B. UN ACTEUR MAJEUR DE LA SOUVERAINETÉ

Outre les volets « posture permanente de sécurité maritime » (PPSM) et « posture permanente de sécurité aérienne » (PPSA), l'action des FAG se décline en trois opérations permanentes : une opération d'intérêt stratégique (Titan) et deux opérations ayant trait à la souveraineté (Harpie et Polpêche), ces trois missions étant conduites en interministériel.

1. La mission Harpie a permis de contenir l'orpaillage illégal sans pour autant l'enrayer

Opération interministérielle de lutte contre l'orpaillage illégal sur le territoire national (TN), elle constitue le volet répressif de la lutte contre l'orpaillage illégal (LCOI). Sur réquisition administrative du préfet de Guyane, les FAG interviennent en appui des forces de sécurité intérieure (gendarmerie, police aux frontières, douanes) ainsi que d'autres administrations (Office national des forêts, Direction générale des territoires et de la mer, Parc amazonien de Guyane).

En moyenne, de l'ordre de 350 militaires sont engagés chaque jour dans des opérations en forêt. Le nombre de sites actifs d'orpaillage illégal se situe entre 450 et 550 pour environ 6 100 orpailleurs dont la quasi-totalité (plus de 90 %) sont brésiliens.

L'opération associe des points de contrôle sur les principales voies de communication fluviales et terrestres avec des patrouilles plus ou moins en profondeur pour combler les zones lacunaires du dispositif fixe. Les patrouilles et les opérations majeures sont conduites par les deux régiments de la composante terrestre, renforcés par des agents de police judiciaire (APJ) et officiers de police judiciaire (OPJ) de la gendarmerie, avec l'appui des moyens interarmées (essentiellement les moyens aériens de la BA 367, ponctuellement les moyens maritimes et le soutien des directions et services des FAG).

Les opérations sont conduites à partir des régiments à Cayenne et Kourou, des quatre bases opérationnelles avancées (à l'ouest à Maripasoula et Saint-Jean sur le Maroni, et à l'est à Saint-Georges et à Camopi sur le fleuve Oyapock) et de plusieurs postes opérationnels avancés temporaires implantés en forêt. Des patrouilles conjointes sont également menées mensuellement avec les forces armées brésiliennes et surinamaises.

Côté gendarmerie, le dispositif Harpie mobilise 277 gendarmes, dont 120 permanents et 157 renforts.

Depuis septembre 2025, la gendarmerie et les FAG disposent d'un état-major conjoint dédié à l'opération Harpie. Cette structure a pour vocation de coordonner l'ensemble des actions menées dans le cadre de la LCOI, en constituant à la fois un pôle d'expertise, un échelon de planification et un centre de synthèse pour la conduite des opérations. Bien que récemment mis en place, cet état-major conjoint a déjà démontré, sur le terrain, toute son utilité en renforçant la cohérence et l'efficacité de la coopération entre les FAG et les forces de sécurité intérieure.

Selon les chiffres de la gendarmerie, pour l'année 2024, la LCOI a permis la saisie de 14,5 kg d'or et 50 kg de mercure. Par ailleurs, 7 683 carbets (habitations sommaires), 66 concasseurs, 600 groupes électrogènes, 93 quads et 178 pirogues ont été détruits, représentant un total d'avoirs criminels s'élevant à 94,5 M€ en valeur.

D'une manière générale, le cadre législatif et réglementaire applicable à la LCOI a été jugé adapté par les personnes rencontrées par la mission. Une difficulté a cependant été soulevée. En effet, l'article L. 621-8 du code minier dispose que, en Guyane, lorsque le transfert des personnes interpellées dans le délai légal de la garde à vue présente des difficultés matérielles insurmontables, le point de départ de cette mesure, ou de la retenue douanière, peut être exceptionnellement reporté jusqu'à l'arrivée dans les locaux compétents, dans la limite de 20 heures. Cette dérogation, autorisée par le procureur de la République ou la juridiction d'instruction, doit être motivée par procès-verbal.

Or ce délai de 20 heures s'avère souvent insuffisant compte tenu des contraintes géographiques et logistiques propres à la Guyane, notamment l'éloignement des zones d'intervention et la difficulté d'accès à certains sites. La mission estime par conséquent nécessaire de porter ce délai à 24 heures, afin de mieux l'adapter aux réalités opérationnelles du territoire guyanais.

Recommandation : porter à 24 heures la durée maximum du report du point de départ de la garde à vue ou de la retenue douanière lorsque le transfert des personnes interpellées dans le délai légal de la garde à vue présente des difficultés matérielles insurmontables.

Au bilan, si l'opération Harpie a permis de contenir le développement de l'orpaillage illégal, elle n'a pas réussi à enrayer durablement le phénomène. Ce dispositif a néanmoins contribué à éviter que la Guyane française ne connaisse, comme le Brésil ou plus encore le Suriname, une déforestation et une pollution massives liée à cette activité.

L'augmentation quasi continue du cours de l'or observée depuis la fin de l'année 2018 rend par ailleurs l'orpaillage illégal de plus en plus attractif, compensant ainsi la diminution de sa « rentabilité » économique résultant des actions menées dans le cadre de l'opération Harpie.

2. La lutte contre la pêche illicite (Polpêche) et le narcotrafic (Narcops)

La pêche illégale demeure un phénomène préoccupant en Guyane, favorisé par le faible développement de la pêche légale.

Selon un rapport de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) de 202422(*), « le nombre de jours de mer des bateaux étrangers clandestins aurait doublé au cours de la dernière décennie ».

Dans ce contexte, l'opération Polpêche de lutte contre la pêche illicite en zone de responsabilité permanente (ZRP) guyanaise s'est logiquement intensifiée ces dernières années, tant en nombre de procédures ouvertes (234 en 2023 puis 373 en 2024 soit une augmentation de 60 %) qu'en quantité de navires déroutés et voués à la destruction (9 en 2023 puis 14 en 2024).

Des opérations coup de poing (opérations « Mako ») sont par ailleurs régulièrement menées afin de lutter contre la pêche non déclarée et non réglementée, garantir la souveraineté dans les eaux françaises face à cette pratique illégale et protéger les ressources halieutiques de la région. Elles permettent en outre de faire face au niveau de violence potentiel voire de le juguler grâce à une politique pénale dissuasive. À titre d'exemple, le 5 octobre 2024, les équipes du patrouilleur Antilles-Guyane La Résolue ont conduit une opération de contrôle en mer qui a permis de dérouter un chalutier et deux embarcations, et a conduit à la verbalisation de six navires en situation irrégulière, ainsi qu'à la saisie de leurs engins de pêche et des produits de la pêche illégale, représentant 27,8 tonnes de poissons, dont 583 kg de vessies natatoires.

Enfin, en matière de lutte contre le narcotrafic (Narcops), les patrouilleurs Antilles Guyane (PAG) des FAG ont vu leur mobilisation s'accélérer lors d'opérations sous contrôle opérationnel des forces armées aux Antilles (FAA) :

- les PAG La Résolue et La Confiance ont réalisé deux saisies de cocaïne pour un total de 11,7 tonnes, dont une saisie le 15 août 2024 de 10,5 tonnes de cocaïne sur un navire ayant chargé sa marchandise en mer au large du Suriname, en zone maritime Guyane (ZMG) ;

- le PAG La Confiance a réalisé une saisie le 9 janvier 2025 de 8,9 tonnes de cocaïne.

La montée en puissance de ce domaine en ZMG nécessite cependant désormais de développer une véritable expertise en la matière et pourrait conduire à une priorisation des opérations.

3. L'opération Titan et l'interrogation liée à la montée en cadence des lancements depuis le centre spatial guyanais

L'opération Titan constitue l'une des missions prioritaires des FAG. Elle vise à assurer la protection périphérique du CSG lors des phases critiques de lancement, grâce au déploiement d'un dispositif de surveillance et de contrôle interarmées couvrant les trois milieux : terrestre, maritime et aérien.

La préfecture de la Guyane définit, par le biais d'un plan de protection externe (PPE) du CSG, les missions et responsabilités des différents services de l'État.

Dans le milieu terrestre, les FAG interviennent sur réquisition administrative du préfet de Guyane, en appui des forces de sécurité intérieure, afin d'assurer la protection externe de cette infrastructure classée « installation prioritaire de défense » (IPD), niveau de classification le plus élevé défini par l'État. Les règles d'emploi de la force applicables sont celles prévues pour les militaires agissant sous réquisition administrative, conformément à l'article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure, identiques à celles des forces de sécurité intérieure.

Dans le milieu maritime, un dispositif particulier de sauvegarde maritime (DPSM) est activé sous l'autorité du préfet de Guyane, agissant en tant que délégué du Gouvernement pour l'action de l'État en mer, afin d'interdire la navigation dans les zones côtières et les approches littorales de Kourou.

Dans le milieu aérien, un dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA) est déployé sur ordre du Premier ministre et placé sous le commandement d'une haute autorité de défense aérienne locale, fonction exercée par le commandant de la BA 367. Selon le degré de criticité du lancement pour les intérêts nationaux ou européens, ce dispositif peut impliquer la projection de renforts venus de métropole, notamment des moyens de chasse ou de détection aérienne (E3F).

Le nombre de jours dédiés à l'opération Titan a connu une diminution significative, passant de 170 jours en moyenne dans les années 2000-2010 à 130 à 140 jours actuellement. Un retour à plus de 30 tirs annuels pourrait porter cette durée à environ 200 jours, avec un impact opérationnel sur d'autres missions, notamment l'opération Harpie, mais également sur les dispositifs de sûreté aérienne et maritime.

4. Un moteur de la coopération régionale

La coopération régionale animée par les FAG est formalisée par les réunions régionales d'échanges militaires (RREM) menées avec le Brésil, le Suriname et le Guyana.

Les accords signés lors de ces RREM portent sur les activités opérationnelles, les activités de formation, le partage d'expertise et les cérémonies et commémorations pour créer et maintenir la connaissance mutuelle et le lien entre nos armées.

Les FAG accueillent ainsi chaque année plus de 2 000 stagiaires au Centre d'entraînement en forêt équatoriale (CEFE) et organisent des exercices multinationaux comme Fer de lance ou Jaguar, associant les forces du Suriname, du Guyana et du Brésil. Ces activités renforcent l'interopérabilité et contribuent à la stabilité régionale.

Les principaux volets de coopération avec les pays du Plateau des Guyanes

Coopération avec le Brésil

Les accords de RREM prévoient un certain nombre d'actions de partenariat, aussi bien en termes de formation que d'opérations, sur les sujets de la LCOI et de la LCPI. Les actions de représentations sont également nombreuses (fêtes nationales, jour du soldat).

- LCOI : les opérations conjointes Rochelle (9 par an, niveau section) et Jararaca (2 par an, niveau bataillon) montrent une bonne interopérabilité entre nos forces.

- LCPI : une première patrouille conjointe à la frontière est prévue prochainement, ce qui est inédit depuis trois ans.

- Fer de lance 2025 : participation d'une section du 34e BIS et d'officiers observateurs au poste de commandement interarmées de théâtre (PCIAT).

- Formations : échanges de candidats à des stages au Brésil ou en Guyane (Terre, Air ou Mer).

Un approfondissement de la coopération assurée via l'officier de liaison Marine est souhaitable en vue d'intervenir sur les navires et sociétés de pêche brésiliennes.

Coopération avec le Suriname

Les accords de RREM prévoient un certain nombre d'actions de partenariat en termes de formation et d'équipement des forces de défense du Suriname par les FAG :

- LCOI : en complément des patrouilles Pirai (quatre fois dans l'année) et Aimara (deux fois dans l'année), les FAG réalisent un ensemble d'actions de soutien capacitaire et de formation : équipements individuels, armements individuels (300 FAMAS), drones tactiques, pirogues motorisées et formations au profit d'une section spécialisée sur le modèle de la section de commandos de recherche et d'action en jungle (CRAJ) du 9e RIMa (projet mis en route depuis la RREM de novembre 2023 et largement entamé).

- Formations : stages type Jaguar, aguerrissement, formations spécialisées et DIO au profit de la section spécialisée.

- Participation à Fer de lance 2025 : une section d'infanterie sur véhicules et des officiers observateurs au PCIAT, au 9e RIMa, embarqués sur PAG et à la BA367.

À cela s'ajoutent des activités de représentation à Cayenne et au Suriname.

En matière de LCPI, aucune coopération n'est encore déployée.

Coopération avec le Guyana

Les accords de RREM prévoient un certain nombre d'actions de partenariat militaire opérationnel (PMO) au profit de la Guyana defence force (GDF), principalement pour de la formation tactique.

- de nombreuses actions de représentation sont faites à l'occasion des fêtes nationales, des commémorations de Bazeilles, Camerone, et notamment dans le cadre d'une stratégie de réassurance de la France auprès du Guyana dans le contexte du différend avec le Venezuela concernant la région de l'Essequibo (passage du groupe Jeanne d'Arc avec accueil d'autorités du Guyana à bord en mer en avril 2025, présence d'une délégation FAG en tenue à la fête nationale du Guyana).

- le Guyana est demandeur de nombreux détachements d'instruction opérationnelle (DIO) et détachements d'instruction technique (DIT), principalement sur son territoire.

- sur le volet terrestre, les GDF participent aux stages Jaguar ainsi qu'à des formations d'aguerrissement au CEFE.

Elles ont aussi été parties prenantes de l'exercice Fer de Lance 2025 avec une section d'infanterie avec le 9e RIMA, des observateurs au PCIAT et des personnels embarqués sur PAG.

Source : état-major des armées, réponse au questionnaire


* 22 Ifremer, Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins et WWF de Guyane, Estimation de la pêche illégale étrangère en Guyane Française, juin 2024.

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