B. LES ARMÉES, DONT LE « GROUPEMENT D'INTERVENTION HÉLICOPTÈRES », ET LES DOUANES, DES CAPACITÉS SPÉCIALISÉES UTILES À LA GENDARMERIE ET À LA POLICE NATIONALES
1. Les armées et le groupement d'intervention hélicoptères (GIH)
Les armées disposent de capacités aériennes sans commune mesure avec celles des forces de sécurité intérieure. Fin 2024, les armées disposaient d'environ 430 hélicoptères et 530 avions et de plusieurs milliers de drones, dont plus de 3 000 pour l'armée de Terre52(*). Les dotations en drones ont par ailleurs nettement augmenté récemment pour l'armée de terre, qui projette de disposer de 12 000 drones en 202653(*).
Si les missions des armées diffèrent de celles de la gendarmerie et de la police nationales, elles peuvent fournir ponctuellement des moyens lorsque les capacités du ministère de l'intérieur sont indisponibles ou insuffisantes. Elles peuvent ainsi apporter leur concours en matière de projection, de transport, de renseignement, de drones ou de soutien, notamment lors des crises majeures et dans les outre-mer54(*). En Guyane, par exemple, les moyens militaires contribuent notamment à l'aéromobilité des forces engagées dans la lutte contre l'orpaillage illégal et à la protection du centre spatial.
Le groupement d'intervention hélicoptères (GIH, anciennement intitulé, jusqu'en mai 2026, « groupe interarmées d'hélicoptères ») constitue une forme très structurée de concours opérationnel des armées aux forces de sécurité intérieure. Créé en 2006 en tant que structure interarmées, le GIH est, depuis le 1er juin 2026, une unité de l'armée de Terre55(*), et reste rattachée au 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales. Comme depuis de nombreuses années, il est placé au service - sous un préavis très court - du GIGN et du RAID56(*), mais également des armées elles-mêmes.
Le GIH permet notamment la projection et la dépose de personnels, le renseignement, le tir embarqué, l'évacuation ou le sauvetage en environnement non sécurisé, l'intervention sur des points d'importance vitale et des missions de contre-terrorisme maritime. Il participe également à la préparation opérationnelle des unités d'intervention, dont les personnels doivent s'entraîner régulièrement aux différents modes d'aéroprojection.
Les deux protocoles encadrant l'appui respectivement fourni au GIGN et au RAID ont été signés le 16 janvier 2026 et demeurent applicables jusqu'au 31 décembre 2028. Ils définissent à la fois les conditions d'emploi du GIH et les modalités de répartition des coûts.
En 2025, le GIH a réalisé 1 176 heures de vol, dont 411 heures au profit du GIGN et du RAID, soit 35 % de son activité. Le GIGN a bénéficié de 286 heures et le RAID de 125 heures. La plus grande partie de cette activité est consacrée à l'entraînement et à la préparation opérationnelle, auxquels s'ajoutent les alertes, les opérations et la participation au dispositif permanent de contre-terrorisme maritime.
À mi-juin 2026, le GIH disposait de huit hélicoptères de manoeuvre et d'assaut (de type Puma) et de neuf équipages (soit environ 40 personnels). Son contrat opérationnel impose de maintenir en permanence deux appareils et deux équipages en alerte. Les personnels doivent pouvoir rejoindre la base de Villacoublay puis décoller dans un délai global maximal d'une heure. Un troisième appareil peut être engagé sur ordre, sous réserve de la disponibilité des matériels et des équipages.
Le format théorique masque toutefois une disponibilité contrainte. Âgés en moyenne de 53 ans, les Puma du GIH ont présenté une disponibilité technique opérationnelle de 55 % en 2025, pour une moyenne de 59 % depuis 2014. La disponibilité est affectée par la complexification des pannes, le vieillissement des stocks et l'absence de certaines pièces critiques. Le groupement ne peut ainsi compter, en moyenne, que sur un peu plus de trois appareils disponibles, alors que deux doivent être maintenus en permanence en alerte avec un potentiel de vol suffisant. Cette situation laisse peu de marge pour absorber simultanément l'alerte, l'entraînement et les opérations. Sept journées de rupture d'alerte ont encore été enregistrées en 2025.
Le coût complet de l'heure de vol du GIH (y compris maintenance, dépenses de personnel, carburant, redevances, etc.) progresse ainsi sensiblement. Ce coût, fixé par instruction ministérielle, est passé de 12 074 euros en 2020 à 17 224 euros en 2025. Cette hausse tient principalement à la maintenance, qui représente à elle seule 14 494 euros par heure en 2025 (contre 8 059 euros en 2020), soit près de 84 % du coût. Elle constitue une illustration particulièrement nette du coût de prolongation d'une flotte ancienne.
À compter de 2028, les huit Puma devraient être progressivement remplacés par quatre Cougar, à contrat opérationnel inchangé. Le dispositif de soutien envisagé, auprès d'un prestataire civil, serait censé garantir quotidiennement la mise en ligne de trois appareils, dont deux placés en alerte. La capacité d'emport en mission serait globalement comparable à celle du Puma, et légèrement supérieure à l'entraînement. Le Cougar apporterait surtout un gain de sécurité important grâce à une avionique plus moderne, à un pilote automatique plus complet et à une caméra thermique facilitant la détection des obstacles de nuit. Le coût de cette transformation et ses modalités précises de financement n'ont toutefois pas été communiqués au rapporteur spécial. Le coût supérieur à l'heure de vol du Cougar par rapport au Puma supposera de trouver un accord budgétaire entre le ministère de l'Intérieur et le ministère des armées, qu'il sera nécessaire de conclure au regard de l'importance opérationnelle du dispositif.
En effet, la montée en puissance des H160 de la gendarmerie pourrait certes éventuellement réduire le recours au GIH pour certaines opération. Toutefois, elle ne permettra probablement pas de reprendre l'ensemble des missions relevant du GIH, notamment en matière de contre-terrorisme maritime.
Au-delà des aspects opérationnels, le ministère des armées apporte également aux forces de sécurité intérieure une expertise déterminante en matière d'acquisition, de qualification, de sécurité aéronautique et de maintien en condition opérationnelle des aéronefs, et en particulier des hélicoptères57(*).
2. Les douanes
Depuis la création, en 2019, de la direction nationale garde-côtes des douanes (DNGCD), l'organisation des moyens aériens de la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) est centralisée.
La flotte est principalement orientée vers l'action de l'État en mer, la surveillance aéromaritime, la lutte contre les trafics illicites, le ciblage des navires d'intérêt et l'appui aux moyens navals. Cette spécialisation aéromaritime la distingue des flottes de la police et de la gendarmerie, dont l'emploi est essentiellement aéroterrestre.
La flotte douanière, relativement réduite, comprend sept avions Beechcraft King Air58(*), cinq hélicoptères EC135 et un hélicoptère de manoeuvre H160, qui est pour sa part en location, auxquels s'ajoutaient 85 drones au 1er janvier 2026. Elle est répartie entre cinq implantations principales : Lann-Bihoué, Le Havre-Octeville, Hyères, Le Lamentin et Margny-lès-Compiègne. L'hélicoptère H160, exploité en Martinique dans le cadre d'un contrat de location, a remplacé deux Écureuil retirés du service.
Ces moyens présentent une importance particulière aux Antilles, où le H160 et les avions Beechcraft douaniers constituent fréquemment les seuls moyens aériens de surveillance maritime. Ils contribuent ainsi directement à la lutte contre le narcotrafic et à la surveillance d'un espace maritime très étendu.
Des concours directs avec la police et la gendarmerie existent. Les moyens douaniers participent ainsi à certains dispositifs de surveillance dans la Manche, à la frontière franco-italienne ou à des missions ponctuelles de convoyage et de surveillance. Les drones douaniers peuvent, en outre, être mobilisés dans des opérations coordonnées avec la gendarmerie, notamment dans les Hauts-de-France.
* 52 Selon le document « Chiffres clés de la Défense 2025 ».
* 53 Selon le document « Armée de terre - Chiffres clés 2025 ».
* 54 Concrètement, les moyens aériens militaires peuvent être engagés au profit des forces de sécurité intérieure par réquisition administrative ou judiciaire, ou par demande de concours. Le choix du cadre, en lien avec les armées, dépend de l'effet recherché et de la disponibilité des capacités civiles. La réquisition administrative, appréciée notamment au regard du caractère indisponible, inadapté, insuffisant ou inexistant des moyens civils, ne donne pas lieu à facturation. Les demandes de concours et les réquisitions judiciaires donnent en revanche lieu à l'établissement d'un état de frais adressé respectivement au requérant ou au ministère de la justice.
* 55 Son emploi demeure toutefois inséré dans une chaîne interarmées. En effet, les demandes du GIGN ou du RAID sont transmises au centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) relevant du chef d'état-major des armées, puis orientées vers le commandement des opérations spéciales. Lors de l'engagement, le commandement de l'opération d'intervention spécialisée appartient au GIGN ou au RAID, tandis que le chef de détachement du GIH conserve le contrôle tactique de l'aéronef.
* 56 Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale et unité Recherche, assistance, intervention, dissuasion, rattachée à la police nationale. Voir également le rapport n° 813 (2024-2025) du rapporteur spécial intitulé Les unités d'élite de la gendarmerie et de la police nationales : une efficacité partagée, des moyens à garantir, déposé le 2 juillet 2025.
* 57 Voir infra.
* 58 Dont l'un demeure chez l'industriel intégrateur du système mission, en raison d'un contentieux avec la DGDDI, qui serait en cours de résolution.