F. L'IMMIGRATION, L'UNE DES RÉPONSES AU VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE DE L'EUROPE
1. L'intervention de Mme Marie-Christine Dalloz
Monsieur le Président.
Madame la rapporteure,
Mes chers collègues,
L'Europe vieillit et son équilibre économique est menacé, mais l'Europe continue à séduire et à attirer de très nombreux migrants.
Madame la rapporteure, vous proposez de nombreuses pistes : certaines me semblent très pertinentes, très positives, d'autres plus sujettes à caution.
Face au vieillissement démographique, tout le monde s'accorde sur le fait que les États doivent prendre des mesures pour favoriser la natalité. L'Europe n'est d'ailleurs pas la seule région du monde dans ce cas. Après avoir longtemps imposé la politique de l'enfant unique, la Chine se trouve désormais confrontée à une chute des naissances et tente de mettre en oeuvre une politique nataliste.
Les mesures de soutien à la natalité, bien que nécessaires, seront probablement insuffisantes. L'Europe ne semble pas en mesure d'inverser la tendance.
L'espérance de vie continue à augmenter et la proportion de la population atteignant le quatrième âge aussi. Dans l'Union européenne, le taux de dépendance qui s'élevait à 26 % en 2021 atteindra 57 % en 2050. Le besoin en accompagnement et en soins sera accru.
L'immigration peut être une solution à double titre.
D'une part, elle peut contribuer à rétablir un certain équilibre dans la pyramide des âges : les migrants sont généralement jeunes, ils sont en âge de travailler ; les femmes migrantes ont un taux de fécondité plus élevé que le taux de fécondité des Européennes.
D'autre part, l'immigration peut contribuer à atténuer le déficit de recrutement qui touche le secteur de l'aide à la personne, essentiel pour la population âgée. Ce secteur peine à attirer des employés mais, grâce aux personnes migrantes, particulièrement grâce aux femmes, la population senior d'Europe dispose d'un encadrement quotidien moins contraint.
L'immigration constitue donc bien l'une des réponses au vieillissement démographique de l'Europe. Pour autant, il convient de l'encadrer.
Pour réussir, l'immigration doit s'appuyer sur une base claire. Les droits et les devoirs de chacun - les États et les migrants - doivent être précisés dès le départ. Les États doivent s'assurer de la bonne intégration des migrants. Seule l'immigration légale permettant aux migrants de trouver du travail, de vivre décemment, d'élever leurs enfants et de contribuer aux impôts peut réussir.
La maîtrise de la langue est évidemment primordiale. Des cours d'éducation civique devraient également être dispensés auprès des arrivants pour faciliter leur intégration culturelle. Je suis également très favorable au renforcement de cet enseignement à l'école.
Enfin, je suis convaincue que la formation professionnelle doit aussi être un élément central de la politique pour réussir l'immigration.
Merci de votre attention.
2. L'intervention de M. Didier Marie
Je remercie notre collègue pour son rapport qui met en lumière certains enjeux liés à la contribution que l'immigration peut apporter pour faire face au vieillissement de nos sociétés européennes.
L'immigration est souvent instrumentalisée et certains n'hésitent pas à utiliser des termes alarmistes pour faire des immigrés qui arriveraient en masse la cause de tous nos maux.
Je veux résolument tordre le cou à cette idée. Non, les immigrés ne sont pas les responsables de tous nos problèmes ! Je suis même convaincu qu'ils sont une chance pour nos pays, et je remercie notre collègue d'avoir mis en avant leur contribution au dynamisme économique de nos pays. Bien souvent, ce sont des immigrés qui occupent des fonctions essentielles que nombre de concitoyens ne veulent plus assumer. Il faut le dire franchement !
Un seul exemple : les travailleurs immigrés représentent aujourd'hui environ 20 % des effectifs dans les soins de longue durée en Europe. Selon l'OCDE, il faudra recruter d'ici 2040 13,5 millions de soignants supplémentaires pour maintenir les niveaux actuels de service, dans ce secteur déjà en tension. Nous aurons besoin des travailleurs immigrés.
Je m'oppose à l'idée selon laquelle l'Europe serait submergée par l'immigration, à l'idée que les migrants auraient pour seul but de rejoindre notre Eldorado européen.
Les migrations ont toujours existé et font partie de l'histoire de l'humanité. Nous en connaissons les causes principales : la pauvreté, le dérèglement climatique et ses conséquences, la guerre, le terrorisme. Le rapport 2024 de l'Organisation internationale des migrations évalue à 281 millions le nombre de migrants internationaux dans le monde et à 117 millions le nombre de personnes déplacées en raison de conflits, de violences ou de catastrophes, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré dans l'histoire moderne.
Ni les murs, ni les mers n'arrêteront ces migrants ! Pas plus que ne le feront les populistes et les discours xénophobes !
Assumons dans le discours public la chance que représente l'immigration, qui permet de remédier aux perspectives démographiques négatives que connaît l'Europe, et qui est dès lors l'une des solutions pour préserver notre modèle social, notre modèle de développement, et donc notre cohésion sociale. C'est l'intérêt de l'Europe que d'accueillir des migrants !
Mais assurons-nous de leur donner les moyens de s'intégrer pleinement, en les formant, en éduquant leurs enfants, en leur permettant de maîtriser la langue, d'apprendre, de comprendre et de partager notre histoire et nos valeurs.