B. L'ESSOR DE LA SECONDE MAIN ET DU RECONDITIONNÉ, AU CARREFOUR DES PRÉOCCUPATIONS EN MATIÈRE D'ÉCOLOGIE ET DE POUVOIR D'ACHAT
1. La seconde main représente déjà 11 % du marché de l'habillement et le reconditionné 20 % du marché du smartphone
Le marché de la seconde main et du reconditionné s'est progressivement imposé comme une tendance structurelle et durable de la consommation de biens d'équipement de la personne et de la maison en France. Le chiffre d'affaires de la seconde main a ainsi doublé entre 2019 et 2024 pour atteindre 14 Md€ (hors automobiles), dont 6 Md€ (soit 40 % du marché de la seconde main) pour l'habillement. Il touche de plus en plus des secteurs tels que les jouets, les livres ou l'optique. Selon l'Observatoire de la consommation de BPCE (édition 2026), les dépenses de seconde main ont encore progressé entre 2024 et 2025 de 13 %.
En 2025, la seconde main s'est ainsi solidement installée dans les habitudes de consommation des Français, tout particulièrement s'agissant des vêtements, puisqu'elle représente 19 % du marché total de l'habillement en volume et 11,2 % en valeur (avec un fort contraste entre les classes d'âge puisque 18 % des achats d'habillement en valeur des 18-24 ans sont de la seconde main contre seulement 4,2 % des achats des 55 ans et plus).
Si ce succès des vêtements d'occasion est assurément vertueux d'un point de vue environnemental, il est venu capter une part importante du chiffre d'affaires des commerces traditionnels qui ne vendaient jusqu'à récemment que des vêtements neufs et joue par conséquent un rôle important dans la disparition ou la fragilisation des enseignes de prêt-à-porter de milieu de gamme évoqué supra.
Dans le secteur de l'ameublement, les brocantes et dépôts-ventes ont toujours existé, mais ce marché s'est largement numérisé ces dernières années et représente désormais 20 % en volume des meubles vendus en France, avec en particulier un fort dynamisme des ventes de particulier à particulier.
Le marché spécifique du reconditionné pèse quant à lui 2 Md€, dont 63,7 % pour les smartphones : un smartphone sur 5 est désormais acheté reconditionné.
L'essor de la seconde main et du reconditionné est porté à la fois par la stagnation du pouvoir d'achat qui conduit le consommateur à rechercher des prix bas (86 % des Français achètent de l'occasion en raison de prix plus avantageux que le marché du neuf) mais également par des attentes environnementales croissantes de sobriété et de circularité : 65 % des Français associent cet achat en seconde main à un geste écologique.
2. Les acteurs du e-commerce dominent le marché de l'occasion
Dans la seconde main, les acteurs du e-commerce ont pris ces dernières années une place dominante. Les plateformes comme Vinted, Leboncoin ou Back Market ont su capitaliser sur la recherche du « plus bas prix » chez les consommateurs en offrant une expérience d'achat simplifiée, sécurisée et souvent plus attractive que les circuits traditionnels, grâce aux flux et à la visibilité qu'elles génèrent.
S'agissant de l'habillement, les plateformes dédiées à la revente d'articles d'occasion représentent à elles seules 17 % de la valeur totale des achats de mode en ligne en France.
Leurs modèles reposent principalement sur de la revente entre particuliers. En 2025, près de 20 % des Français vendent ainsi au moins un objet par mois sur Internet, une proportion qui grimpe à 33 % chez les jeunes générations, particulièrement friandes de mode et de produits « vintage ». Par ailleurs, 51 % des cyberacheteurs ont acheté un produit d'occasion en ligne en 2025, et 43 % y ont revendu un objet.
La plateforme en ligne de ventes de vêtements d'occasion entre particuliers Vinted est devenue en 2025 le premier vendeur de textile en France en nombre d'articles achetés (tous canaux confondus, magasins et internet), devant des géants du neuf comme Kiabi, Amazon ou Decathlon, avec un prix moyen d'achat de 13 € par article.
Cependant, la seconde main n'est pas exclusivement numérique. On assiste à un retour en force des circuits physiques traditionnels et des acteurs de l'économie sociale et solidaire (vide-greniers, brocantes, ressourceries, dépôts-ventes, ateliers de réparation). En 2025, un tiers des Français fréquentait ces lieux au moins une fois par an.
Les frontières entre neuf et occasion, physique et numérique, tendent à s'estomper. Par exemple, Fnac Darty a intégré la seconde main au centre de sa stratégie avec ses propres ateliers de reconditionnement en France et un outil d'estimation numérique pour les reprises. Ce segment a généré 120 M€ de chiffre d'affaires en 2023. Decathlon a déployé une filière seconde main (notamment sur les vélos) dans 90 % de ses magasins, proposant un contrôle qualité strict, des réparations, une garantie commerciale ainsi que le droit d'échange et de retour. Son chiffre d'affaires circulaire a bondi de 16 % en 2024.
Zara, Kiabi, ou encore Ikea, proposent désormais également de la seconde main.
Néanmoins, les grandes enseignes entendues par la mission telles que le groupe Inditex ou Kiabi ont indiqué aux rapporteurs que constituer une offre d'occasion stable et de qualité restait pour elles un défi de taille et que l'activité de seconde main dans les enseignes d'habillement était toujours à la recherche de son modèle économique.
Les entreprises peinent à collecter en quantité suffisante des produits en bon état capables de supporter une deuxième vie ou d'intégrer un cycle de reconditionnement rentable. En effet, la seconde main impose une multitude d'étapes avant remise en vente : collecte, tri, nettoyage, tests techniques, réparations ou reconditionnement, mais suppose également la formation d'équipes dédiées et une optimisation des flux logistiques. Ces coûts opérationnels réduisent fortement les marges financières, en particulier pour les produits à faible valeur unitaire pour lesquels les frais de traitement peuvent dépasser le prix de vente potentiel.
L'intérêt des entreprises à développer les ventes de produits de seconde main tient dès lors avant tout à un enjeu de communication autour des sujets de responsabilité environnementale, tout en permettant de créer du flux en magasin.