F. RÉSULTATS DE L'AMP
Le but de l'AMP est d'obtenir la naissance d'un enfant vivant. On peut mesurer le taux de réussite d'une méthode d'AMP en taux d'accouchement cumulé par ponction ovocytaire ou en taux d'accouchement par transfert d'embryon pour la FIV, ou en taux d'accouchement par insémination pour l'insémination artificielle. Pour la FIV, chaque ponction ovocytaire peut aboutir au prélèvement de plusieurs ovocytes et au développement de plusieurs embryons, et donc à plusieurs transferts d'embryons. Inversement, 20 à 30 % des ponctions ovocytaires n'aboutiraient à aucun transfert d'embryon148(*).
1. Résultats de l'AMP en France
Les résultats de l'AMP en France, comme dans le reste du monde, peuvent être qualifiés de « sous-optimaux »149(*). En moyenne le taux standardisé d'accouchement par ponction d'ovocytes puis transfert d'embryons (frais ou après une étape de congélation) est aujourd'hui de 30 %150(*). Il était de 25,5 % en 2014151(*) et de 28,4 % en 2017152(*).
En regardant le taux d'accouchement par insémination ou par transfert d'embryon, l'on peut se rendre compte de l'impact très important de l'âge de la femme sur le taux de succès de l'AMP (voir figure ci-dessous).
Pour l'insémination intraconjugale, le taux d'accouchement moyen est de 11 % par insémination, mais il chute à 2,5 % au-delà de 43 ans153(*). Pour la FIV-ICSI intraconjugale, le taux d'accouchement par ponction passe de 23,1 % entre 30 et 34 ans à 7,1 % entre 40 et 42 ans.
L'utilisation de spermatozoïdes de donneurs augmente significativement le taux de succès pour l'insémination, mais cet écart diminue avec l'âge de la femme (voir figure ci-dessous). Le taux d'accouchement par transfert d'embryon avec la méthode FIV-ICSI passe lui de 24,8 % en intraconjugal à 30,2 % avec don d'ovocytes. Ces deux phénomènes peuvent en partie s'expliquer par le processus de sélection des donneurs de gamètes, qui comporte un bilan médical et impose une limite d'âge aux donneurs. La méthode d'AMP employée (FIV ou FIV-ICSI par exemple) peut également influencer les résultats.
Taux d'accouchements selon la méthode d'AMP, l'âge de la femme et le recours ou non au don de spermatozoïdes
Source : Agence de la biomédecine, Rapport d'activité d'assistance médicale à la procréation 2023
Une étude rétrospective, certes un peu datée, menée sur des couples ayant commencé un parcours de FIV en France entre 2000 et 2002 a montré que 48 % des couples devenaient parents grâce à la FIV ou une autre prise en charge médicale, 23 % devenaient parents grâce à une grossesse spontanée ou via l'adoption, et 29 % des couples demeuraient sans enfants154(*).
Différentes techniques biologiques peuvent être employées afin d'améliorer les résultats de l'AMP. Parmi ces techniques l'on peut citer la culture prolongée des embryons en laboratoire dans le cadre d'une FIV, passant de 2-3 jours originellement à 5-6 jours, ce qui peut permettre une augmentation des chances d'implantation de l'embryon après insémination155(*). La vitrification, méthode de congélation ultra-rapide, a quant à elle permis d'augmenter considérablement l'efficacité de la conservation des ovocytes après ponction (méthode autorisée par la loi de bioéthique de 2011) ainsi que celle des embryons156(*),157(*). Le processus de sélection des embryons en vue de leur transfert, basé par exemple sur l'analyse de la cinétique de leur développement, peuvent également influencer les résultats d'AMP158(*).
Enfin, la santé des personnes en parcours d'AMP (alimentation, activité physique) ainsi que leur exposition à différents facteurs environnementaux (pollution atmosphérique, phytosanitaires) impactent fortement les chances de naissance vivante159(*),160(*),161(*),162(*). Si certains facteurs peuvent être améliorés plutôt facilement au moment de la prise en charge des personnes (tabagisme par exemple), il ne semble cependant pas y avoir de preuves qu'une réduction de l'exposition aux PE à l'âge adulte soit efficace pour améliorer les résultats d'AMP : l'effort de prévention devrait être fait bien en amont, dès la période néonatale163(*).
Il sera également intéressant d'évaluer l'impact de l'utilisation de gamètes autoconservés pour raisons non médicales sur les résultats d'AMP lorsque les professionnels de santé auront un recul suffisant sur cette nouvelle modalité.
Une autre mesure des résultats de l'AMP peut être le taux de naissances multiples. En effet, historiquement, afin d'augmenter les chances de naissances, l'on transférait couramment plusieurs embryons par insémination chez la femme. Cette pratique a cependant eu pour effet d'augmenter la probabilité de grossesses et de naissances multiples. Ces dernières présentant un risque plus élevé pour la santé de la femme enceinte et les enfants à naître, leur limitation est souhaitable. Avec le développement de la vitrification des embryons, le taux de survie de ces derniers après congélation/décongélation est passé de 65-70 % avec la congélation lente à plus de 90 % avec la vitrification164(*). Cela a ainsi permis d'avoir moins besoin d'utiliser plusieurs embryons frais par transfert. Ainsi, le nombre de transferts à deux ou trois embryons et donc de naissances multiples est en baisse constante : le pourcentage d'accouchements multiples après FIV est passé de 17,7 % en 2011165(*) à 7,2 % en 2021166(*).
Par ailleurs, certaines méthodes d'AMP (telles que la congélation de l'ensemble des embryons d'une cohorte) semblent compliquer le suivi des résultats de ces méthodes par les centres, l'ABM menant actuellement un travail à ce sujet.
2. Variabilité des résultats selon les centres
Les résultats d'AMP peuvent varier d'un centre à l'autre, du fait de pratiques cliniques et biologiques différentes ou de l'organisation même du laboratoire. L'on peut par exemple citer le recours à la culture embryonnaire prolongée, qui consiste à garder les embryons en culture cinq à six jours au lieu de deux-trois jours. L'ABM note dans son rapport sur les données de 2023 que si la culture prolongée est utilisée dans une majorité de procédures de FIV et que la pratique progresse, « selon les centres, le recours à cette technique varie » et « les pratiques de culture prolongée sont très hétérogènes »167(*). Le niveau d'expérience des biologistes et techniciens de laboratoire peut également fortement influencer les résultats, les procédures de FIV impliquant des manipulations très délicates nécessitant du personnel expérimenté.
Si l'ABM ne publie pas directement de classement des centres, elle évalue chaque année les résultats des FIV pour chaque centre par rapport à une moyenne nationale des résultats168(*). Deux indicateurs sont évalués : le taux de naissance cumulé par ponction ovocytaire (incluant le transfert d'embryons frais et le transfert d'embryons congelés issus d'une même ponction) et le taux de naissances multiples. Les FIV avec don d'ovocytes sont exclues de ces calculs. Les données de chaque centre sont standardisées par rapport au profil des femmes reçues, afin de permettre une comparaison plus équitable entre les centres. Sont par exemple pris en compte l'âge des femmes, leur indice de masse corporelle (IMC) ou le nombre d'ovocytes prélevés par ponction. Certaines données peuvent également être exclues, par exemple pour des méthodes pour lesquelles le suivi des résultats semble difficile pour les centres, par exemple, lorsque tous les ovocytes issus d'une ponction sont congelés directement sans fécondation ni transfert.
Pour les centres présentant des résultats significativement inférieurs à la moyenne nationale, l'ABM propose un accompagnement afin de comprendre les causes de cet écart et d'améliorer les résultats. Des professionnels entendus par les rapporteurs notent que si cet accompagnement nécessite un engagement sur le temps long et le recueil de données sur place, les résultats semblent positifs pour les centres qui en bénéficient (une vingtaine environ). Il est cependant noté que cet accompagnement ne se fait que sur la base du volontariat169(*). Des centres peuvent ainsi craindre une démarche similaire aux audits d'accréditation, qui sont sanctionnants, alors que l'accompagnement proposé par l'ABM est plutôt pensé comme un échange entre professionnels, proposant un espace de réflexion collective pouvant aider à l'amélioration des pratiques. Il est également noté que certains centres auraient besoin d'investissements afin d'améliorer leurs résultats. L'article R. 2142-3 du code de la santé publique stipule par ailleurs que les ARS doivent recueillir l'avis de l'ABM avant le renouvellement d'autorisation d'un centre d'AMP. Pour rendre son avis, l'ABM « peut notamment prendre en compte » les résultats du centre d'AMP, présentés « selon une méthodologie prenant en compte notamment les caractéristiques de [la] patientèle et en particulier l'âge des femmes » (article L. 1418-1 du même code).
À l'international, en Espagne et au Royaume-Uni, des registres publics librement accessibles permettent aux personnes désireuses de démarrer un parcours d'AMP de consulter les résultats par centre170(*),171(*). Une expérience concluante peut être évoquée : le personnel d'une clinique privée de fertilité de Madrid visitée par les rapporteurs a pointé que les résultats du centre s'étaient améliorés après l'inclusion de leur clinique dans un réseau de cliniques présent aux États-Unis. Les équipes notaient qu'une standardisation des protocoles avait aidé, et que les procédures de déclarations d'événements contraires à leurs engagements de qualité, sans risque de sanction, permettaient de promouvoir l'amélioration continue entre les centres. Des modules de formation internes standardisés ont également été développés au sein du réseau.
Recommandation 26 : Prendre notamment en compte les résultats des centres d'assistance médicale à la procréation pour le renouvellement de leur autorisation délivrée par les agences régionales de santé
3. Comparaison internationale
Au niveau international, en prenant garde à comparer ce qui est strictement comparable (à paramètres équivalents), la France se situe dans la moyenne européenne en termes de résultats d'AMP. Si le taux d'accouchement par transfert d'embryon frais est de 25 % en France, il est aussi de 25 % en Espagne et au Royaume-Uni, et de 21,7% en Belgique 172(*),173(*).
Ces moyennes nationales peuvent parfois sembler assez éloignées des résultats annoncés par les cliniques privées de certains pays, où des Français choisissent chaque année de se rendre174(*). Ces écarts peuvent s'expliquer de différentes manières : comparaison d'indicateurs différents (taux d'accouchement versus taux de grossesse, taux par transfert d'embryon versus taux d'accouchement cumulé), recours au DPI-A (interdit en France, son incidence sur le taux de naissances vivantes est débattue, voir la partie Tests génétiques du rapport), fréquence du recours au don d'ovocytes et âge maximal des donneuses (38 ans en France contre 35 ans en Espagne175(*)), profil des personnes traitées (types d'infertilité, comorbidités) ou encore standardisation des protocoles176(*),177(*). Il est important de noter que les résultats annoncés par ces cliniques privées sont également en décalage avec les moyennes nationales des pays où elles se trouvent, ne traduisant ainsi pas forcément des résultats d'AMP en France qui seraient en-deçà des moyennes d'autres pays. Le niveau d'investissement dans des technologies de pointe consenti par certaines franchises de cliniques privées pourrait aussi contribuer aux résultats qu'elles affichent.
* 148 Audition par les rapporteurs de Patricia Fauque et Nicolas Gatimel le 24 octobre 2025.
* 149 Ibid.
* 150 Agence de la biomédecine, « Quel est le taux de réussite/d'échec de l'AMP ? », 13 janvier 2025, https://agence-biomedecine.fr/fr/don-de-gametes-et-assistance-medicale-a-la-procreation/quel-est-le-taux-de-reussited-echec-de-l-amp
* 151 Agence de la biomédecine, Évaluation des résultats des centres d'assistance médicale à la procréation pratiquant la fécondation in vitro en France Rapport national des résultats 2015, 2019, https://www.fiv.fr/media/nationalcompletfiv2015.pdf
*
152 Agence de la biomédecine,
Évaluation des résultats des centres d'assistance
médicale à la procréation pratiquant la fécondation
in vitro en France - Rapport national des résultats
2017-2018, 2021,
https://back.agence-biomedecine.fr/uploads/national_fiv_2017_2018_c61a9ac665.pdf
* 153 Agence de la biomédecine, Rapport d'activité d'assistance médicale à la procréation 2022, op. cit.
* 154 V. Rozée et E. de La Rochebrochard, « Évolution de la loi de bioéthique française : éléments de discussion à partir des recherches menées sur l'AMP à l'Ined », Ined, Documents de travail, 2019, https://www.ined.fr/fr/publications/editions/document-travail/evolution-loi-bioethique-francaise/
* 155 Agence de la biomédecine, Listes des procédés biologiques régulièrement utilisés en AMP et des techniques visant à améliorer les procédés biologiques autorisés, op. cit.
* 156 Ibid.
* 157 Agence de la biomédecine, Rapport d'activité d'assistance médicale à la procréation 2023, op. cit.
* 158 Audition par les rapporteurs de Patricia Fauque et Nicolas Gatimel le 24 octobre 2025.
* 159 C. Sonigo et al., « Prise en charge de première intention du couple infertile », art. cit.
* 160 S. J. Leathersich et al., « Particulate air pollution at the time of oocyte retrieval is independently associated with reduced odds of live birth in subsequent frozen embryo transfers », Human Reproduction, 40, no 1, 2025, p. 110-18, https://doi.org/10.1093/humrep/deae259
* 161 Y.-H. Chiu et al., « Association Between Pesticide Residue Intake From Consumption of Fruits and Vegetables and Pregnancy Outcomes Among Women Undergoing Infertility Treatment With Assisted Reproductive Technology », JAMA Internal Medicine, 178, no 1, 2018, p. 17-26, https://doi.org/10.1001/jamainternmed.2017.5038
* 162 A. D'Angelo et G. St Pier, « Endocrine-Disrupting Chemicals (EDCs) and Reproductive Outcomes », Environment Impact on Reproductive Health: A Translational Approach, Cham, 2023, p. 153-68, https://doi.org/10.1007/978-3-031-36494-5_8
* 163 Audition par les rapporteurs de Patricia Fauque et Nicolas Gatimel le 24 octobre 2025.
* 164 Ibid.
* 165 Agence de la biomédecine, Évaluation des résultats des centres d'assistance médicale à la procréation pratiquant la fécondation in vitro en France - Rapport national des résultats 2011, 2014.
* 166 Agence de la biomédecine, Évaluation des résultats des centres d'assistance médicale à la procréation pratiquant la fécondation in vitro en France - Rapport national des résultats 2021-2022, avril 2025, https://back.agence-biomedecine.fr/uploads/National_Complet_FIV_2021_2022_ee480caac2.pdf
* 167 Agence de la biomédecine, Rapport d'activité d'assistance médicale à la procréation 2023, op. cit.
* 168 Agence de la biomédecine, Évaluation des résultats des centres d'assistance médicale à la procréation pratiquant la fécondation in vitro en France - Rapport national des résultats 2021-2022, op. cit.
* 169 Audition par les rapporteurs de Patricia Fauque et Nicolas Gatimel le 24 octobre 2025.
* 170 Sociedad Española De Fertilidad, « Datos Publicos de los Centros 2022 », https://www.registrosef.com/index.aspx?ReturnUrl=%2f#Publicos22
* 171 Human Fertilisation & Embryology Authority, « Fertility clinic search », https://www.hfea.gov.uk/choose-a-clinic/clinic-search/
* 172 Human Fertilisation and Embryology Authority, HFEA, op. cit.
* 173 The European IVF Monitoring Consortium (EIM) for the European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE), « ART in Europe, 2020: results generated from European registries by ESHRE », Human Reproduction, 40, n? 11, novembre 2025, p. 2038-55, https://doi.org/10.1093/humrep/deaf179
* 174 IVI fertilité, « Taux de réussite », 2024, https://ivi-fertilite.fr/questions-les-plus-frequentes/resultats-cliniques/
* 175 IVI fertilité, « Âge limite pour faire ou recevoir un don d'ovocytes », 18 mai 2020, https://ivi-fertilite.fr/blog/age-maximum-don-ovocytes/
* 176 J. F. Knudtson et al., « Common practices among consistently high-performing in vitro fertilization programs in the U.S.: 10-year update », Fertility and sterility, 117, no 1, 2022, p. 42-50, https://doi.org/10.1016/j.fertnstert.2021.09.010
* 177 Audition par les rapporteurs de Patricia Fauque et Nicolas Gatimel le 24 octobre 2025.
