B. UNE ARCHITECTURE DE COOPÉRATION RÉGIONALE COMPLEXE DANS LAQUELLE LA FRANCE CHERCHE À AFFERMIR SA PLACE

1. Un foisonnement d'organisations régionales aux mandats superposés
a) Un multilatéralisme bien ancré et dense : CPS, FIP, PROE

L'architecture régionale du Pacifique repose sur un multilatéralisme ancien, structuré et relativement dense, dont les trois piliers sont la Communauté du Pacifique (CPS), le Forum des îles du Pacifique (FIP) et le Programme régional océanien pour l'environnement (PROE). Ces organisations ne remplissent pas les mêmes fonctions : la première est d'abord technique et scientifique, la deuxième politique et la troisième environnementale.

La Communauté du Pacifique constitue le socle le plus ancien. Créée en 1947 sous le nom de Commission du Pacifique Sud, elle est aujourd'hui la principale organisation scientifique et technique de la région. Elle compte 27 membres, États et territoires, et intervient dans plus de vingt secteurs, notamment la santé publique, les pêches, l'agriculture, les statistiques, la géoscience, la culture, les droits et la gouvernance.

Son siège à Nouméa donne à la Nouvelle-Calédonie une place institutionnelle singulière dans la région7(*). Lors de son déplacement, la délégation a visité les magnifiques locaux restaurés en 1995 lors de la 18e réunion très animée des directeurs des pêches de la CPS (Heads of Fisheries Meeting). Il s'agit d'un rendez-vous clé pour la coordination et la stratégie régionale en matière de pêche et d'aquaculture dans le Pacifique. Il couvre notamment les programmes de pêches océaniques et côtières, l'aquaculture, et les initiatives liées à la gestion durable des ressources marines dans le Pacifique.

La délégation sénatoriale a pu s'entretenir avec Dr Paula Vivili, le directeur général qui a pris ses fonctions en novembre 2025, devenant ainsi le premier Tongien à occuper ce poste. L'entretien a porté sur la valeur ajoutée de la participation active des territoires français du Pacifique aux côtés des autres membres insulaires, les partenariats permettant aux financements et aux projets de progresser malgré les entraves (peu de partenariats public-privé, mobilité réduite, dépendance au carburant pour l'électricité dans les îles, recherche de mécanismes de solidarité).

Le Forum des îles du Pacifique (FIP) constitue, quant à lui, le coeur politique du régionalisme océanien. Fondé en 1971, son secrétariat est à Suva. Il regroupe 18 membres, parmi lesquels l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les États indépendants du Pacifique, mais aussi la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Wallis-et-Futuna y siège comme membre associé, aux côtés de Tokelau, Guam et des Samoa américaines. Le secrétariat du Forum le présente comme la principale organisation politique et économique de la région, travaillant à une vision pacifique de paix, d'harmonie, de sécurité, d'inclusion sociale et de prospérité8(*).

Le Sommet annuel des dirigeants du FIP est un moment central dans la région. C'est le seul moment où les chefs d'État et de gouvernement des 18 membres se réunissent en séance plénière pour arrêter les grandes orientations régionales. Les décisions sont prises par consensus et formalisées dans des communiqués, qui orientent ensuite les politiques et initiatives régionales. Le FIP est devenu l'espace où se construisent les priorités politiques communes du Pacifique insulaire, notamment autour du climat, de l'océan, de la sécurité humaine, de la connectivité et de la préservation des ressources. La Stratégie 2050 pour le continent du Pacifique bleu en est aujourd'hui le cadre de référence le plus invoqué.

Le Dialogue post-Forum est une réunion qui se tient immédiatement après le sommet annuel des dirigeants - généralement le lendemain ou le surlendemain - et qui réunit les membres du FIP avec leurs partenaires de dialogue extérieurs. C'est le seul moment institutionnalisé où des puissances non-membres du FIP peuvent s'exprimer devant l'ensemble des dirigeants océaniens. 21 pays sont partenaires du Dialogue post-Forum et un partenaire est dit de développement. La France fait partie de ces 21 partenaires du Dialogue post-Forum - ce qui définit exactement son statut : ni membre, ni absent, mais partenaire de dialogue invité à s'exprimer en marge du sommet.

Pour la première fois en 2025, le FIP n'a pas invité ses « partenaires de dialogue », tels que la Chine, Taïwan, mais aussi la France et les États-Unis. Cette décision - prise lors du sommet de Honiara en septembre 2025 - traduit une volonté affirmée des membres du FIP de délibérer entre eux, hors la présence des puissances extérieures, sur des dossiers qu'ils considèrent comme relevant de la souveraineté océanienne.

Les collectivités françaises sont parfois présentes là où la France en tant qu'État ne l'est pas. Quand la France est exclue du post-Forum, ses collectivités y sont quand même représentées. Cet argument va dans le sens de la proposition de la délégation sénatoriale aux outre-mer sur la coopération dans les autres bassins océaniques visant à confier aux outre-mer le rôle de chefs de file de la diplomatie régionale française. Dans le Pacifique, l'argument est encore d'autant plus fort que deux collectivités sur trois disposent de capacités d'action propre.

Le Programme régional océanien pour l'environnement (PROE) complète cette architecture. Créé en 1993, il est établi à Apia, aux Samoa, et réunit 26 membres : 14 États insulaires du Pacifique, 7 territoires et 5 États extérieurs disposant d'un intérêt direct dans la région. Il est chargé de protéger et de gérer l'environnement et les ressources naturelles du Pacifique, avec un mandat couvrant notamment la résilience climatique, la biodiversité, la gouvernance environnementale, la gestion des déchets et la pollution9(*).

Il reste que le Pacifique dispose d'une architecture multilatérale plus consolidée qu'on ne le croit parfois depuis l'Hexagone. La CPS offre l'expertise technique, le FIP le cadre politique, le PROE l'armature environnementale. À travers eux, les États et territoires océaniens se sont dotés d'outils collectifs adaptés à leurs vulnérabilités, mais aussi à leurs ambitions.

b) Des organisations sectorielles dans de nombreux domaines

À côté des grandes enceintes politiques et techniques, le régionalisme océanien repose sur une multitude d'organisations sectorielles. Celles-ci couvrent des domaines aussi variés que la pêche, le tourisme, l'enseignement supérieur, l'énergie, les télécommunications, l'aviation civile, la sécurité maritime, les douanes ou encore les statistiques. Cette densité institutionnelle traduit une caractéristique profonde du Pacifique : face à des États et territoires souvent faiblement dotés en moyens administratifs, la coopération régionale passe par la recherche d'une mutualisation des capacités techniques.

La pêche constitue le secteur le plus organisé. La Commission des pêches du Pacifique occidental et central (Western and Central Pacific Fisheries Commission, WCPFC) assure la conservation et la gestion des stocks de poissons grands migrateurs dans l'une des principales zones thonières du monde. Selon ses données, 3 millions de tonnes de thon y ont été capturées en 2024, soit 55 % des captures mondiales, dont 86 % dans les eaux des États côtiers10(*). La WCPCF touche à la souveraineté maritime, aux revenus publics, à l'emploi, à la sécurité alimentaire et aux rapports de force avec les flottes lointaines.

L'Agence des pêches du Forum des îles du Pacifique (Forum Fisheries Agency, FFA) complète ce dispositif en apportant un appui aux États membres pour la gestion, le contrôle et le développement de leurs ressources hauturières. Elle regroupe 17 membres et indique que le thon représente une ressource d'une valeur annuelle supérieure à 7,1 milliards de dollars. Son action est organisée autour de trois objectifs : gérer les ressources de manière durable, lutter contre la pêche illégale par le contrôle et la surveillance, et développer les filières afin d'en maximiser les retombées économiques et sociales.

Pour les collectivités françaises, cette gouvernance halieutique a une portée directe. La Polynésie française, en particulier, est concernée par les discussions régionales sur les quotas et la gestion durable des ressources. Lors de son audition, Mme Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des outre-mer, a souligné que le thon blanc serait assujetti à des quotas à partir de 2027 et qu'il serait donc important que les territoires concernés et l'État adoptent une position cohérente « dans le cadre de l'organisation régionale qui déterminera ces quotas »11(*).

Le tourisme constitue un autre champ structuré de coopération. La Pacific Tourism Organisation (SPTO) repose sur une gouvernance associant États, territoires et acteurs privés. Son conseil des ministres du tourisme se réunit annuellement et son conseil d'administration associe des représentants des gouvernements membres ainsi que du secteur privé. Les territoires français en sont tous les trois membres12(*).

L'enseignement supérieur et la formation relèvent également d'une logique régionale. L'Université du Pacifique Sud (University of the South Pacific, USP), implantée à Suva et présente dans plusieurs pays insulaires, constitue l'un des principaux exemples de mutualisation des capacités universitaires dans la région. Les collectivités françaises ne relèvent pas de ce système, mais l'Université de la Nouvelle-Calédonie et l'Université de la Polynésie française en sont partenaires.

D'autres organisations et réseaux spécialisés interviennent dans des domaines plus ciblés : sécurité aérienne, infrastructures, énergie, télécommunications, douanes, police, secours en cas de catastrophe, culture ou sport. Leur visibilité politique est moindre que celle du FIP, mais leur utilité pratique peut être considérable. Dans des territoires éloignés, exposés aux catastrophes naturelles et dépendants de quelques infrastructures critiques, la coopération sectorielle permet de partager des standards, de former les administrations, de coordonner des réponses et de limiter l'isolement technique des États et territoires.

Organisation

Domaine / Mandat dominant

Nouvelle-

Calédonie

Polynésie française

Wallis-et-Futuna

France (État)

Commission des pêches du Pacifique central et occidental (WCPFC)

Gestion des stocks de thonidés

Territoire participant

Territoire participant

Territoire participant

Membre

Organisation régionale de gestion des pêches du Pacifique Sud (SPRFMO)

Ressources non-thonidés (Pacifique Sud)

Territoire observateur

Territoire observateur

Territoire observateur

Observateur

Organisation

Domaine / Mandat dominant

Nouvelle-

Calédonie

Polynésie française

Wallis-et-Futuna

France (État)

Commission interaméricaine du thon tropical (IATTC)

Thonidés (Pacifique Est)

N/A

Représentée par la France

N/A

Membre (via Clipperton)

Agence des pêches du Forum (FFA)

Gestion et police des pêches

Non membre (Coopération via les FANC)

Non membre
(Coopération via les FAPF)

N/A

Non membre (Appui militaire maritime)

Organisation des douanes d'Océanie (OCO)

Coopération douanière et sécurité

Membre de plein droit

Membre de plein droit

Membre de plein droit

Non-membre

Organisation du tourisme du Pacifique (SPTO)

Promotion du tourisme régional

Membre de plein droit

Membre de plein droit

Membre de plein droit

Non-membre

Association de l'énergie du Pacifique (PPA)

Coopération entre régies électriques

Membre (via Enercal/EEC)

Membre (via EDT)

Membre (via EEWF)

Non-membre

Association de l'eau et d'assainissement du Pacifique (PWWA)

Gestion de l'eau et assainissement

Membre (via opérateurs locaux)

Membre (via opérateurs locaux)

Membre (via opérateurs locaux)

Non-membre

Association des télécommunica-tions des îles du Pacifique (PITA)

Coopération en télécommuni-cations

Membre (via l'ANFR)

Entreprises membres (via le groupe OPT)

Non-membre

Entreprises associées (ASN, Eutelsat...)

Bureau de la sécurité aérienne du Pacifique (PASO)

Sécurité de l'aviation civile

Non membre (Compétence d'État - DGAC)

Non membre (Compétence d'État - DGAC)

Non membre (Compétence d'État - DGAC)

Dialogue institutionnel

Université du Pacifique Sud (USP)

Enseignement supérieur et recherche

Partenaire (via l'UNC)

Partenaire (via l'UPF)

N/A

Non membre (Partenaire/Donateur)

c) L'émergence d'une diplomatie océanienne et de sous-ensembles régionaux influents

Le régionalisme océanien repose aussi sur une diplomatie propre, portée par les États et territoires insulaires eux-mêmes, qui cherchent à affirmer leurs priorités face aux puissances extérieures. Cette diplomatie océanienne s'exprime notamment à travers le concept déjà évoqué du « Blue Pacific », qui présente le Pacifique comme un espace politique, maritime et culturel cohérent. La Stratégie 2050 pour le Pacifique bleu, adossée par les dirigeants du FIP en 2022, retient ainsi sept grands domaines d'action : le leadership politique et le régionalisme, le développement centré sur les populations, la paix et la sécurité, le développement économique et les ressources, le changement climatique et les catastrophes, l'océan et l'environnement, ainsi que la technologie et la connectivité13(*).

Comme l'a rappelé Mme Sarah Mohamed-Gaillard, les États insulaires du Pacifique ne se perçoivent pas comme des bénéficiaires d'aide publique au développement ou comme des terrains d'influence pour les grandes puissances. Ils entendent fixer eux-mêmes leurs priorités, notamment en matière climatique, maritime, sanitaire, alimentaire et sécuritaire. Dans un contexte de rivalité croissante entre la Chine et les États-Unis, la formule souvent reprise dans la région, « amis de tous, ennemis de personne », traduit une stratégie de maximisation des partenariats, destinée à préserver les marges de manoeuvre de petits États très sollicités.

La crise ouverte au sein du FIP en 2021 autour de la représentation micronésienne a rappelé que cette unité océanienne n'était pas acquise une fois pour toutes. Le retrait annoncé de plusieurs États de Micronésie, puis leur réintégration progressive dans la dynamique du Forum, ont montré que la cohésion régionale repose sur des équilibres politiques sensibles. La diplomatie océanienne est donc autant un effort d'unification qu'un exercice permanent de négociation.

Les sous-ensembles régionaux jouent à cet égard un rôle croissant. Le Groupe Fer de Lance mélanésien (GFLM) constitue l'un des plus politiques. Il rassemble notamment Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Salomon, le Vanuatu et, selon une configuration très particulière, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) au titre de la Nouvelle-Calédonie. Ce cadre porte une forte dimension politique, liée aux enjeux de souveraineté, de décolonisation et de solidarité mélanésienne. Pour la Nouvelle-Calédonie, il constitue un espace naturel d'insertion régionale, mais aussi un lieu sensible, puisque le territoire n'y est pas représenté par son gouvernement mais par un mouvement politique. Cette situation a été vivement contestée par le président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie actuel, M. Alcide Ponga, lors de son entretien avec la délégation sénatoriale.

Cette singularité a été soulignée par Mme Véronique Roger-Lacan, ambassadrice pour le Pacifique, représentante permanente de la France auprès de la Communauté du Pacifique et secrétaire permanente pour le Pacifique14(*), lors de son audition devant la délégation. Elle a rappelé que la Nouvelle-Calédonie était représentée au Groupe Fer de Lance mélanésien par le FLNKS, une « construction totalement baroque en termes de droit international public ». Elle s'est illustrée en mai 2026, à l'occasion du forum économique Voice 2030, organisé à Port-Vila pour promouvoir les opportunités d'investissement et de coopération économique entre le Vanuatu et les entreprises calédoniennes15(*).

Le Groupe des dirigeants polynésiens (PLG) répond à une autre logique. Créé en 2011, il s'appuie sur l'existence d'un espace polynésien traversé par des proximités culturelles, linguistiques, historiques et migratoires. Il associe des États souverains, des États en libre association et des territoires non souverains. La Polynésie française en fait partie depuis l'origine, tandis que Wallis-et-Futuna l'a rejoint en 2017. Ce cadre offre aux deux collectivités françaises un espace d'insertion plus souple que les organisations régionales généralistes, car il repose sur une appartenance culturelle partagée davantage que sur le seul statut politique.

Le PLG organise des sommets dédiés, comme celui annoncé par le président Brotherson du 28 juin au 1er juillet 2026 en Polynésie française.

Ces sous-ensembles ne concurrencent pas nécessairement le FIP. Ils le complètent. Le Groupe Fer de Lance mélanésien permet aux pays mélanésiens de porter des positions communes sur certains sujets politiques ; le Groupe des dirigeants polynésiens valorise les liens entre sociétés polynésiennes ; les cadres micronésiens structurent les priorités d'États dont les enjeux maritimes, sécuritaires et de relation avec les États-Unis sont spécifiques. Le Pacifique fonctionne donc aussi par cercles d'appartenance, coalitions souples et solidarités sous-régionales.

Organisation sous-régionale

Objectifs stratégiques et géopolitiques

États et territoires membres principaux

Statut des territoires français

Groupe du Fer de lance mélanésien (MSG / GFLM)

Créé en 1988, il porte une dimension politique et identitaire forte, historiquement centrée sur l'appui à l'autodétermination et la décolonisation en Mélanésie. Il dispose également d'accords de libre-échange interne (MSGTA) et aborde des enjeux de sécurité régionale.

Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Vanuatu, FLNKS.

Nouvelle-Calédonie : Non représentée institutionnellement. Le siège est occupé par le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste).

Groupe des dirigeants polynésiens (PLG)

Créé en 2011, ce groupe coordonne les positions du bloc polynésien, particulièrement sur la protection de l'océan, la résilience face au changement climatique et la préservation de la culture et des langues polynésiennes.

Samoa, Tonga, Tuvalu, Îles Cook, Niue, Samoa américaines, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Tokelau.

Polynésie française : Membre de plein droit.

Wallis-et-Futuna : Membre de plein droit.

Sommet des présidents micronésiens (MPS)

Bloc politique coordonnant les intérêts des États du Pacifique Nord. Historiquement structuré autour des enjeux de pêche (avec l'accord de Nauru), il est devenu un acteur diplomatique incontournable, exigeant une rotation équitable du pouvoir au sein du FIP.

États fédérés de Micronésie (FSM), Kiribati, Îles Marshall, Nauru, Palaos.

Aucune présence française (pas de territoires dans cette zone).

2. Le réengagement multidimensionnel de la France
a) La stratégie indopacifique : une ambition française portée au plus haut niveau

Le réengagement français dans le Pacifique s'inscrit d'abord dans le cadre plus large de la stratégie indopacifique. Celle-ci traduit la volonté de faire reconnaître la France comme une puissance résidente de la région, et non comme un acteur extérieur, en s'appuyant sur ses collectivités, sa zone économique exclusive, ses forces de souveraineté, son réseau diplomatique et ses partenariats. Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères présente ainsi l'Indopacifique comme une priorité de la politique étrangère française, dans un espace devenu central pour les équilibres économiques, maritimes, climatiques et sécuritaires mondiaux16(*).

Cette ambition repose sur une double logique. D'une part, la France entend contribuer à un ordre régional fondé sur le droit international, la liberté de navigation, la protection des espaces maritimes, la lutte contre la pêche illicite et la préservation des biens communs. D'autre part, elle cherche à éviter que les États insulaires du Pacifique soient enfermés dans la rivalité sino-américaine, en proposant une voie partenariale, fondée sur la souveraineté des États, le multilatéralisme régional et la coopération concrète. Lors de la table ronde consacrée à l'Indopacifique, la France a ainsi été décrite comme une « puissance d'équilibre », mais aussi comme une « puissance partenariale », dont le discours porte désormais davantage sur l'action diplomatique que sur les seules capacités militaires17(*).

Le Pacifique occupe, dans cette stratégie, une place croissante. La France y dispose de trois collectivités habitées, d'une présence militaire permanente, d'un réseau diplomatique régional, de moyens de surveillance maritime et d'instruments financiers dédiés. Surtout, ses collectivités ne sont plus seulement présentées comme des points d'appui de la puissance française, mais comme des acteurs appelés à porter eux-mêmes une part de cette présence régionale. L'ambition formulée lors du déplacement présidentiel de juillet 2023 est à cet égard significative : il s'agissait, selon l'ambassadrice pour le Pacifique, de « faire des territoires français du Pacifique des puissances océaniennes » et des leviers d'influence de la France18(*).

L'objectif est de passer d'une stratégie indopacifique largement conçue depuis Paris à une stratégie davantage déclinée dans les bassins et construite avec les territoires.

Cette ambition est également liée à l'évolution du contexte stratégique régional. Les États insulaires du Pacifique font l'objet d'une attention croissante de la part des grandes puissances, qu'il s'agisse de la Chine, des États-Unis, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Japon ou de l'Union européenne. Les partenariats de sécurité, les projets d'infrastructures, les financements climatiques, la connectivité numérique, les ports, les câbles sous-marins et les ressources halieutiques sont devenus des instruments d'influence. Dans ce contexte, la France cherche à valoriser une position singulière : elle est à la fois européenne et insulaire.

b) Des partenariats régionaux privilégiés : Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Association des nations de l'Asie du Sud-Est

La France dispose également de partenariats privilégiés avec plusieurs acteurs structurants de la région. L'Australie et la Nouvelle-Zélande occupent une place particulière : elles sont à la fois des voisins directs des collectivités françaises, des partenaires de sécurité, des bailleurs majeurs et des interlocuteurs incontournables des États insulaires du Pacifique. Pour la France, l'enjeu n'est donc pas seulement de renforcer des relations bilatérales classiques, mais de mieux articuler son action avec celle des deux puissances qui structurent historiquement l'environnement régional des collectivités françaises.

La relation avec l'Australie a connu une crise majeure après la rupture du contrat des sous-marins et la création de l'alliance Aukus, dont la France a été écartée. Mais le rétablissement du dialogue depuis 2022 a permis de relancer une coopération désormais centrée sur les enjeux concrets du Pacifique : sécurité maritime, climat, infrastructures, recherche, mobilité et formation. La feuille de route bilatérale signée en 2023 donne un cadre à cette relance, tandis que l'ouverture de certains programmes australiens, comme les Australia Awards, aux étudiants de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française, ou le programme PALM (Pacific Australia Labour Mobility)19(*) contribue à inscrire les collectivités françaises dans des circulations régionales plus naturelles.

La Nouvelle-Zélande constitue un partenaire plus discret, mais souvent plus proche des « sensibilités » océaniennes. Elle concentre l'essentiel de son effort international sur le Pacifique et inscrit son action dans le cadre du Blue Pacific défendu par le Forum des îles du Pacifique. Le président de la Polynésie française a ainsi rappelé que la relation avec Wellington s'appuyait sur un plan conjoint de coopération signé en 2018. Le nouveau plan néo-zélandais à destination des territoires français du Pacifique20(*), qui renforce les bourses, les projets associatifs et l'assistance technique, illustre l'intérêt de Wellington pour une coopération directe avec les collectivités françaises.

Le Japon est un partenaire d'une autre nature. Il n'est pas un voisin immédiat des collectivités françaises, mais il joue un rôle croissant dans l'Indopacifique, par ses financements, son dialogue régulier avec les États insulaires et son attachement à la liberté de navigation. La feuille de route 2023-2027 du « partenariat d'exception » franco-japonais, ainsi que le dialogue régulier entre Tokyo et le Forum des îles du Pacifique, offrent à la France un relais utile dans une région où le Japon est perçu comme un partenaire stable, ancien et non dominateur. Par ailleurs, lors du sommet entre le Forum des îles du Pacifique et le Japon organisé à Tokyo en juillet 2024, les autorités japonaises avaient facilité les démarches françaises auprès des dirigeants océaniens présents, dans le contexte des ingérences étrangères visant la Nouvelle-Calédonie21(*).

L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) relève d'un cercle plus large, mais jugé essentiel à l'équilibre indopacifique. La France s'y est progressivement insérée, notamment par son adhésion au Traité d'amitié et de coopération en Asie du Sud-Est en 2006 et par le partenariat de développement ASEAN-France. Ce cadre permet de travailler sur des sujets qui intéressent directement le Pacifique, comme la connectivité, la transition énergétique, la sûreté maritime ou la résilience. Le rapprochement entre l'ASEAN et le Forum des îles du Pacifique, formalisé en 2023, renforce aussi indirectement la place de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française, membres à part entière du Forum, dans les dialogues entre Asie du Sud-Est et Océanie.

Ces partenariats offrent donc à la France des relais utiles, mais aussi un espace à occuper avec discernement. L'Australie dispose de moyens considérables et d'une posture très volontariste ; la Nouvelle-Zélande privilégie une approche plus modeste et plus attentive aux priorités insulaires ; le Japon apporte une profondeur stratégique et financière ; l'ASEAN permet de relier le Pacifique aux grands équilibres asiatiques.

Pour la France, l'enjeu est de s'appuyer sur ces partenaires sans diluer la spécificité de ses collectivités du Pacifique.

c) Des mécanismes de sécurité collective : forces militaires et de sécurité

Dans un espace marqué à la fois par l'immensité maritime, la fréquence des catastrophes naturelles, la pression sur les ressources halieutiques, les trafics et la compétition des puissances, les moyens militaires et de sécurité constituent un levier central de la présence française.

Cette contribution prend d'abord la forme d'une présence permanente. Les Forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC) et en Polynésie française (FAPF) assurent des missions de protection du territoire, de surveillance maritime, de secours, d'évacuation sanitaire, de lutte contre les trafics et de coopération avec les États voisins.

Elles donnent à la France une capacité d'action concrète dans un bassin où peu d'États insulaires disposent seuls de moyens suffisants pour surveiller leurs espaces maritimes ou répondre rapidement à des crises majeures. Parmi leurs missions, on trouve la surveillance des zones économiques exclusives, la lutte contre la pêche illégale et les exercices régionaux comme Croix du Sud, en Nouvelle-Calédonie, et Marara, en Polynésie française.

La France participe à ces actions aux côtés de ses partenaires du Pacific Quad (France, Australie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis), mais aussi avec les États insulaires. Les dispositifs d'embarquement d'agents étrangers à bord de bâtiments français permettent notamment de renforcer la capacité de contrôle de ces derniers dans leurs propres eaux. Ces coopérations répondent à une demande régionale forte : elles touchent directement à la souveraineté, aux ressources alimentaires et aux recettes publiques des États océaniens.

La réponse aux catastrophes naturelles constitue un autre champ important de cette coopération. L'accord FRANZ, associant la France, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, permet de coordonner l'aide civile et militaire aux États et territoires insulaires du Pacifique touchés par des catastrophes naturelles.

Cette dimension sécuritaire contribue à la crédibilité de la France comme acteur régional.

d) Une diplomatie mobilisée : le poste régional délocalisé à Nouméa et un réseau diplomatique régional renforcé

La France a aussi entamé une évolution de son dispositif diplomatique dans le Pacifique. La décision la plus significative a été le déplacement à Nouméa du poste de secrétaire permanent pour le Pacifique et de représentant permanent de la France auprès de la CPS et du PROE. Jusqu'alors basé à Paris, ce dispositif a été repositionné dans la région à la suite du déplacement du Président de la République dans le Pacifique en juillet 2023. Cette relocalisation répond à une évidence géographique et politique : dans un bassin aussi vaste, la diplomatie ne peut être conduite efficacement à distance¹.

Ce choix marque une inflexion importante. Il s'agit de disposer, au plus près des territoires et des organisations régionales, d'un point de coordination capable d'articuler les priorités de l'État, celles des collectivités françaises et celles des partenaires océaniens. L'ambassadrice pour le Pacifique a ainsi présenté sa feuille de route autour de quatre volets :

- la relation avec les territoires ;

- la relation avec les États de la région et les ambassadeurs bilatéraux ;

- la gestion du Fonds Pacifique ;

- les échanges avec les autres envoyés spéciaux pour le Pacifique, notamment chinois, américains, européens, japonais et coréens.

Cette diplomatie régionale s'appuie sur un réseau plus large. Les 6 ambassadeurs bilatéraux couvrent l'ensemble des États indépendants du Pacifique, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande jusqu'aux petits États insulaires. L'ouverture d'une septième ambassade aux Samoa en février 2025, suit cette démarche de renforcement de la présence française dans la région22(*).

À ce réseau s'ajoutent de nombreux opérateurs français présents dans la région, notamment l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), et surtout l'Agence française de développement (AFD). L'AFD dispose d'une direction régionale à Nouméa, et deux autres à Papeete et Suva (depuis 2024).

La mobilisation diplomatique française est donc réelle, et reste en construction. Comme indiqué par l'ambassadrice, « le poste diplomatique dispose d'instruments très récents et très évolutifs ».

3. Des collectivités elles-mêmes proactives et bénéficiant d'une reconnaissance régionale
a) Des compétences diplomatiques davantage reconnues ou admises dans l'espace Pacifique

La présence des collectivités françaises traduit une reconnaissance progressive de leur capacité à agir comme acteurs océaniens, dans un espace régional qui admet plus facilement qu'ailleurs la participation de territoires non souverains aux côtés d'États indépendants.

Cette reconnaissance s'est d'abord construite dans les enceintes techniques. La Communauté du Pacifique, fondée en 1947 sous le nom de Commission du Pacifique Sud et installée à Nouméa dès 1949, a constitué le premier cadre d'insertion des territoires français dans la coopération régionale. Son mandat scientifique et technique, santé publique, pêches, agriculture, statistiques, géosciences, culture, droits, gouvernance, a permis aux collectivités de prendre part à des politiques régionales concrètes sans que la question de la souveraineté soit immédiatement placée au premier plan.

Le basculement le plus important est toutefois intervenu dans le cadre du Forum des îles du Pacifique. La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française en sont d'abord devenues membres associés en 2006, avant d'être admises comme membres à part entière en 2016. Wallis-et-Futuna a obtenu, la même année, le statut de membre associé. Cette évolution est majeure : elle place deux collectivités françaises au sein de l'organisation politique centrale du Pacifique insulaire, alors que l'État n'y dispose, pour sa part, que du statut de partenaire de dialogue.

La Polynésie française illustre particulièrement cet engagement. Le président Moetai Brotherson a rappelé devant la délégation que le Pays participe à de nombreuses organisations régionales, selon des statuts variables : membre à part entière, membre associé, observateur ou représenté par la France. Outre le FIP, il a cité la CPS, l'Organisation du tourisme du Pacifique Sud, le Programme de développement des îles du Pacifique (Pacific Islands Development Program, PIDP), le Groupe des dirigeants polynésiens (Polynesian Leaders Group, PLG), le Conseil des Jeux du Pacifique, la Commission des pêches du Pacifique occidental et central, l'Agence des pêches du Forum des îles du Pacifique, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ou encore le Bureau de la sécurité aérienne dans le Pacifique (Pacific Aviation Safety Office, PASO)23(*).

Cette diversité signifie que l'action régionale des collectivités touche désormais à des secteurs opérationnels : tourisme, pêche, aviation civile, sport, culture, francophonie, environnement, formation et sécurité maritime. Dans le Pacifique, l'influence passe souvent par ces enceintes spécialisées, moins visibles que les sommets politiques mais plus directement utiles aux administrations et aux populations.

La Nouvelle-Calédonie dispose, de son côté, d'un ancrage institutionnel particulier. Elle accueille à Nouméa le siège de la CPS, ce qui lui confère une visibilité régionale que n'ont pas les autres collectivités françaises. Son appartenance au FIP, sa participation à plusieurs cadres techniques et son inscription dans l'espace mélanésien en font un acteur régional important, même si sa situation politique interne pèse sur la perception de sa parole extérieure.

Wallis-et-Futuna suit une trajectoire plus discrète. Le territoire ne dispose pas d'une capacité propre de négociation internationale comparable à celle de la Nouvelle-Calédonie ou de la Polynésie française. Pourtant, il participe à plusieurs cadres reconnus : la CPS et le PROE, dont il est membre à part entière, ainsi que le FIP, où il est membre associé. Son appartenance au Groupe des dirigeants polynésiens confirme également son insertion dans l'espace polynésien.

La trajectoire d'ensemble est donc nette. Les collectivités françaises deviennent progressivement des acteurs reconnus du régionalisme océanien.

b) Des initiatives portées par leurs responsables politiques et mises en oeuvre localement : SCRRE, SCOPPD et DAIEP

La montée en puissance régionale des collectivités françaises se traduit par les outils administratifs dédiés mis en place. La délégation a pu apprécier lors des auditions et d'entretiens sur place la qualité des travaux effectués et l'implication très forte des personnels.

En Polynésie française, la Délégation aux affaires internationales, européennes et du Pacifique (DAIEP) constitue le principal outil de pilotage de l'action régionale du Pays. Placée auprès du président de la Polynésie française, elle assure le suivi des relations avec les États, territoires et organisations régionales, coordonne la participation du Pays aux réunions internationales et sert d'interface avec les services de l'État. Le président Moetai Brotherson a rappelé que la DAIEP l'assistait directement dans ses missions, qu'un agent était basé à Paris pour le lien avec l'Union européenne et qu'une réunion mensuelle associait ses services à la cellule diplomatique du Haut-commissariat de la République24(*).

En Nouvelle-Calédonie, le Service de la coopération régionale et des relations extérieures (SCRRE) constitue le principal outil administratif du gouvernement pour suivre les relations régionales. Son rôle s'inscrit dans le cadre de la loi organique de 1999, qui permet à la Nouvelle-Calédonie, dans ses domaines de compétence, de négocier des accords avec des États, territoires ou organismes régionaux du Pacifique, sous réserve du respect des engagements internationaux de la République.

Wallis-et-Futuna a progressivement structuré une diplomatie de proximité, appuyée sur le Service de la coordination des politiques publiques et du développement (SCOPPD) commun avec l'Etat, la Commission de l'intégration régionale de l'Assemblée territoriale et le préfet, administrateur supérieur. Ce fonctionnement permet d'articuler l'expression des priorités territoriales, l'instruction technique des projets et la sécurisation juridique par l'État.

Ces trois exemples révèlent que les collectivités françaises du Pacifique, en parallèle de l'action de l'État, développent leurs propres administrations de coopération, chargés du suivi des priorités sectorielles et des réseaux de partenaires.

c) Des accords et projets de coopération inter-collectivités et avec les États voisins

Fortes de leur légitimité auprès des instances régionales et de leurs services administratifs dédiés, les collectivités françaises du Pacifique développent des accords et projets de coopération, entre elles comme avec leurs voisins océaniens, qui donnent une traduction concrète à leur insertion régionale. Ces démarches prennent des formes diverses : mémoires d'entente, conventions-cadres, conventions sectorielles, déclarations d'intention, accords techniques ou projets portés avec les organisations régionales.

La Polynésie française demeure l'un des territoires les plus actifs dans cette logique. Elle dispose d'un mémoire d'entente avec Pitcairn depuis 2006, d'un plan conjoint de coopération avec la Nouvelle-Zélande depuis 2018, d'un accord avec les îles Cook pour l'exploitation et la maintenance du câble sous-marin Manatua, ainsi que d'un accord-cadre de services aériens signé avec les îles Cook le 4 août 2025. Ces instruments couvrent deux priorités majeures pour les sociétés insulaires : la connectivité numérique et la desserte aérienne25(*).

La Nouvelle-Calédonie s'inscrit dans une logique comparable avec le projet de câble sous-marin Tamtam. Officiellement lancé à Port-Vila le 18 février 2026, ce câble de 411 kilomètres doit relier Port-Vila, au Vanuatu, à Lifou, en province des Îles Loyauté. Pour le Vanuatu, il sécurise les communications internationales ; pour la Nouvelle-Calédonie, il diversifie les routes numériques, renforce la résilience des réseaux et consolide son rôle de point de connexion régional. Il est très intéressant de souligner que le projet comporte également une dimension scientifique, avec quatre capteurs installés le long de la faille des Nouvelles-Hébrides pour suivre les séismes sous-marins, les risques de tsunami, la montée du niveau de la mer et la température de l'océan.

Dans le cadre de la convention de coopération régionale entre la France, la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu, un appel à projets a été lancé pour 202626(*). Les domaines éligibles sont très concrets : éducation, formation professionnelle, insertion des jeunes, francophonie, santé, développement économique durable, agriculture, eau, assainissement, sécurité civile, gestion des catastrophes naturelles et médias. Le dispositif repose sur un fonds alimenté par le Fonds Pacifique et par des crédits du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, géré avec l'ambassade de France à Port-Vila.

La coopération économique commence également à se structurer au niveau consulaire. La Chambre de commerce et d'industrie de Nouvelle-Calédonie (CCI-NC) a signé, le 11 mars 2026 à Auckland, un protocole d'accord avec la French New Zealand Chamber of Commerce and Industry (FNZCCI). L'objectif est de faciliter les relations d'affaires, les investissements croisés, la circulation d'informations économiques et la mise en relation directe des entreprises. Une convention similaire avait déjà été signée avec la Chambre de commerce du Vanuatu en décembre 202527(*).

La coopération agricole portée par les chambres d'agriculture

Les chambres d'agriculture des collectivités françaises travaillent ensemble. Les trois collectivités du Pacifique - Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna - ont formalisé leur coopération agricole de manière concrète.

La Fédération des Chambres d'agriculture et de la pêche du Pacifique (FED-CAPP), qui regroupe les chambres consulaires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie et de Wallis-et-Futuna, a été créée en février 2025 à Paris, lors du Salon international de l'Agriculture. Les statuts ont ensuite été déposés en avril à Mata'Utu, qui est devenu le siège de la fédération pour les trois territoires.

Avec la FED-CAPP, les trois chambres entendent parler d'une seule voix vis-à-vis de leurs partenaires de l'Hexagone, d'Europe et de la région Pacifique, mutualiser leurs expériences et connaissances, et poursuivre leur engagement pour la souveraineté alimentaire.

L'ambition est aussi de créer un marché commun entre les trois territoires, qui représentent ensemble un bassin de 550 000 personnes. La Polynésie est citée comme ayant une avance sur certains sujets, notamment son objectif d'atteindre 50 % de produits locaux dans les cantines scolaires d'ici 2030, une ambition que la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna regardent de près.

Les coopérations entre collectivités françaises se sont aussi densifiées. La Polynésie française et Wallis-et-Futuna ont signé une convention-cadre en 2019, complétée en 2025 par deux conventions sectorielles, l'une sur l'économie et la lutte contre la vie chère, l'autre sur le tourisme. Une coopération sanitaire porte également sur la ciguatera, enjeu à la fois environnemental, alimentaire et de santé publique pour les îles du Pacifique.

Avec la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française a conclu un accord-cadre de partenariat le 17 novembre 2025. Les complémentarités sont concrètes : la Polynésie française produit davantage de tubercules, tandis que la Nouvelle-Calédonie dispose d'une filière d'élevage plus développée. La Polynésie importe déjà de la viande calédonienne et des échanges existent entre chambres d'agriculture et de pêche lagonaire.

La formation constitue un autre champ prometteur. La Polynésie française dispose d'un campus des métiers et des qualifications dans l'hôtellerie-restauration et d'un second campus validé sur les métiers de la mer. La Nouvelle-Calédonie dispose également d'un centre des métiers de la mer. L'objectif n'est donc pas de dupliquer les formations, mais de construire un catalogue complémentaire entre territoires, notamment dans le tourisme, la pêche, la maintenance maritime et la sécurité en mer.

Wallis-et-Futuna, malgré un statut plus contraint, a franchi une étape avec la déclaration d'intention signée avec la République des Fidji en novembre 2025. Elle porte sur le désenclavement, le développement économique, l'éducation, la santé et l'agriculture. Ce partenariat répond à une réalité géographique et commerciale : Fidji est l'un des premiers fournisseurs du territoire et constitue son hub régional naturel.

Ces exemples montrent que la dynamique d'insertion régionale des collectivités françaises du Pacifique est en marche dans de nombreux domaines : numérique, formation, culture, santé, environnement, économie, sécurité civile et connectivité.


* 7 Communauté du Pacifique (CPS), « About Us » : https://www.spc.int/about-us.

* 8 Secrétariat du Forum des îles du Pacifique, « The Pacific Islands Forum » : https://forumsec.org/pacific-islands-forum.

* 9 Programme régional océanien pour l'environnement (PROE), « About Us » : https://www.sprep.org/about-us.

* 10 Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC), données 2024 présentées par l'organisation : https://www.wcpfc.int/.

* 11 Audition de Mme Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des outre-mer, 9 avril 2026.

* 12 South Pacific Tourism Organisation (SPTO), « About Us » :

https://southpacificislands.travel/home/about-us/organisational-structure.

* 13 FIP, 2050 Strategy for the Blue Pacific Continent, 2022.

* 14 Audition du 18 décembre 2025.

* 15 À l'occasion du forum économique Voice 2030 (Vanuatu Opportunities for Investment and Caledonian Enterprises), qui s'est tenu à Port-Vila du 4 au 7 mai 2026, l'invitation officielle adressée par le gouvernement vanuatais à une délégation du FLNKS, menée par Christian Tein, plutôt qu'au gouvernement calédonien a suscité la suspension de tous les travaux entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu relatifs à l'accord de coopération commerciale en cours. Le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie a dû rappeler que le gouvernement calédonien est la seule institution compétente en matière de politique commerciale et de coopération bilatérale.

* 16 Ministère de l'Europe et des affaires étrangères, La stratégie indopacifique de la France, Paris, 2025.

* 17 Table ronde consacrée à l'Indopacifique, audition de Mme Dana Purcarescu, ambassadrice chargée de l'Indopacifique, 24 mars 2026.

* 18 Audition de Mme Véronique Roger-Lacan, précitée.

* 19 Il s'agit du Programme Australie-Pacifique de mobilité des travailleurs, qui permet aux travailleurs des îles du Pacifique et du Timor-Oriental de venir occuper des emplois temporaires en Australie, notamment dans les secteurs de l'agriculture et de la fabrication de produits alimentaires liés à l'agriculture.

* 20 Voir le « French Pacific Plan 2025-2027 » publié par le ministère des affaires étrangères néo-zélandais : https://www.mfat.govt.nz/assets/Countries-and-Regions/Pacific/French-Polynesia/Plan-pour-la-Cooperation-internationale-au-developpement-avec-les-Territoires-francais-du-Pacifique-2025-2027.pdf.

* 21 Audition de Mme Véronique Roger-Lacan, précitée.

* 22 Voir l'annonce de l'ouverture de l'ambassade par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/presse-et-ressources/decouvrir-et-informer/actualites/samoa-ouverture-de-l-ambassade-de-france.

* 23 Pour la liste des organisations sectorielles dont les collectivités sont membres, voir I. B. 1.

* 24 Audition de M. Moetai Brotherson, précitée.

* 25 Idem.

* 26 Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, « Lancement de l'appel à projets CCR 2026 », 3 avril 2026 : https://gouv.nc/actualites/03-04-2026/lancement-de-lappel-projets-ccr-2026.

* 27 Les Nouvelles Calédoniennes, « La CCI renforce ses liens économiques avec la Nouvelle-Zélande », 20 mars 2026 :

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/pacifique/nouvelle-zelande/economie/la-cci-renforce-ses-liens-economiques-avec-la-nouvelle-zelande.

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