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Réussir le cluster de Paris-Saclay

23 mai 2016 : Réussir le cluster de Paris-Saclay ( rapport d'information )

D. L'UNIVERSITÉ PARIS-SACLAY N'A PLUS LE DROIT À L'ERREUR

1. Renforcer l'intégration de l'université Paris-Saclay à droit constant

Si votre rapporteur spécial plaide pour une stabilité du statut juridique de l'université Paris-Saclay au moins jusqu'en 2020 (voir recommandation n° 5 supra), il est clair qu'elle doit renforcer son intégration dans le cadre de la ComUE en suivant les recommandations du jury international des Idex pour se voir garantir, au minimum, la possibilité de figurer dans les classements internationaux, ce qui impliquera également la gestion d'un budget beaucoup plus significatif qu'il ne l'est aujourd'hui (voir infra).

De fait, son absence actuelle peut légitiment apparaître comme une source de frustration pour l'ensemble des acteurs qui la composent lorsque l'on sait que son potentiel actuel lui permettrait de figurer dans les vingt meilleures universités mondiales, voire d'espérer, dans le meilleur des cas, rejoindre le groupe des dix meilleures universités mondiales d'ici une dizaine d'années.

Il revient donc aux acteurs de l'université d'y remédier au plus vite.

2. Développer les ressources propres de la ComUE et renforcer les incitations financières à l'intégration
a) L'université Paris-Saclay doit développer ses ressources propres, via la création d'un bachelor unique et d'une fondation universitaire

Pour peser vis-à-vis de ses établissements membres, l'université Paris-Saclay doit disposer d'un budget conséquent. Or celui-ci demeure inférieur à un million d'euros par an, une somme très faible en comparaison de la somme des budgets de ses dix-huit membres.

Dès lors, comment augmenter les ressources propres de la ComUE ?

La première solution évidente serait de demander aux établissements membres de lui transférer certaines de leurs ressources. Elle paraît difficile à réaliser à court terme, mais s'avérera nécessaire à terme.

La seconde solution, plus opérationnelle, serait de développer de nouvelles sources de revenus pour l'université.

L'annonce par le président de l'École polytechnique, soutenu par le ministère de la défense, de créer un diplôme de bachelor propre à son école a suscité un certain malaise sur le plateau. Plusieurs raisons à cela : le caractère parfois controversé de ce diplôme, le sentiment que l'École polytechnique faisait cavalier seul ou bien encore la crainte d'une « course à l'échalote » entre les différentes écoles, chacune tentant de créer son propre bachelor au détriment de ceux des écoles voisines.

Le bachelor (Ba)

Le bachelor est une formation courte (trois ou quatre ans), de plus en plus proposée par les universités et les grandes écoles, en particulier les grandes écoles de commerce.

Inspirée de modèles anglo-saxons, ce type de formation très opérationnel est bien reconnu à l'international. Il implique des frais d'inscription élevés et est souvent critiqué par les universités qui y voient une forme de concurrence pour les licences qu'elles délivrent.

Source : commission des finances du Sénat

Votre rapporteur spécial estime pour sa part qu'il serait plus judicieux de créer un bachelor commun, propre à l'université Paris-Saclay, en lieu et place de ceux que sont tentés de créer ses établissements membres, plutôt que de vouloir purement et simplement empêcher ces derniers de leur donner naissance.

Un bachelor de l'université Paris-Saclay présenterait en effet plusieurs avantages :

- diplôme commun, il renforcerait la visibilité de la marque Paris-Saclay et constituerait un puissant facteur d'intégration entre les établissements membres ;

- les bachelors étant des diplômes recherchés par les étudiants internationaux, celui de l'université Paris-Saclay permettrait d'en faire venir davantage sur le plateau ;

- les ressources fournies par ce diplôme payant pourraient être partagées entre les établissements membres de l'université et l'université elle-même, qui verrait ainsi augmenter ses ressources propres.

Une autre source de revenus possibles pourrait être fournie via une fondation universitaire de l'université Paris-Saclay qui serait régie par les règles propres à ce type de structures prévues par l'article L. 719-12 du code de l'éducation.

Cette fondation universitaire pourrait être abondée par les acteurs privés ainsi que par les anciens élèves, et aurait pour vocation de financer des partenariats avec des entreprises présentes sur le campus, de participer au rayonnement international de l'université ou bien encore de financer des chaires et des initiatives de recherche.

Recommandation n° 8 : créer un bachelor payant de l'université Paris-Saclay destiné à attirer des étudiants internationaux et à développer les ressources propres de l'université tout en évitant la multiplication des bachelors proposés par chacun des membres de Paris-Saclay.

Recommandation n° 9 : créer une fondation universitaire (cf. article L. 719-12 du code de l'éducation) de l'université Paris-Saclay, abondée par les acteurs privés ainsi que par les anciens élèves, qui aurait pour vocation de financer des partenariats avec des entreprises présentes sur le campus, de participer au rayonnement international de l'université ou bien encore de financer des chaires et des initiatives de recherche.

b) L'État doit mettre en place des outils d'incitation ou de pénalisation financière pour encourager les établissements à jouer le jeu de l'intégration au sein de l'université Paris-Saclay

Les incitations financières sont un puissant moteur en faveur de l'intégration des établissements au sein de l'université Paris-Saclay, en particulier dans la période actuelle marquée par la forte contrainte qui s'exerce sur leurs budgets. C'est d'ailleurs, entre autres, sur ce levier que jouent les Idex.

Pour autant, cet effet incitatif apparaît aujourd'hui nettement trop faible pour convaincre les établissements qui doutent de leur intérêt individuel à avancer sur la voie de l'intégration.

En outre, la politique de l'État en la matière a, ces derniers mois, manqué de cohérence, l'absence de coordination entre les ministères de tutelles des établissements membres de l'université Paris-Saclay apparaissant de façon limpide avec l'annonce par le ministère de la défense d'une attribution de 60 millions d'euros supplémentaires en faveur de l'École polytechnique sur les cinq prochaines années, alors même qu'il s'agit de l'établissement le plus réticent à l'intégration promue dans le cadre de l'Idex.

Dès lors, il importe, selon votre rapporteur spécial, d'utiliser de manière plus efficace le levier financier vis-à-vis des établissements membres de l'université Paris-Saclay en récompensant ceux qui jouent pleinement le jeu de l'intégration tout en défavorisant, voire en sanctionnant, ceux qui ralentissent la dynamique générale de l'Idex.

Recommandation n° 10 : renforcer les incitations financières à l'intégration de l'université Paris-Saclay, y compris en sanctionnant financièrement les établissements qui freinent la dynamique du projet.

3. Promouvoir une politique de communication beaucoup plus ambitieuse

La création d'une marque unique « université Paris-Saclay » dotée d'un logo et d'une signature unique pour les publications des établissements membres constituent des initiatives décisives pour permettre à l'université de renforcer sa visibilité, en France comme à l'international.

Ces premiers jalons indispensables étant posés, il appartient désormais aux membres de l'université de mettre en oeuvre une politique de communication très ambitieuse afin d'assurer sa propre promotion et d'accroître sa renommée, pour l'heure encore très limitée.

Dans cette perspective, votre rapporteur spécial estime qu'il convient de donner un visage à l'université, afin qu'elle ne demeure pas un ensemble désincarné mais puisse être identifiée beaucoup plus aisément par l'ensemble de ses partenaires ainsi que par les étudiants du monde entier.

L'université Paris-Saclay pourrait ainsi désigner un grand ambassadeur, jouissant de la plus grande notoriété possible, ainsi que d'une très forte légitimité académique (prix Nobel, médaille Fields, travaux de recherche de premier plan, etc.), et dont le rôle serait de faire connaître l'université à l'extérieur et de jouer un rôle de facilitateur et de catalyseur d'initiatives en interne, sans empiéter sur les fonctions exécutives et de représentation qui sont celles du président de l'université.

En parallèle, l'université Paris-Saclay doit impérativement - ainsi que le relève d'ailleurs le jury de l'Idex - se doter d'un puissant service de communication, en s'inspirant de ceux des grandes universités anglo-saxonnes, afin de faire rayonner à l'international la marque « université Paris-Saclay ».

Dans cette perspective, elle pourrait notamment se doter de bureaux présents dans de grandes universités étrangères judicieusement choisies.

Recommandation n° 11 : désigner une personnalité scientifique de premier plan, membre de l'université-Paris Saclay et jouissant d'une notoriété internationale, comme ambassadeur de l'université, afin d'incarner le projet, tant vis-à-vis des établissements membres que des pouvoirs publics et des universités étrangères.

Recommandation n° 12 : doter l'université Paris-Saclay d'un puissant service de communication à même de faire connaître la marque « université Paris-Saclay » dans le monde entier.