B. UN ACTEUR MONTANT DES RELATIONS INTERNATIONALES, UNE POLITIQUE EXTÉRIEURE NOTAMMENT MARQUÉE PAR LE DIFFÉREND TERRITORIAL AVEC LE VENEZUELA

Longtemps à la marge des relations internationales, le Guyana entend s'appuyer sur sa puissance économique naissante pour faire valoir sa voix aux plans régional comme international.

A) UNE PRÉSENCE ACTIVE AU SEIN DES ORGANISATIONS RÉGIONALES PERMETTANT AU GUYANA DE FAIRE VALOIR SON AGENDA

Au niveau régional, le Guyana est membre de l'Organisation des États américains (OEA) et de l'Union des nations sud-américaines (UNASUR). Surtout, le pays est membre fondateur de la Communauté caribéenne (CARICOM), dont il accueille le siège, et dont la présidence a été exercée par le président du Guyana, Irfaan Ali, au cours de la première moitié de 2024. Le Guyana s'appuie notamment sur la CARICOM pour renforcer l'intégration régionale des pays de la région et plaide pour une levée des barrières tarifaires entre États membres.

B) LE RENFORCEMENT DES PARTENARIATS DU GUYANA ET SON AFFIRMATION SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE RELEVANT POUR PARTIE D'UNE STRATÉGIE « D'EXTERNALISATION DE LA DÉFENSE DE L'ESSEQUIBO »

Au cours de la dernière décennie, le Guyana a multiplié ses partenariats diplomatiques et s'est affirmé comme un membre actif au sein des organisations régionales et internationales.

La présidence de Joe Biden a ainsi été marquée par un soutien très net de Washington à l'égard du Guyana, en particulier dans le cadre du conflit territorial opposant Georgetown à Caracas. Le changement d'administration aux États-Unis n'a pas remis en cause le soutien américain à Georgetown : le secrétaire d'État Marco Rubio a choisi le Guyana pour son premier déplacement à l'étranger en mars 2025, à l'occasion duquel un mémorandum d'entente visant à renforcer la coopération militaire a été signé.

Cette proximité avec Washington, qui s'explique notamment par l'importance des intérêts économiques américains dans le pays, n'est cependant pas exclusive d'autres partenariats. Le Guyana conserve ainsi des liens étroits avec le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, ou encore avec l'Inde, la présence d'une diaspora indo-descendante influente conférant à cette coopération un poids particulier dans les choix stratégiques de Georgetown. Le pays a par ailleurs développé sa coopération avec la Chine, notamment lors de la visite du président Irfaan Ali à Pékin en 2023, où il a été reçu par le Président Xi Jinping. Plus récemment, le Guyana a engagé une ouverture vers les pays du Moyen-Orient, notamment le Qatar, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

Parallèlement, le « Sud global » - et notamment le Brésil voisin, qui constitue un partenaire majeur, tant pour la coopération agricole que militaire - constitue un pôle d'attraction, même si une certaine distance demeure maintenue.

Le Guyana renforce par ailleurs sa présence dans les organisations internationales. Il a ainsi été élu pour la troisième fois membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2024-2025.

La multiplication des partenariats et de la visibilité internationale du Guyana relève pour partie d'une stratégie de Georgetown « d'externalisation de la défense de l'Essequibo » visant à sécuriser ses intérêts face aux revendications territoriales persistantes du Venezuela.

C) UN ANCIEN LITIGE TERRITORIAL AVEC LE VENEZUELA RAVIVÉ PAR LA DÉCOUVERTE DE GISEMENTS PÉTROLIERS

Depuis son accession à l'indépendance en 1811, le Venezuela conteste le tracé de la frontière avec le Guyana pourtant confirmé par un arbitrage de 1899. La découverte en 2015 de gisements d'hydrocarbures dans la zone a cependant ravivé les prétentions vénézuéliennes.

Ainsi, le 27 mai 2015, le Venezuela publie un décret établissant les zones opératives de défense intégrale maritime et insulaire. En décembre 2018, la marine vénézuélienne intercepte le Ramform Tethys, un navire mandaté par ExxonMobil pour réaliser des études sismiques. Le 7 janvier 2021, le Président vénézuélien, Nicolás Maduro, déclare créer le « territoire de la façade atlantique vénézuélienne ». Deux ans plus tard, le 20 septembre 2023, le Venezuela annonce l'organisation d'un « référendum consultatif pour que le peuple renforce la défense de la Guayana Esequiba et les droits inaliénables du Venezuela sur ce territoire ». Le vote, qui a lieu le 3 décembre 2023, se traduit par un très large soutien aux prétentions vénézuéliennes sur la région, malgré un taux de participation limité (2 millions de votants). Plus récemment, le 25 mai 2025, des élections ont été organisées dans une circonscription spécialement créée à la frontière qui ont vu l'élection de 8 députés et d'un gouverneur pour la Guayana Esequiba.

Il importe que la France poursuive son soutien à Georgetown et réaffirme la nécessité d'un règlement du différend fondé sur le droit international, dans le cadre de la procédure en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ), saisie par le Guyana en 2018.

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