F. INNOVER : POUR UNE AMBITION D'EXCELLENCE
1. Orienter de la recherche pour les outre-mer
Pour émerger et se développer, les filières économiques d'avenir doivent pouvoir s'appuyer sur la recherche et développement (R&D) : il convient dès lors de s'interroger sur la place et l'orientation de la recherche en outre-mer. En effet, si la recherche outre-mer a besoin d'être faite en outre-mer sur tout ce qui est fondamental et global, elle a besoin d'être faite pour les outre-mer quand il est question de recherche appliquée. Quand il s'agit de financements européens (FEDER, programme Horizon Europe...) ou spécifiques à certains ministères - agriculture, outre-mer, mer... -, la connexion avec la recherche appliquée doit être systématique, au service des besoins des territoires ultramarins.
a) Positionner davantage les organismes nationaux de recherche comme partenaires de terrain au service de l'écosystème économique local
Certains instituts de recherche sont implantés en outre-mer essentiellement pour y effectuer de la recherche fondamentale, à l'exemple du CNRS, de l'Ifremer ou du BRGM, en répondant à une feuille de route nationale qui n'est pas spécifiquement axée sur les besoins des territoires ultramarins, même s'ils participent à certaines opérations au niveau local. Par ailleurs, certains organismes perçoivent des enveloppes de financement à travers des contrats dédiés au bénéfice des outre-mer, centralisées dans leurs organismes hexagonaux et provenant des différents ministères, sans un suivi approfondi des résultats des recherches menées et des financements utilisés sans un souci de transparence.
Ainsi, le CNRS mène en outre-mer des travaux de recherche fondamentale dans les domaines suivants notamment : atmosphère, climat, volcanologie, biodiversité marine et processus infectieux à La Réunion, observatoires de long terme - services nationaux d'observation volcaniques et hydrologiques - dans les Antilles, exploration de la biodiversité et surveillance des écosystèmes forestiers au coeur de la forêt amazonienne en Guyane.
Il est toutefois à noter que la stratégie du CNRS à l'égard des outre-mer a été repensée récemment, avec l'élaboration, en 2024, d'une feuille de route outre-mer ayant « pour objectif premier d'accroître [sa] présence et de déployer des activités impactantes pour ces territoires ». Ainsi, dans le cadre de cette feuille de route, une mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS a par exemple lancé avec l'université des Antilles l'appel à projet PIAF (Pépinière interdisciplinaire des Antilles françaises) qui a permis de soutenir quatre projets dans les domaines de la santé (maladies vectorielles), de l'alimentation, des sciences humaines et sociales, ou encore de la pollution écosystémique (sargasses), en lien avec les besoins des territoires. En outre, toujours dans le cadre de cette feuille de route outre-mer, des actions de recherche sont par ailleurs menées en Guyane avec le Grand Port Maritime de Guyane, le Port de l'Ouest et la Direction générale des territoires et de la mer afin d'acquérir des connaissances sur les processus d'envasement des chenaux d'accès aux ports pour mieux anticiper les déplacements sédimentaires et optimiser les coûts des marchés de dragage.
Les actions menées par le BRGM en outre-mer sont également principalement des travaux de recherche fondamentale dans plusieurs domaines : l'eau, les risques naturels, l'impact du changement climatique, la connaissance géologique, la géothermie et les ressources minérales. La stratégie du BRGM est en effet principalement axée sur l'appui aux politiques publiques, sans s'inscrire pleinement dans une stratégie territoriale de développement économique. Ses travaux ont néanmoins permis de conforter des filières économiques, comme par exemple la géothermie en Guadeloupe. Impliqué de longue date sur la connaissance du champ géothermique de Bouillante, le BRGM a en effet montré que le site avait un avenir industriel durable à un moment où les acteurs industriels majeurs s'en étaient détournés. Le site industriel fonctionne aujourd'hui, avec un acteur privé aux commandes.
L'Institut de recherche pour le développement (IRD) conduit aussi un ensemble de travaux en outre-mer, essentiellement en matière de recherche fondamentale : étude de la biodiversité amazonienne et recherches sur les mangroves et les littoraux en Guyane, étude sur la gestion des récifs coralliens et gestion durable de l'océan en Nouvelle-Calédonie, recherches sur l'adaptation climatique à La Réunion, gestion des ressources marines dans le Pacifique... Il est à noter que l'IRD porte à La Réunion, en partenariat avec le laboratoire de chimie et de biotechnologie des produits naturels (ChemBioPro), l'unité mixte de recherche (UMR) Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical (PVBMT), et l'association réunionnaise pour la modernisation de l'économie fruitière, légumière et horticole (Armefhlor), le projet Qualitiz visant à améliorer la connaissance des plantes médicinales endémiques et leurs usages, en se concentrant sur la diversité génétique et chimique de dix espèces majeures de la pharmacopée traditionnelle.
D'autres instituts nationaux de recherche interviennent davantage comme des acteurs partenaires du terrain en matière de R&D, par exemple le Centre de Recherche Insulaires et Observatoire de l'Environnement (CRIOBE), l'Ifremer et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).
Unité d'appui à la recherche en Polynésie créée en 1971 à l'initiative du ministère des outre-mer avec trois tutelles - le CNRS, l'École pratique des hautes études (EPHE-PSL) et l'université de Perpignan - le CRIOBE structure ses travaux autour de besoins identifiés en Polynésie, et notamment : la limitation de la dépendance aux énergies fossiles avec la production d'énergie décarbonée, l'épuration et la potabilisation de l'eau avec un projet d'alerte lorsque des pollutions sont identifiées, ou encore l'autonomie alimentaire en évitant des importations onéreuses de produits alimentaires (poulet américain par exemple) ayant un impact sur le bilan carbone et la santé humaine. Ainsi, le CRIOBE travaille en lien avec l'Ifremer et le CIRAD pour favoriser l'émergence de filières locales en Polynésie. Après avoir identifié les besoins du territoire, le CRIOBE mène ses actions en « impliquant les populations locales, en menant de la recherche participative et en trouvant des solutions fondées sur la nature ». Il établit un lien avec l'écosystème économique local en participant, par exemple, à un projet de pépinière d'entreprises innovantes qui fait suite au projet Nâhiti, porté par l'université de la Polynésie française, lequel visait à structurer l'écosystème d'innovation sur le territoire polynésien.
Accordant une place stratégique à l'innovation dans sa feuille de route, l'Ifremer a contribué à faire émerger en outre-mer des filières aquacoles comme la perliculture, première ressource tahitienne, la crevetticulture de Nouvelle-Calédonie, deuxième ressource du territoire après les ressources minières, produit à petit tonnage (2 500 à 3 000 tonnes de crevettes) mais à forte valeur ajoutée. Par ailleurs, la mise en place d'une culture d'huîtres de roche en Polynésie est en cours.
En matière de filières d'avenir en outre-mer, l'Ifremer intervient principalement sur les sujets de l'aquaculture, des biotechnologies et des énergies marines renouvelables. Dans ces domaines, l'institut de recherche entretient des liens avec des acteurs économiques locaux, comme par exemple les entreprises Tahiti Marine Biotech et Tahiti Marine Products pour la culture d'holothurie et leur transformation en compléments alimentaires, avec également le CRIOBE, ou encore l'entreprise Pacific Biotech en Polynésie pour les biotechnologies.
Très récemment, l'Ifremer a déposé un dossier dans le cadre de l'appel d'offres du programme Carnot - qui vise à faciliter la mise en relation entre laboratoires publics de recherche et acteurs socio-économiques dans le cadre de contrats de collaboration de recherche -, avec le projet de structurer un guichet unique pour les entreprises et l'ensemble des laboratoires français en matière de recherche océanographique.
En outre, les travaux de recherche du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), historiquement implanté dans les outre-mer, ont contribué à l'émergence ou à la relance de filières dans différents domaines : relance de la filière agrumes, développement de la filière ignames, avec des variétés résistantes à l'anthracose pour différents usages (Guadeloupe, Guyane, Martinique). Le CIRAD établit son programme de recherche en co-construction avec les territoires en fonction des besoins et, pour la période 2024-2028, il dispose pour la première fois formellement d'une feuille de route outre-mer. Il souhaite accroître ses liens avec l'écosystème entrepreneurial et a par exemple contribué à la mise en place du Pôle Universitaire d'Innovation Valiotech, en tentant de rapprocher les temporalités de la recherche appliquée et celle de l'économie, plus courte, dans le cadre de programmes de transferts accélérés et de solutions économiques. Cela requiert, comme le souligne Éric Jeuffrault, « une analyse très forte de ce qui, dans nos laboratoires, pourrait intéresser les entreprises très en amont et de ce dont elles ont besoin ».
Le CIRAD conduit également une réflexion sur la structuration d'une offre lisible de services - plateformes technologiques, dispositifs expérimentaux, expertise scientifique - plus visible et plus accessible pour les entreprises privées, et notamment les PME.
Malgré ces initiatives souvent récentes visant à orienter la recherche en outre-mer davantage pour les outre-mer, les retombées concrètes sur le territoire sont encore insuffisantes dans certains domaines, comme les plantes médicinales, les universitaires tirant peu de visibilité académique de leurs publications relatives à la composition des plantes. Les représentants de l'ADPAPAM auditionnés par la délégation souhaiteraient par exemple qu'il existe, en outre-mer, une obligation de retombées sur le territoire, laquelle pourrait compter, par exemple, dans la valorisation des travaux de recherche. Après avoir identifié les besoins en matière de R&D pour faire émerger ou développer des filières économiques d'avenir dans les territoires ultramarins, les acteurs de la R&D doivent agir en appui aux dynamiques locales, comme partenaires de terrain.
Recommandation n° 16 : Orienter la recherche en outre-mer davantage pour les outre-mer :
- en obligeant les organismes nationaux à s'associer aux instituts locaux déjà présents sur les territoires lorsqu'ils existent ;
- en révisant les conventions d'objectifs et de moyens de tous les organismes de recherche concernés afin que leurs travaux soient coconstruits en lien avec les besoins des territoires ;
- en créant à l'intérieur de l'enveloppe nationale de l'ANR une enveloppe outre-mer territorialisée, dont l'attribution serait définie par un conseil scientifique associant des chercheurs et des personnalités qualifiées ultramarins.
b) Renforcer la présence des organismes nationaux de recherche en outre-mer
Dans le cadre de la stratégie économique qu'elle appelle de ses voeux, en préconisant notamment une répartition équitable de la présence des opérateurs de l'État dans les outre-mer, la délégation porte une attention particulière aux organismes de recherche. Le développement de synergies locales avec l'écosystème économique nécessiterait ainsi de rehausser le niveau de la représentation des installations et des infrastructures de recherche appliquée dans les territoires ultramarins, en concertation avec les collectivités et les acteurs locaux. En effet, la représentation des instituts de recherche dans les territoires ultramarins est souvent limitée, comme l'ont regretté, au cours des auditions, les représentants de collectivités, à l'exemple de la Région Réunion.
Si l'ancrage territorial de la recherche en outre-mer est primordial, pour permettre aux acteurs d'être en prise avec les enjeux et problématiques des territoires, les instituts de recherche nationaux sont néanmoins modérément présents en outre-mer, avec des effectifs modestes et une représentation qui, souvent, ne couvre pas l'ensemble des territoires ultramarins. À cet égard, le CNRS dispose d'une présence très modeste de moins de 80 personnels permanents pour l'ensemble des outre-mer, répartis sur les territoires de La Réunion, de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie, sur plus de 33 000 personnels - dont 29 000 scientifiques - au niveau national. Le BGRM n'est pas implanté dans tous les territoires ultramarins et dispose en outre-mer de 50 personnels au total, dont environ 40 ingénieurs et chercheurs (volontaires en service civique - souvent jeunes ingénieurs et chercheurs - compris). L'Ifremer est représenté par une quinzaine de personnels dans les Antilles et en Guyane, par 14 chercheurs et ingénieurs à La Réunion, 24 en Nouvelle-Calédonie, une cinquantaine en Polynésie et un représentant à Saint-Pierre-et-Miquelon, sur 1 500 personnes au niveau national.
Par son antériorité et par son champ d'action tourné vers le développement agricole et durable, secteur essentiel pour les territoires ultramarins, le CIRAD est davantage présent en outre-mer, avec plus de 350 ETP, soit 17 % du budget annuel du CIRAD. Il est d'ailleurs le seul organisme de recherche présent dans tous les territoires ultramarins, et donc sur l'ensemble des bassins. Le CRIOBE dispose de 40 à 45 permanents en Polynésie et d'environ 130 personnels, selon les années, situés en Polynésie et à l'université de Perpignan.
Mais les raisons budgétaires ne sont pas les seuls freins à l'implantation des instituts de recherche dans les territoires ultramarins. Plusieurs acteurs déplorent la faible attractivité des outre-mer - contrairement à la période antérieure aux années 2000 - en raison de l'isolement scientifique et technique, du coût de la vie, de l'absence d'accompagnement des mutations, de la question du retour professionnel dans l'Hexagone à l'issue d'une telle mobilité, des tensions sociales dans les territoires, de la difficulté pour les conjoints de trouver du travail en raison d'un taux de chômage important en outre-mer, sans que le niveau et les perspectives de recherche ne soient suffisamment attractifs pour contrebalancer ces freins.
Des statuts outre-mer adaptés et plus incitatifs et une présence régulière et suffisamment longue d'experts nationaux auprès des équipes locales, pourraient permettre d'y remédier. La mutualisation et le travail en commun dans des dynamiques de collaboration entre organismes de recherche pourrait aussi être une piste.
c) Créer un guichet unique pour la recherche outre-mer
À cet égard, il pourrait être envisagé de créer un guichet unique ultramarin à destination d'entreprises exprimant un besoin de « R&D » et à la recherche de partenaires dans les structures de recherche.
Des consortiums réunissant l'ensemble des organismes nationaux de recherche et pilotés par les universités, afin de travailler collectivement pour répondre aux besoins, ont été créés dans certains territoires ultramarins : le CRESICA en Nouvelle-Calédonie, Résipol en Polynésie française, PARI aux Antilles ou CORIA en Guyane. Le groupe de travail sur la recherche en outre-mer, piloté par la Direction générale de la recherche et de l'innovation (DGRI) avec le soutien de la Direction générale des outre-mer (DGOM), recommandait d'ailleurs la création de tels consortiums. S'ils permettent en effet de structurer et mutualiser les moyens, ils ne disposent néanmoins pas d'une visibilité suffisante en dehors des communautés scientifiques. Ils demeurent, en outre, dans une logique de territoire, alors qu'un élément plus intégrateur au niveau de l'ensemble des outre-mer pourrait être utile.
2. Les signes officiels de qualité et de l'origine SIQO
a) Finalité et état des lieux
La protection des savoir-faire et des terroirs ultramarins est essentielle pour développer des filières d'avenir enracinées dans les territoires et leur histoire, sécuriser les revenus et garantir la qualité du produit pour les consommateurs, mais également pour faire face à des concurrents économiques dont les coûts de production sont très inférieurs. En effet, la spécialisation sur des produits de qualité labellisés - une spécialisation « par le haut » - est un levier pour faire face à cette concurrence. Cette labellisation permet aussi la protection des productions ou créations ultramarines face à des copies à l'étranger, ou à des produits importés imitant les productions locales173(*).
Lors de son audition par la délégation174(*), Carole Ly, directrice de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), a dépeint une situation « assez contrastée » des filières concernées par les signes de l'origine et de la qualité (SIQO) dans les outre-mer, en soulignant qu'il y a en outre-mer « du potentiel, avec d'un côté des filières structurées, en particulier la filière canne, et de l'autre des SIQO en devenir ».
Les filières sous SIQO sont cependant essentiellement des filières traditionnelles, à l'exemple de la filière canne dotée :
- d'une appellation d'origine contrôlée (AOC) pour le rhum de Martinique, qui intègre les producteurs de canne (environ 300) ;
- de six indications géographiques protégées (IGP) pour la filière rhum, (Guadeloupe, La Réunion, Baie du Galion, Guyane, Antilles françaises et départements français d'outre-mer), comptant une vingtaine d'opérateurs, dont des groupes internationaux comme la Martiniquaise, et avec une production de 250 000 hectolitres d'alcool pur annuels, en deuxième place parmi les spiritueux français, après le cognac (600 000 hectolitres) ;
- d'une IGP pour le sucre de La Réunion, en cours d'enregistrement par la Commission européenne, qui constitue un enjeu majeur de l'activité agricole et de l'aménagement du territoire de l'île : elle représente 55 % de la SAU et concerne environ 15 000 emplois directs et indirects et 2 500 exploitations agricoles.
Les filières d'avenir sont, elles, plutôt concernées par des SIQO en devenir, avec la nécessité de lever plusieurs obstacles pour les obtenir. En effet, au cours de son audition175(*), Carole Ly a souligné que de nombreux produits ultramarins font l'objet « de demandes de reconnaissance à des stades plus ou moins avancés », les dossiers peinant à se structurer, et les productions étant parfois mises à l'arrêt :
Tableau des filières agricoles ultramarines concernées par une démarche de labellisation dans un SIQO
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Réunion |
Polynésie Française |
Guadeloupe |
Martinique |
Mayotte |
Saint-Martin |
Nouvelle-Calédonie |
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Café Bourbon pointu |
Perle noire |
Vanille |
Miel |
Vanille |
Guavaberry |
Miel |
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Vin de Cilaos176(*) |
Café |
Banane |
Ylang-Ylang |
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Ananas Victoria177(*) |
Miel |
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Lentille corail de Cilaos |
Banane |
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Géranium |
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Curcuma |
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Rougail Saucisse |
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Litchi178(*) |
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Miels |
Source : INAO
L'INAO relève également l'absence de demandes dans plusieurs territoires (Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy).
b) Exemples de filières évoluant vers un SIQO
Plusieurs filières ultramarines, émergentes ou dans une dynamique de relance, ont choisi récemment de s'orienter vers une demande de SIQO pour leurs productions afin de protéger l'origine, de structurer la filière, de garantir la qualité du produit aux consommateurs, de sécuriser les revenus, mais également de faire face à la concurrence.
Tel est le cas par exemple du groupement Valcaco, association des producteurs de cacao de Martinique, qui vise l'obtention d'une AOP pour le cacao produit en Martinique, avec une volonté de structurer la filière : « entre valorisation de notre patrimoine culturel et agricole, notre mission est de structurer la filière cacao d'excellence de Martinique »179(*). Valcaco s'est engagée dans la relance de cette production qui était descendue à moins de 4 hectares cultivés, avec l'objectif de reconstruire une petite filière en formant environ 80 producteurs sur 400 hectares. Actuellement, une cinquantaine de producteurs produisent sur 130 hectares dans un système agro-forestier sans aucun produit phytosanitaire180(*). L'association bénéficie du soutien de la CTM pour la structuration de la filière. Ce projet se heurte néanmoins actuellement à des blocages réglementaires liés à l'exigence de transformation sur place181(*). Adapter ou assouplir l'application des critères techniques sur les produits bruts permettrait aux chocolatiers et transformateurs locaux de capter la valeur ajoutée sur leur territoire.
En outre, portée par l'Association Interprofessionnelle de la Vanille de Tahiti (AIVDT) avec le soutien de l'Établissement Vanille de Tahiti (EVT), la demande d'IGP pour la vanille de Tahiti a été officiellement déposée le 14 août 2025. Reconnue pour ses caractéristiques particulières - parfum et longueur en bouche - qui lui permettent de se positionner sur le marché premium, la vanille de Tahiti (Vanilla tahitensis) atteint annuellement des niveaux de production d'environ 12 tonnes, soit moins de 1 % de la production mondiale, dans un contexte où la demande est nettement supérieure et où les prix peuvent atteindre plus de 1 000 €/kg. Si cette production est très inférieure aux niveaux qu'elle avait pu connaître par le passé (jusqu'à 1 000 tonnes au siècle dernier), en raison d'un fort recul dans les années 1960 lié à des bouleversements socio-économiques et à la migration des populations vers Tahiti182(*), la filière cherche aujourd'hui à intensifier la production en développant une production de vanille sous serre et irriguée, en plus d'une production initialement réalisée sous couverts forestiers183(*). Le rôle d'organisme de défense et de gestion (ODG) est assuré par l'AIVDT, regroupant producteurs, préparateurs et exportateurs. Selon le communiqué de presse de la Présidence de la Polynésie française du 14 août 2025184(*), « grâce à cette démarche ambitieuse de labellisation, la Polynésie française entend relever le défi d'une agriculture d'excellence, durable, et créatrice de valeur dans les archipels », avec la volonté de faire de la vanille de Tahiti, « joyau agricole et identitaire, (...) un modèle de réussite locale sur les marchés internationaux ».
Parmi les demandes récentes d'obtention de SIQO, on peut également citer la demande d'indication géographique (IG) pour le rhum de Polynésie française, déposée officiellement le 15 avril 2025 par le Syndicat des producteurs de rhum de Polynésie française et dans le cadre de laquelle des échanges sont organisés actuellement par la direction de l'agriculture de la Polynésie française. La demande d'IG vise à confirmer le positionnement haut de gamme du rhum polynésien, dans un contexte où les volumes commercialisés se sont déjà accrus de 26 % sur la période 2019-2024. La demande d'IG a pour objectif d'assurer une différenciation pour assurer au rhum polynésien un positionnement unique et original sur le marché, « garantissant des recettes d'exportation plus élevées et plus stables pour pénétrer des marchés mondiaux tout en soutenant les cultures et l'économie locale »185(*).
Si les démarches d'obtention de SIQO sont une priorité stratégique pour les filières d'avenir, il importe toutefois de veiller à ce que la labellisation n'exclue pas certains producteurs. À La Réunion par exemple, des effets pervers ont pu être observés. Ainsi, un producteur de l'île qui n'est pas dans la zone de l'IGP n'a pas le droit d'indiquer que sa vanille vient de La Réunion, les contrôles l'obligeant à détruire tout ce qui porte cette mention186(*). Par conséquent, en Guadeloupe, la filière vanille a préféré passer dans un premier temps par une marque, « Vanille des îles de Guadeloupe », afin de valider la pertinence d'une demande de SIQO dans un second temps187(*). Il est également à noter que pour certains produits, comme les huiles essentielles, ce qui importe pour les parfumeurs est davantage l'odeur qu'une labellisation qui ne pourrait être pleinement valorisée dans un flacon de parfum188(*). Dès lors, le choix de la labellisation, levier stratégique, doit néanmoins faire l'objet d'une étude approfondie en amont et être fait à l'aune des spécificités de la filière.
c) Des pistes pour favoriser l'accès aux SIQO
Plusieurs pistes peuvent être évoquées pour favoriser l'obtention de SIQO par les filières économiques d'avenir ultramarines.
(1) Le rôle essentiel d'un collectif au niveau local, appuyé par des partenaires
Tout d'abord, les dynamiques de développement local doivent être renforcées en vue de la création d'un collectif, qui structure les demandes et fait vivre le signe.
Pour la phase de préparation de la demande de SIQO, il apparaît essentiel qu'au sein de la filière concernée, un groupe suffisamment soudé de producteurs et de transformateurs - futur organisme de défense et de gestion (ODG) - portant la demande de SIQO dégage des moyens pour se positionner sur les marchés. L'ODG consacre ensuite des moyens à la promotion du signe. En effet, l'organisation du contrôle une fois le signe validé a un coût et suppose de dégager des revenus suffisants.
Pour ce faire, les groupements à l'origine du projet de demande de SIQO pourraient bénéficier d'un soutien accru et plus systématique d'une structure locale d'appui. L'INAO n'intervenant pas dans la phase de prospection mais après le dépôt de la demande de SIQO, il pourrait s'agir de l'appui des directions de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF) déjà impliquées dans les plans alimentaires territoriaux, et/ou des chambres d'agriculture, qui pourraient épauler le groupement dans la réalisation de l'étude de marché pour placer le produit au juste prix et ainsi assurer la réussite économique du projet. En outre, le préfet qui dans les territoires ultramarins a une mission de développement du territoire, pourrait contribuer à fédérer les acteurs sur place.
La fédération d'acteurs au sein d'un collectif au niveau local permet également une connaissance approfondie des caractéristiques des produits, favorisant ensuite une rédaction précise des cahiers des charges et, par conséquent, une obtention rapide du SIQO.
Pour la phase d'examen de la demande de SIQO et le suivi du signe, l'INAO ne disposant pas d'un ETPT dédié aux produits ultramarins il est essentiel qu'un collectif solide composé des acteurs de la filière et des acteurs du développement économique du territoire (DAAF, Chambres d'agriculture, CCI, préfecture...) soit constitué et puisse être un relais sur place. En outre, en ce qui concerne le volet protection des dénominations, les contacts de l'INAO avec les services locaux de la répression des fraudes pourraient être intensifiés. En effet, le renforcement de la protection contre la fraude, face à la concurrence déloyale de produits importés et revendus avec tromperie sur l'origine, serait essentiel pour soutenir les filières.
(2) Fédérer les filières à l'échelle de l'ensemble des outre-mer
En outre, en dehors de la filière traditionnelle rhum, les filières émergentes des différents territoires ultramarins ne sont que peu connectées entre elles, en raison de l'éloignement géographique et de leur petite taille. Ainsi, un projet du réseau RITA (Réseau d'Innovation et de Transfert Agricole dans les DROM), en 2016 - 2017 avait permis de mettre en relation les associations apicoles des différents territoires et de fixer un cadre progressif allant de la structuration de la filière à une demande de reconnaissance, qui n'a néanmoins pas abouti.
Plus récemment, a été créée, en 2024, la Fédération nationale des vanilles françaises (FNVF), seule fédération constituée à ce jour regroupant l'ensemble des producteurs d'une même filière, avec l'objectif de valoriser et de défendre la vanille française. Présidée par Cédric Coutellier, producteur de vanille biologique en Guadeloupe et fondateur de VANIGWA189(*), la FNVF réunit l'ensemble des territoires producteurs : La Réunion, la Polynésie, Mayotte, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. Elle se réunit annuellement au moment du Salon international de l'agriculture et organise en outre des symposiums, comme en Polynésie en 2025. Avec le soutien du ministère des outre-mer, la transformation de la FNVF en interprofession est actuellement à l'étude.
La création de fédérations regroupant l'ensemble des producteurs d'une même filière peut être un levier pour dynamiser et renforcer la filière, grâce à l'établissement de contacts et d'échanges sur des problématiques - techniques, économiques ou juridiques - communes : érosion foncière, élévation du niveau des mers, sécheresses, concurrence des pays voisins présentant des coûts de production inférieurs.
d) Développer le réflexe « Propriété industrielle et intellectuelle » outre-mer
Selon la nature du produit concerné, la labellisation peut aussi passer par l'obtention d'un brevet, d'une marque ou d'une IG qui relèvent de la compétence de l'INPI.
Parmi les demandes adressées à l'INPI, la part de celles émanant des outre-mer est globalement faible, et bien inférieure à la part de la population des territoires ultramarins au sein de la population française (4 %), à l'exception des demandes pour dessins et modèles.
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Nombre de demandes annuelles en provenance des territoires ultramarins |
Part du flux national |
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Brevets |
60 |
0,4 % |
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Marques |
2 000 à 3 000 |
2,5 % |
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Dessins et modèles |
150 |
3 % |
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Indications géographiques industrielles et artisanales |
0 |
0 % |
Source : INPI - Audition de François-Xavier de Beaufort
Trois dossiers de demandes d'indications géographiques sont néanmoins en cours d'instruction : les perles de Tahiti, le tifaifai de Tahiti et le tapa de Polynésie, pour lesquels un important potentiel a été repéré mais dont les dossiers n'ont pas encore abouti190(*).
De même, au vu du changement de réglementation à compter du 1er décembre 2026, impliquant une disparition de l'homologation nationale au profit d'une homologation européenne proposée par l'INPI à l'Office de l'Union européenne, les représentants des indications géographiques nationales homologuées par l'INPI doivent désormais entamer les démarches afin d'obtenir l'homologation européenne. Ainsi, il est impératif de faire rapidement certifier le monoï de Tahiti191(*) au niveau européen.
Invitée à l'occasion de la Journée des entreprises au Sénat le 20 mai 2026, l'entreprise mahoraise Terre & Eau, créée en 2024 et engagée dans le développement de solutions de construction durables à Mayotte par la fabrication de briques de terre comprimée (BTC), pourrait envisager le dépôt d'un dossier auprès de l'INPI.
Dans ses démarches de soutien aux acteurs locaux, l'INPI est « témoin de signaux très encourageants » dans les outre-mer grâce192(*) :
- au guichet unique des formalités d'entreprises (GUE) qu'il opère depuis 2023 : l'INPI sensibilise les entrepreneurs dès la création de l'entreprise à ses missions et a pu constater une forte augmentation du dépôt des brevets et des marques ;
- à une stratégie partenariale fructueuse menée par l'INPI avec les chambres de commerce et d'industrie (CCI) : à La Réunion par exemple, le partenariat a donné lieu à la mise en place d'une permanence mensuelle au cours de laquelle un agent formé par l'INPI reçoit des innovateurs au sein de la CCI afin de les mettre en relation avec des experts : grâce à ce partenariat, le nombre de dépôts de brevets a connu une augmentation de 50 % et celui des marques de 30 %193(*).
Le réflexe « Propriété industrielle et intellectuelle » outre-mer doit également être renforcé dans le domaine de la pharmacopée. Depuis environ 25 ans, l'association APLAMEDOM à La Réunion, présidée par Claude Marodon, docteur en pharmacie, et cogérée par son président Laurent Janci, membre de l'association ADPAPAM, oeuvre pour l'inscription des plantes aromatiques et médicinales des outre-mer, et notamment de La Réunion, à la pharmacopée française, afin de pouvoir ensuite les produire, transformer et commercialiser dans un cadre juridique à la fois sécurisé et efficace. Sur les 670 plantes recensées sur le territoire, 34 sont inscrites à la pharmacopée et l'objectif de l'association est d'en faire inscrire quatre ou cinq par an. Or, homologuer une nouvelle espèce représente un coût considérable. L'association agit également en faveur de la connaissance et de l'inscription de ces plantes, endémiques pour la plupart, dans les listes relatives aux compléments alimentaires, dans la mesure où la France a dressé une liste positive des plantes utilisables, à la différence d'autres pays européens qui ont établi une liste négative de ce qui ne peut pas l'être194(*).
En outre, face à la concurrence des pays voisins et au risque de pillage des ressources végétales dans certains territoires - à l'instar de la Guyane qui a connu ce fléau avant même toute protection, source d'effets démobilisateurs durables pour le territoire -, la protection systématique des savoirs traditionnels est indispensable.
Recommandation n° 17 : Systématiser l'inscription à la pharmacopée des plantes endémiques terrestres et marines des outre-mer. Protéger les savoir-faire traditionnels de la contrefaçon.
3. Le luxe français version outre-mer : travailler la marque
De même que la spécialisation « par le haut » grâce aux SIQO, IG, brevets et marques, le positionnement sur le segment du luxe est un levier pour favoriser l'essor des filières économiques d'avenir ultramarines. C'est le cas notamment du tourisme de luxe, dont l'objectif est de consolider et organiser la transition de son activité vers des modèles plus durables.
Déjà bien ancré dans des destinations comme la Polynésie française ou Saint-Barthélemy, l'objectif pour le secteur du tourisme de luxe est donc davantage la consolidation d'une filière existante plutôt que l'émergence d'une filière nouvelle. Les filières du tourisme d'autres territoires pourraient également positionner une partie de leur offre sur le segment du luxe. Ainsi, la Nouvelle-Calédonie, qui dispose déjà d'une infrastructure hôtelière de luxe même si celle-ci n'est pas dominante, est dotée d'atouts naturels exceptionnels - environnement naturel préservé, biodiversité marine exceptionnelle, lagons et récifs coralliens classés au patrimoine mondial de l'UNESCO195(*), atoll d'Ouvéa surnommé « l'île la plus proche du paradis »196(*) - pour développer une offre haut de gamme confidentielle axée sur la nature (plongée et nautisme premium, séjours exclusifs dans des environnements très préservés...). Le tourisme haut de gamme, dans un cadre raisonné, durable et hautement qualitatif, est aussi un important levier de croissance pour La Réunion, qui dispose également d'atouts naturels exceptionnels notamment au sein du Parc national de La Réunion, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. En outre, comme l'a souligné Adam Oubouih, directeur général d'Atout France197(*), les territoires ultramarins « bénéficient d'un patrimoine artisanal, culturel et historique remarquable, au moins aussi bon que celui des destinations concurrentes », avec une « capacité à rester authentiques et à proposer une destination encore à construire répond[ant] aux besoins des touristes d'aujourd'hui, qui souhaitent découvrir de l'insolite et des territoires encore naturels. Les outre-mer disposent donc d'un grand potentiel. ».
Le développement de leur présence sur le segment du luxe serait, en outre, un levier majeur pour l'essor de deux filières d'excellence ultramarines : l'ylang de Mayotte et les vanilles des outre-mer.
Les vanilles ultramarines présentent deux atouts majeurs autour desquels axer principalement leur valorisation : la qualité des produits et les méthodes de production respectueuses de l'environnement. Ainsi, si les vanilles des outre-mer ne peuvent être compétitives en termes de coût par rapport aux productions intensives d'autres pays - Madagascar, Comores, Ouganda... -, elles sont beaucoup plus qualitatives et présentent une grande diversité entre les différents territoires, que la FNVF veut préserver, tout comme la proximité du terroir et les méthodes de production de tradition ancestrale. À cet égard, l'objectif est davantage une petite production très qualitative, afin que la valeur ajoutée reste au producteur, plutôt qu'un volume important de production.
Mais ce sont également les méthodes de production vertueuses, à l'opposé des cultures intensives, qui doivent être mises en avant afin de cibler une clientèle attentive à une production respectueuse de l'environnement. En Guadeloupe par exemple, la vanille est cultivée en agroforesterie, sous forêt naturelle, dans des jardins créoles où la vanille s'associe au café, au cacao, aux épices et aux plantes aromatiques, la moitié des producteurs travaillant sous concession de l'Office national des forêts et beaucoup étant labellisés « Esprit Parc national » et certifiés en agriculture biologique198(*). Ainsi, ce modèle réunit tout à la fois qualité de la production, entretien de la forêt tropicale et préservation de la biodiversité.
La stratégie de la FNVF repose donc non pas sur un volume de production, mais sur la valorisation de « la qualité absolue, la traçabilité totale, la différenciation aromatique et la valorisation patrimoniale et agrotouristique [des] vanilles [des outre-mer] »199(*). Elle vise la vente des produits sur le marché local, pour répondre à une importante demande des chefs, pâtissiers, glaciers et chocolatiers, mais également un export de niche, en ciblant des marchés à fort pouvoir d'achat et en quête d'authenticité - Japon, Canada, Émirats, Chine... , via la gastronomie et les ambassadeurs que sont les grands chefs200(*). Les coproduits et l'agritourisme démultiplient ce potentiel de montée en valeur et permettent d'apporter un complément de ressources. Il est en revanche plus difficile de répondre à la demande de grands groupes ou des parfumeurs en raison des petits volumes de production, soumis de surcroît à des aléas, à la différence des chefs qui réalisent des opérations ponctuelles de mise en avance d'une recette.
La filière PAPAM de La Réunion entretient en revanche plusieurs collaborations avec de grands parfumeurs. Après une association avec le parfumeur japonais Shiseido initiée en 2024, la Coopérative agricole des huiles essentielles de Bourbon travaille également avec le groupe helvético-néerlandais DSM-Firmenich, numéro deux mondial des parfums et arômes. Elle a par la suite signé une convention, en février 2025, avec Jacques Cavallier, parfumeur travaillant pour Louis Vuitton, au nom du groupe LVMH. Les répercussions - en termes d'image pour le territoire - de ces partenariats avec les grands parfumeurs sont considérables : le rayonnement international des productions sur le segment du luxe constitue un levier de poids pour soutenir la filière PAPAM et valoriser les ressources spécifiques du terroir réunionnais.
Les grands parfumeurs sont particulièrement attirés par la filière PAPAM de La Réunion pour plusieurs raisons : la grande qualité des productions et le « made in France », qui est en soi un gage de qualité facilitant les débouchés sur les marchés, et le respect des exigences en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qui permet aux grands groupes de sécuriser leur image en prouvant que le respect de la biodiversité et des normes sociales a été assuré. Par conséquent, le « made in France », le respect des normes de production française et des exigences en matière de RSE sont autant d'atouts à exploiter par les filières ultramarines, afin d'attirer de grands groupes et de s'assurer ainsi une visibilité et des débouchés sur les marchés internationaux.
Il y a là également une chance à saisir pour la filière ylang à Mayotte, autre filière d'excellence ultramarine (voir supra201(*)). En effet, capter à nouveau l'intérêt de grands parfumeurs garantirait une production rémunératrice, la reconnaissance de ce patrimoine mahorais d'exception et ainsi, la redynamisation et l'essor de la filière. Comme l'indique Anwar Soumaila Moeva, il est primordial de « travailler sur la valorisation du produit du terroir et du patrimoine », en soulignant l'excellence de la production mahoraise - seule production française - d'ylang-ylang, et en créant un écosystème tout autour « afin de pouvoir déboucher sur des marchés capables d'acheter à un prix rémunérateur pour les producteurs mahorais »202(*). Anwar Soumaila Moeva poursuit l'ambition de faire reconnaître l'ylang-ylang de Mayotte comme patrimoine national203(*), afin d'attirer cette clientèle.
Dans ce cas, il serait alors possible, selon lui, d'« atteindre une production de niche de 3 à 5 tonnes annuelles ». À défaut, la filière se heurte au « mur du coût de production » (voir supra204(*)) et les jeunes agriculteurs délaissent les exploitations d'ylang-ylang de leurs parents au profit d'autres productions plus rémunératrices (ananas, manioc...). Dans un contexte où précédemment, les productions d'ylang-ylang étaient exportées sans possibilité de valorisation sur place, la valorisation de l'ylang-ylang doit être entièrement développée. Des aides pour structurer la filière et travailler la valorisation du produit pourraient être mobilisées dans un contexte où l'aide Chido - 15 000 euros auxquels s'ajoutaient 7 000 euros au titre de la mesure européenne M23205(*), soit 22 000 euros au total - et le dispositif France 2030 ont apporté un soutien ponctuel, tout en comportant des points bloquants en raison des conditions requises206(*).
Recommandation n°18 : travailler la valorisation des produits du terroir et du patrimoine, notamment en insistant sur les engagements RSE, le « made in France » et la valorisation des SIQO pour assurer l'accès des filières d'avenir au marché du luxe.
* 173 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer du 26 mars 2026 et table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026 : exemples pour ce qui concerne les vanilles : productions vendues comme « vanille de La Réunion » alors qu'elles sont importées de Madagascar, vanilles de pays voisins de la Polynésie utilisant l'appellation « Tahitian Vanilla », concurrence en Guadeloupe de fausses vanilles de Guadeloupe.
* 174 Audition de Carole Ly du 26 mai 2026.
* 175 Audition de Carole Ly du 26 mai 2026.
* 176 Pour le vin de Cilaos, dossier de demande de reconnaissance en IGP arrivé presqu'à terme et finalement abandonné.
* 177 Le Label rouge 13-06 abrogé pour absence de production JO 6/12/2017.
* 178 Le Label rouge 24-06 abrogé pour absence de production JO 3/08/2015.
* 179 Association Valcaco, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.asso-valcaco.fr/.
* 180 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par l'INAO, 2026.
* 181 Audition de Carole Ly.
* 182 Agence de développement économique de la Polynésie française, 18 août 2025, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.service-public.pf/ade/vanille-de-tahiti-vers-une-igp-pour-structurer-et-valoriser-la-filiere/.
* 183 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par l'INAO, 2026.
* 184 https://www.service-public.pf/ade/vanille-de-tahiti-vers-une-igp-pour-structurer-et-valoriser-la-filiere/.
* 185 Polynésie La Première, « L'indication géographique pour protéger et labelliser le rhum polynésien », 18 avril 2025, en ligne, consulté le 23 juin 2026 :
* 186 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention de Laurent Janci.
* 187 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention de Cédric Coutellier.
* 188 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention de Laurent Janci.
* 189 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention de Cédric Coutellier.
* 190 Audition de François-Xavier de Beaufort du 26 mai 2026.
* 191 Plus ancienne appellation d'origine ultramarine, reconnue par décret en 1992 mais qui doit se diriger vers une indication géographique industrielle ou artisanale du ressort de l'INPI, en raison de sa nomenclature douanière - les cosmétiques n'étant pas éligibles aux AOP/IGP agro-alimentaires.
* 192 Audition de François-Xavier de Beaufort du 26 mai 2026.
* 193 Ibid.
* 194 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention de Laurent Janci.
* 195 UNESCO, « Lagons de Nouvelle-Calédonie : diversité récifale et écosystèmes associés », en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://whc.unesco.org/fr/list/1115/.
* 196 https://www.nouvellecaledonie.travel/destination/les-iles/guide-ouvea/.
* 197 Audition d'Adam Oubouih du 11 juin 2026.
* 198 VANIGWA.
* 199 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par la FNVF, 2026.
* 200 Idem.
* 201 Voir supra, I. C. 2., filière cosmétique.
* 202 Table ronde de la délégation sénatoriale aux outre-mer réunissant des représentants de filières du 18 juin 2026, intervention d'Anwar Soumaila Moeva.
* 203 Ibid.
* 204 Voir supra, I. C. 2., filière cosmétique.
* 205 Soutien exceptionnel aux agriculteurs et exploitants particulièrement touchés par la catastrophe naturelle Chido.
* 206 Idem.