B. RAPPELS DES MÉTHODES D'AMP

Plusieurs techniques d'AMP sont utilisées en France. En fonction des circonstances des personnes (infertilité, femme seule, couple de femmes), l'insémination artificielle peut être recommandée en première intention. Elle démarre le plus souvent par une stimulation hormonale de la femme pour favoriser l'ovulation et nécessite une sélection de spermatozoïdes à partir du sperme du conjoint ou d'un donneur. Elle se termine par l'insémination des spermatozoïdes au niveau de l'utérus ou du col119(*).

Si cette méthode n'est pas recommandée ou qu'elle ne permet pas d'obtenir une grossesse, la fécondation in vitro (FIV) ou sa variante avec micro-injection (FIV-ICSI pour « intracytoplasmic sperm injection ») peut être proposée. Elle consiste en une stimulation de l'ovulation et d'une ponction d'ovocytes chez la femme, puis une préparation des ovocytes et spermatozoïdes suivie d'une fécondation de l'ovocyte par un spermatozoïde en laboratoire (dans le cas d'une FIV-ICSI, un spermatozoïde est injecté directement dans l'ovocyte). Les ovocytes fécondés deviennent des embryons, qui au bout de quelques jours de culture en laboratoire peuvent être soit inséminés directement dans l'utérus (transfert « frais »), soit congelés pour une insémination future120(*),121(*). Plusieurs embryons peuvent ainsi être transférés lors d'un même cycle de FIV, jusqu'à obtention d'une naissance (ou épuisement des embryons disponibles).

Il arrive que le nombre d'embryons développés en laboratoire soit supérieur au nombre d'embryons nécessaire pour la réalisation de l'AMP : on parle alors d'embryons surnuméraires. Ces derniers peuvent être conservés pour un nouveau projet parental futur, ou bien faire l'objet d'un don à d'autres personnes, permettant une autre méthode d'AMP : l'accueil d'embryon122(*). Les embryons surnuméraires peuvent également, toujours sur décision des personnes ayant un projet parental dont ils sont issus, être donnés à la recherche (voir la partie Recherche sur l'embryon), ou bien détruits.

Dans certains cas, il peut également être nécessaire de faire appel à un don de gamètes (ovocytes et/ou spermatozoïdes) pour la réalisation d'une AMP. Cela peut être le cas pour un don de spermatozoïdes pour une insémination artificielle chez une femme seule, ou pour un don d'ovocytes pour la réalisation d'une FIV pour un couple hétérosexuel dont la femme présenterait une insuffisance ovarienne majeure.

Une personne peut également conserver ses gamètes (ou ses tissus germinaux, testiculaires ou ovariens) en vue de la réalisation d'une AMP ultérieure ou le rétablissement futur de fonctions hormonales. Cette procédure, appelée conservation autologue, peut être réalisée lorsqu'une personne doit subir un traitement médical qui risque d'altérer sa fertilité (traitement de certains cancers par exemple), on parle alors d'autoconservation pour raisons médicales. Il est également possible de faire une autoconservation pour raisons non médicales, par exemple pour les femmes qui ne souhaitent pas avoir d'enfants dans l'immédiat mais souhaitent pouvoir un jour utiliser leurs ovocytes qu'elles auront prélevés plus jeunes, lorsque ceux-ci sont a priori plus nombreux et présentent moins de risques d'anomalies.

D'autres méthodes peuvent être considérées comme faisant partie de l'AMP : la gestation pour autrui (GPA, interdite en France), ou encore la greffe d'utérus. Ce type de greffe s'adresse aux femmes naissant sans utérus (syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser, qui concerne une fille sur 4 000 environ) ainsi qu'aux femmes ayant une infertilité utérine acquise. La première greffe de ce genre ayant permis la naissance d'un enfant a été réalisée en Suède en 2014, après des décennies de recherche chez l'animal puis plusieurs tentatives chez l'être humain. L'on estime qu'une centaine d'opérations de ce type ont eu lieu depuis, ayant permis la naissance de 70 enfants123(*). La plupart de ces opérations ont été réalisées avec des donneuses vivantes apparentées aux receveuses, celles ayant été réalisées avec des donneuses décédées présentant un taux de succès moindre124(*). Pour les femmes chez qui la greffe est un succès, la grande majorité donnent naissance à un enfant, malgré des effets indésirables relevés durant les grossesses (hypertension, naissance prématurée). Pour obtenir ces grossesses, les receveuses bénéficient d'une FIV avant l'opération, afin que leurs ovocytes puissent être prélevés avant le début du traitement immunosuppresseur, qu'elles devront recevoir une fois l'utérus greffé. À deux ans, les enfants issus de cette procédure ne semblent pas présenter de problèmes de santé particuliers ni d'anomalies du développement, mais ces résultats nécessiteront le suivi d'un plus grand nombre d'enfants pour être confirmés125(*). À la suite des grossesses souhaitées, les utérus transplantés ont vocation à être retirés, pour limiter la durée des traitements immunosuppresseurs. En France, un protocole de recherche autorisé par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l'Agence de la biomédecine (ABM) est en cours à l'Hôpital Foch de Suresnes, au sein de l'équipe du professeur Jean-Marc Ayoubi126(*). Quatre femmes ont ainsi déjà pu bénéficier d'une greffe d'utérus provenant d'une donneuse vivante (leur mère ou leur soeur) entre 2019 et 2025, donnant naissance à trois bébés.


* 119 Agence de la biomédecine, « La technique de l'insémination artificielle en France (IA) », 2024, https://www.procreation-medicale.fr/insemination-artificielle-ia/

* 120 Agence de la biomédecine, « La technique de la fécondation in vitro (FIV) », 2024, https://www.procreation-medicale.fr/fecondation-in-vitro-fiv/

* 121 Agence de la biomédecine, « La technique de la fécondation in vitro avec ICSI (FIV-ICSI) », 2024, https://www.procreation-medicale.fr/fecondation-in-vitro-icsi/

* 122 Agence de la biomédecine, « L'accueil et le don d'embryon », 2025, https://www.procreation-medicale.fr/accueil-embryons/

* 123 G. Testa et al., « Uterus Transplant in Women With Absolute Uterine-Factor Infertility », JAMA, 332, no 10, 2024, p. 817-24, https://doi.org/10.1001/jama.2024.11679

* 124 J. M. Ayoubi, « Transplantation utérine », Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, 205, no 9, 2021, p. 1137-45, https://doi.org/10.1016/j.banm.2021.09.005

* 125 P. Schulz et al., « Children after uterus transplantation: 2-year outcomes from the Dallas UtErus Transplant Study (DUETS) », BJOG: an international journal of obstetrics and gynaecology, 129, no 13, 2022, p. 2117-24, https://doi.org/10.1111/1471-0528.17270

* 126 J. M. Ayoubi, « Transplantation utérine », art. cit.

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