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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

D. UNE AVENTURE TECHNOLOGIQUE, INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE

La DAMB est un défi technologique : « atteindre une balle avec une balle ». De ce point de vue elle permet effectivement de renouer avec le mythe fondateur de la frontière, slogan mobilisateur qui a pour vertu de concentrer les énergies et les intelligences - les Universités, les bureaux d'études, les industriels - sur un sujet précis, comme le firent jadis, l'aventure spatiale, la navette spatiale, la guerre des étoiles ou comme pourrait le faire, si elle était décidée l'aventure martienne. Les Etats-Unis d'Amérique sont familiers de ce type de grande aventure qui a échéances régulières permet de renouer avec le mythe fondateur d'une nation de pionniers et de focaliser le maximum de financements et de moyens sur des sujets très précis20(*).

Quoiqu'il en soit s'il n'est pas certain que la menace qu'elle est censée parer se manifeste un jour, ni même qu'elle puisse la parer, il est au moins une chose certaine : la DAMB aura des retombées économiques importantes.

Ces retombées concerneront toutes les technologies génériques militaires des radars, des satellites et des fusées et au-delà engendreront peut être par sérendipité, des découvertes inattendues dont l'histoire scientifique récente a montré avec Internet, le GPS, les téléphones portables etc. qu'elles étaient souvent les plus importantes. C'est la raison pour laquelle la Missile Defense fait l'objet de toutes les attentions des industriels américains qui y trouvent un triple intérêt financier.

Le première est l'argent qu'ils perçoivent directement du budget fédéral américain que ce soit du reste pour développer des systèmes d'armes américains ou des systèmes d'armes mis à la disposition des alliés. Depuis 1985, la DAMB a ainsi permis de verser 141 milliards de dollars. Sur les trois dernières années, elle représente un flux annuel d'environ une dizaine de milliards de dollars par an. Ce flux est significatif, moins par son importance somme toute modeste au regard d'un budget militaire de l'ordre de 700 milliards de dollars, que par le fait qu'il permet de financer des études sur des technologies particulièrement innovantes et dont les retombées seront importantes.

Le second produit financier est la vente des armes issues de la DAMB aux nations alliées. En 2007, les Emirats arabes unis seraient entrés en négociation avec Lockheed Martin pour acheter des batteries de missiles THAAD, pour une valeur totale de 7 milliards de dollars21(*).

Le troisième enfin, est la vente d'armes conventionnelles résultant de l'extension du « bouclier ». On peut ainsi se demander dans quelle mesure les contrats d'armement de la fin 2010 passés entre les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite, le Sultanat d'Oman et les Emirats-Arables-Unis, pour une valeur totale de 123 milliards de dollars, ne sont pas liés à une protection antimissile proposée par les Etats-Unis.


* 20 Dans « Irons nous sur Mars ? » Ed Vuibert Paris 2011 p. 61 - Jacques Villain évalue le coût du programme Apollo à 165 milliards de dollars ; celui de la navette spatiale à 185 milliards de dollars et celui de la station spatiale internationale à 115 milliards de dollars.

* 21 Reuters UAE seeks $7 bln Lockheed weapon system Thu, May 29 2008