III. LES DRONES ET LA LUTTE ANTI-DRONES SONT DEVENUS DES CAPACITÉS ORDINAIRES DE LA GENDARMERIE, DE LA POLICE NATIONALE ET DE LA PRÉFECTURE DE POLICE
Le développement des drones constitue l'une des évolutions capacitaires les plus rapides des forces de sécurité intérieure. Leur emploi est désormais quotidien et repose sur des parcs et un nombre de télépilotes en cours d'extension. Cette banalisation, qui peut être constatée également dans le monde civil, s'accompagne symétriquement d'un besoin croissant de lutte anti-drones.
A. DES PARCS DE DRONES EN FORTE CROISSANCE ET DES USAGES DÉSORMAIS QUOTIDIENS
L'emploi des drones par les forces de sécurité intérieure a changé d'échelle en quelques années. D'abord acquis à titre expérimental ou pour les besoins de certaines unités spécialisées, ils constituent désormais des moyens d'appui quotidien, répartis au plus près des services et mobilisés pour de nombreuses missions, dont la sécurité et l'ordre publics, la police judiciaire, la recherche de personnes ou la surveillance des frontières. Cette montée en puissance repose sur des parcs plus importants, mais aussi sur la formation d'un nombre croissant de télépilotes et sur la structuration progressive de doctrines et d'unités spécialisées.
1. La gendarmerie nationale
La gendarmerie nationale disposait en mai 2026 de 1 350 drones. Le parc de cette dernière s'organise autour de trois grandes familles. Les drones dits « du quotidien » (généralement de moins de 4 kgs) sont directement employés par les unités territoriales pour l'observation d'une zone réduite et la sûreté immédiate des personnels. Des drones spécialisés (généralement de plus de 4 kgs) répondent à des besoins particuliers de police judiciaire, de montagne, de surveillance d'aérodromes ou de recherche. Enfin, une capacité nationale regroupe les moyens les plus performants (généralement de plus de 25 kgs), susceptibles d'être projetés au profit d'une opération planifiée ou d'un événement majeur. Le commandement des forces aériennes de la gendarmerie nationale est compétent pour la gestion des drones aux capacités les plus importantes.
L'activité témoigne de la place désormais prise par ce vecteur. Selon les éléments recueillis, les drones auraient représenté 21 030 heures de vol en 2025, soit 5,5 fois plus qu'en 2019 (3 775 heures), à comparer à 17 004 heures pour les hélicoptères. Cette année-là, pour la première fois, le volume d'activité des drones a ainsi dépassé celui des moyens héliportés. Cette comparaison doit être interprétée avec prudence, une heure de micro-drone et une heure d'hélicoptère ne produisant ni les mêmes effets ni les mêmes coûts. Elle illustre néanmoins la constitution d'un véritable second pilier de l'action aéroterrestre de la gendarmerie.
Évolution
du nombre d'heures de vol effectuées par les hélicoptères
et les drones
de la gendarmerie, entre 2019 et 2025
Source : commission des finances, d'après les réponses écrites de la direction générale de la gendarmerie nationale au questionnaire du rapporteur spécial
La gendarmerie expérimente parallèlement deux drones de moyenne endurance, notamment le Delair DT46. D'une masse d'environ 25 kilogrammes, cet appareil peut disposer d'une autonomie proche de cinq heures, évoluer dans un rayon d'environ 50 kilomètres et emporter des capteurs optroniques ou électromagnétiques plus performants. Son emploi requiert des télépilotes spécialisés et un espace aérien dit « ségrégué », à savoir sans croisement possible avec des moyens habités36(*). Une première expérimentation opérationnelle a été conduite lors du G7 d'Évian en juin 2026.
Le maillage territorial des drones
des forces
aériennes de la gendarmerie nationale
Source : commandement des forces aériennes de la gendarmerie nationale (COMFAG)
2. La police nationale
La police nationale connaît une évolution comparable. Son parc atteint désormais 830 drones, principalement des appareils destinés à l'appui opérationnel de proximité, auxquels s'ajoute un drone de longue élongation acquis grâce aux financements « Sandhurst ». À la différence de sa flotte d'avions, concentrée sur quelques implantations, son maillage de drones couvre l'ensemble du territoire métropolitain et ultramarin.
La police nationale dispose de 45 unités consacrées aux drones et à la lutte anti-drones. Elles sont complétées par un réseau territorial de télépilotes37(*), qui exercent fréquemment cette qualification en complément d'autres missions38(*). Cette organisation permet, selon la police nationale, d'associer des capacités spécialisées, mobilisables pour les opérations les plus exigeantes, et un réseau de proximité susceptible de répondre aux besoins courants des services.
L'activité a fortement progressé dans les dernières années. En 2025, la police nationale a recensé 4 909 missions, contre 2 618 en 2024, soit une hausse de 87,5 %, pour un total de 17 913 heures de vol (hors préfecture de police), un niveau comparable à la gendarmerie nationale.
Cette montée en puissance s'est accompagnée d'une professionnalisation de la gestion du parc et des personnels impliqués. La DNPAF et le groupement aérien et maritime de la police nationale (GAM-PN) qui lui est rattaché disposent désormais d'outils destinés à recenser les appareils, les télépilotes et l'activité. En outre, les achats, auparavant dispersés entre les zones et les services, sont désormais centralisés.
La préfecture de police de Paris constitue un cas particulier. Les drones représentent en effet aujourd'hui sa seule flotte aérienne propre. L'unité des moyens aériens (UMA) de la direction de l'ordre public et de la circulation, principal exploitant des drones de la préfecture de police, dispose de 34 drones opérationnels propres, notamment employés pour l'ordre public, la surveillance de flux et l'appui aux autres directions. Par ailleurs, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) a contribué également à l'équipement des services, 130 drones saisis ou confisqués ayant ainsi été remis à l'UMA en décembre 2023, puis 163 appareils supplémentaires répartis entre les services de préfecture de police en janvier 2026.
L'UMA réalise désormais plus de 600 missions par an, pour 1 226 heures de vol en 2025, contre 719 heures en 2023. Par ailleurs, la cellule d'appui technique de la direction de la police judiciaire dispose, au profit des activités judiciaires et notamment de la brigade de recherche et d'intervention de la préfecture de police (BRI-PP) de 10 appareils perfectionnés, comprenant notamment des drones thermiques, un drone FPV39(*) destiné aux interventions en intérieur et un drone filaire40(*) équipé d'une caméra performante. 188 heures de vol ont été réalisées au profit de la police judiciaire de la préfecture de police en 2025.
* 36 De tous types, y compris civils.
* 37 Pilotes de drones.
* 38 Voir infra s'agissant des effectifs.
* 39 Drone « First Person View », vue à la première personne.
* 40 Les drones filaires échappent notamment aux dispositifs de brouillage classiques.

