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La politique du logement dans les outre-mer - Rapport

1 juillet 2021 : La politique du logement dans les outre-mer - Rapport ( rapport d'information )

III. PROMOUVOIR LES SYSTÈMES CONSTRUCTIFS LOCAUX ET MUTUALISER DAVANTAGE LES BONNES PRATIQUES

A. SOUTENIR LES FILIÈRES CONSTRUCTIVES LOCALES ET LES MATÉRIAUX BIOSOURCÉS

1. Sauvegarder les savoir-faire traditionnels
a) Des connaissances et des techniques à préserver dans chaque bassin géographique

La disparition progressive des techniques traditionnelles de construction s'est faite au profit d'une uniformatisation des modes constructifs basés sur un modèle architectural européen recourant principalement à des matériaux et à des matières premières importées (ciment, tôles en acier, isolants, aluminium, PVC,...).

(1) Antilles : l'exemple de l'habitat vernaculaire amérindien

Chaque territoire ultramarin dispose pourtant de savoir-faire traditionnels qu'il faudrait non seulement sauvegarder mais aussi valoriser.

Pointé par l'association AQUAA, l'habitat vernaculaire amérindien, plus écologique et permettant une mise en ventilation naturelle, tend à disparaître au profit d'un mode constructif plus conventionnel, utilisant des matériaux plus résistants et durables, au détriment souvent du confort (logements moins ventilés, plus chauds, couverts de tôles...).

À Saint-Barthélemy, Micheline Jacques a donné l'exemple des tiges de fer utilisées dans l'armature des bâtiments. Le fer qui arrive des États-Unis étant plus souple comparativement à celui venant d'Europe, il est plus résistant et moins cassant en cas de cyclones. Il a longtemps eu la préférence des entreprises du bâtiment et des habitants car ce procédé était mieux à même de préserver les constructions.

(2) Pacifique : l'exemple du faré en bois

La Polynésie française a développé des faré (maisons sur pilotis) aux normes anticycloniques qui ont une qualité de résistance aux vents forts. Ce type d'habitation fait figure de modèle en matière de construction, et la Polynésie française a même envoyé des kits chez ses voisins du Pacifique (Fidji) lorsqu'ils ont subi des épisodes cycloniques329(*).

Source : Gouvernement de la Polynésie français, Crédits : OPH

Selon le sénateur Teva Rohfritsch, L'État pourrait notamment soutenir la construction et le déploiement dans la région Pacifique de ces kits simples à monter et contribuerait ainsi au rayonnement d'un savoir-faire polynésien et français dans les îles du Pacifique et encouragerait ainsi les entrepreneurs locaux.

(3) Océan Indien : une logique de « singularité »

Alçay Mourouvaye, directeur du Centre d'innovation et de recherche sur le bâti tropical (CIRBAT) a indiqué d'autres options mais dans le même esprit : « l'île de La Réunion n'utilise pas à ce jour de technique de construction spécifique qui serait liée au territoire ou aux matériaux disponibles localement. En revanche, nous avons investi le champ des matériaux biosourcés qui constituent une piste intéressante, notamment l'utilisation de ressources végétales disponibles sur le territoire telle que la bagasse de canne à sucre ou le vétiver. Les études menées avec le CSTB et la Sustainable Traditional Buildings Alliance (STBA) donnent des résultats prometteurs, qui permettent d'envisager le prolongement de cette dynamique. Ces travaux font l'objet de demandes complémentaires dans le cadre du plan France Relance, pour approfondir les recherches en vue de la création d'unités industrielles pouvant proposer aux entreprises locales des solutions innovantes, biosourcées, produites localement, dans une logique de singularité, pour une meilleure construction en territoire ultramarin.330(*) »

b) Des initiatives enracinées dans des spécificités géographiques

Des initiatives se sont développées ces dernières années pour diffuser des modes de construction adaptés aux outre-mer. Outre l'adaptation aux contextes locaux, les perspectives sont de construire plus vite et moins cher.

La connaissance par l'association AQUAA de l'habitat guyanais en zone équatoriale la conduit à affirmer que toutes les solutions développées dans les outre-mer devraient servir de source d'inspiration ou du moins d'échanges notamment pour résoudre les problématiques liées au confort d'été, de plus en plus indispensable dans un contexte de hausse des températures.

À titre d'exemples, la DGOM a ainsi signalé aux rapporteurs que :

- l'ADEME a développé un MOOC sur le bâti tropical durable en 2018 ( https://www.mooc-batiment-durable.fr/) et qu'elle a piloté en 2019 une étude de faisabilité du déploiement d'un centre de ressources pour promouvoir à l'international ce même bâti tropical durable ;

- l'Établissement public foncier d'aménagement de la Guyane (EPFAG) a lancé un appel à projets début 2020 pour faire remonter des projets architecturaux d'habitat tropical.

Des expériences « d'habitat léger » ont été aussi avancées. Marie-Christine Roger, chargée de mission outre-mer auprès du directeur de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages à la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP), a ainsi présenté les perspectives sur les tiny houses : « Nous travaillons également avec le PUCA sur un 2ème appel à projets plus large appelé "un toit pour les plus démunis en outre-mer" puisqu'il devrait concerner l'ensemble des cinq DROM. Il vise à développer une offre de petits logements à coût abordable et, potentiellement, des logements plus légers en termes de conception architecturale, beaucoup moins coûteux grâce aux techniques employées.

La DHUP précise également que « ces logements auraient vocation à accueillir soit des structures d'hébergement, du logement locatif social classique ou du logement locatif très social adapté. Il sera demandé de proposer soit des constructions pré-industrialisées sur le modèle de ce que j'ai présenté sur Majicavo à Mayotte, soit d'autres projets qui peuvent être mis en place relativement facilement... Ainsi, pour ces logements, et à titre expérimental en matière d'accessibilité, si les bâtiments ont peu d'étages, il pourrait être envisagé de revoir l'obligation d'ascenseur à partir du R+2. Il faudra peut-être également revoir et simplifier les règles en matière d'acoustique et de thermique »331(*).

Elle a indiqué que des architectes qui travaillent sur l'opération de Mayotte sont aussi des chercheurs. Ils sont en train de concevoir des solutions techniques de type « vélum », utilisées dans la marine, qui seraient tenues par des filins en acier pour tenir au vent. Mais ces innovations seraient plutôt destinées à des structures d'hébergement.

La notion d'habitat léger ne va pas sans débats comme l'a relevé Pierre Papadopoulos : « où est la limite entre l'adaptation et ce qui peut être perçu comme une sous-qualité ? On peut tout à fait réaliser de l'habitat adapté. Mais en quoi consiste-t-il ? En réalité, il est souvent perçu comme un habitat de moindre qualité. Les choses sont ici très délicates et devraient être discutées » 332(*).

(1) Une prise de conscience locale, levier pour l'économie et l'emploi
2. Privilégier les matériaux locaux biosourcés
a) Des possibilités nombreuses et prometteuses
(1) La renaissance de la brique compressée à Mayotte

La filière de brique compressée mise en place par la SIM dans les années 1980 et 1990 est l'exemple d'un modèle reposant sur l'adaptation au contexte socio-économique local, l'utilisation des circuits courts et des matériaux biosourcés. Un des intérêts de cette technique est aussi de permettre l'autoconstruction partielle encadrée (c'était le cas des cases SIM).

Éric Ruiz, ex-responsable de l'habitat social de la Société Immobilière de Mayotte (SIM) a rappelé les enjeux de cette filière qui dépassaient l'aspect de cette technique : « La politique de l'habitat à Mayotte présentait l'intérêt de ne pas aborder le sujet uniquement par le prisme technique de la brique de terre comprimée ou d'une filière de production de matériaux mais de l'aborder dans sa globalité, en incluant notamment une approche culturelle. Les élus et les institutions politiques de l'époque s'étaient totalement émancipés du cadre métropolitain pour se donner la liberté de créer un modèle spécifique basé sur l'expérimentation et l'innovation, transthématiques, incluant notamment une étude des modes de vie de la population par un ethnologue. Cette approche avait pour objectif de faire de la politique du logement un outil de développement local ».333(*)

Ces solutions présentent également un intérêt quand elles s'inscrivent dans des démarches de formation-insertion professionnelles des occupants, avec l'exemple du LES (Logement évolutif social) mixant l'intervention d'entreprise par la construction principale et celle des occupants pour des travaux d'achèvement.

Une filière en cours de revitalisation :
la brique de terre compressée (BTC)

La brique de terre compressée, communément appelée « BTC » est un matériau de construction fabriqué à partir d'argile tamisée, comprimée dans une presse mécanique. Son utilisation à Mayotte constitue un exemple de réussite architecturale en matière d'adaptation aux conditions tropicales.

Cette technique de construction fut très utilisée à Mayotte dans les années 1980-1990. La ressource en terre crue, présente en quantité sur l'île, a permis à la brique de terre compressée d'être l'objet d'une industrie florissante. Durant cette période, 20 000 logements, « cases SIM », furent construits par la Société Immobilière de Mayotte (SIM) en collaboration avec l'architecte Vincent Liétar, de même que de nombreux bâtiments publics de l'île (écoles, aéroport, préfecture, etc.). Une dizaine de petites et moyennes entreprises (PME) et d'artisans locaux fabriquaient localement des briques de terre compressée.

L'introduction progressive des normes hexagonales sur l'île dans les années 1990-2000, qui méconnaissaient ces pratiques de construction en terre crue, conduit, en quelques années, à l'effondrement de ce réseau de construction au profit des constructions en béton ou en parpaing. L'utilisation du ciment, un matériau cristallin qui a des caractéristiques thermiques moins efficientes que la brique de terre compressée, est peu adaptée aux conditions et modes de vie mahorais.

Depuis 2012, la réglementation ayant évolué avec l'introduction des garanties dommage-ouvrage (DO) et la garantie décennale obligatoire, la SIM a abandonné l'utilisation de la brique de terre puisqu'aucun assureur n'accepte de s'engager sur ce produit « non normé » à ce stade. Il persiste toutefois un engouement des maîtres d'ouvrages et de quelques professionnels du bâtiment pour ce type de construction.

L'association ART Terre travaille actuellement à la normalisation de ce produit. En juin 2018, la brique de terre compressée obtient une ATEX A (Appréciation Technique d'Expérimentation de type A), une procédure rapide d'évaluation permettant d'apprécier les procédés et techniques du produit de construction.

Les règles professionnelles, qui permettront de pérenniser la technique de pose de la BTC et son assurabilité pour les maîtres d'ouvrages et les maîtres d'oeuvre, sont en cours de rédaction et prévues pour le troisième trimestre de 2021.

Par ailleurs, le programme OMBREE porté par l'Agence Qualité Construction (AQC) soutient un projet de qualification des techniques d'usage de la terre crue. Ce projet TOMA (Terre d'Outre-mer Améliorées), commun à Mayotte et à la Guyane, vise à initier une structuration de la filière de construction en brique de terre crue.

Les nombreux concours architecturaux en vue de la construction de collèges et de lycées à Mayotte montrent que le rectorat soutient la brique de terre comprimée. Par ailleurs, les lycées techniques commencent à développer des formations à ce matériau, qui connaît ainsi un nouveau départ. En outre, les techniques traditionnelles de cloisons intérieures en torchis et en bambou, la mise en place d'ossature et d'autres techniques de terre permettent de limiter les besoins en ciment.

Arnaud Misse, responsable du pôle matériaux de CRAterre a rappelé que son association a accompagné la mise en place de la filière « Bloc de terre comprimée » à Mayotte au début des années 1980, conduisant à la création de quatorze briquèteries sur le territoire, alimentant majoritairement la construction de l'habitat social mais également de l'habitat locatif, des équipements scolaires et des bâtiments administratifs.334(*)

Cette expérience présentait aussi un intérêt environnemental, alors que le territoire était confronté à une problématique d'accès au granulat et que les constructeurs utilisaient le sable des plages pour produire des parpaings, ce qui entraînait un risque écologique pour le lagon. Mayotte était également confrontée à des difficultés d'importation des matériaux. Or la terre constituait une ressource disponible en abondance. Mayotte possédait par ailleurs une carrière de pouzzolane, roche naturelle constituée par des scories volcaniques.

La renaissance de la filière de la brique de terre comprimée mérite donc d'être accompagnée par d'autres expérimentations. Il convient d'encourager la constitution de filières associant architectes, bureaux d'études, entreprises et donneurs d'ordres autour de ce matériau.

Proposition n° 72 : Conforter la relance de la filière BTC en intégrant dans les cahiers des charges des opérations d'aménagement l'obligation de recours à des matériaux locaux.

(2) Des potentialités dans chaque territoire 

Or, sur chaque territoire ultramarin335(*), il existe des potentialités importantes, liées aux richesses naturelles des outre-mer : pin des caraïbes en Polynésie, bambou, bagasse, falcata...

À La Réunion, de nombreuses possibilités de matériaux locaux ont été expérimentées : bois de cryptomeria, bois de goyavier, moellons en basalte, pisé, bambou, bagasse, paille de vétiver... En revanche, le risque termite reste un handicap pour certains bois eu égard à la toxicité des produits utilisés dans la lutte contre cet insecte, et dans l'attente d'un traitement naturel de remplacement (expérimentation en cours).

Une étude « Isobiodom » a été réalisée en 2019 par le CIRBAT avec la collaboration des centres techniques nationaux dans le cadre du programme PACTE sur 4 ressources biosourcées locales (bagasse - vétiver - bois de goyavier et copeaux de cryptoméria). Elle concerne principalement l'application de ces ressources dans l'isolation. Les premiers résultats ont été prometteurs ; une suite sous la forme d'une étude de faisabilité technico-économique de la mise en production de ces solutions innovantes est envisagée dans la cadre du plan France Relance.

Selon les territoires, l'utilisation du bois est à envisager en fonction des surfaces de forêts et du rapport à la population. Même en Guyane 336(*) où la ressource semble abondante, la préservation de la forêt est un sujet de vigilance. Le bois de construction provient de la forêt gérée par l'Office national des forêts (ONF). « Le système d'exploitation du bois est très vertueux sur le plan environnemental, mais, sur le plan économique, il est peu pérenne - et c'est un euphémisme » selon Pierre Papadopoulos, directeur général adjoint de la DGTM337(*).

Depuis la fin de l'année 2020, un programme régional de la forêt et du bois (accord entre la Collectivité territoriale de Guyane et l'État) vise à exploiter des plantations le long de la bande littorale pour ne plus prélever dans la forêt amazonienne d'ici 20 à 30 ans.

À la Martinique, sur le programme déjà cité au Prêcheur, Marie-Christine Roger, chargée de mission outre-mer auprès du directeur de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages à la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP) a évoqué un prototype en bambou sélectionné : « Le bambou constitue un matériau biosourcé, facilement renouvelable avec une excellente empreinte environnementale. Un autre prototype va être réalisé en gabions »338(*).

En Polynésie française, le ministère de l'agriculture et la direction de l'habitat et de la ville ont travaillé conjointement sur les normes de construction en bois local. Depuis deux ans, le pin des Caraïbes est certifié pour être du bois de structure339(*). L'USH a reconnu que l'utilisation du pin des Caraïbes figurait parmi les initiatives existantes. Mais Emmanuelle Cosse a rappelé que « pour mener à bien ce projet, il convient de s'appuyer sur une filière bois industrielle, qui n'est pas toujours présente, et d'obtenir le suivi de la certification »340(*).

Proposition n° 73 : Développer, avec l'aide des organisations professionnelles, la formation d'artisans locaux spécialisés dans les matériaux biosourcés.

b) ...qui implique des mesures d'accompagnement
(1) Encourager des filières complètes

Les évolutions comme PACTE (Programme d'action pour la qualité de la construction et de la transition énergétique) ou la loi ELAN sont potentiellement favorables aux matériaux biosourcés outre-mer.

Selon Andreas Krewet, ingénieur, membre du conseil d'administration de l'Association AsTerre, «  Il conviendrait de mieux intégrer l'utilisation de matériaux locaux (terre, bois, etc.), mieux articuler le travail du CSTB avec celui d'autres acteurs que sont les architectes, bureaux d'études, maîtres d'oeuvre publics, etc., et de mieux organiser cette filière sur les territoires ».

Proposition n° 74 : Encourager la constitution de filières complètes de matériaux associant architectes, bureaux d'études, entreprises et donneurs d'ordres.

(2) Réduire l'usage du béton au profit des matériaux locaux

Lors des auditions, d'autres matériaux et techniques ont souvent été mentionnés comme étant susceptibles de se substituer avantageusement au béton.

À propos de l'application de certains textes réglementaires ou normatifs, conçus dans le contexte métropolitain, qui peuvent s'avérer inadaptés aux conditions réelles de mise en oeuvre ou de la vie des ouvrages, Gérard Terrien, de la Cour de comptes a cité les conditions de réalisation des bétons « puisqu'il est établi que la température du béton, au moment de sa mise en oeuvre, ne doit pas dépasser 32°C. Cette remarque renvoie aussi à l'intérêt d'utiliser le béton lorsque les matériaux locaux sont beaucoup plus efficaces. Il faut donc établir des normes pour que ces règles de l'art s'inscrivent dans les pratiques. Les matériaux conformes aux exigences réglementaires élaborées dans un contexte métropolitain, peuvent se dégrader rapidement compte tenu des conditions climatiques (humidité, salinité de l'air, etc.) ou de la présence de termites par exemple » 341(*).

Selon Benoît Zeller, directeur opérationnel de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) : « Le recours par les collectivités territoriales à des bureaux d'études dont les pratiques ne sont pas forcément spécifiques aux DROM conduit souvent à déconnections avec les réalités locales. On nous a ainsi proposé du béton désactivé pour Mayotte, qui est lourd de conséquences en termes d'import et de bilan carbone alors que des solutions locales existent. Nous incitons les architectes locaux et les bureaux d'études à une vigilance pour le recours à des matériaux locaux »342(*).

S'agissant de l'adaptation des bâtiments aux conditions climatiques, Stéphane Brossard, en charge de l'antenne de La Réunion du Bureau de normalisation des techniques et équipements de la construction de bâtiment (BNTEC) a précisé que « La filière sèche permet de s'exonérer de l'utilisation systématique de béton prêt à l'emploi qui pose problème. Du fait du problème de la ressource en cailloux dans nos territoires, cette filière peut constituer une alternative qu'il faut regarder de très près puisqu'elle permet de construire à des coûts et délais maîtrisés. Je pense que si des DTU, notamment le DTU 32.3, étaient amendés, cette technique, très peu utilisée au niveau national, pourrait être généralisée sur nos territoires ultramarins » 343(*).

Même constat pour Antoine Rousseau, directeur général de la Société immobilière de la Guadeloupe (SIG)344(*) : « Nous devons nous concentrer sur les coûts de construction, notamment avec de nouveaux procédés que nous avons intérêt à engager sur le territoire, par exemple un mix béton/bois, ou encore la décarbonation partielle de nos travaux à l'aune du coût futur du ciment carboné. Il faut se demander si ces nouveaux procédés peuvent accompagner une ingénierie qui permette de répondre efficacement et à moindre coût aux enjeux de vulnérabilité sismique dans les constructions ».

Pour Andreas Krewet, ingénieur, membre du conseil d'administration de l'Association AsTerre, l'emploi de matériaux de substitution contribuera à réduire les coûts de construction, « il est nécessaire d'adapter l'architecture en outre- mer au climat tropical et aux ressources, tout en réduisant les importations pour réduire le coût. La baisse des coûts suppose de réduire l'utilisation de ciment ». Il considère qu'« il convient d'essayer de limiter les importations de ciment en intégrant cet objectif dans la conception du bâtiment, en limitant son utilisation aux murs extérieurs par exemple »345(*).

Proposition n° 75 : Limiter les importations de ciment en réduisant son utilisation et en intégrant cet objectif dans la conception des bâtiments.

(3) Le soutien des collectivités locales et de l'État

Ce type d'évolution nécessite néanmoins un soutien économique, technique et opérationnel.

On l'a dit, un travail important est à entreprendre sur les normes et les référentiels : tests, certification et valorisation (voir Partie 2). L'exemple calédonien ou encore les labellisations conduites dans l'Hexagone avec la certification « Bois des Alpes » ou « l'AOC Bois de Chartreuse », qui ont permis de relancer l'utilisation de bois local, montrent des exemples de réussite.

Pour développer ce type de filières, de nombreuses conditions doivent être réunies : organiser la demande pour effectuer une montée en charge progressive ; soutenir la filière par la commande publique ; favoriser l'émergence des acteurs privés ; former aux techniques concernées, notamment les jeunes...

S'agissant du volet très important de la formation, comme l'a indiqué le directeur des opérations du Service militaire adapté (SMA), Christian de Villers, cela suppose de renforcer l'attractivité des métiers correspondants. Cela passe aussi par le développement de plus de filières de formation par l'éducation nationale, par des organismes de formation d'adultes, mais cela s'accompagne aussi, pour attirer le public, d'une revalorisation salariale des  métiers de la construction (maçon, terrassier, plombier, peintre, carreleur...)346(*).

Dans cette perspective, au fil des auditions, plusieurs propositions ont été émises qu'il conviendrait d'approfondir :

- favoriser le soutien opérationnel et l'accompagnement des maîtres d'ouvrage et des élus, afin de leur permettre de mener des expérimentations ;

- assouplir le cadre des opérations immobilières ou d'aménagement, par exemple en réservant des marchés à des entreprises de petite taille ou en organisant des opérations de conception-réalisation ;

- développer des pôles d'expertise locaux lors du montage de projet pour permettre la réalisation d'opérations expérimentales, en accompagnant les financeurs, les maîtres d'ouvrage et les concepteurs


* 329 Audition du ministre du logement polynésien, 25 mars 2021.

* 330 Audition Habitat innovant, 1er avril 2021.

* 331 Audition DGOM/DHUP, 21 janvier 2021.

* 332 Table ronde Guyane, 6 mai 2021.

* 333 Table ronde Mayotte, 18 février 2021.

* 334 Table ronde Habitat innovant, 1er avril 2021.

* 335 À l'exception peut-être de Saint-Pierre-et-Miquelon dont les potentialités s'inscrivent plus dans un ensemble régional

* 336 Table ronde Guyane, 6 mai 2021.

* 337 Ibid.

* 338 Audition DGOM/DHUP, 21 janvier 2021.

* 339 Audition Polynésie, 25 mars 2021.

* 340 Audition USH, 28 janvier 2021.

* 341 Audition Cour des comptes, 4 février 2021.

* 342 Audition ANRU, 4 mars 2021.

* 343 Audition BNTEC, 11 mars 2021.

* 344 Table ronde Guadeloupe, 15 avril 2021.

* 345 Audition Habitat innovant, 1er avril 2021.

* 346 Table ronde La Réunion, 13 avril 2021.