C. DES EFFORTS CAPACITAIRES ET EN MATIÈRE DE CONDITION DU PERSONNEL QUI DOIVENT ÊTRE POURSUIVIS

1. Des équipements en phase de renouvellement, mais qui demeurent dimensionnés au plus juste

La LPM pour les années 2024 à 2030 porte une ambition particulière pour les armées outre-mer, visant à renforcer l'aptitude des forces à défendre la souveraineté, protéger les intérêts français et contribuer à la stabilité régionale. Cette ambition a été déclinée par l'EMA dans un schéma directeur outre-mer (SDOM), qui traduit l'impératif de rattrapage pour renouveler les équipements au standard des forces de l'Hexagone et adapter les forces aux opérations actuelles et futures.

Dans le domaine terrestre, le matériel utilisé en Guyane est vieillissant : les véhicules utilitaires tout chemin affichent par exemple une moyenne d'âge supérieure à 30 ans. Un plan de renouvellement est engagé, incluant le remplacement des véhicules tout-terrain, des moteurs de pirogues et l'acquisition de drones destinés à appuyer les missions de terrain.

La montée en puissance du 9e RIMa et 3e REI doit s'accompagner d'une série de mesures de modernisation : création de sections du génie, renforcement des capacités de défense sol-air et mise en place d'une unité de lutte anti-drones (LAD).

S'agissant des capacités aériennes, la loi de programmation militaire (LPM) pour les années 2024 à 2030 prévoit un renforcement du dispositif des FAG. Les principales mesures prévues en LPM sont les suivantes :

le remplacement des hélicoptères Puma, dont l'âge moyen atteint 50 ans, par quatre Caracal, livrés en deux phases, en 2025 et 2026. Les deux premiers appareils, accompagnés de leurs équipages et équipes de maintenance, sont arrivés en Guyane en août 2025, comme a pu le constater la mission sur place ;

- le renouvellement des hélicoptères Fennec (35 ans d'âge moyen) par quatre hélicoptères interarmées légers (HIL) Guépard à l'issue de la LPM ;

la modernisation du centre de commandement et de maintenance (CCM), dont les équipements ont une vingtaine d'années, prévue pour 2027, avec à terme la création d'une capacité d'accueil pour avions gros porteurs.

le remplacement progressif des avions CASA (27 ans d'âge moyen) par les avions issus du programme d'avion de transport d'assaut du segment médian (ATASM) après la LPM. Si les CASA restent adaptés aux besoins actuels, leur charge utile limite leur rayon d'action. Une rénovation avionique est donc programmée d'ici 2028 qui devra prendre en compte cette contrainte.

le déploiement ponctuel de drones moyenne altitude à longue endurance (MALE) et d'avions de surveillance et de reconnaissance (ALSR).

Si les mesures prévues en LPM commencent à produire leurs effets, la mission a pu constater que la disponibilité réduite des hélicoptères de manoeuvre demeure un facteur contraignant pour les opérations. Un dispositif d'affrètement civil est certes utilisé pour pallier les difficultés en matière de ravitaillement logistique, mais toute indisponibilité des hélicoptères empêche le maintien de l'alerte d'évacuation médicale, conduisant à la suspension temporaire des opérations en zone de jungle.

S'agissant des moyens maritimes, la base navale de Dégrad-des-Cannes (BNDDC) verra sa flotte progressivement modernisée. Les unités de la gendarmerie maritime, dont la moyenne d'âge avoisine les 20 ans, seront remplacées par deux vedettes de nouvelle génération (VGMAR) d'ici 2031.

Les patrouilleurs Antilles-Guyane (PAG), en service depuis environ huit ans, et l'engin remorqueur de la flotte (ERF), âgé de dix ans, restent pleinement opérationnels. Ils assurent les missions de surveillance des approches maritimes, de police des pêches et de lutte contre le narcotrafic.

La capacité amphibie a par ailleurs été restaurée en 2025 avec l'arrivée d'un engin de débarquement amphibie standard (EDA-S), venu remplacer l'ancien chaland de transport de matériel (CTM).

Enfin, l'Albatros (Falcon 2000), successeur du Falcon 50, devrait offrir dès 2027 une capacité accrue de surveillance maritime grâce à ses performances renforcées et à ses déploiements réguliers au large des côtes guyanaises.

2. L'enjeu de la modernisation des infrastructures opérationnelles, en particulier la base aérienne 367

Le SDOM intègre aussi la remise à niveau des infrastructures, dégradées par l'âge et la rudesse des conditions climatiques. Les travaux nécessaires doivent permettre le renouvellement capacitaire, et également améliorer les conditions de travail.

En particulier, la base aérienne 367 doit subir prochainement d'importants travaux de modernisation. Seul point d'appui souverain français couvrant l'ensemble des fuseaux horaires du continent américain, la BA 367 est aujourd'hui saturée, ses infrastructures actuelles s'avérant sous-dimensionnées, voire inadaptées.

En effet, la base s'est développée au fil du temps par « sédimentation », sans réel plan d'ensemble. L'objectif du plan de modernisation inscrit dans le SDOM consiste ainsi à lui redonner de la cohérence. A titre, d'exemple, le ravitailleur MRTT ne peut pas stationner sur la base militaire, mais doit être positionné sur l'aéroport civil. Or cette situation pourrait poser problème à terme avec le changement prévu de concessionnaire : le futur gestionnaire de l'aéroport civil sera un groupement dont l'objectif devrait être le développement du trafic civil. Il apparaît par conséquent nécessaire que la base puisse accueillir ce type d'appareils de même que des A400M venus de l'Hexagone.

La création d'un parking pour gros porteurs comprenant six emplacements prévus par le SDOM devrait permettre de répondre à cette problématique.

Plus généralement, la modernisation de la flotte des FAG rend cette évolution indispensable, les nouveaux appareils étant beaucoup plus volumineux. L'hélicoptère Guépard est par exemple 2,5 fois plus grand que le Fennec, nécessitant davantage de surface et des infrastructures adaptées.

Au total, 36 M€ sont prévus dans la LPM au titre des travaux de modernisation de la BA 367, mais les besoins réels sont estimés à 48 M€ en raison des surcoûts par rapport à la métropole et de l'application de normes environnementales, sources de délais et de surcoûts.

Outre les travaux concernant la BA 367, il est prévu que les zones techniques des deux régiments fassent l'objet d'une réhabilitation complète. Parallèlement, la création d'un hub opérationnel Terre, élément central de la stratégie du point d'appui guyanais, permettra d'assurer le soutien logistique d'une compagnie sur une durée d'un mois.

Pour autant, la mise en oeuvre de ce programme de modernisation des infrastructures reste conditionnée par la trajectoire financière de la LPM en cours, réajustée chaque année dans le cadre de l'ajustement annuel de la programmation militaire (A2PM). C'est pourquoi la mission sera attentive à ce que les moyens inscrits en projets de loi de finances chaque année soient suffisants pour mener les travaux prévus dans le SDOM. Elle rappelle que ces travaux concernent des emprises situées sur le territoire national et constituent à ce titre des investissements de long terme nécessaires pour la protection de nos espaces souverains. Enfin, tout retard pris dans la mise en oeuvre de ces travaux pourrait se traduire par la nécessité de renouveler certaines études en matière environnementale rallongeant d'autant leurs délais de livraison.

Recommandation : inscrire chaque année, en projet de loi de finances, les crédits nécessaires, à hauteur des coûts réels, afin de permettre la conduite à terme, dans le calendrier initialement prévu, du projet de modernisation de la BA 367.

3. Des améliorations nécessaires en matière de condition du personnel
a) Une offre d'hébergement insuffisante

La mission a pu constater sur place le manque criant de places d'hébergement. Les compagnies stationnées au quartier La Madeleine sont actuellement logées dans des hangars à l'issue de leurs missions, en attendant leur retour dans l'Hexagone ou leur redéploiement entre deux missions. Cette période peut, dans les cas les plus longs, atteindre 15 jours.

La montée en puissance prévue dans la LPM, qui devrait se traduire par la création de 250 postes d'ici 2030, rend d'autant plus nécessaire la construction de places d'hébergement supplémentaires. Les besoins sont ainsi estimés à 300 lits.

Recommandation : construire au moins 300 places d'hébergement supplémentaires, en tenant compte de la montée en cadence des tirs depuis le centre spatial guyanais, qui nécessitera une adaptation de l'opération Titan.

b) La question de la scolarisation des enfants des personnels

Plusieurs personnes entendues par la mission ont souligné les difficultés rencontrées par les militaires mutés en Guyane pour assurer la scolarisation de leurs enfants. Ces difficultés se manifestent principalement sous deux formes :

- des notifications d'affectation transmises tardivement, rendant impossible l'inscription des enfants dans les délais requis ;

- des attributions de places scolaires dans des établissements éloignés, parfois situés à plus de trente minutes du lieu de résidence des familles.

Ces contraintes nuisent à l'attractivité des postes en Guyane et peuvent constituer un facteur de découragement pour certains personnels.

La mission recommande, en conséquence, qu'un travail de coordination soit engagé avec les communes de Guyane afin de faciliter la scolarisation des enfants de militaires dans leur commune de résidence.

Recommandation : conclure des conventions entre les forces armées et les collectivités territoriales guyanaises pour permettre l'inscription prioritaire des enfants de militaires dans les établissements scolaires de leur commune de résidence.

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