D. DES RESSOURCES HUMAINES SPÉCIALISÉES QUI CONDITIONNENT LA DISPONIBILITÉ RÉELLE ET DOIVENT ÊTRE INTÉGRÉES AU COÛT COMPLET
La disponibilité opérationnelle dépend autant des compétences humaines que de l'état technique des matériels. Un aéronef ou un drone techniquement disponible ne constitue une capacité effective que s'il peut être mis en oeuvre par un équipage ou un télépilote qualifié, soutenu par des mécaniciens, des opérateurs de systèmes de mission, des instructeurs et des personnels chargés de la sécurité aéronautique. Ces ressources humaines spécialisées doivent donc être regardées comme une composante de la capacité elle-même.
Les forces aériennes de la gendarmerie nationale comptent environ 500 personnels, dont 150 pilotes, 225 mécaniciens, 75 opérateurs chargés des équipements de mission et 50 personnels de soutien67(*). La mise en oeuvre quotidienne de la flotte mobilise ainsi, en moyenne, huit à neuf personnels par hélicoptère, soit un ratio inférieur à celui observé dans les armées. Il repose sur une forte polyvalence des militaires et sur leur intégration directe dans la mission opérationnelle (les mécaniciens étant par exemple chargés de l'entretien au sol et membres d'équipages en vol). En 2025, les dépenses de personnel68(*) associées aux moyens aériens ont été de 56 millions d'euros, dont 33,5 millions d'euros hors pensions.
Ce modèle est néanmoins soumis à des tensions croissantes. Les mécaniciens constituent une ressource particulièrement critique puisque leurs qualifications sont longues à acquérir, en partie propres à chaque type d'appareil et recherchées par le secteur privé. La fidélisation des personnels les plus jeunes peut donc être difficile, tandis que le départ de techniciens expérimentés entraîne une perte de compétences difficilement remplaçable. En outre, la fidélisation des pilotes les plus expérimentés est également un enjeu, alors que le secteur privé peut apparaître davantage rémunérateur. La coexistence de cinq flottes renforce ces contraintes, en multipliant les formations, les qualifications et les besoins de maintien des compétences.
La police nationale repose sur un modèle plus réduit, mais confronté à des difficultés similaires. Selon les éléments recueillis, la fonction aérienne mobilise une cinquantaine de pilotes, auxquels s'ajoutent des opérateurs des caméras. Le nombre de pilotes disponibles constitue l'une des principales limites à un emploi continu des avions, en particulier dans une logique de disponibilité vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
La montée en puissance des drones et de la lutte anti-drones élargit encore les besoins en personnels spécialisés. Dans la gendarmerie, la mise en oeuvre des drones repose sur environ 1 200 télépilotes, dont la plupart exercent cette fonction en complément de leur emploi principal. Par ailleurs, en matière de lutte anti-drones, près de 3 300 militaires ont été formés à cette mission sur l'ensemble du territoire, outre-mer compris.
La police nationale dispose de 182 personnels affectés dans les unités spécialisées pour les drones et lutte anti-drones. S'y ajoutent 596 télépilotes de proximité, exerçant toutefois cette fonction en complément de leur emploi principal, et 310 opérateurs de systèmes de lutte anti-drones69(*), contre 256 en 2024.
La préfecture de police connaît, quant à elle, un niveau réduit d'effectifs spécialisés. S'agissant des drones, l'unité des moyens aériens (UMA) compte 36 télépilotes, tandis que la cellule d'appui technique (CAT) de la direction de la police judiciaire dispose de quatre télépilotes et de deux assistants observateurs. Pour la lutte anti-drones, la direction de l'innovation, de la logistique et des technologies (DILT), qui opère les capacités les plus lourdes, ne dispose que d'un équivalent temps plein dédié, complété par un vivier de neuf agents affectés dans d'autres directions et mobilisables ponctuellement. Ce niveau d'effectifs apparaît très réduit au regard de la croissance des sollicitations et de la technicité croissante des équipements.
La formation représente enfin une charge durable, tant pour les aéronefs habités que pour les drones et la lutte anti-drones.
Pour le rapporteur spécial, toute décision d'acquisition ou de renouvellement doit donc être accompagnée d'un plan de ressources humaines, intégrant le recrutement, la formation, la fidélisation et le coût des personnels nécessaires pour la durée d'emploi des matériels.
* 67 La sécurité civile présente, pour mémoire, un dimensionnement comparable aux forces aériennes de la gendarmerie nationale. Son groupement des moyens aériens compte 459 agents, dont 92 pilotes d'avion, 96 pilotes d'hélicoptère, six personnels de sécurité cabine, 90 techniciens de maintenance, 109 mécaniciens et 66 agents exerçant des fonctions de direction ou de soutien.
* 68 Pour les effectifs militaires, c'est-à-dire appartenant à la gendarmerie.
* 69 En intégrant les effectifs relevant de la préfecture de police.