l'inverse, le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), très rigoureux dans ses recherches, précise à la fois ses méthodes techniques et son protocole d'échantillonnage.

A propos des conséquences à tirer de l'expertise collective conduite par l'INSERM en 1999, le Dr. Sylvaine CORDIER a estimé que ce rapport avait fait évoluer la réglementation, amélioré la formation des milieux du travail, conduit à distinguer des produits à risques réglementés, provoqué des expérimentations sur les substances pour lesquelles les informations étaient incomplètes et favorisé pour sa mise à jour 2005 deux études épidémiologiques françaises, l'une sur la fertilité masculine maintenant terminée et l'autre sur la fertilité féminine.

M. Luc MULTIGNER a noté que la direction générale de la Santé avait tardé à élaborer un plan d'action très attendu mais que l'AFSSE devrait lui en fournir les éléments incluant l'information des populations potentiellement exposées.

Il a ensuite estimé que la problématique des éthers de glycol n'était pas représentative d'une difficulté d'articulation entre les compétences des diverses agences. En effet, l'AFSSE s'est emparé de ce dossier sous l'impulsion du Pr. Denis ZMIROU, alors directeur scientifique de l'AFSSE, afin d'élaborer une synthèse à transmettre à la direction générale de la Santé. De son coté, l'AFSSAPS s'est intéressée aux éthers de glycol dans les produits pharmaceutiques tandis que l'InVS a financé les recherches de l'INSERM. De la sorte, il n'y a eu ni conflit ni éclatement entre agences.

Le Dr. Sylvaine CORDIER s'est interrogée sur la saisine, parfois constatée, de plusieurs agences sur un même sujet par la même autorité de tutelle. Elle a noté que l'Institut de veille sanitaire avait rapidement étendu son champ d'investigation, mais ce territoire avait vite été convoité par d'autres agences, l'AFSSE par exemple. Elle a estimé que le départ du Pr. Denis ZMIROU s'analysait plutôt comme un conflit de personnes que de déséquilibre dans les structures de l'agence.

M. Luc MULTIGNER a indiqué que, en sa qualité de membre du comité d'experts spécialisés pour les substances chimiques à l'AFSSE, il n'avait subi aucune pression dans son travail.

Le Dr. Sylvaine CORDIER a noté qu'en ce qui concerne la pollution de l'eau, c'est l'AFSSA qui est compétente pour l'eau potable et l'AFSSE pour les ressources en eau. Pour l'air intérieur, il y a compétence conjointe de l'InVS, de l'AFSSE et de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) lié au CSTB. Les protocoles de recherche de ces différentes agences sont communiqués.

Interrogé sur la possibilité de normaliser les émissions de produits polluants dans l'air intérieur M. Luc MULTIGNER a estimé que cette normalisation devait être précédée d'un approfondissement des connaissances, ces questions nouvelles ne pouvant se contenter des capteurs de « l'UFC - Que choisir ? »., Beaucoup de matériaux, par exemple des contreplaqués, émettent du formaldéhyde, ce qui est un vrai problème. Il a relevé également que, pour des substances de toxicité très bien connue, il est difficile d'apprécier leurs interactions, a fortiori pour des substances mal connues.

Il a donc insisté sur la nécessité de commencer toute recherche par des protocoles d'échantillonnage rigoureux afin de bien caractériser l'exposition.

M. Luc MULTIGNER a mentionné que l'AFSSE avait entrepris le classement des substances toxiques pour la reproduction mais il existe des centaines de substances à hiérarchiser et cela est très complexe. Il a insisté sur le grand rôle des agences à cet égard et a noté qu'elles étaient très faciles à critiquer mais qu'elles étaient d'existence récente et avaient plutôt bien débuté même s'il restait à les améliorer. Il a estimé que le décret sur les substances cancérogènes mutagènes et reprotoxiques (CMR) avait été une conséquence du dossier éthers de glycol.

Questionné sur l'existence d'embryons anormaux chez les femmes soumises à des émanations professionnelles d'éthers de glycol, le Dr. Sylvaine CORDIER a indiqué qu'un travail sur ce thème avait été entrepris en 1999 et poursuivi depuis. Elle a noté qu'il n'était pas impossible que des malformations observées au Mexique soient liées à des éthers de glycol dont les effets tératogènes avaient été constatés chez l'animal. Même si la plupart des éthers de glycol tératogènes ont été éliminés en France, les observations se poursuivent sur des retards de croissance chez certains embryons contaminés.

M. Luc MULTIGNER a estimé qu'il était possible d'approcher les dangers chez l'homme à partir de ceux constatés pour l'animal, même si ces dangers peuvent être différents et si le problème peut ne pas être dramatique chez l'homme de ce fait.

Par ailleurs, le danger induit par les faibles niveaux d'exposition suscite toujours des interrogations, de même que le mélange entre produits.

Quant à l'étude sur la fertilité masculine menée par M. Luc MULTIGNER elle est aujourd'hui terminée et celui-ci en a rappelé l'historique.

A la suite d'effets toxiques des éthers de glycol observés au Japon en 1979, notamment des effets testiculaires chez des animaux mâles, quelques études épidémiologiques de taille limitée ont abondé dans le même sens.

Pour sa part, M. Luc MULTIGNER a mené une étude avant 1999 et une autre après cette date sur des hommes exposés professionnellement à des éthers de glycol en les comparant à une autre population masculine. La recherche était conduite sur la base de la quantité de sperme produite par les individus de ces deux populations à partir d'une collecte faisant appel au volontariat, ce qui n'était d'ailleurs pas tout à fait évident.

Une population était constituée par des agents de la Ville de Paris (peintres, mécaniciens) mais ceux-ci étaient faiblement exposés ; une autre population était composée d'agents de la RATP. L'indépendance de M. Luc MULTIGNER a été totale dans les deux cas. Ces études ont permis d'étudier 240 hommes au total entre 20 et 50 ans, qui étaient soumis à un examen, à un prélèvement, à une analyse de sang et d'urine et à un questionnaire. Des fiches de sécurité et de produits chimiques ont été étudiées (près de 4 000) et les deux études ont abouti à des conclusions similaires, à savoir : les éthers de glycol sont aussi présents aujourd'hui qu'il y a 20 ans dans 20 % du total des produits utilisés mais un grand changement est observé dans la composition de ces éthers de glycol après 1990. Les éthers de glycol reprotoxiques ont pratiquement disparu, et entre 1995 et 2005, seuls les éthers de glycol non toxiques (non CMR) ont subsisté.

En 1992, l'Union européenne s'était alarmée au sujet des éthers de glycol - entre 1990 et 1995, M. André CICOLELLA avait mis le sujet à l'ordre du jour. Il est probable qu'en 1999 les éthers de glycol reprotoxiques avaient déjà été énormément réduits, ce qui conduit à prendre en compte cette évolution historique pour la confronter à celle des individus sélectionnés pour les deux études. En effet, on peut estimer qu'entre l'exposition et l'apparition d'un effet spermatotoxique, environ trois mois s'écoulent, puis en l'absence de nouvelles expositions, il s'écoule vraisemblablement plusieurs mois pour permettre la lente disparition de l'effet ; ce qui entraîne la nécessité de mesurer l'exposition actuelle en prenant en compte le cumul d'exposition des années écoulées. A la RATP, le niveau d'exposition à des éthers de glycol reprotoxiques au moment de l'étude était très bas, soit presque 1000 fois inférieur à ceux relevés par l'INRS en France vers la fin des années 1980 et le début des années 1990 (étude de M. André CICOLELLA). Il s'agit donc d'une très forte diminution et aucune corrélation n'a pu être établie entre le niveau d'exposition actuel et la fertilité. Cependant, il est possible que l'exposition ancienne d'individus en bonne santé ait entraîné une moindre quantité de sperme.

A la RATP, la comparaison a été opérée entre un groupe embauché depuis 1995 et un autre embauché antérieurement.

A propos des sujets de l'étude, M. Luc MULTIGNER a indiqué que les volontaires présentant des antécédents d'infertilité pour des raisons connues et non liées aux éthers de glycol étaient exclus; ces précautions devant permettre de ne pas manquer d'observer des effets importants s'ils existent.

Entre 2000 et 2003 des effets ont été observés qui devaient provenir de la lente disparition des effets antérieurs, c'est-à-dire être des effets résiduels d'expositions anciennes d'après l'interprétation de M. Luc MULTIGNER. Il apparaît donc qu'un effet reprotoxique des éthers de glycol existe durant la fabrication du spermatozoïde plus précisément au cours de la réduction chromosomique. Il n'y a donc aucun doute sur la reprotoxicité de certains éthers de glycol.

Il faut relever que la normalité des paramètres du sperme s'inscrivent dans une fourchette très large, les Scandinaves ayant, par exemple, une moins bonne qualité de sperme que les Européens.

Le Dr. Sylvaine CORDIER s'est demandé si la baisse de la qualité du sperme entraînait ipso facto des effets cliniques et si la baisse de la fertilité en résultait derechef. Elle a émis des doutes sur la possibilité d'établir un lien de cause à effet.

M. Luc MULTIGNER a évoqué également d'autres facteurs d'altération de la qualité du sperme, comme le stress, l'hyperthermie ou la position assise prolongée. Il a noté que si la diminution de la quantité de spermatozoïdes s'avérait être réelle, la contribution des éthers de glycol n'était pas à écarter.

Interrogé sur sa sollicitation éventuelle dans des affaires judiciaires, M. Luc MULTIGNER a indiqué que cela ne s'était pas encore produit.

Après avoir estimé que REACH était un progrès, M. Luc MULTIGNER a exprimé son opinion sur l'Appel de Paris lancé par le Pr. BELPOMME et son association ARTAC. Il a estimé que cet appel était basé sur un discours dramatique mais émaillé d'erreurs allant au-delà de l'approximation.

Interrogé sur la position de la France en matière de recherches sur les éthers de glycol par rapport aux autres pays, M. Luc MULTIGNER a constaté que la France était presque le seul pays à s'intéresser de manière aussi approfondie à ces solvants, ce qui étonne les autres pays européens, surpris que la France se préoccupe encore de ces substances après leur mise sous surveillance en 1992. Mais cela a au moins le mérite de montrer que la France a eu d'autres préoccupations sanitaires depuis l'alerte relative à l'amiante.

M. Luc MULTIGNER a estimé que, dans le futur, les agences sanitaires joueront un rôle important dans la définition des modalités de mise sur le marché et dans le contrôle des importations des solvants.

Le Dr. Sylvaine CORDIER a signalé que l'AFSSE était en train de mettre en place un système de veille scientifique et qu'il était souhaitable d'avoir une vision transversale à l'instar de certaines études américaines (« National Report on Human Exposure, Environmental Chemicals », 2003, du National Center for Environmental Health Laboratory des Centers for Disease Control and Prevention - CDC).

Elle a rappelé qu'elle était membre du Comité de prévention du ministère de l'Ecologie qui avait émis une recommandation sur les pesticides alors que c'est théoriquement le ministère de l'Agriculture qui est en charge de ces produits.

Interrogé sur la polémique née à propos des travaux relatifs à l'utilisation des oursins de mer pour prédire du danger de certains pésticides (glyphosate en l'occurrence), M. Luc MULTIGNER a estimé que les auteurs ont fait des extrapolations abusives concernant le risque sanitaire. Travailler à des recherches à la fois en environnement et en santé, cela suppose des connaissances particulières dans ces deux domaines. Il serait très souhaitable de favoriser une discipline associant ces deux savoirs mais elle reste encore largement à créer.

Le Dr. Sylvaine CORDIER, qui préside le Comité scientifique de l'AFSSE chargé de distribuer les subventions aux projets de recherche, a précisé que deux projets de recherche sur trois étaient refusés. En effet, comme précisé par M. Luc MULTIGNER, la tentation existe pour beaucoup de chercheurs d'obtenir des appels d'offres environnement et santé, même si leur thème habituel de recherche s'y rattache mal.

En réponse à une question sur l'utilisation des éthers de glycol par IBM dans son établissement de Corbeil-Essonnes, M. Luc MULTIGNER a indiqué qu'à partir de 1999-2000, des informations dans la presse rapportaient l'existence de cas de cancers dans cet établissement d'IBM où étaient utilisés des éthers de glycol. Même si M. Luc MULTIGNER ne possède pas d'éléments précis sur ces cas, une étude de l'Institut Curie est souvent mentionnée dans la presse mais impossible à obtenir. Un médecin ORL de l'Institut Curie, maintenant retraité, serait à l'origine d'un appel à témoignage à la suite duquel un chiffre de cas - au demeurant peu vraisemblable - est apparu dans la presse. Il semblerait qu'un cabinet d'avocats américain en charge d'un dossier similaire aux Etats-Unis d'Amérique ait contacté un syndicat de l'établissement de Corbeil et le Collectif Ethers de glycol, pour initier une démarche commune. Mais le syndicat n'a pas donné suite, la relation entre ces cas de cancer et l'exposition aux éthers de glycol ne semble donc pas vérifiée, entraînant une certaine déception de la part des intéressés eux mêmes. Il semblerait que des études épidémiologiques non publiées existent aux Etats-Unis d'Amérique. Depuis ces événements, le CIRC (OMS) a statué sur la dangerosité de certains éthers de glycol.

Interrogé sur le danger d'autres substances, comme le formaldéhyde et le benzène, M. Luc MULTIGNER a relevé que des allergies à de nombreuses substances apparaissaient de plus en plus, semblant indiquer que les capacités de défense des individus étaient diminuées. La France semble en retard pour évaluer les risques de certaines substances alors que les Etats-Unis d'Amérique, les pays scandinaves et les Pays-Bas pourraient constituer des modèles sur ce point.

Le Dr. Sylvaine CORDIER a jugé essentiel de trouver les moyens de réagir à temps pour identifier les dangers des substances négligées.

Elle a ensuite précisé que dans son étude sur la fertilité féminine, elle a étudié 3 000 femmes, et même près de 3 500 fin 2005, à partir d'un suivi débutant avec leur grossesse et comprenant des analyses d'urine à intervalles réguliers. Déjà les prélèvements de près de 200 personnes ont été analysés, permettant de dire que les éthers de glycol les plus toxiques étaient peu présents dans ces prélèvements. En revanche, beaucoup d'éthers de glycol provenant de produits cosmétiques ont été trouvés et même davantage que prévu mais il reste à déterminer la causalité éventuelle entre la présence de ces substances et un impact sanitaire.

A propos de l'analyse de sang à laquelle s'étaient soumis les ministres européens de l'environnement, le Dr. Sylvaine CORDIER a renvoyé à l'étude américaine menée par le CDC. Quant à M. Luc MULTIGNER, il a estimé que la retombée médiatique de cette analyse de sang l'avait emporté sur le sérieux de la démarche, dans la mesure où des milliers de substances auraient pu être trouvées si elles avaient été recherchées.

Le Dr. Sylvaine CORDIER a alors précisé qu'une bio-surveillance des enfants en Europe allait être mise en place à partir de quelques produits.

En réponse à une question sur la fiabilité des statistiques relatives à l'augmentation des cas de cancers, le Dr. Sylvaine CORDIER a estimé qu'on se trouvait là dans le domaine des statistiques par rapport à la variabilité ; elle s'est donc demandé si ces chiffres étaient significatifs et si on pouvait en déduire un rapport de causalité.

* 2 Assemblée nationale, XIIe législature, Rapport n° 2232 fait au nom de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales tendant à la création d'une commission d'enquête sur les conséquences de l'exposition aux éthers de glycol et à l'amiante par M. Maurice GIRO, député, février 2005.