EDUQUER ET FORMER : PRÉPARER NOTRE JEUNESSE AU MONDE DE DEMAIN

TABLE RONDE 1 - « EDUQUER ET FORMER : PRÉPARER NOTRE JEUNESSE AU MONDE DE DEMAIN »

Président et modérateur

• Jean-Pierre MILELLI, A djoint au Directeur de France 24 pour la chaine arabophone

Intervenants

• Jean-Christophe DEBERRE, Directeur général de la Mission laïque française-OSUI (par vidéo )

• Ouidad TEBBAA, ancienne Doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Marrakech et titulaire de la Chaire Senghor de la Francophonie à Marrakech

• Noureddine MOUADDIB , Directeur de l'Université Internationale de Rabat

• Mostapha BOUSMINA, Président de l'Université Euro-Méditerranéenne de Fès

• Jean-Michel BLANQUER , Directeur général de l'ESSEC, ancien Directeur général de l'enseignement scolaire

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Jean-Pierre MILELLI, Adjoint au Directeur de France 24 pour la chaîne arabophone

Bienvenue à cet après-midi de réflexion. Je suis chargé de la chaîne arabophone de France 24 qui est suivie au Maroc. Une partie des journalistes est marocaine. Cette chaîne permet de faire connaître le dynamisme culturel et la réflexion philosophique et artistique en cours dans le monde arabe. Avant d'exercer cette fonction, j'ai passé cinq ans au Maroc en tant que directeur d'un centre chargé de l'enseignement de l'arabe dans les établissements français.

Le millefeuille linguistique marocain est un des aspects de la culture particulière de ce pays et l'un des enjeux de la formation. Le Maroc est arabophone, amazighe, francophone, anglophone et hispanophone. Il existe une émulation entre ces langues dans l'enseignement supérieur, avec un flux et un reflux d'une arabisation qui a été parfois problématique et un retour du français. L'information, la formation et la culture sont trois éléments indissociables. C'est la raison pour laquelle, le rapport de la commission de la culture contient un chapitre sur la formation des journalistes et le rôle de la presse au Maroc.

Jean-Christophe DEBERRE, Directeur général de la Mission laïque française-OSUI (par vidéo)

En 2017, trois grandes pistes méritent d'être explorées :

? la formation des cadres et des enseignants, indispensable à la réussite de toute réforme ;

? l'évaluation, car l'amélioration du système de formation nécessite une mobilisation de tous les acteurs sur des indicateurs simples et efficaces permettant d'interroger leurs pratiques ;

? les formations de techniciens supérieurs pour répondre à un besoin urgent du Maroc qui a présenté récemment sa Vision 2030 pour le développement industriel. Elles peuvent déboucher sur des formations plus longues susceptibles d'intéresser des filières jugées prioritaires : le développement durable, les énergies renouvelables, et l'informatique au service du renouvellement des processus de production industrielle.

Ces pistes correspondent à un intérêt commun pour une politique en faveur des jeunes et de leur insertion et au besoin historique d'un resserrement des liens en matière d'éducation.

Ouidad TEBBAA, ancienne Doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Marrakech et titulaire de la Chaire Senghor de la Francophonie à Marrakech

Je vous remercie pour cette invitation. C'est avec beaucoup d'émotion que je précède dans la parole les présidents d'universités qui incarnent le fleuron de l'enseignement supérieur au Maroc. J'incarne, pour ma part, l'université publique avec sa massification et les défis considérables qu'elle rencontre. Issue d'un milieu traditionnel modeste de Marrakech, je suis un produit de l'école française. La francophonie n'est donc pas un vain mot pour moi. C'est une façon de vivre et d'appréhender le monde. La majeure partie des étudiants de l'Université de Marrakech sont issus de milieux extrêmement modestes, ruraux et péri-urbains où la notion de francophonie est inaccessible et représente un indicateur social, ce qu'il m'est très difficile d'accepter compte tenu de mon parcours.

La francophonie, si convoitée au Maroc, représente un enjeu majeur de professionnalisation mais constitue également une alternative à la radicalisation qui est le péril le plus grave. Quand l'étudiant est polyglotte et francophone, il a déjà un regard porté vers l'ailleurs, la France et les valeurs qu'elle incarne.

La France est engagée avec le Maroc dans un partenariat extrêmement fructueux depuis des années. Nous avons besoin de vous pour réfléchir aux actions à mener pour les sciences humaines et sociales et les langues au niveau de l'enseignement supérieur. Des filières d'excellence existent dans ce domaine mais elles sont si rares. Or leur taux d'insertion professionnelle est impressionnant.

Au niveau de la recherche, des dispositifs existent mais ils sont à l'état embryonnaire. Nous avons la chance de disposer d'un centre Jacques Berque à Rabat qui est très actif. Nous avons besoin qu'il s'intéresse à l'Université Qarawiyine, entrée dans le giron, depuis peu, du Ministère de l'Enseignement Supérieur. Nous avons besoin de partenariats innovants et atypiques. L'IRD (Institut de Recherche pour le Développement) dispose de laboratoires mixtes internationaux en sciences humaines et sociales. Des expatriations de chercheurs français de renom sont également à l'oeuvre dans nos facultés mais elles se réduisent à vue d'oeil. Son Excellence M. l'Ambassadeur et Mme la Présidente de la commission ont évoqué, avec beaucoup de force, le thème de la radicalisation, de l'Islam et la question du genre au Maroc. Ces questions essentielles sont portées dans ces laboratoires. Nous avons besoin de les promouvoir.

Jean-Pierre MILLELI, adjoint au Directeur de France 24 pour la chaîne arabophone

Je vous remercie d'avoir fait allusion au rôle particulier de la France dans la recherche en sciences sociales. Ce rôle n'est parfois pas aussi important que nous le souhaiterions. Il y a ainsi plus d'arabisants français qui se consacrent à l'étude des sociétés proche-orientales qu'aux sociétés maghrébines. Cette lacune porte préjudice à la connaissance fine de la société marocaine.

Noureddine MOUADDIB, Directeur de l'Université Internationale de Rabat

Je souhaiterais rendre hommage aux universités publiques marocaines qui réalisent un travail colossal mais sont confrontées à un problème important de massification depuis 2010. Le projet d'université internationale de Rabat a été initié en 2004 et a vu le jour en 2010. Au début des années 2000, nous nous sommes interrogés avec des collègues de la diaspora maghrébine et africaine sur l'absence d'universités de rang mondial dans nos pays. En outre, nous avons constaté que le nombre de jeunes issus de milieux défavorisés, qui poursuivaient leurs études en Europe et notamment en France, ne cessait de diminuer. Nous nous sommes donc lancés comme défi de déplacer les diplômes et les formations dispensées en France au Maroc afin de les rapprocher de ces jeunes par souci d'équité. 20 % des étudiants devaient ainsi bénéficier de bourses sur des critères sociaux et d'excellence. Actuellement, le taux d'étudiants boursiers s'établit à 30 % pour un effectif de 2 800 étudiants. A leur entrée, ils disposent de deux cartes d'étudiant, celle de l'université internationale de Rabat et celle de l'établissement partenaire. Ils obtiennent ainsi un double diplôme, marocain et européen.

Ce projet est enrichissant pour nos partenaires car il leur permet de se développer à l'international sans investissement particulier et favorise la mobilité des étudiants dans les deux sens. En parallèle, la R&D devait être développée. Aujourd'hui, dans le cadre de partenariats avec des laboratoires français, l'Université internationale de Rabat dispose de trois laboratoires de recherche dans les domaines suivants : sciences humaines et sociales et sciences politiques, matériaux et énergies, big data et cyber-sécurité. Un open-lab avec le Groupe PSA a également été mis en place en partenariat avec l'Institut national des sciences appliquées (INSA) et l'université Euro-Méditerranéenne. Une dynamique s'est donc créée.

Actuellement, le tiers des brevets déposés par l'Etat marocain à l'international provient de l'Université internationale de Rabat. Par ailleurs, les contrats de recherche avec nos partenaires nous ont permis d'accéder à des financements européens et de leur faire bénéficier de financements locaux ou américains dans le cadre d'appels à projets. En revanche, nous avons besoin d'un accompagnement avec des moyens financiers. Il est également nécessaire d'améliorer la formation des enseignants-chercheurs marocains. Un projet d'école de formation des formateurs est donc à l'étude avec nos partenaires.

Mostapha BOUSMINA, Président de l'Université Euro-Méditerranéenne de Fès

Cette université régionale a été labellisée par l'Union pour la Méditerranée avec l'appui des 43 pays membres. Elle émane de l'initiative de Sa Majesté le Roi qui souhaitait construire une plateforme de dialogue interculturel, d'échange et de coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Ce projet est d'autant plus justifié au regard du repli identitaire et de la prolifération des idéologies extrémistes, isolationnistes et xénophobes que nous observons actuellement. La coopération Maroc-France représente un axe privilégié. Le premier partenariat a ainsi été réalisé avec l'INSA.

Au lieu de former des experts dans différents domaines, nous avons conçu un socle commun de formation basé sur sept piliers :

? le multilinguisme ;

? des cours d'histoire, de civilisation et de philosophie pour que les étudiants puissent s'identifier au patrimoine commun méditerranéen et acquérir une immunité intellectuelle contre les idéologies de radicalisation et de rejet de l'autre ;

? des cours de communication, innovation et entrepreneuriat délivrés par des intervenants issus des milieux socio-économiques ;

? une utilisation massive des Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ;

? une mobilité obligatoire de 18 mois minimum pour s'enrichir au contact des autres cultures ;

? une implication sociale obligatoire des étudiants dans l'espace euro-méditerranéen (réalisation de projets sociaux) ;

? des cours spécialisés en développement durable tout au long de la formation.

Ces différents piliers constituent l'ADN de cette université ; ils permettront de former des étudiants capables d'appréhender les enjeux et la complexité de notre région dans une logique de co-construction et de développement commun des deux rives de la Méditerranée.

Jean-Michel BLANQUER, Directeur général de l'ESSEC, ancien Directeur général de l'enseignement scolaire au Ministère de l'éducation nationale

Les étudiants marocains ont, pendant longtemps, constitué la communauté étrangère la plus importante de l'ESSEC. Cette présence prépondérante perdure, même si la proportion d'étudiants chinois et indiens ne cesse de croître. Nous en sommes très fiers. L'ESSEC a une identité très forte et forme ses étudiants à devenir de grands acteurs de la vie économique. Cette école diffuse également, depuis 1907, ses valeurs auprès des étudiants, notamment son engagement pour la société.

Lorsque nous avons décidé de mettre en place une stratégie internationale multipolaire, il y a trois ans, nous avons choisi le Maroc comme lieu d'implantation en Afrique compte tenu du succès de sa politique pour devenir un hub pour l'Afrique de l'Ouest. Pour l'instant, l'ESSEC, qui ne dispose pas encore de locaux, est hébergée par l'Université Internationale de Rabat.

Un investisseur immobilier marocain (EL DOHA) se développe dans le nouveau quartier situé à proximité de l'université. L'ESSEC y installera donc son campus et proposera les diplômes qu'elle maîtrise le mieux (Bachelor) ainsi que des masters en études urbaines et dans d'autres domaines d'expertise de l'école qui représentent autant de défis pour l'Afrique (entreprenariat, management de l'éducation, de la santé et des infrastructures).

Nous élaborons des projets en matière de formation continue avec des entreprises marocaines, africaines et françaises. Nous serons également à l'écoute des enjeux de société au Maroc. Je remercie les deux ambassades pour leur soutien à notre projet. Le campus de l'ESSEC à Rabat sera inauguré le 21 avril et ouvrira à la rentrée prochaine.

I. - Retour d'expérience

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