C. LA NÉCESSITÉ ABSOLUE ET URGENTE DE METTRE FIN À LA CRISE HUMANITAIRE CONCERNANT LES FEMMES, LES ENFANTS ET LES OTAGES À GAZA
1. L'intervention de Mme Anne Stambach-Terrenoir, au nom du groupe GUE
Monsieur le Président.
Madame la rapporteure.
Depuis octobre 2023, plus de 47 000 personnes ont été tuées à Gaza selon l'UNICEF, dont plus de 14 500 enfants.
Plus de 111 000 blessés, dont plus de 24 940 enfants.
Des centaines de tout petits sont morts faute d'électricité pour alimenter leurs couveuses.
Au total, 70 % des victimes sont des femmes et des enfants.
Des milliers de civils innocents. Et pour les survivants : la faim, la soif, la poussière, le froid, les maladies.
Voilà des mois qu'Israël viole le droit international en toute impunité, des mois que les organisations internationales ont alerté le monde entier. Mais jusqu'ici, les cris des Gazaouis n'avaient trouvé que peu d'écho dans cet hémicycle.
Je crois, chers collègues, que notre Assemblée, par son silence, n'a pas été à la hauteur de son aspiration à être la gardienne des droits de l'homme.
Avec cette importante résolution, nous élevons enfin la voix.
Le cessez-le-feu en cours est fragile et temporaire : nous réclamons qu'il soit permanent, que les otages soient rendus de part et d'autre, que se taisent bombes et fusils pour de bon, alors que des dizaines de Palestiniens ont encore été tués ces derniers jours, alors qu'une vaste offensive s'abat sur la Cisjordanie occupée, après les opérations meurtrières au Liban et en Syrie, au mépris du droit international.
Nos pays doivent ensemble faire respecter les obligations au titre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Car oui, c'est une entreprise génocidaire qui se déroule sous nos yeux.
Un Comité spécial des Nations Unies l'affirme : les méthodes de guerre utilisées par Israël à Gaza relèvent du génocide, notamment l'utilisation de la famine comme arme de guerre. Et M. Netanyahou fait maintenant l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Nous demandons justice.
Soixante-six pour cent du territoire de Gaza a été détruit, 95 % des écoles ont été rasées, et il y a un mois à peine, le dernier grand hôpital opérationnel était réduit en cendres. Alors, quel avenir pour les enfants de Gaza ? Beaucoup ont vu l'insupportable : ils ont perdu leurs parents, leurs frères et soeurs, ils souffrent de troubles mentaux, de malnutrition, même la poliomyélite est de retour, et les médicaments manquent.
Or, les enfants font l'objet d'une protection particulière, comme rappelé dans le rapport. Et pour cause : ils sont notre avenir collectif. Ils ont droit, même en pleine guerre, à un accès continu à une éducation, une alimentation et des soins adaptés à leur âge. Ici, tout est balayé.
Gaza, c'est le pays avec le plus d'enfants amputés au monde. Tant d'entre eux auraient pu être soignés ! Tant d'entre eux ont subi l'horreur d'une amputation sans anesthésie ! Et aujourd'hui, ni rééducation, ni prothèse, ni quoi que ce soit pour se reconstruire.
L'aide humanitaire est entravée, et pire, Israël interdit maintenant l'UNRWA sous des prétextes fallacieux : c'est inacceptable. Cette agence de l'ONU est la seule planche de salut pour la population de Gaza dévastée, et on voudrait la lui enlever dès demain ?
Ne laissons pas faire. Nos pays membres doivent faire pression et s'engager eux-mêmes pour financer l'UNRWA de toute urgence. L'accès à l'aide humanitaire doit être total, sûr et rapide.
Avec les enfants de Gaza, c'est notre humanité profonde qui a été bombardée. C'est notre humanité qui est mutilée.
Le temps leur est compté, alors soyons les outils déterminés d'une pression internationale trop longtemps attendue.
Nous sommes tous des enfants de Gaza.
Je vous remercie.
2. L'intervention de Mme Nicole Duranton
Monsieur le Président.
Mes chers collègues,
Je veux remercier et féliciter notre collègue Mme Saskia Kluit pour son rapport sur la nécessité absolue de mettre fin à la crise humanitaire à Gaza.
Membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat français, je me suis rendue à Gaza en juillet 2022 avec des collègues de la commission avant l'attaque terroriste odieuse perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023. J'avais échangé avec des jeunes Gazaouis : j'avais pu alors mesurer leur détresse, leur souffrance, leur sentiment d'être abandonnés, d'être prisonniers de cette enclave. « Nous sommes prisonniers du Hamas », m'ont-ils dit. Ils n'étaient jamais sortis de Gaza.
Suite à ce déplacement, après de nombreux échanges avec les autorités israéliennes et palestiniennes, notre commission a rendu un rapport. Nous avions souligné la perte d'espérance politique et de perspective de développement des Palestiniens acculés dans la bande de Gaza. Nous avions aussi pointé le risque d'embrasement généralisé. Nous l'avions pressenti et, malheureusement, cela s'est réalisé.
Je me suis rendue, juste après le 7 octobre, au kibboutz de l'horreur de Beeri, sur les lieux du massacre, et j'ai rencontré des familles d'otages. Je garderai toujours en mémoire l'échange poignant que j'avais eu avec la mère de Romy Gonen, libérée la semaine dernière avec Emily Damari et Doron Steinbrecher, après plus de quatre-cent-soixante-dix jours de captivité.
Rien ne peut justifier l'attaque terroriste perpétrée le 7 octobre 2023, et c'est avec une vive émotion que je le dis, alors que nous commémorons demain le 80e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. Mais rien ne doit en retour conduire Israël à violer le droit humanitaire international, même si nous devons aussi mettre en évidence la stratégie du Hamas consistant à s'abriter derrière des structures civiles et à prendre les civils comme boucliers humains.
Je forme le voeu que le cessez-le-feu annoncé entre le Hamas et Israël tienne, et j'appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de l'ensemble des otages détenus par le Hamas. Aujourd'hui, l'enjeu est de trouver un chemin d'espérance et de développement qui devra, in fine, passer par une solution politique à deux États. Dire cela aujourd'hui peut sembler hors de portée, mais c'est pourtant la seule solution politique possible.
La commission des Affaires étrangères du Sénat français appelait ainsi à examiner les conditions d'implantation à Jérusalem-Est d'une capitale de droit pour la Palestine, à réfléchir à la question de la reconnaissance de l'État de Palestine, à condition de la sortir d'un calendrier partagé d'accession pas à pas à la souveraineté et à fixer un agenda démocratique pour la Palestine avec une garantie internationale sur le déroulement du scrutin en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Elle appelait Israël à abandonner la stratégie de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et prônait la désescalade de la violence.
3. L'intervention de M. Emmanuel Fernandes
Monsieur le Président.
Plus de trente années d'espérance de vie en moins : selon une étude de la revue scientifique The Lancet publiée jeudi dernier, depuis le 7 octobre 2023, l'espérance de vie à Gaza a baissé d'au moins trente ans. Oui, ce chiffre est glaçant, s'agissant d'une population de plus de 2 millions de personnes.
Dès janvier 2024, pourtant, la Cour internationale de justice appelait à protéger les Palestiniens de Gaza contre les actes prohibés par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Se fondant sur les rapports de l'OMS, de l'UNRWA et du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, la Cour estimait que les conditions de vie imposées aux Palestiniens de Gaza, l'impossibilité de leur porter réellement secours et de leur prodiguer des soins, ainsi que le nombre élevé de morts chez les femmes et les enfants, font entrer la situation de l'enclave dans le champ de la Convention sur le génocide.
En mars 2024, cette même Cour internationale de justice ordonnait à Israël de prendre des mesures pour assurer la livraison de l'aide à Gaza, alors que la situation humanitaire dans l'enclave palestinienne bombardée et assiégée se détériorait. Elle demandait à Israël de prévenir le génocide, ce que l'État d'Israël a délibérément ignoré. En décembre 2024, une enquête d'Amnesty International confirmait ce que tout le monde pouvait voir : Israël commettait un génocide contre les Palestiniens et les Palestiniennes dans la bande de Gaza occupée.
Les refus d'obéir aux demandes de la CIJ et de laisser entrer l'aide humanitaire marquaient l'intention génocidaire du Gouvernement israélien. Ce piétinement du droit international par Israël est insupportable et inqualifiable, et il est grand temps que notre Assemblée puisse l'exprimer avec force. Et je félicite et remercie la rapporteure pour son travail.
À peine signé, l'accord de cessez-le-feu à Gaza est déjà menacé, voire transgressé, et parallèlement, les forces israéliennes intensifient le feu sur la Cisjordanie. Lundi matin, le journal israélien Haaretz rapportait qu'une maison a été ciblée sans justification ni avertissement lors d'un raid de l'armée sur la ville de Jénine, tuant une enfant de 2 ans, la petite Laila. Depuis le début de la semaine dernière, l'armée israélienne a lancé une opération d'envergure contre le camp de réfugiés de Jénine, baptisée « Mur de fer », deux jours seulement après le début de la trêve dans la bande de Gaza.
Chers collègues,
Nous ne pouvons accepter qu'Israël, soutenu par des puissances dites occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis mais également un grand nombre de nos États membres, continue de bénéficier de ce double standard.
Oui, les 90 otages israéliens toujours détenus par le Hamas doivent être libérés, de même que les milliers de Palestiniens détenus arbitrairement et torturés en Israël, otages du suprémacisme israélien. Oui, les responsables des actes terroristes, des crimes de guerre du 7 octobre 2023 causant la mort de 1 200 civils israéliens doivent être condamnés. Et oui, Benyamin Netanyahou, poursuivi par la Cour pénale internationale, et les gouvernants israéliens, instigateurs de méthodes génocidaires faisant plus de 46 000 morts sur plus de quinze mois, doivent être châtiés.
Stop à l'expansionnisme, stop à la colonisation. Palestine vivra.
4. L'intervention de M. Didier Marie
Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Je veux tout d'abord remercier notre collègue Saskia Kluit pour son rapport sur la nécessité absolue et urgente de mettre fin à la crise humanitaire à Gaza.
Les chiffres qu'elle rappelle sont édifiants : plus de 43 000 personnes tuées, plus de 100 000 civils blessés, plus de 120 000 personnes décédées à la suite d'affections de longues durées ou de maladies.
La situation est dramatique. Nous l'avons déjà dénoncée lors de précédents débats et il est clair que le droit international humanitaire n'a pas été respecté par Israël, qui a fait un usage disproportionné de la force.
Néanmoins, je veux souligner deux éléments qui me paraissent essentiels, alors que nous commémorerons demain, en présence de l'ancien grand rabbin d'Israël, le 80ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau.
D'une part, il faut rappeler le fait générateur de cet embrasement : l'attaque terroriste perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023.
D'autre part, je soutiendrai les amendements présentés par notre collègue Piero Fassino, qui, d'une part, met en évidence la responsabilité du Hamas qui a utilisé les structures civiles et les habitants de Gaza comme un bouclier et qui relève, d'autre part, que plus de 120 000 israéliens ont été évacués de leurs maisons près des frontières de Gaza et du Liban pendant la guerre, plus de la moitié d'entre eux n'étant toujours pas en mesure de rentrer chez eux en toute sécurité. La manière dont le Hamas a mis en scène ces derniers jours la libération d'otages me paraît abjecte.
Depuis l'inscription de ce débat à notre ordre du jour, je me félicite qu'un cessez-le-feu ait été conclu, que des otages aient été libérés et que les Gazaouis déplacés commencent à regagner le Nord de l'enclave, même si la situation reste peu sûre.
Je m'inquiète néanmoins des actions militaires menées par Israël en Cisjordanie, qui ont pour effet d'affaiblir l'Autorité palestinienne, mais aussi des propos tenus par le Président des Etats-Unis, qui parle de « nettoyer » l'enclave et de déplacer de force des Palestiniens vers la Jordanie ou l'Egypte, au risque, au demeurant, de les déstabiliser.
Ces propos sont irresponsables. Ce serait purement et simplement un nettoyage ethnique, une déportation contraire au droit international. Nous devons les condamner avec la plus grande fermeté. La seule solution, même si elle ne semble pas à portée immédiate, reste l'établissement de deux États.
5. L'intervention de Mme Marietta Karamanli
Monsieur le Président,
Madame la Rapporteure,
Mes chers collègues,
Je voudrais tout d'abord remercier notre collègue Mme Saskia Kluit, rapporteure, pour son rapport qui rappelle le contexte de la guerre ; fixe des priorités concrètes pour les populations les plus fragiles ( enfants, femmes...) et les situations concrètes (l'accès aux soins, l'accès à l'alimentation...) ; précise l'importance des règles du droit humanitaire, qui protège les personnes qui ne participent pas ou plus aux combats et restreint les moyens et méthodes de guerre.
Je souhaite faire deux observations complémentaires.
La rapporteure l'a dit, la situation est désastreuse et les chiffres sont effarants.
Parmi les chiffres estimés par les Nations Unies figure le constat que 90 % des maisons d'habitation ont été endommagées ou détruites.
Cela veut dire que des centaines de milliers de personnes ont été et vont probablement rester déplacées.
Par ailleurs le système éducatif est lui-même en ruine. Là c'est l'espoir d'un avenir pour les plus jeunes qui a disparu.
L'arrêt de ces souffrances suppose un cessez le feu qui existe à ce jour et que nous osons espérer durable.
Les instances internationales en avaient fait un préalable en même temps qu'elles demandaient que les otages soient traités humainement et libérés.
C'est la seule voie pour pouvoir donner un début de raison et d'espoir à une démarche de paix globale.
Ce qui est historiquement un conflit territorial est devenu un conflit engageant aussi de nombreuses puissances régionales et internationales.
Le temps du cessez le feu ne doit pas seulement donner un répit, il doit conduire à ce qu'une esquisse de solution politique soit faite.
Nous devons collectivement soutenir les efforts de celles et ceux qui construisent des ponts au-delà des divisions conventionnelles, au-delà des confessions, en refusant les discriminations et des organisations militaires qui prospèrent sur la peur, la pauvreté et la manipulation.
Nous devons aussi impliquer les États de la région qui peuvent aider à la reconstruction et au développement.
La défense des droits ne peut être vue comme une menace mais la condition d'un retour à la normale.
Merci de votre attention.