ï ANNEXE
26
LES DÉFICITS DE LA MESURE STATISTIQUE DE LA PAUVRETÉ DANS
LES TERRITOIRES ULTRAMARINS
Extraits du questionnaire de Mme Anne Rubinstein,
déléguée interministérielle
à la
prévention et à la lutte contre la pauvreté
« L'INSEE doit aujourd'hui croiser plusieurs sources de données d'enquête pour estimer le taux de pauvreté monétaire en outre-mer. En outre, dans l'hexagone comme dans les outre-mer, les populations vivant hors d'un logement ordinaire (personnes sans domicile ou hébergées) ne sont pas recensées. Les outils de la statistique publique ne peuvent mesurer les revenus provenant de l'économie informelle, comme ceux provenant de la solidarité familiale qui peuvent influer sur les conditions de vie des personnes, et ce quels que soient les territoires concernés.
Les limites des outils de mesure de la pauvreté, aujourd'hui bien identifiées mais non encore traitées, sont accrues en outre-mer, faute de données fiables. Par ailleurs, comme dans l'hexagone, il n'y a pas de suivi de parcours de cohorte.
D'après l'INSEE, la qualité des données socio-fiscales disponibles dans ces territoires est très inégale et ne permet donc pas de disposer de statistiques fiables et exhaustives pour l'ensemble des outre-mer, ni d'orienter avec pertinence et efficacité les mesures en faveur de la lutte contre la pauvreté. Des enquêtes territoriales pourraient être menées en complément de l'enquête budget des familles, principale source de données statistiques fiabilisées en outre-mer, ce qui impliquerait de renforcer les moyens de l'INSEE dans ces territoires. Il pourrait également être pertinent de créer des observatoires locaux des inégalités. »
ANNEXE 27
LES
DÉFIS AUXQUELS SONT CONFRONTÉS LES INSTITUTS STATISTIQUES DE
NOUVELLE-CALÉDONIE ET DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
Extraits des réponses au questionnaire de Mme Élise Desmazures, directrice de l'Institut de la statistique et des études économiques de la Nouvelle-Calédonie (ISEE-NC)
« En Nouvelle-Calédonie le principal défi est lié aux moyens alloués. En effet, d'une part la taille du territoire et d'autre part les difficultés budgétaires grandissantes justifient le fait que le territoire propose moins d'enquêtes que la métropole. L'ISEE ne bénéficie pas d'un programme pluriannuel d'enquêtes ce qui complique le pilotage des moyens. Ainsi, son pool d'enquêteurs n'est inscrit pas dans ses effectifs : les enquêteurs sont mobilisés en fonction des budgets d'enquêtes votés chaque année. Cette situation précarise les personnes et représente une difficulté de fidélisation de ces effectifs qu'il convient de former à la collecte en tenant compte de la diversité linguistique et culturelle du territoire qui invite à sélectionner des enquêteurs au plus près du bassin d'enquête. De plus, la population calédonienne est dispersée, certaines zones sont isolées, et d'accès, ce qui suppose une logistique exigeante.
De manière générale, la taille limitée des équipes (42 postes budgétaires dont en moyenne 39 pourvus) introduit beaucoup de transversalité, ce qui rend les missions particulièrement attrayantes... mais entraîne une forte dépendance vis-à-vis de certaines ressources. L'ISEE peine également à trouver des personnes formées techniquement et ne bénéficie pas d'outils d'attractivité (notamment prime spécifique comme à l'INSEE). Cette taille limitée peut limiter notre capacité à répondre à la demande (par exemple : notre aptitude à mener plusieurs enquêtes sur le terrain simultanément). Ce dernier point peut expliquer également que le rôle de l'ISEE n'est pas aussi clairement reconnu que celui de l'INSEE. Certaines enquêtes ou études d'intérêt territorial peuvent ainsi être commandées à des cabinets de sondage, entreprises d'enquêtes d'opinion. Ils peuvent s'engager sur des délais de production plus limités sans garantir la qualité méthodologique.
Un autre défi global pour la Nouvelle-Calédonie est celui de l'identification des besoins en statistiques et la coordination des moyens. Cette situation peut entraîner des surcoûts, des insuffisances de couverture statistique et une lassitude des répondants. Un constat récurrent au niveau des enquêtes est celui d'un financement limité qui entraîne une limitation de l'échantillon. Il en résulte une analyse insuffisante au vu du besoin. L'exemple type est celui de la dernière enquête Budget des familles (BDF) dont l'échantillonnage n'a pas permis une analyse par province, ce qui constitue une lacune préjudiciable.
Par ailleurs, certaines études peuvent nous être commandées, en particulier en matière d'évaluation des politiques publiques, sans que l'arsenal statistique nécessaire ait été mis en place. Cette configuration traduit une reconnaissance du besoin de données pour objectiver une situation, ce qui est très positif, mais démontre la nécessité d'anticiper ce besoin en se donnant les moyens de constituer les bases de données.
Enfin, les données administratives pourraient être améliorées du point de vue de leur exploitation statistique, en particulier s'agissant des données sur les revenus au sens large. À titre d'exemple, l'attache de l'ISEE au moment de la refonte des systèmes d'information ou même des formulaires devrait être automatiquement prise.
Pour relever ces défis, l'ISEE demande la définition d'un plan pluriannuel d'enquêtes, et d'un point de vue plus global la constitution d'un équivalent local du Conseil national de l'information statistique (CNIS). Cette instance de gouvernance permettrait :
· Une meilleure concertation locale entre producteurs et utilisateurs (administrations, collectivités, chercheurs, coutumiers, entreprises, ...) en prenant en compte l'offre et la demande statistique
· L'identification de besoins propres à la Nouvelle-Calédonie, notamment en lien avec le rééquilibrage et les inégalités sociales
· Une meilleure transparence et acceptabilité des statistiques (expliquer les méthodes, valider l'intérêt général des enquêtes, améliorer l'acceptabilité des enquêtes auprès des ménages, lutter contre la défiance envers les chiffres)
· L'amélioration de la qualité statistique (Comité du label)
· La définition d'une feuille de route pluriannuelle de la statistique à l'échelle du territoire »
Extraits des réponses au questionnaire de
M. Hugues Horatius-Clovis,
directeur de l'Institut de la statistique de la
Polynésie française (ISPF)
« Le défi principal auquel l'ISPF est confronté dans la production statistique est celui de la fraicheur des données dans un contexte où nos utilisateurs sont de plus en plus exigeants de ce point de vue.
Ensuite, en termes de collecte, pour disposer de résultats représentatifs par archipel ou par subdivision, nous devons composer avec la configuration géographique de la Polynésie française. Cela génère des surcoûts pour réaliser la collecte terrain des enquêtes.
Pour surmonter ces difficultés, il est indispensable de mettre en place une programmation des travaux d'enquêtes à l'instar de ce qui existe dans les DROM. Cela va de pair avec la sécurisation des financements liés aux enquêtes. La coordination des travaux statistiques des administrations et des collectivités publiques en Polynésie française doit être renforcée. La création d'une instance de concertation entre les utilisateurs et les producteurs d'information statistique devrait permettre de prioriser et de hiérarchiser les besoins.
Un département « enquêtes » a été créé au sein de l'ISPF en 2025 afin de professionnaliser les équipes et de capitaliser nos savoir-faire dans cette sphère d'activité. »