J. DÉBAT LIBRE
L'intervention de M. Emmanuel Fernandes
Mes chers collègues,
En cette dernière matinée où nous nous réunissons cette semaine, je souhaite tirer la sonnette d'alarme sur la gravissime menace qui pèse sur notre continent et qui entraîne le piétinement des droits fondamentaux, la mise en danger de l'État de droit, et l'affaiblissement de la démocratie.
Ces attaques sont le fruit de l'extrême droite qui avance partout en Europe avec une stratégie assumée, consistant à saper les contre-pouvoirs, restreindre les libertés et gouverner par la peur. La Hongrie de M. Viktor Orban en est l'exemple le plus manifeste. Depuis 2010, l'État de droit y est méthodiquement affaibli. La justice y est mise sous tutelle, les médias sont muselés, les ONG entravées, la constitution modifiée. Le régime hongrois a fait des personnes minorisées une cible centrale, en particulier les femmes et les personnes LGBTI, de plus en plus stigmatisées et invisibilisées. Le mariage et l'adoption pour toutes et tous y sont interdits ; les contenus pro-LGBTI censurés. Cette année, un nouveau cap a été franchi. La Pride de Budapest a été interdite. Ce n'est pas une décision administrative, c'est évidemment une décision politique, un message de haine envoyé à toute une communauté.
Ne nous y trompons pas. De par sa durabilité, M. Viktor Orban se trouve être l'aiguillon de l'extrême droite européenne. Son idéologie réactionnaire inspire et inhibe des partis comme le Rassemblement National en France, avec qui il échange publiquement de ses stratégies autoritaires et de ses pratiques rétrogrades. Au début du mois de juin, une brochette rance, alignant des responsables politiques européens plus toxiques les uns que les autres, héritiers du fascisme et prétendants dictateurs, s'est réunie en France pour un concours de claquement de bottes. Mais ils ne nous impressionnent pas.
Puisque nous sommes ici garants du respect des droits humains, de la démocratie et de l'État de droit, nous nous dressons et nous nous dresserons toujours contre cette menace fasciste. Depuis la Hongrie, l'offensive anti-LGBTI se répand à travers l'Europe, alimentée par des discours de haine, des législations discriminatoires et des attaques coordonnées. Un véritable front commun contre les droits fondamentaux est en train de se structurer. Face à cette offensive réactionnaire, le Conseil de l'Europe ne peut pas se taire. Nous ne laisserons pas nos valeurs devenir des slogans creux. Nous ne laisserons pas tomber les citoyennes et citoyens hongroises et hongrois. Nous continuerons de défendre les droits des personnes LGBTI partout en Europe, dans cet hémicycle, dans nos parlements respectifs, mais nous le ferons aussi dans la rue. Et mes collègues Mme Manon Aubry, Mme Emma Fourreau et d'autres eurodéputés seront présentes et présents à la Pride interdite de Budapest ce samedi 28 juin, pour être aux côtés de celles et ceux qui luttent et qui résistent contre la bête immonde, pour témoigner de notre solidarité et pour rappeler que ces luttes sont aussi les nôtres.
Plus que jamais nous devons tenir bon, nous tiendrons bon et nous repousserons la vague réactionnaire et autoritaire pour réaliser le projet humaniste et universel correspondant aux valeurs fondamentales du Conseil de l'Europe, n'en déplaise aux révisionnistes et aux incendiaires sur les sièges face à moi, qui croient pouvoir détruire ce que nos prédécesseurs ont construit pour l'intérêt général humain.
Je vous remercie.