DEUXIÈME PARTIE - GÉOPOLITIQUE DE L'ARCTIQUE, SENTINELLE AVANCÉE DU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE

« Région jusque-là à la marge des échanges mondiaux, l'Arctique est passé du statut de périphérie à celui de nouvelle frontière des relations internationales, du fait des conséquences du changement climatique. » 138 ( * )

Théâtre important de la guerre froide, l'Arctique suscite aujourd'hui un regain d'intérêt dont le dérèglement climatique est l'une des causes. Le réchauffement pourrait cristalliser des tensions latentes, autour de l'appropriation des ressources de ce large territoire et en lien avec l'accès à de nouvelles routes maritimes.

En libérant l'océan Arctique des glaces, le réchauffement pourrait conduire à une « banalisation » de cette région, ce qui constituerait un changement géostratégique majeur. Certains chercheurs désignent ce phénomène par le terme d' « atlantification » de l'Arctique, suggérant ainsi l'émergence d'un nouvel espace d'échanges et un bouleversement des grands équilibres de la planète, aboutissant à une révolution dans notre perception de celle-ci.

La région arctique restera toutefois un espace hostile aux activités humaines, associé à des risques majeurs pour l'homme et pour l'environnement. C'est également un espace dont les évolutions rétroagissent au niveau mondial avec d'autres aspects du dérèglement climatique, ce qui justifie une attention particulière de la communauté internationale, afin de préserver cet espace fragile et jusque-là naturellement protégé par des conditions climatiques extrêmes.

C'est pourquoi la COP 21 devra être l'occasion d'affirmer très clairement la volonté de protéger cette zone en progressant dans l'élaboration d'instruments juridiques adéquats. Si l'affirmation de leur souveraineté sur cette région par les pays riverains de l'océan Arctique est légitime, c'est la communauté internationale dans son ensemble qui doit se mobiliser sur des enjeux qui seront déterminants pour l'ensemble de la planète.

I. LE DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE EN ARCTIQUE, UN ENJEU GLOBAL

Les bouleversements climatiques sont particulièrement spectaculaires en Arctique, au point que cette région en est devenue l'un des symboles. Ce symbole n'est pas dépourvu d'ambiguïtés puisque, si certains déplorent la disparition de paysages et d'espèces uniques au monde, d'autres - parfois les mêmes - espèrent en conséquence, un accès facilité à des ressources plus abondantes, grâce au recul des glaces, déjà largement amorcé. La position des États-Unis est symptomatique de cette ambiguïté. En effet, si le président Barack Obama a récemment souligné l'impact possible du dérèglement climatique en Alaska, lors d'un déplacement, sans précédent pour un président américain dans cette région, il avait aussi, par ailleurs, autorisé récemment la compagnie Shell à y entreprendre des forages pétroliers auxquels celle-ci vient de renoncer.

A. LES CONSÉQUENCES DU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE EN ARCTIQUE

Plusieurs rapports parlementaires 139 ( * ) ont déjà mis en évidence les enjeux scientifiques, économiques et juridiques du dérèglement climatique en Arctique, qui seront donc ici résumés.

1. Qu'est-ce que l'Arctique ?

Plusieurs définitions de l'Arctique coexistent, selon l'aspect du sujet qui est traité :

- L'Arctique est en premier lieu la région située au nord du Cercle polaire arctique, qui correspond à la latitude à laquelle le soleil ne se couche pas au solstice d'été (66°33'N) ;

- L'Arctique est parfois entendu comme la région au nord d'une ligne à partir de laquelle les arbres ne poussent pas (« treeline ») ;

- L'Arctique peut aussi être considéré comme la région située au-delà de la ligne isotherme de 10°C de température moyenne au cours du mois d'été le plus chaud (juillet) ;

- Certains organismes utilisent leur propre définition et donc leur propre cartographie de l'Arctique, en fonction de leurs centres d'intérêt. Ainsi l' Arctic Monitoring Assessment Programme (AMAP), qui est un des six groupes de travail du Conseil Arctique, ou encore l' Arctic Human development report (AHDR), qui émane du Conseil nordique des ministres 140 ( * ) , possèdent chacun leur propre carte géographique de l'Arctique.

Délimitations de l'Arctique

Source : Arctic Human Development Report II (2014), Conseil nordique des Ministres

On distingue, par ailleurs, au sein de l'Arctique, le « Haut-Arctique », le « Bas-Arctique » et la région subarctique.

Haut- et Bas-Arctique

Source : ministère des affaires étrangères, Norvège

L'Arctique est donc constitué, en premier lieu, d'un espace océanique, ouvert sur les océans Atlantique et Pacifique, dont les eaux sont soit libres, soit couvertes de glace (banquise), dans des proportions qui varient au cours de l'année. La superficie de l'océan Arctique représente environ six fois celle de la Méditerranée. Cet océan est le plus petit du monde. Il fait l'objet de revendications concurrentes des États riverains, qui mènent des campagnes scientifiques en vue d'établir les limites de leur plateau continental (voir ci-après).

L'Arctique est constitué, en deuxième lieu, d'espaces terrestres, situés dans cinq pays, si l'on s'en tient au « Haut-Arctique » (Russie, Canada, Danemark/Groenland, États-Unis, Norvège) ou dans huit pays, si l'on retient une acception plus large (les cinq précédents ainsi que la Finlande, la Suède et l'Islande). Ces huit pays sont associés au sein du Conseil Arctique, créé en 1996. L'essentiel de la surface des terres est constitué de glaciers ou de sols gelés. Le Groenland, région autonome du Danemark appelée à une probable indépendance, est couvert à 80 % par un vaste glacier continental : la calotte glaciaire - ou inlandsis - arctique. Le reste de la surface terrestre arctique est, pour une large part, constitué de pergélisol (ou permafrost), c'est-à-dire de sols dont la température est inférieure à 0°C pendant au moins deux ans d'affilée, et qui sont donc gelés et imperméables.

Les évolutions des différentes composantes de l'environnement arctique (banquise, glaciers et inlandsis, pergélisol) sont d'excellents témoins du dérèglement climatique. Elles agissent, en retour, sur les équilibres climatiques mondiaux.

Dans sa définition retenue par l'Arctic Human Development Report (AHDR), représentée sur la première carte ci-dessus, l'Arctique est peuplé de 4 millions d'individus, répartis dans les huit pays précités. Environ 10 % sont constitués de différents peuples autochtones, dont les modes de vie sont étroitement liés à l'environnement arctique.

Si la population globale de l'Arctique est stable depuis 2000, elle évolue différemment selon les régions. Ainsi la Russie connaît un déclin notable de sa population arctique, qui représente aujourd'hui moins de la moitié de la population arctique totale. La Russie compte néanmoins les plus grosses agglomérations situées au nord du cercle polaire (notamment Mourmansk qui compte 300 000 habitants). En revanche une croissance démographique significative est enregistrée en Alaska, en Islande et dans l'Arctique canadien.

2. L'Arctique, « sentinelle avancée » du réchauffement climatique

Le réchauffement accéléré de l'Arctique a conduit à qualifier cette région de « sentinelle avancée » du réchauffement climatique, ou encore de « canari dans la mine » 141 ( * ) : les évolutions de cette région doivent en effet constituer un signal d'alarme, appelant la communauté internationale à réagir, dans la mesure où elles préfigurent des évolutions majeures au niveau mondial.

Les populations indigènes de l'Arctique sont directement menacées par le réchauffement climatique dans leurs habitats, leurs modes de vie et d'existence même, tout autant que celles des îles du Pacifique.

a) Une augmentation accélérée de la température

Depuis 1875, l'Arctique s'est réchauffé à un taux de 1,36°C par siècle, soit approximativement deux fois plus rapidement que la moyenne globale 142 ( * ) . Cette évolution accélérée est le résultat d'un phénomène appelé « amplification polaire », résultant notamment, au niveau local, du remplacement de surfaces blanches réfléchissantes (glace) par des surfaces sombres absorbant le rayonnement solaire (océan libre de glaces).

Le réchauffement s'est, par ailleurs, fortement accéléré au cours de la dernière décennie.

Évolution de la température en Arctique par rapport à la moyenne
des années 1961-1990 (°C)

Source : Arctic Monitoring Assessment Programme (AMAP)

b) Le recul de la banquise

Le recul des glaces est tout d'abord celui de la banquise, c'est-à-dire de la glace de mer arctique, sans impact sur le niveau des mers et océans. Sa surface (mesurée en septembre) a diminué de 11 % tous les dix ans depuis 1979 143 ( * ) . Le recul des glaces a été plus rapide que ce que les modèles avaient prédit, avec un minimum atteint le 17 septembre 2012.

D'après le GIEC, l'étendue moyenne annuelle de la banquise arctique a diminué au cours de la période 1979-2012 à une vitesse se situant entre 3,5 et 4,1 % par décennie, et entre 9,4 et 13,6 % par décennie pour le minimum d'été (glace pluriannuelle).

Une augmentation de la surface de la banquise a été observée au cours de l'année 2013, à la suite d'un été particulièrement frais, ce qui ne modifie pas la tendance de long terme, qui a repris en 2014. Ce sursaut a néanmoins tempéré les discours très « optimistes » sur la possibilité d'un développement économique rapide de l'Arctique.

Évolution de la surface moyenne mensuelle de la banquise
en septembre de 1978 à 2013

Source : NSIDC

En 2015, la surface maximale de la banquise, observée le 25 février 2015, était la surface maximale la plus faible jamais enregistrée par satellite. Quant à la surface minimale, mesurée le 11 septembre 2015, elle était la quatrième surface la plus réduite jamais enregistrée en septembre. Les neuf surfaces les plus faibles enregistrées par satellites sont celles mesurées en septembre chaque année au cours des neuf dernières années.

Les chercheurs estiment aujourd'hui probable que, d'ici à 2050, voire même avant, l'océan Arctique sera libre de glace à la fin de l'été, et ce pour la première fois depuis 125 000 ans.

L'évolution du volume de la banquise est moins bien connue que l'évolution de sa surface. Elle n'est mesurée, par le satellite européen Cryosat, que depuis 2010. Après avoir diminué de 14 % entre 2010 et 2012, le volume de la banquise a augmenté de 41 % en 2013, avant de repartir à la baisse.

La modification de la proportion de glaces pluriannuelles et de glaces saisonnières contribue à accélérer le phénomène de fonte. En effet, la banquise annuelle est plus fragile, moins résistante que les glaces pluriannuelles à la hausse des températures en été.

c) La fonte des glaciers

Le recul des glaces concerne ensuite les glaciers, c'est-à-dire la glace continentale d'eau douce, dont la fonte contribue à la montée du niveau des mers au niveau mondial, contrairement à celle de la banquise.

Ainsi, la perte de glace moyenne au Groenland a fortement augmenté, passant de 34 milliards de tonnes par an au cours de la période 1992-2001 a` 215 milliards de tonnes par an au cours de la période 2002-2011 144 ( * ) . Mais ce sont les « petits » glaciers (Alaska, Canada, Andes, Asie...) qui, pour le moment, contribuent le plus à l'élévation du niveau de la mer.

Dans le cadre de leur mission, vos rapporteurs se sont rendus en Norvège et notamment sur l'archipel du Svalbard, à 1 000 km du pôle Nord, où les modifications de l'environnement et des paysages, provoquées par le réchauffement, sont spectaculaires. Les glaciers, qui couvrent encore 60 % du territoire de l'archipel du Svalbard, reculent rapidement. L'équivalent de la consommation en eau de la ville de Paris en un mois est perdu par les glaciers du Svalbard en un an, uniquement par vêlage d'icebergs, c'est-à-dire par dislocation du glacier, auquel vient s'ajouter le phénomène de fonte.

Svalbard : le bouleversement des paysages glaciaires

Source : Heidi Sevestre, Université du Svalbard (UNIS)

d) La fonte du pergélisol

Les températures du pergélisol ont augmenté dans la plupart des régions concernées depuis le début des années 1980, en conséquence de l'augmentation de la température atmosphérique et de la réduction de la couverture neigeuse. Le réchauffement observé atteignait 3 °C dans certaines régions du nord de l'Alaska entre le début des années 1980 et le milieu des années 2000, et 2°C dans certaines régions du nord de la Russie (entre 1971 et 2010), où une réduction considérable de l'épaisseur et de l'étendue spatiale du pergélisol a été observée.

Le réchauffement de sols, gelés depuis parfois des millénaires, entraîne l'apparition de marécages, provoquant la déstabilisation de bâtiments, de routes et d'autres infrastructures. Il accélère l'érosion, déstabilise la végétation et provoque des risques d'affaissement de terrain et d'émanations de carbone sous forme de gaz carbonique ou de méthane.

Le pergélisol pourrait contenir 1 700 gigatonnes de carbone, soit le double de la quantité actuellement présente dans l'atmosphère 145 ( * ) , alors que pour atteindre l'objectif de +2°C, les émissions totales cumulées ne devront pas dépasser une fourchette de 1 000 à 1 500 gigatonnes de carbone d'ici à 2100 146 ( * ) .

Or d'ici à la fin du siècle, le pergélisol, qui représente 25 % des terres émergées de l'hémisphère nord, pourrait perdre jusqu'à 90 % de son étendue.

Cet effet d'emballement possible est mal pris en compte dans les modélisations du changement climatique.

e) La diminution de la biodiversité

Enfin, le réchauffement bouleverse un écosystème fragile, mettant des espèces en danger de disparition, car elles ne sont pas susceptibles de migrer plus au nord pour s'adapter aux conditions climatiques, mais sont concurrencées par des espèces venues du sud.

L'ours polaire, mammifère marin dont la survie est étroitement liée à la persistance de la banquise, est devenu le symbole de cette évolution. Mais c'est l'ensemble des écosystèmes marins et terrestres de cette région, et de très nombreuses espèces de faune et de flore, qui est menacé par les transformations de l'environnement.

3. Des bouleversements dont les conséquences sont mondiales

Ce qui se passe en Arctique a un effet accélérateur sur le changement climatique au niveau mondial.

Si la fonte des glaciers du Svalbard provoque une élévation négligeable du niveau de la mer, celle des inlandsis (calottes polaires) du Groenland et de l'Antarctique, qui sont les plus gros réservoirs d'eau douce de la planète, pourrait avoir des effets dramatiques :

- La fonte des glaciers du Groenland, sur plusieurs siècles ou millénaires, en fonction de l'ampleur du réchauffement, représenterait, à elle seule, une hausse moyenne du niveau de la mer de 7 mètres, à l'échelle mondiale ;

- la fonte de l'Antarctique entraînerait une élévation apocalyptique du niveau des mers de l'ordre de 56 mètres.

L'apport massif en eau douce, résultant de la fonte des glaciers, combiné à une évaporation plus forte en raison du réchauffement, diminue la salinité des océans. Or la salinité joue un rôle important dans la plongée des eaux vers les profondeurs. Sa diminution pourrait donc contribuer à une modification des courants océaniques, notamment à des perturbations du Gulf Stream.

La disparition de la banquise n'entraîne pas d'augmentation du niveau de la mer mais réduit la réflexion de l'énergie solaire par les surfaces blanches (effet d'albédo), car celles-ci sont remplacées par des surfaces sombres, ce qui amplifie le réchauffement. La glace réfléchit environ 80 % du rayonnement solaire, l'océan 10 %.

Les effets de la fonte du pergélisol sont majeurs, car susceptibles de provoquer un effet d'emballement sur le climat. En effet, la fonte des sols gelés libère du carbone sous forme de CO 2 (dioxyde de carbone) et de CH 4 (méthane). Ces rejets pourraient atteindre, du seul fait de la fonte du pergélisol, 50 à 250 milliards de tonnes de carbone à la fin du siècle, dans le scénario le plus défavorable élaboré par le GIEC.

La fonte des glaciers, des sols gelés et de la banquise entraîne par ailleurs la libération de polluants accumulés, issus de l'agriculture et de l'industrie, y compris des polluants radioactifs. Des scientifiques évoquent également le risque de résurgence de virus enfouis dans le pergélisol 147 ( * ) .

Enfin, le réchauffement modifie la circulation des courants atmosphériques. En effet, le réchauffement accéléré de l'Arctique, par rapport à la moyenne mondiale, accroît le contraste entre les températures du grand nord et celles des latitudes moyennes de l'hémisphère nord, ce qui ralentit la circulation atmosphérique, accroît la probabilité d'événements extrêmes de longue durée et modifie la distribution des températures et précipitations.


* 138 « L'Arctique : une région d'avenir pour l'Union européenne et l'économie mondiale », Damien Degeorges, Question d'Europe n° 263 du 7 janvier 2013.

* 139 « Arctique : préoccupations européennes pour un enjeu global », rapport n° 684 (2013-2014) du 2 juillet 2014 de M. André Gattolin, sénateur ; « Le monde au miroir des pôles : les enjeux du changement climatique en Arctique et en Antarctique », rapport n° 2704 du 8 avril 2015 de MM. Hervé Gaymard et Noël Mamère, députés.

* 140 Créé en 1952, le Conseil nordique est un organe de coopération interparlementaire réunissant cinq États (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) et trois territoires autonomes (Féroé, Groenland, Åland). Le Conseil nordique des ministres, créé en 1971, met en oeuvre une coopération intergouvernementale entre pays membres.

* 141 D'après le titre de la conférence « L'Arctique, sentinelle avancée du changement climatique » (« Arctic, the canary in the mine »), organisée le 17 mars 2015 à la Maison des océans de l'Institut océanographique de Monaco à Paris, en présence de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de M. Børge Brende, ministre des Affaires étrangères du Royaume de Norvège.

* 142 Role of Polar Amplification in Long-Term Surface Air Temperature Variations and Modern Arctic Warming, Bekryev et al. (2010)

* 143 National Snow and Ice data center, NSIDC (États-Unis).

* 144 Source : GIEC

* 145 « Policy implications of warming permafrost », Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP, 2012).

* 146 En 2011, le total de ces émissions avait déjà atteint 515 gigatonnes de carbone (GIEC, 2013).

* 147 Thirty-thousand-year-old distant relative of giant icosahedral DNA viruses with a pandoravirus morphology. M. Legendre, J. Bartoli, L. Shmakova, S. Jeudy, K. Labadie, A. Adrait, M. Lescot, O. Poirot, L. Bertaux, C. Bruley, Y. Couté, E. Rivkina, C. Abergel, J-M. Claverie. PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences USA), 3 mars 2014.

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