CRISE DE LA DERMATOSE NODULAIRE CONTAGIEUSE : UN PREMIER BILAN

Le 29 juin 2025, un premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) était identifié à Entrelacs, en Savoie. Cette maladie, originaire d'Afrique subsaharienne et jusqu'alors inconnue en France métropolitaine2(*), a pris de court le monde agricole et scientifique autant que les pouvoirs publics. L'enquête épidémiologique n'a d'ailleurs pas permis d'identifier, à date, l'origine de son introduction sur le territoire national.

Bien que non transmissible à l'homme et n'affectant que les bovins, les zébus et les buffles, la DNC est suffisamment grave pour être classée en droit européen3(*) dans la catégorie des maladies habituellement absentes de l'Union européenne, à éradication obligatoire et immédiate.

Les dommages causés par la DNC sont en effet considérables du fait de symptômes nombreux, graves et durables : apparition de nodules sur la peau, les muqueuses et les membranes, fièvre, chute de lactation, etc. Elle peut entraîner la mort de l'animal dans environ 10 % des cas. Les pertes de production engendrées par la maladie sont massives, même pour les animaux qui en guérissent.

Au 25 janvier 2026, 117 foyers ont été détectés en France dans 11 départements4(*) et 3 régions :

l'Auvergne-Rhône-Alpes, qui concentre plus des deux tiers des foyers mais où la maladie ne circule plus ;

la Bourgogne-Franche-Comté où 8 foyers ont été détectés, le dernier datant du 29 novembre 2025 ;

et l'Occitanie, qui représente un quart des foyers, dont la situation épidémiologique a justifié la mise en oeuvre d'une campagne de vaccination élargie annoncée le 16 décembre 2025.

Source : commission des affaires économiques du Sénat d'après le suivi des foyers de DNC
de la FRGDS Auvergne Rhône-Alpes

Même si aucun nouveau foyer n'a été détecté depuis le 3 janvier 2026 (Ariège), il apparaît prématuré de conclure que la crise est derrière nous, tant la situation sanitaire demeure fragile et les conséquences humaines et économiques de ce drame continueront à peser sur le monde agricole durablement.

Face à la détresse des éleveurs suscitée par la gravité de la maladie et la sévérité du protocole sanitaire mis en oeuvre, la commission des affaires économiques a rapidement pris conscience de la nécessité de dresser un premier bilan « à chaud » de la crise en créant, dès le 12 novembre 2025, une mission d'information « flash » sur les enseignements à tirer de la gestion de la crise sanitaire de la DNC.

Ce rapport d'information n'a pas la prétention de traiter ce sujet de manière exhaustive puisque la situation est encore évolutive et que les données chiffrées ne sont pas consolidées. Pour autant, les rapporteurs, qui ont entendu 141 personnes au cours de leurs auditions et de leur déplacement en Savoie, considèrent que les éléments factuels et scientifiques recueillis doivent être remis au centre d'un débat public devenu virulent. Face au déchaînement de la désinformation, les rapporteurs proposent une base de réflexion sérieuse, première étape d'un indispensable retour d'expérience « à froid ».

Leurs conclusions ont vocation à enrichir les réflexions en cours sur l'évolution de la stratégie sanitaire à l'approche de la période à risque que représente le printemps, propice au développement des insectes vecteurs de la maladie. Elles contribueront également à améliorer l'anticipation des prochaines crises sanitaires en élevage qui se multiplient sous l'effet conjugué du changement climatique et de l'accroissement des échanges économiques.

I. UN PROTOCOLE SANITAIRE VALIDÉ PAR LA SCIENCE MAIS À ADAPTER POUR COMPENSER CERTAINES FAIBLESSES ET ANTICIPER L'ÉVOLUTION DE LA MALADIE

A. DÉPEUPLEMENT DES FOYERS, BIOSÉCURITÉ, RESTRICTIONS DE MOUVEMENTS ET VACCINATION PARTIELLE : UN PROTOCOLE SANITAIRE CONFORME À LA STRATÉGIE D'ÉRADICATION DE LA DNC

1. Un protocole sanitaire largement dicté par la réglementation européenne et internationale

Le protocole sanitaire est prévu par l'arrêté du 16 juillet 2025 fixant les mesures de surveillance, de prévention et de lutte relatives à la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse sur le territoire métropolitain.

En cas de suspicion de contamination, l'élevage est placé sous arrêté préfectoral de mise sous surveillance (APMS) qui entraîne des mesures de blocage le temps de réaliser les analyses pour infirmer ou confirmer la suspicion.

Si la contamination est confirmée, l'élevage fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant déclaration d'infection (APDI) qui entraîne le déclenchement de nombreuses mesures de police sanitaire.

Le protocole sanitaire repose sur la régionalisation des mesures de lutte contre la maladie. Dès qu'un nouveau foyer est détecté, un nouvel arrêté préfectoral de zone (APZ) détermine une zone réglementée (ZR) dans un rayon de 50 kilomètres autour du foyer qui comprend :

- une zone de surveillance, sur la totalité du périmètre ;

- une zone de protection, dans un rayon de 20 kilomètres autour du foyer.

La principale différence entre ces deux zones réside dans la fréquence de la visite vétérinaire qui concerne tous les établissements détenant des bovins en zone de protection, mais certains seulement en zone de surveillance.

Source : Instruction technique DGAL/SDSBEA/2026-37 du 20 janvier 2026

Outre la surveillance renforcée qui concerne l'ensemble du territoire, les mesures de lutte se concentrent dans les zones réglementées et reposent sur quatre piliers essentiels :

- le dépeuplement de l'unité épidémiologique (foyer) dans laquelle la maladie est détectée. L'unité épidémiologique correspond à un « groupement d'animaux présents sur un même site, considéré comme isolé des autres »5(*). Une même exploitation peut donc être divisée en plusieurs unités épidémiologiques en fonction de la localisation des animaux (bâtiments d'élevage, prés, etc.) ;

- les restrictions de mouvements des bovins, dont l'interdiction d'entrée et de sortie dans et depuis la zone réglementée6(*) ;

- des mesures de biosécurité telles que le nettoyage et la désinfection des bâtiments et des modes de transport des animaux vers l'équarrissage ;

- la vaccination obligatoire de tous les bovins présents dans la zone réglementée. Par exception, le Gouvernement a également étendu la vaccination préventive obligatoire à des zones vaccinales de type I (Corse et Sud-Ouest) qui, sans appartenir à des zones réglementées, présentaient un risque d'introduction du virus lié à leur proximité avec des zones touchées.

L'efficacité de cette stratégie dépend toutefois d'autres facteurs tels que :

la qualité de l'épidémiosurveillance puisque la rapidité de la réponse sanitaire joue un rôle fondamental dans la maîtrise de la maladie. La vitesse d'établissement du diagnostic clinique opéré par les vétérinaires et des analyses effectuées par les laboratoires agréés joue également un rôle fondamental dans la réussite de la stratégie sanitaire À cet égard, les rapporteurs tiennent à saluer la réactivité de toute la chaîne de détection du premier cas de DNC. La DGAL a adressé un message d'alerte aux acteurs du sanitaire le 23 juin soit 2 jours après la déclaration d'un premier cas en Italie pour les sensibiliser au risque d'introduction de la DNC en France. Grâce à cette initiative, l'éleveur de la commune d'Entrelacs et son vétérinaire ont su se montrer très réactifs : dès le 25 juin, ils ont pu identifier des signes cliniques et suspecter un cas de DNC, puis transmettre des prélèvements au laboratoire national de référence le 27 juin et en informer la DGAL, permettant la publication rapide d'un arrêté préfectoral de mise sous surveillance (APMS) ;

- l'acceptabilité du protocole sanitaire par les éleveurs et les négociants en bestiaux, notamment en ce qui concerne les mesures de restrictions de mouvements.

28 jours après le dépeuplement du dernier élevage infecté, la zone de protection devient une zone de surveillance. Une zone réglementée devient zone vaccinale de type II 45 jours après le dernier dépeuplement à condition que 75 % du cheptel bovin soit vacciné depuis au moins 28 jours. Les mouvements de bovins vers la zone indemne sont alors facilités, sous couvert d'un laissez-passer sanitaire délivré par la direction départementale chargée de la protection des populations.

Sur les six zones réglementées établies depuis le début de la crise, quatre zones sont devenues des zones vaccinales à compter du 22 octobre 2025 (ZR1), du 5 novembre 2025 (ZR2), du 30 novembre 2025 (ZR5) et du 18 janvier 2026 (ZR4). Elles couvrent des départements de l'est de la France7(*). En outre, une partie de la ZR6, qui couvre environ 500 communes du Gers, des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées, est devenue zone vaccinale à compter du 27 janvier 2026. Cette zone figure en bleue sur la carte ci-dessous. Le reste de la ZR6 (autour de l'Ariège et de l'Aude) et la ZR3 (autour des Pyrénées-Orientales), situées dans le Sud-Ouest, demeurent en zones réglementées.

Source : ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

Source : ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

Cette stratégie sanitaire est largement dictée par la réglementation européenne et internationale puisque la DNC est une maladie à déclaration obligatoire et immédiate auprès de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et de la Commission européenne, conformément au chapitre 1.1 du code sanitaire pour les animaux terrestres de l'OMSA et à l'article 7 du Règlement délégué (UE) 2020/689 de la Commission du 17 décembre 20198(*).

La réglementation européenne est prévue par le Règlement (UE) 2016/429 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 20169(*) dit « législation sur la santé animale » et ses règlements délégués. Elle décline les règles de l'OMSA et va au-delà de ce cadre international en prévoyant des dispositions spécifiques concernant la prévention, la surveillance et le contrôle des maladies.

Dans la mesure où la DNC est classée en catégories A, D et E dans le Règlement d'exécution (UE) 2018/1882 de la Commission du 3 décembre 201810(*), elle est considérée comme une maladie :

- « qui n'est habituellement pas présente dans l'Union et à l'égard de laquelle des mesures d'éradication immédiates doivent être prises aussitôt qu'elle est détectée » (catégorie A) ;

- soumise à restriction de mouvements entre États membres (catégorie D) ;

- soumise à surveillance (catégorie E).

Ce classement la place parmi les maladies les plus dangereuses et implique, de ce fait, des mesures obligatoires très strictes :

Exemples de mesures imposées
par la réglementation européenne

Exemples de mesures facultatives

Notification des foyers auprès de la Commission européenne et de l'OMSA

 

Dépeuplement de l'unité épidémiologique, sauf dérogations étroitement encadrées

Vaccination

Mise en place de zones réglementées (zones de protection de 20 kilomètres et zones de surveillance de 50 kilomètres)

Extension des zones réglementées

Mesures de désinfection

 

Restrictions de mouvements et donc d'échanges entre États membres

 

La Commission européenne suit très étroitement l'évolution de la maladie en France et dans les autres États membres actuellement frappés par la maladie que sont l'Italie et l'Espagne.

La France est ainsi tenue de déclarer tout nouveau foyer dans un délai de 24 heures à la Commission et lui adresse, de manière hebdomadaire, des notes sur l'évolution de la situation sanitaire. Chaque mois, la Commission organise une réunion d'information avec les États membres au cours de laquelle les pays concernés présentent les mesures mises en oeuvre pour lutter contre la maladie.

En cas de non-respect de la réglementation européenne ou de gestion non maîtrisée de la maladie, la Commission peut prendre une décision d'exécution imposant des mesures conservatoires aux conséquences économiques très lourdes telles que la suspension des mouvements de bovins vers les autres États membres afin de protéger le reste du territoire européen.

2. Des stratégies nationales de lutte contre la DNC proches de la stratégie française

La DNC n'est pas totalement inconnue en Europe puisqu'elle a frappé certains pays des Balkans entre 2015 et 2017.

Déjà présente en Turquie depuis 2014, la DNC est apparue pour la première fois sur le territoire européen en Grèce en 2015. Elle s'est propagée, dans les deux années qui ont suivi, à la Bulgarie, à la Macédoine du Nord, à la Serbie, au Kosovo, à l'Albanie et au Monténégro. Le dernier foyer a été identifié au Monténégro en octobre 2017. En Bulgarie et en Grèce, par exemple, la campagne de vaccination, au départ limitée aux zones les plus proches des foyers, a été généralisée à l'ensemble du territoire en 2016 et jusqu'en 2023. Même si aucun nouveau foyer n'a été détecté depuis 2016 (Bulgarie) et 2017 (Grèce), la vaccination généralisée a été maintenue durant plusieurs années en raison de la présence de la maladie dans la région. Cette décision a entraîné « des difficultés considérables dans la négociation du commerce d'animaux vivants avec d'autres pays, y compris ceux ayant un statut similaire en matière de maladie11(*) » puisqu'elle a provoqué la perte du statut indemne de DNC. En complément, la Bulgarie et la Grèce ont ordonné le dépeuplement total des foyers.

Bien que le virus ait été détecté en Afrique du Nord (Libye, Tunisie et Algérie) à partir de juin 2023, les scientifiques et les pouvoirs publics entendus par les rapporteurs ont unanimement indiqué que la DNC n'était pas considérée comme la maladie présentant le plus fort risque d'introduction. La fièvre aphteuse, la peste porcine africaine ou encore la peste des petits ruminants présentaient un risque plus élevé compte tenu de la proximité géographique des foyers avec la France. L'évolution de la DNC était toutefois étroitement surveillée par la plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale (ESA), outil français de veille sanitaire internationale qui publie des bulletins hebdomadaires.

La maladie a été détectée en Italie (Sardaigne) le 21 juin, soit 8 jours seulement avant la France. La maladie a été principalement contenue en Sardaigne, un seul cas ayant été identifié en Italie continentale le 25 juin (Lombardie). Au total, 80 foyers ont été déclarés entre juin et octobre 2025 et 3 399 bovins abattus, l'Italie pratiquant le dépeuplement total des foyers. Cette mesure a d'abord été contestée devant le tribunal administratif régional de Sardaigne puis le Conseil d'État italien qui, après avoir prononcé le sursis à exécution d'une opération de dépeuplement, a finalement validé la mesure le 29 août 2025. Dans sa contribution écrite, le réseau international du ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (Italie) a indiqué qu'il « semble que cette prise de position judiciaire ait mis un terme au débat sur ce point et permis, dans des conditions plus sereines, la poursuite des opérations sur l'île jusqu'à l'achèvement de la vaccination [...] et la résorption de la situation à la mi-novembre. »

L'Espagne est touchée par la maladie depuis le 3 octobre. En raison de l'évolution de la maladie dans le Sud-Ouest de la France, l'Espagne a annoncé la mise en oeuvre d'un plan de vaccination d'urgence dans de nouvelles régions de Catalogne et d'Aragon. Ce plan a été validé par la Commission européenne le 3 novembre et à nouveau élargi début janvier. La France a pris une décision similaire en annonçant, le 16 décembre, le lancement d'une campagne de vaccination élargie dans le Sud-Ouest. La situation n'est pas totalement stabilisée puisqu'un nouveau foyer a été déclaré le 7 janvier 2026 en Catalogne. La multiplication des cas de DNC dans le sud-ouest de la France a conduit l'Espagne à suspendre, le 11 décembre 2025, le protocole de négociation d'un accord commercial bilatéral concernant l'exportation des bovins en zones vaccinales. Les négociations ont fini par aboutir le 26 janvier 2026. D'après le réseau international du ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (Espagne), « les mesures d'abattage ont occasionné des remises en question, mais le syndicat agricole catalan Unión de Pagesos (représentant environ 55 % des agriculteurs de la région) déplore leurs conséquences économiques [...] ainsi que leurs répercussions humaines ».

En Italie comme en Espagne, le protocole sanitaire est similaire à celui mis en oeuvre en France (dépeuplement total du foyer, mise en oeuvre d'une zone réglementée dans un rayon de 50 kilomètres avec vaccination, restriction des mouvements et mesures de biosécurité). La Grèce et la Bulgarie ont décidé de généraliser la vaccination à l'ensemble du territoire. Ces quatre pays ont tous imposé le dépeuplement total des foyers, conformément à la réglementation européenne.

3. À date, les connaissances sur la maladie permettent de conclure à l'efficacité du protocole sanitaire

Alors que de nombreuses fausses informations circulent sur la dermatose nodulaire contagieuse, les rapporteurs ont tenu à rappeler l'état de la connaissance scientifique de la maladie et à comparer ces données à la stratégie sanitaire mise en oeuvre.

a) Comment la dermatose nodulaire contagieuse a-t-elle été introduite en France ?

La DNC a été décrite pour la première fois en 1929 en Zambie. Longtemps connue comme endémique en Afrique subsaharienne, c'est une maladie en expansion géographique puisqu'elle s'est propagée au Moyen-Orient dans les années 2010 avant d'être détectée dans les Balkans en 2015 puis éradiquée. La DNC s'est propagée à l'est en Asie centrale puis en Afrique du Nord à partir de 2023 et, enfin, en Europe du Sud en 2025.

Source : Profil de la dermatose nodulaire contagieuse
établi par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Concernant l'apparition de la maladie en France, l'enquête épidémiologique n'a pas permis, à date, de détecter le foyer primaire. Cette opération est rendue complexe par le délai d'incubation long de la maladie. Les foyers les plus proches à la date de la détection de la maladie en Savoie se situaient en Italie et le séquençage du génome complet a pu démontrer la grande proximité des souches virales française et italienne.

Compte tenu de la distance, la transmission par le vol d'insectes vecteurs est exclue et l'enquête n'a pas permis d'identifier de mouvement déclaré de bovins qui pourrait expliquer la contamination. Par conséquent, bien que n'étant pas confirmée, l'hypothèse la plus probable est donc celle d'un mouvement illicite de bovins depuis l'Italie vers la France.

b) La DNC est-elle une maladie dangereuse ?

La DNC est une maladie d'une particulière gravité au regard :

- de son taux de mortalité, généralement inférieur à 10 %12(*) mais qui peut atteindre 50 %13(*) ;

- des symptômes graves et nombreux qu'elle génère : fièvre, larmoiement, nodules, abattement, anorexie, etc. ;

- de son taux de morbidité, qui correspond à la proportion d'animaux exposés qui développent la maladie. Bien que très variable, il est généralement compris entre 5 et 45 % mais peut excéder ce seuil si la population est immunologiquement naïve14(*) ;

- de sa durée d'incubation particulièrement longue (variable mais établie à 28 jours par le code sanitaire pour les animaux terrestres de l'OMSA) et de l'absence de signes cliniques dans environ 40 à 50 % des cas15(*) (porteurs sains), ce qui retarde l'établissement du diagnostic.

Il n'existe aucun traitement contre cette maladie.

c) Comment se transmet-elle ?

La DNC se transmet de deux manières :

- par les piqûres d'insectes hématophages (stomoxes et taons en France) transportant le virus sur leurs pièces buccales et agissant comme des « seringues volantes ». Contrairement à d'autres maladies comme le paludisme, le virus ne se multiplie pas lorsqu'il est présent sur ces insectes : la transmission est dite « mécanique ». Il s'agit du mode de transmission principal de la maladie. La distance parcourue par ces insectes est généralement inférieure à 5 kilomètres, même si des travaux scientifiques ont montré que ces distances pouvaient être plus longues dans certaines conditions16(*). En tout état de cause, l'apparition d'un nouveau foyer à plusieurs centaines de kilomètres des foyers connus de la maladie ne peut donc s'expliquer que par un transport de bovins infectés ou d'insectes vecteurs dans des véhicules ;

- par contact direct avec les croûtes, la salive, la semence, etc. ou avec du matériel souillé (seringues, etc.). À titre d'exemple, un veau qui téterait un trayon sur lequel des nodules sont présents pourrait ainsi être contaminé. L'importance de cette voie de contamination est toutefois jugée faible, voire incertaine, en particulier en ce qui concerne la souche du virus qui circule en France, comme l'ont rappelé les personnes entendues par les rapporteurs. Des travaux scientifiques complémentaires pourraient donc être menés pour quantifier la probabilité de ce mode de contamination. Le guide pratique de diagnostic et de gestion des épizooties indique d'ailleurs, sans plus de précisions, que « la transmission directe et [la] transmission indirecte (par ex, via l'abreuvoir) sont considérées comme possibles, même si ces modes de transmission semblent avoir une moindre importance dans l'épidémiologie de la maladie ».

En tout état de cause, les modes de transmission de la DNC impliquent la mise en oeuvre :

- du dépeuplement total du foyer, puisque la maladie se transmet par des insectes vecteurs, est considérée comme très contagieuse et présente une période d'incubation longue, ce qui favorise la circulation à bas bruit de la maladie ;

- de mesures de restriction de mouvements pour casser les chaînes de diffusion de la maladie ;

- d'un protocole strict de nettoyage, de désinfection et de désinsectisation des cadavres, du matériel présent (tracteurs, bétaillères, couloirs, etc.) et des bâtiments.

À cet égard, plusieurs scientifiques comme Barbara Dufour, professeur émérite à l'École vétérinaire d'Alfort, et Pauline Ezanno, cheffe du département Santé animale de l'Inrae, ont mis en garde contre le risque non nul de dispersion du virus lié aux rassemblements de plusieurs centaines d'éleveurs sur certaines exploitations infectées pour protester contre le dépeuplement d'un foyer, principalement dû au transport passif d'insectes vecteurs via les véhicules17(*).

d) Si la maladie n'est pas transmissible à l'homme, pourquoi ne pas consommer la viande ?

La DNC n'est pas transmissible à l'homme, ni par contact avec un bovin infecté, ni par piqûre d'insecte vecteur, ni même par consommation de produits issus de bovins infectés.

Dans ces conditions, la question de la consommation de la viande des bovins abattus sur ordre de l'administration a été régulièrement posée dans le débat public. Cette viande n'est jamais consommée car :

- de manière générale, la consommation de viande d'un animal malade ou considéré comme malade est interdite dans l'Union européenne ;

- les bêtes sont abattues sur l'exploitation par injection létale d'un euthanasiant et non à l'abattoir, dans des conditions qui ne permettent donc pas la consommation de la viande.

e) Pourquoi abattre les bovins sur l'exploitation plutôt qu'en abattoir ?

Les insectes vecteurs sont hématophages : ils ne se nourrissent que du sang d'autres animaux vivants. Ils ne piquent pas les cadavres. Par conséquent, le dépeuplement sur l'exploitation permet d'éviter la dissémination du virus par le transport d'animaux vivants. Les cadavres sont collectés par l'équarrissage pour incinération.

f) Quelle est la durée de protection du vaccin ?

La France a utilisé deux vaccins vivants atténués :

- le vaccin LSD Vaccine produit par Onderstepoort Biological Products (OBP) en Afrique du Sud et utilisé dans les premières semaines de la campagne de vaccination puisqu'il s'agissait du vaccin stocké dans la banque de vaccins européenne, rapidement mobilisable ;

- le vaccin Lumpyvax du groupe MSD situé aux Pays-Bas qui fournit désormais les vaccins à la France dans le cadre d'une autorisation temporaire d'utilisation (ATU). Au 11 janvier 2025, l'État a commandé 3,5 millions de doses de vaccins.

Une seule injection suffit. Le vaccin garantit une protection pour une durée de 12 mois. Cette durée pose donc l'épineuse question de l'éventuelle revaccination des animaux situés dans les zones réglementées devenues vaccinales avant l'été prochain.

L'immunité collective d'une zone est atteinte lorsque trois conditions sont remplies :

- 75 % des bovins sont vaccinés ;

- dans 95 % des exploitations de la zone ;

- depuis au moins 28 jours.

g) Comment un animal vacciné depuis 35 jours peut-il être contaminé par le virus ?

Le dépeuplement du foyer du Doubs (83 bovins) le 2 décembre 2025 a déclenché une vive émotion dans le monde agricole et au-delà : au pic de fréquentation, 400 personnes se sont rassemblées sur l'exploitation de Pouilley-Français. Deux personnes ont été interpellées, un manifestant et un gendarme ont été blessés.

Ce foyer était dans une situation différente des autres puisque l'animal contaminé était vacciné depuis 35 jours. Or, la protection vaccinale est atteinte, en principe, au bout de 21 jours.

Cette situation, bien que moins probable, est tout à fait possible dans la mesure où :

- l'animal peut avoir été infecté avant l'injection ou avant l'expiration de ce délai de 21 jours, et ne présenter de signes cliniques que tardivement, la période d'incubation étant de 28 jours. Ainsi, un animal infecté à J + 20 de la vaccination peut développer des symptômes à J + 48. Au vu des signes cliniques importants que présentait l'animal, et de l'identification d'autres animaux infectés, le virus devait circulait dans le troupeau de Pouilley-Français depuis plusieurs semaines ;

- l'injection peut être manquée en raison de difficultés techniques (animal agité, etc.) ;

- la variabilité biologique est importante : certains animaux peuvent développer une mauvaise réaction immunitaire, comme pour tout vaccin.

Bien que cette situation puisse s'expliquer au plan scientifique, l'explosion de la colère des éleveurs et la multiplication des fausses informations autour de la gestion de ce foyer démontrent la nécessité impérieuse de mieux communiquer sur la connaissance scientifique de la maladie.


* 2 La DNC a touché La Réunion en 1970 et en 1992. Le protocole sanitaire retenu était fondé sur les restrictions de mouvements et la vaccination tardive mais généralisée du cheptel. La taille du cheptel réunionnais, son isolement géographique et l'évolution de l'encadrement juridique de la lutte contre la DNC rendent ces expériences difficilement comparables au contexte de la crise qui a frappé la France en 2025.

* 3 Règlement d'exécution (UE) 2018/1882 de la Commission du 3 décembre 2018 sur l'application de certaines dispositions en matière de prévention et de lutte contre les maladies à des catégories de maladies répertoriées et établissant une liste des espèces et des groupes d'espèces qui présentent un risque considérable du point de vue de la propagation de ces maladies répertoriées.

* 4 Savoie (32), Haute-Savoie (44), Ain (3), Rhône (1), Jura (7), Pyrénées-Orientales (22), Doubs (1), Ariège (3) et Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (2), Aude (1).

* 5 Foire aux questions sur la dermatose nodulaire contagieuse du ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.

* 6 À l'exception de la possibilité de sortir les bovins pour les amener à l'abattoir, dans les conditions prévues par le règlement délégué (UE) 2020/687 de la Commission du 17 décembre 2019 complétant le règlement (UE) 2016/429 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les règles relatives à la prévention de certaines maladies répertoriées et à la lutte contre celles-ci, et sauf dérogations spécifiques.

* 7 Ces zones couvrent une partie des départements du Jura, de l'Isère, de l'Ain, de la Savoie, de la Haute-Savoie, de la Loire, du Rhône, de la Saône-et-Loire, du Doubs, de la Côte-d'Or et de la Haute-Saône.

* 8 Règlement délégué (UE) 2020/689 de la Commission du 17 décembre 2019 complétant le règlement (UE) 2016/429 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les règles applicables à la surveillance, aux programmes d'éradication et au statut « indemne » de certaines maladies répertoriées et émergentes.

* 9 Règlement (UE) 2016/429 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 relatif aux maladies animales transmissibles et modifiant et abrogeant certains actes dans le domaine de la santé animale (« législation sur la santé animale »).

* 10 Règlement d'exécution (UE) 2018/1882 de la Commission du 3 décembre 2018 sur l'application de certaines dispositions en matière de prévention et de lutte contre les maladies à des catégories de maladies répertoriées et établissant une liste des espèces et des groupes d'espèces qui présentent un risque considérable du point de vue de la propagation de ces maladies répertoriées.

* 11 Contribution écrite du réseau international du ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (Bulgarie).

* 12 « Dermatose nodulaire contagieuse des bovins : état des connaissances et situation épidémiologique dans les Balkans au 31 juillet 2016 », Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation n° 75 de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (septembre 2016).

* 13 Profil de la dermatose nodulaire contagieuse établi par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

* 14 Dermatose nodulaire contagieuse des bovins : état des connaissances et situation épidémiologique dans les Balkans au 31 juillet 2016 », Bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation n° 75 de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (septembre 2016).

* 15 Audition publique de l'Opecst du 15 janvier 2026 sur les apports de la science pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse.

* 16 Contributions écrites de M. Gérard Duvallet, Mme Émilie Bouhsira-Lorusso et M. Emmanuel Liénard.

* 17 Audition publique de l'Opecst du 15 janvier 2026 sur les apports de la science pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse.

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