H. LES DROITS DES FEMMES EN EUROPE : AVANCÉES ET DÉFIS
L'intervention de Mme Céline Thiébault-Martinez, au nom du groupe socialiste
Monsieur le Président,
Madame la rapporteure,
Chers collègues,
« N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont pas acquis. »
Ces mots de Simone de Beauvoir résonnent particulièrement en moi aujourd'hui comme ils résonnent dans la tête et dans le coeur de toutes celles et de tous ceux qui sont attachés à l'égalité entre les femmes et les hommes.
Être libre de disposer de son corps, choisir d'avoir un enfant, partager équitablement les tâches domestiques, gagner le même salaire, que celui qui a les mêmes diplômes et les mêmes qualifications, vivre dans l'espace public sans s'interroger sur sa tenue ou sur l'heure tardive. Ces droits et ces ambitions politiques qui, il y a quelques mois encore, constituaient la marche naturelle vers l'égalité, et bien ces droits ont perdu une grande part de leur puissance.
Les tensions internationales, les guerres sont devenues un prétexte pour valoriser la force et libérer le discours masculiniste. Tout cela se fait au détriment des femmes et de l'égalité.
En janvier dernier, le gouvernement américain a demandé aux entreprises répondant à la commande publique, de renoncer à leur programme diversité : Meta, Disney et bien d'autres ont accepté de le faire sans sourciller.
92 % des financements de l'USAID ont été coupés avec des conséquences immenses pour les femmes. Au Yémen, de nombreux centres d'accueil pour victimes de violences ont fermé. Au Guatemala, où l'accès à l'avortement est extrêmement restreint, des jeunes filles violées et enceintes sont désormais livrées à elles-mêmes. En Afrique du Sud, en Afghanistan, au Mexique... Partout les ONG alertent sur une situation catastrophique généralisée. En ligne, la violence s'abat sans limites sur nos filles à travers la pornographie hyper violente, sexiste et raciste.
Alors oui, ce débat est urgent.
Urgent, car en 2024, selon l'ONU, les droits des femmes ont reculé dans un pays sur quatre. Urgent, car les conflits armés se multiplient et les violences sexuelles en zone de guerre ont augmenté de 50 % en dix ans. Urgent, car partout sur la planète, en Europe comme ailleurs, les femmes sont prises pour cible, et l'exaltation de la famille traditionnelle est à la mode.
Mes chers collègues,
Ce débat d'urgence, c'est le contexte international qui nous l'impose ! Et je voudrais remercier ici la Commission sur l'égalité et la non-discrimination qui s'est saisie de cette question juste après la CSW, car comme l'a dit la présidente Mme Catia Polidori, lors de notre commission égalité de mardi, « nous ne pouvons pas retourner l'année prochaine aux Nations Unies sans avoir agi ! »
Je remercie aussi Mme Petra Bayr pour son rapport qui présente de façon exhaustive la situation et rappelle notre feuille de route pour agir.
Agir, aujourd'hui, c'est lutter contre les violences faites aux femmes, c'est empêcher les violences en ligne et éduquer nos enfants dès le plus jeune âge. C'est garantir l'accès effectif aux droits sexuels et reproductifs. C'est aussi renforcer encore la participation politique des femmes. Les droits des femmes ne sont ni secondaires ni accessoires. Ils sont au coeur même des droits de l'Homme et ils méritent une attention particulière.
Simone de Beauvoir nous exhortait à rester vigilantes durant toute notre vie.
Je vous appelle à l'être aussi comme le sera le groupe socialiste qui votera pour ce rapport.
Je vous remercie.