II. LE CHOC DE L'ANNÉE 2025 RAPPELLE QUE LES DÉFIS DE L'AGRICULTURE FRANÇAISE RESTENT INCHANGÉS ET LE BESOIN D'UN CAP EST URGENT

A. L'ANNÉE 2025 MARQUE LE RÉSULTAT D'UN PROCESSUS RAPIDE DE DÉTÉRIORATION DU SOLDE AGRICOLE ET AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS

Selon une analyse transmise au rapporteur par l'Inrae (Vincent Chatellier - UMR Smart), pour l'année 2025, le solde commercial français afficherait une chute de 4,1 Md€, pour s'établir aux alentours de 0, anticipation « optimiste » selon le rapporteur au regard du déficit de 515M€ observé en année glissante à fin novembre.

Cette contre-performance historique ne serait pas tant la résultante des exportations, qui augmenteraient de 1,7 % en 2025, mais plutôt d'un accroissement substantiel des importations, de l'ordre de + 7,7 %. Élément nouveau et inquiétant, sur une détérioration de 4,1 Md€ du solde français, 3,2 Md€ seraient le fait de la balance commerciale avec les pays tiers, seule balance encore excédentaire depuis 2015.

L'essentiel des filières connaîtrait une dégradation de leur solde, avec une chute notable de la filière café, thé, cacao, mais aussi des filières boissons, produits laitiers, fruits, produits de confiserie et viandes de volaille. Ces six filières connaissent toutes une variation négative de leur solde, supérieure, voire très supérieure, à 350 M€. Les filières bovins-vivants et oléoprotéagineux connaîtraient une amélioration de leur solde.

Si l'inflation du prix de certains produits, notamment d'importation, a certes joué un rôle dans ce résultat, il est manifeste que les causes en sont plus profondes, notamment documentées dans le rapport du Sénat de 2022 sur la compétitivité de la ferme France.

B. UNE URGENCE : CELLE DE RETROUVER UN PILOTE DANS LE TRACTEUR FRANCE

Dans le contexte, le rapporteur affirme que les cinq défis identifiés en 2019 demeurent inchangés.

1. Reconquérir le marché national

Le Sénat alerte de longue date sur le piège de la montée en gamme dans lequel certaines filières sont tombées, alors même que l'alimentation demeure la variable d'ajustement du budget de nombreux ménages. La reconquête de notre marché domestique apparaît comme un préalable indispensable au redressement de la ferme France, comme l'illustre la situation de la filière de la volaille, en manque cruel de poulailler alors même que la demande en poulet ou encore en oeufs est croissante.

2. Conquérir des marchés là où la demande va augmenter

Cet objectif demeure plus que jamais d'actualité, dans la mesure où le dynamisme de la demande mondiale est réel et que l'Union européenne est parvenue, ces dernières années, à capter une partie de cette demande. Les difficultés de la filière céréalière, grande exportatrice, récemment évincée de certains marchés, soulignent la nécessité de poursuivre et soutenir cet effort de conquête.

3. Renforcer la compétitivité de l'agriculture française

Il s'agit sans doute ici du « nerf de la guerre », puisque le rapport « ferme France » de 2022 établissait déjà que les deux tiers des pertes de marché de la ferme France sont bien imputables à sa perte de compétitivité, expliquant le grand volontarisme du Sénat en la matière depuis 2022, aboutissant à de réelles avancées pour l'agriculture française à l'instar de la loi « Duplomb-Menonville ». Le poids des normes demeure en outre écrasant, le Premier ministre François Bayrou soulignant même, dans son discours de politique générale du 14 janvier 2025, qu'il représente l'équivalent de 4% du produit intérieur brut français, contre 0,17% en Allemagne et 0,8% en Italie.

4. Lutter contre la concurrence déloyale

Le 16 décembre 2025, le Sénat, réaffirmant à la quasi-unanimité son soutien aux agriculteurs français, a adopté une résolution européenne visant à demander au Gouvernement français de saisir la Cour de justice de l'Union européenne pour empêcher la scission de l'accord avec les pays du Mercosur, dont les conséquences pour l'agriculture française et singulièrement l'élevage pourraient être lourdes. La France gagnerait, dans la perspective des futurs accords commerciaux de l'UE, à avoir une position plus claire, plus ferme et plus constante en matière d'agriculture, et à militer pour un contrôle aux importations plus strict, de sorte que les agriculteurs européens ne soient pas les seuls à faire l'objet d'un contrôle serré et sourcilleux.

5. Maintenir une politique agricole commune ambitieuse

En la matière, les âpres discussions européennes ne font que commencer, mais force est de constater que depuis de nombreuses années désormais, le budget dédié au soutien à l'agriculture est en baisse, et le caractère « commun » de la politique s'étiole. Il s'agit de deux points de vigilance tout à fait majeurs que la première puissance agricole européenne devra mettre et remettre sur la table des négociations.

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Ainsi, si les défis de la ferme France restent globalement inchangés, finalement, la première des urgences semble être, à l'instar des conclusions des rapporteurs de la mission d'information sur l'avenir de la filière viticole, la définition d'un cap, d'une vision politique claire sur l'ambition que souhaite collectivement se donner le pays pour son agriculture. Force est de constater que cette vision fait depuis trop longtemps défaut.

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