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Sur les actes du colloque "Biodiversités du vaste Pacifique : quelle valorisation d'un endémisme exceptionnel ?" du 31 mai 2018

1 juin 2018 : sur les actes du colloque "Biodiversités du vaste Pacifique : quelle valorisation d'un endémisme exceptionnel ?" du 31 mai 2018 ( rapport d'information )

OUVERTURE

Michel MAGRAS,

Président de la Délégation sénatoriale aux outre-mer

Mesdames, Messieurs les parlementaires et les élus,

Monsieur le vice-président de l'Agence française pour la biodiversité, cher Ferdy Louisy,

Mesdames et messieurs les acteurs de notre journée consacrée au patrimoine naturel des territoires français du Pacifique,

Chers amis, dont la présence nombreuse manifeste le vif intérêt,

Je vous souhaite la bienvenue au Sénat, en mon nom propre et au nom de mes collègues de la Délégation sénatoriale aux outre-mer.

Certains d'entre vous étaient déjà présents le 7 décembre dernier pour assister à deux tables rondes passionnantes : à la veille du sommet de Paris marquant le deuxième anniversaire de l'Accord de 2015 pour le climat, elles ont constitué un prélude à un cycle de conférences organisées en partenariat avec l'Agence française pour la biodiversité, qui débute aujourd'hui.

Ce cycle visitera tour à tour les patrimoines naturels des territoires français des trois grands bassins océaniques, leur richesse et leurs caractéristiques, les sujets d'inquiétude comme les motifs d'espérance : vous serez bien sûrs conviés, Mesdames et Messieurs, à poursuivre en notre compagnie au cours des deux prochaines années ce merveilleux voyage pour la reconnaissance, pour certains d'entre nous la découverte, et surtout la préservation et la mise en valeur des biodiversités de nos outre-mer.

Nous commençons avec les territoires français du Pacifique : la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et les îles Wallis et Futuna, trois territoires aux individualités tranchées mais qui ont en commun d'être situés en zone tropicale et d'être dotés d'une dimension marine prépondérante, à l'image du continent qui est leur matrice. Baignés par l'immensité du Pacifique, ces territoires d'Océanie appartiennent en effet au « continent invisible » si finement décrit par Le Clézio dans son roman « Raga », « un continent fait de mer plutôt que de terre ».

De fait, si l'on omet l'Australie dont certains estiment qu'elle constitue à elle seule un sous-continent ainsi que la Nouvelle-Zélande, la superficie totale terrestre des États et territoires insulaires s'élève à quelque 550 000 kilomètres carrés, soit l'équivalent de la superficie de l'hexagone.

En regard, les territoires maritimes des États et territoires du Pacifique Sud, c'est-à-dire les zones économiques exclusives, représentent une superficie de près de 35 millions de kilomètres carrés, soit plus de 60 fois le domaine terrestre qui, au surplus, est extrêmement morcelé et éparpillé dans l'immensité bleue.

Grâce en particulier à la Polynésie française dont la zone économique exclusive tangente les 5 millions de kilomètres carrés, les espaces maritimes sous souveraineté française couvrent plus de 18 % du total, ce qui dote notre pays du deuxième domaine maritime au monde après les États-Unis. L'étendue terrestre des territoires français du Pacifique ne représente en revanche en moyenne que 0,35 % de leur domaine maritime, proportion nettement inférieure au rapport de superficie terre-mer pour l'ensemble du continent océanien hors Australie qui, également très faible, s'établit cependant à 1,4 %.

La dimension maritime est donc clairement non seulement prédominante mais par surcroît majorée pour nos outre-mer du Pacifique par rapport aux territoires voisins, avec des configurations cependant très différentes d'un territoire à l'autre.

La Nouvelle-Calédonie est la plus compacte, avec une superficie de près de 19 000 kilomètres carrés, soit environ 2 fois la superficie de la Gironde qui est le département le plus vaste de l'hexagone ou l'équivalent d'une région comme la Picardie, la grande terre étant la plus étendue de nos îles, et de loin. Gravitent autour de cette grande terre quelques îles et îlots, notamment les trois Îles Loyauté, Maré, Lifou et Ouvéa, qui forment une des trois provinces calédoniennes. La Nouvelle-Calédonie est la plus terrienne de nos collectivités du Pacifique puisque le territoire terrestre occupe plus de 1,3 % de l'espace sous souveraineté.

La Polynésie française, elle, se caractérise par une extrême dispersion avec un rapport de 0,08 % de terres émergées dans une immense zone économique exclusive de près de 4,8 millions de kilomètres carrés : 118 îles d'un total d'un peu plus de 4 000 kilomètres carrés - l'équivalent du Haut-Rhin, qui lui est d'un seul tenant - réparties sur une étendue vaste comme l'Europe de la Scandinavie à la Méditerranée et de Moscou aux côtes atlantiques de notre hexagone ; ces îles décrivent quatre grands archipels : les Marquises, les Tuamotu-Gambier, les îles de la Société avec les îles du Vent et les îles Sous-le-Vent, les Australes.

Le territoire des îles Wallis et Futuna, 142 kilomètres carrés de terres émergées, soit plus que Paris et un peu moins que le département des Hauts-de-Seine, est lui constitué de trois îles aux caractéristiques géographiques contrastées : Wallis, île basse bordée d'un lagon et d'une barrière de corail, éloignée de 230 kilomètres de Futuna et Alofi, des îles au relief accidenté avec un point culminant à plus de 500 mètres d'altitude et un accès difficile par la mer. Doté d'une zone économique exclusive de 266 000 kilomètres carré, Wallis-et-Futuna est le territoire habité français du Pacifique dont la dimension maritime est la plus marquée, si ne n'est en valeur absolue - la palme revenant sans conteste à la Polynésie - du moins en termes relatifs, avec un ratio terre-mer de 0,05 %. En effet, il ne faut pas oublier Clipperton qui enrichit la zone économique exclusive française de plus de 400 000 kilomètres carrés avec une terre émergée d'à peine 10 kilomètres carrés.

Ces données chiffrées m'apparaissent indispensables à la correcte appréhension de notre sujet, car la richesse de nos biodiversités du Pacifique est étroitement liée à l'immensité des territoires maritimes et à l'isolement des terres émergées qui expliquent un taux d'endémisme exceptionnel. Or, cette richesse, par trop méconnue du grand public et soumise à la menace de pressions multiples, largement d'origine anthropique, nous oblige et en appelle à notre esprit de responsabilité pour agir en faveur d'une prise de conscience généralisée, touchant chacun d'entre nous, et d'une approche globale, c'est-à-dire intégrant des liens forts avec les sphères économiques et socio-culturelles.

Notre manifestation d'aujourd'hui entend apporter sa contribution à l'enclenchement de cette dynamique, une dynamique de partage : il faut multiplier les initiatives et montrer les avancées, donner de la visibilité aux réalisations couronnées de succès et aux innovations.

À cet égard, nos outre-mer, qui recèlent plus de 80 % de la biodiversité nationale sont, comme dans bien d'autres domaines, des laboratoires où les expérimentations et réalisations fourmillent. Nos trois tables rondes en présenteront de nombreuses illustrations tout au long de l'après-midi, parmi les plus emblématiques.

Les biodiversités ont pour elles la beauté de l'image : à une époque dominée par la dimension visuelle, c'est un réel atout qu'il faut mettre à profit, et je sais que nos intervenants des tables rondes vont s'y employer.

Au lendemain de la Journée mondiale de la biodiversité du 22 mai, à l'occasion de laquelle le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot a annoncé à Marseille un plan national de reconquête de la biodiversité et l'impulsion d'une stratégie mondiale, et en cette année 2018 qui marque le 25e anniversaire de l'entrée en vigueur de la Convention sur la diversité biologique, nous voulons donner la parole aux acteurs de terrain qui agissent pour la défense et la promotion des biodiversités du Pacifique.

L'Agence française pour la biodiversité, par son rôle d'impulsion, d'accompagnement et de coordination, joue bien évidemment un rôle pivot dans la mise en oeuvre de cette ambition nationale et la Délégation sénatoriale aux outre-mer se félicite de la collaboration fructueuse qui permettra successivement de mettre à l'honneur les biodiversités des trois bassins océaniques, bassins où les outre-mer français sont autant d'ambassadeurs d'une prise de conscience urgente et de pratiques salvatrices.

Je cède la parole à Ferdy Louisy, vice-président de l'Agence française pour la biodiversité et engagé de longue date pour cette noble cause.

Ferdy LOUISY,

Vice-président du conseil d'administration
de l'Agence française pour la biodiversité

Mesdames et Messieurs les parlementaires et les élus,

Monsieur le président de la Délégation sénatoriale aux outre-mer, cher Michel Magras,

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement honoré d'ouvrir à vos côtés, monsieur le sénateur, le cycle de conférence organisé par nos deux structures. Cette journée est en effet la première d'un cycle triennal qui nous permettra de nous interroger sur les enjeux des grands bassins océaniens des outre-mer de la France.

Je suis heureux qu'après un an d'existence l'Agence française pour la biodiversité ait su créer avec vous ce partenariat pour contribuer au rayonnement de ces terres éloignées, parfois mal connues de nos concitoyens.

Les actes issus des tables rondes du mois de décembre, qui constituaient en quelque sorte le « tour de chauffe » de ce beau partenariat, montrent bien la richesse de ces débats. Ce partenariat permet aussi de créer du lien entre ces territoires, et c'est la vocation de l'Agence française pour la biodiversité que d'être au coeur de ces réseaux et de mettre son expertise et ses compétences à leur disposition pour contribuer à créer une dynamique collective.

Trop souvent, dans nos territoires éloignés, nous manquons d'échanges avec nos homologues pour nous enrichir mutuellement de nos expériences, de nos bonnes pratiques mais aussi de nos échecs. La création de l'Agence française pour la biodiversité et la mise en place d'une délégation à l'outre-mer auprès du directeur général de l'établissement doivent contribuer à dissiper ce sentiment d'isolement.

Ce partenariat en constitue un autre exemple. J'ai aperçu dans l'assemblée des représentants de tous les outre-mer, preuve de cette mutualisation des connaissances que nous devons mettre en oeuvre et que l'Agence française pour la biodiversité doit contribuer à faciliter.

Grâce à l'outre-mer, la France peut s'enorgueillir d'être le seul pays au monde où le soleil ne se couche jamais. Profitons de cette opportunité pour garder les yeux ouverts et avancer.

Je ne m'attarderai pas sur l'exceptionnelle richesse de la biodiversité des territoires d'outre-mer, ni sur son extrême fragilité face aux pressions qui la menacent. Je rappellerai seulement que la préservation de cette biodiversité, dont nous sommes partie prenante, est essentielle car elle constitue avant tout le bien commun qui nous permet de bénéficier d'un cadre de vie favorisant l'épanouissement de chacun.

Cette préservation doit prendre en compte nos besoins de développement, nos traditions, nos cultures. C'est en cela que l'Agence française pour la biodiversité constitue un établissement original. Elle est certes chargée du développement des connaissances sur les milieux qui nous entourent et ses services de police ont vocation à éviter les atteintes à l'environnement. Mais son orientation partenariale, que lui permet la loi qui l'a fait naître, contribue aussi à ce que se nouent des dialogues constructifs où chacun est à l'écoute de l'autre et recherche des solutions qui répondent aux attentes du plus grand nombre.

Les huit partenariats déjà engagés au bout d'un an témoignent de la confiance qui s'est instaurée entre l'Agence et les territoires. La présente journée constitue une contribution de plus à cette dynamique de partage.

En communiquant largement autour des expériences et initiatives mises en oeuvre dans des territoires qui sont souvent des laboratoires grandeur nature, nous favorisons l'émergence d'un réseau d'échanges où chacun pourra s'enrichir de l'autre.

L'Agence française pour la biodiversité, par son rôle de coordinateur, sa volonté d'être au coeur des réseaux, doit contribuer pleinement à cette émergence.

Je souhaite vivement que le partenariat qui débute aujourd'hui avec la Délégation sénatoriale aux outre-mer constitue un exemple de ce qu'il est possible de faire ensemble pour le bien de tous.