C. DE NOUVELLES FILIÈRES EXPORTATRICES ET DE SERVICES

1. Une aquaculture d'excellence encore sous-développée, mais au fort potentiel d'exportation

L'aquaculture ultramarine représente un moyen de proposer une offre de poisson qui corresponde à la forte demande locale, dans un objectif de souveraineté alimentaire et dans le contexte d'une filière pêche en déclin, mais aussi de valoriser des cultures emblématiques (perles de Tahiti par exemple) à l'export. Dans ce dernier cas, l'enjeu majeur est celui de l'accompagnement des projets et d'une transition vers une aquaculture plus durable.

Parmi les activités économiques emblématiques des outre-mer français figure la perliculture polynésienne. Elle présente un grand potentiel économique, mais fortement élastique à la conjoncture. Ainsi, la filière a connu une année exceptionnelle en 2023 (plus de 17 500 kg de produits perliers exportés) puis une diminution de 59 % de ces exportations en 2024. La filière reste néanmoins bien structurée, notamment à destination de Hong Kong et du Japon (respectivement 70 % et 19 % du commerce total, la France venant en troisième position)47(*). Le secteur représente 70 % des exportations de produits polynésiens en 2024, engendrant 7,3 milliards XPF (soit 61,2 millions d'euros environ) de recettes à l'exportation, provenant à 95 % de la vente de perles brutes.

Évolution des exportations de produits perliers de 2018 à 2024 en valeur (millions de F.CFP) et en volume (kilogrammes)

Source : Institut statistique de la Polynésie française

En 2020, l'IEOM constatait néanmoins les fragilités de la filière, cruciale notamment à l'économie de l'archipel des Tuamotu-Gambier (25 % de la production en 2020), de l'île de Mangareva et de l'atoll de Arutua (50 % environ)48(*). Celle-ci a connu une phase de surproduction et de baisse de qualité au début des années 2000. Elle est fragilisée par sa faible structuration (les petites exploitations prédominent) et la quasi-absence de transformation au niveau local. L'organisation de producteurs dans des groupements d'intérêt économique leur permet de garder une certaine maîtrise des ventes dont la valeur est fixée sur des cours mondiaux.

L'enjeu du renouvellement de la filière passe notamment par une meilleure prise en compte de sa durabilité. Elle doit protéger la ressource, les larves permettant de pérenniser la culture ne se trouvant qu'à l'état naturel, et l'environnement, alors qu'elle fait un usage important de matériaux plastiques, immergés ou enfouis dans des décharges sauvages. Cette transition, suivie par la DGOM, est aujourd'hui accompagnée par les acteurs publics, allant de la formation au soutien à l'innovation.

Ce souci de durabilité concerne également la filière de l'aquaculture d'holothuries, ou concombre de mer, utilisées à des fins cosmétiques ou nutraceutiques (utilisation commerciale d'un aliment pour ses vertus réelles ou supposées pour la santé). En Polynésie française, cette filière est née en 2019 à la suite d'un appel à projets de la Direction des ressources maritimes (DRM) de la Polynésie française. L'entreprise Tahiti Marine Products a ainsi déposé de nombreux brevets, notamment dans le domaine cosmétique, à partir de l'exploitation de deux espèces en voie d'extinction dans leur milieu naturel (le rori titi blanc et le rori titi noir). Ces produits, très recherchés en Asie du Sud Est, doivent faire l'objet d'une promotion mercatique poussée auprès d'un consommateur français plus réticent, habitué à une offre d'actifs classiques, comme le collagène marin.

Des verrous plus structurels ralentissent également le développement de la filière : celui de l'insularité, en raison du coût très lourd du fret maritime inter-îles, et celui de la protection des espèces menacées, entravant les possibilités de commercialisation. En effet, les espèces cultivées sont inscrites en annexe de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Cette convention, rendue applicable à la Polynésie française par l'ordonnance n° 2008-527 du 5 juin 2008 relative à la mise en oeuvre en Polynésie française et dans les îles Wallis et Futuna de la CITES, impose l'obtention de permis d'exportation à chaque vente, conditionnée à des garanties procédurales d'origine et de traçabilité. Elle pénalise en particulier la vente du producteur au consommateur (« B to C »), alors que la transformation et la commercialisation des produits de l'aquaculture sont des enjeux décisifs de structuration et de pérennisation de la filière. Cette difficulté est renforcée par la réglementation sur les produits dits de Novel food (nouvelles pratiques alimentaires), une preuve écrite de consommation antérieure à 1997 devant être apportée pour autoriser leur commercialisation, exigence particulièrement inadaptée à la mise en valeur de pratiques et savoir-faire ancestraux transmis par la tradition orale. Aussi, le soutien des acteurs publics est déterminant pour soutenir le développement de la filière sans altérer sa conformité aux exigences de durabilité. Les maires des Iles de la Société, l'université de la Polynésie française (UPF) ou encore l'Ifremer constituent ainsi un appui profitable à la filière, en matière de financements, de recherche et d'innovation.

Ailleurs dans les territoires ultramarins, l'aquaculture d'excellence s'est diversifiée et dispose d'un fort potentiel à l'export. Ainsi, l'atelier de conditionnement de la production de crevettes bleues en Nouvelle-Calédonie permet de la commercialiser à l'export, témoignant d'une structuration rapide, par le biais d'organisations de producteurs notamment et sous l'égide d'une technopole49(*).

Les développements techniques de l'Ifremer ont permis de structurer d'autres filières à l'export, comme l'aquaculture de microalgues en Nouvelle-Calédonie, utilisées en cosmétique ou dans l'agroalimentaire. En 2021, 6 entreprises ultramarines cultivent de la spiruline alimentaire ou des macro-algues, soit un volume de 2,7 tonnes pour une valeur de 141 250 euros50(*). La filière est encore peu structurée (44 % de la production est vendue aux consommateurs avec un seul intermédiaire, 18 % en vente directe) mais prometteuse.

Dès lors, des enjeux communs aux filières aquacoles ultramarines se dégagent. Ils sont en partie résumés par le Cluster Maritime Français, auditionné par la délégation sénatoriale aux outre-mer et concernent :

- l'organisation collective des professions (interprofessions, coopératives, mutualisation des équipements, connaissance statistique des filières, accès au financement) ;

- l'accès aux guichets de financement, notamment européens, qui peut en particulier passer par une meilleure lisibilité du FEAMPA ;

- des enjeux plus sectoriels comme l'accès au foncier maritime, le soutien à la recherche appliquée et l'accompagnement institutionnel des projets innovants.

2. Le potentiel stratégique de la filière cosmétiques et le développement de la nutraceutique

Numéro 1 dans le domaine des cosmétiques au niveau mondial, la France s'est notamment spécialisée dans le segment de la beauté et du luxe, en capitalisant sur la célébrité de grandes marques dont elle est le berceau. Les filières cosmétiques ultramarines doivent pouvoir s'appuyer sur ce savoir-faire tout en bénéficiant de son image et de sa réputation internationale.

a) La valorisation des ressources naturelles des outre-mer, enjeu de développement économique dans le secteur stratégique des cosmétiques et de la nutraceutique

Les niveaux exceptionnels de biodiversité des outre-mer, tant par la richesse en espèces que par le niveau d'endémisme, les dotent de ressources naturelles pouvant être mises à profit pour le développement de produits cosmétiques et nutraceutiques51(*). Alors qu'ils ne représentent que 0,08 % de toutes les terres émergées du globe, les outre-mer concentrent en effet 80 % de la biodiversité nationale52(*).

Si certaines ressources sont valorisées de longue date, à l'instar du monoï de Tahiti protégé par l'appellation d'origine « Monoï de Tahiti » régie par le décret n° 92-340 du 1er avril 1992, d'autres font essentiellement l'objet d'une utilisation sur le marché local depuis des centaines d'années, s'inscrivant dans un profond attachement à la transmission, souvent orale, de savoir-faire traditionnels en outre-mer53(*). Or, la valorisation des ressources naturelles et la création de valeur en utilisant ces savoir-faire à des fins cosmétiques constituent un véritable enjeu de développement économique pour les territoires ultramarins dans un secteur particulièrement stratégique pour la France. Elle est en effet le premier exportateur mondial de parfums et cosmétiques, les exportations françaises dans ce domaine ayant atteint 22,4 milliards d'euros en 2025, faisant ainsi du secteur cosmétique le deuxième contributeur à la balance commerciale française derrière l'aéronautique54(*).

Avec l'ambition de mettre en réseau les acteurs et de mutualiser les actions pour soutenir le développement de filières cosmétiques durables et pérennes dans les outre-mer, le réseau « Cosmétopée ultramarine » a pour objectif de valoriser les connaissances liées aux plantes et à leurs usages traditionnels destinés à des fins cosmétiques. Composé d'acteurs socio-économiques, institutionnels, de l'enseignement, du monde de la recherche et de l'innovation55(*), issus des outre-mer et de l'Hexagone, ce réseau est piloté et animé par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Comme le souligne Shirley Billot, fondatrice et dirigeante de l'entreprise Kadalys, « la cosmétopée, pour les outre-mer, est un levier car elle permet d'identifier des viviers d'ingrédients formidables »56(*).

Au service de la cosmétopée ultramarine, des structures de recherche en outre-mer ont développé une expertise de pointe afin de favoriser l'acquisition de connaissances scientifiques sur les plantes et espèces endémiques en vue de leur utilisation en parfumerie, médecine et phytothérapie. Tel est le cas de deux satellites de la CTM : le Pôle agroressources et de recherche de Martinique (PARM), centre de ressources technologique qui met à disposition des professionnels du secteur de l'agro-transformation un large panel de compétences, d'équipements, d'assistance technique et de formations professionnelles, et également le Centre territorial d'exploration de la biodiversité de Martinique (CTEBioM), qui dispose d'un laboratoire de recherche fondamentale et appliquée depuis octobre 2024 et qui met à disposition une plateforme permettant de réaliser des extractions et des caractérisations.

De même, le Pôle d'Innovation Intégré de Mayotte (PI²M), soutenu par le Conseil Départemental de Mayotte, est « un consortium d'acteurs oeuvrant pour le développement économique durable de Mayotte en valorisant la biodiversité via l'innovation et la recherche-action »57(*), qui dispose d'une plate-forme moderne d'extraction et d'analyses en phytochimie. Les travaux du laboratoire visent principalement l'accompagnement des filières agricoles existantes ou en devenir, ainsi que la recherche de nouvelles substances à forte valeur ajoutée, dans les domaines cosmétique et pharmaceutique58(*). Le PI²M collabore avec les acteurs de l'économie mahoraise « afin de créer des produits innovants basés sur la biodiversité locale, ainsi que d'accompagner les filières et entreprises existantes pour leur consolidation et expansion durable »59(*).

Lors de son audition par la délégation, Henri Salomon, président de la CMA Martinique et membre du Bureau de CMA France représentant les outre-mer, a également relevé que « dans le secteur de la cosmétique, une dynamique se développe, y compris dans de très petites entreprises », et qu'« il existe un véritable intérêt pour nos produits naturels, nos produits locaux, nos produits issus de notre histoire et de notre culture », soulignant qu'il convient d'accompagner cette dynamique60(*).

b) De nombreuses barrières à l'entrée qu'une meilleure structuration de la filière peut surmonter

Un accompagnement est d'autant plus nécessaire que la transformation de ressources naturelles utilisées dans le cadre de la transmission de savoir-faire ancestraux en produits cosmétiques et nutraceutiques mis sur le marché, national et international, comporte de nombreux défis à relever.

Étroitesse des marchés locaux, coût du foncier outre-mer, difficultés d'accès à des business angels et à des fonds d'investissement en outre-mer, lourdeur administrative des demandes de subventions, absence de circuits de sous-traitance à disposition rendant impossible la segmentation des processus de production à la différence de l'Hexagone, faible niveau d'infrastructures locales pour la recherche en matière de chimie des ingrédients sont autant de freins au développement d'entreprises dans le domaine cosmétique et de la santé. Mais ce sont surtout les normes cosmétiques et nutraceutiques qui, dans ces secteurs extrêmement réglementés, constituent des barrières à l'entrée, tout en étant absolument nécessaires pour la sécurité du consommateur et, par conséquent, pour la commercialisation du produit. Il est ainsi difficile de structurer la filière sans accompagnement par la formation ou sensibilisation aux normes de la cosmétovigilance.

Afin d'accompagner le développement économique local dans le secteur cosmétique en favorisant la connaissance et la valorisation durable de la cosmétopée des différents territoires ultramarins, des antennes de la Cosmetic Valley ont progressivement été créées en outre-mer. Ainsi, l'antenne Guyane Cosmetic Valley a vu le jour en mars 2022, résultant d'un partenariat entre la Collectivité Territoriale de Guyane, Guyane Développement Innovation et le pôle de compétitivité Cosmetic Valley61(*). Elle a pour mission de révéler le potentiel unique de la cosmétopée forestière d'Amazonie française et d'accompagner l'émergence d'une filière cosmétique responsable, durable et performante. À cet égard, elle propose par exemple un accompagnement de six mois pour préparer les start-ups guyanaises du secteur à rencontrer des distributeurs internationaux, dans le cadre de son Programme Cosmetic Up.

Créée en juin 2023 par la signature d'une convention de trois ans renouvelables entre la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) et le pôle de compétitivité Cosmetic Valley, la Martinique Cosmetic Valley vise à faciliter le développement de la filière cosmétique en Martinique par la mise en place d'actions de formation, de recherche, d'animation et de développement de produits cosmétiques issus de la biodiversité locale. La participation de la CTM s'établit à 20 000 € par an pendant trois ans62(*).

Pour le développement de la cosmétopée de l'océan Indien, une antenne de la Cosmetic Valley pour La Réunion et Mayotte a été instaurée en octobre 2023. En octobre 2024, la Pacific Cosmetic Valley a été créée à son tour.

c) Des exemples innovants de valorisation des ressources naturelles des outre-mer dans les secteurs cosmétique et de la santé
(1) La valorisation de ressources amazoniennes en Guyane

En Guyane, la forêt, qui couvre 96 % du territoire, abrite une biodiversité exceptionnelle avec plus de 5 500 espèces végétales, constituant un important vivier de matières premières botaniques pour le secteur cosmétique et pharmaceutique au sein duquel émergent de nouvelles filières. Trois structures guyanaises membres de la Cosmetic Valley ont pour mission la valorisation des ressources naturelles amazoniennes dans le domaine cosmétique :

- l'entreprise Bio Stratège Guyane, qui vise, grâce à son laboratoire à Matoury, le « développement d'ingrédients naturels et écoresponsables » et de « produits finis high-tech, vitrine nationale et internationale de l'incroyable biodiversité du territoire [guyanais] et de son savoir-faire »63(*). Bio Stratège a été labellisée Greentech Innovation par le ministère de la transition écologique pour sa démarche RSE et ses programmes de développement durable en Guyane française ;

- l'université de Guyane, grâce à ses quatre pôles de recherche : dynamique de la biodiversité en Amazonie et valorisation des ressources naturelles ; santé et écologie de la santé en milieu tropical ; dynamique des sociétés amazoniennes dans leurs environnements et gestion durable des territoires amazoniens, technologies innovantes en environnement amazonien (énergies renouvelables et télé-applications)64(*) ;

- et l'entreprise Morphöeus SAS, start-up « Beauty Tech » qui valorise la cosmétopée amazonienne, à travers la formulation et la fabrication de soins cosmétiques écoresponsables et innovants formulés à partir de bioressources et d'actifs amazoniens issus de recyclage valorisant ; lauréat French Tech et de Réseau Entreprendre Guyane en 2024, l'entreprise a lancé sa marque « My Hairitage » en 2025, primée « Entreprise innovante » - Initiative Centre-Val de Loire en 2026.

En outre, des espèces endémiques amazoniennes consommées au quotidien en Guyane - awara, cupuaçu, açaï (appelée « wassaï » en Guyane), camu camu... - sont valorisées par l'entreprise Yana Wassaï, spécialisée dans la transformation de ces fruits pour la fabrication d'ingrédients destinés aux industries agroalimentaire, nutraceutique et cosmétique.

Pionnière dans ce domaine, l'entreprise Yana Wassaï s'est en effet fondée sur le potentiel inexploité des fruits amazoniens dotés de nombreuses propriétés (riches en antioxydants, en bêta-carotène, en vitamine C...) et peu présents dans les circuits commerciaux européens. Ses débouchés dépassent le marché local, avec des exportations croissantes vers l'international, pour lesquelles elle peut mettre en valeur des « process de transformation [...] parmi les plus sûrs et les plus performants sur ce type de fruits », puisqu'ils répondent aux exigences de la réglementation française en matière de sécurité du personnel, de sécurité alimentaire et de protection de l'environnement65(*). L'entreprise met également en avant une « traçabilité complète des chaînes de production et de transformation », en s'appuyant sur la production d'une quinzaine d'agriculteurs locaux, qu'elle a accompagnés dans la structuration de leurs exploitations, ainsi que sur des méthodes de culture agro-forestière garantissant la sauvegarde de la biodiversité amazonienne et l'équilibre de la forêt tropicale, sur un politique « zéro déchets », et des process innovants respectueux de l'environnement. Dave Drelin, fondateur de l'entreprise, souligne l'importance de cette filière locale : « le but est d'aider la filière locale à monter en puissance au fur et à mesure »66(*).

D'un coût total de 8 millions d'euros, le projet a bénéficié du soutien de l'Union européenne à hauteur de 2,5 millions d'euros, dans le cadre du programme Guyane FEDER-FSE+ 2021-2027. Pour couvrir le besoin de financement de 3,8 millions d'euros pour l'usine de transformation agro-industrielle de Montsinéry-Tonnégrande de l'entreprise Yana Wassaï, première unité industrielle dédiée à la transformation de plantes amazoniennes endémiques du continent, l'AFD a apporté 2,3 millions d'euros dans le cadre d'une convention de prêt, la Banque des territoires 585 000 euros sous forme de prêt participatif et le Crédit Agricole Martinique-Guyane 900 000 euros67(*). L'activité de l'entreprise Yana Wassaï vise à engendrer un impact positif sur le territoire guyanais, avec à terme une cinquantaine d'emplois directs et près de 400 emplois indirects sur l'ensemble des filières concernées68(*).

(2) Des cosmétiques développés à partir des actifs de la banane en Martinique

Fondée en 2012 par Shirley Billot, la marque Kadalys, développe des ingrédients issus des coproduits agricoles de la filière banane et des soins cosmétiques biologiques, engagés et éthiques, à partir de bio-actifs issus de différentes maturités du bananier des Antilles françaises. Elle est devenue une référence en matière d'éco-extraction et de recyclage valorisant avec la transformation des bananes déclassées (près de 40 000 tonnes par an) en soins innovants, mais aussi en matière de conditionnement69(*).

Le modèle d'activité de la marque Kadalys s'articule autour de trois volets : la recherche et développement d'ingrédients, leur production, et enfin la formulation et la commercialisation de produits de beauté finis. Il implique plusieurs centaines de producteurs dans son projet d'économie circulaire, touchant à la fois les secteurs cosmétique, nutraceutique, et alimentaire.

Sélectionnée pour faire partie des programmes de mentoring internationaux Google et Unreasonable, pour représenter les îles de la Caraïbe à la Entrepreneur World Cup (EWC) en 2021, la marque Kadalys est notamment référencée chez Nocibé en France, Isetan au Japon, The detox market aux Etats-Unis70(*). Elle est impliquée dans la Fédération des entreprises de la beauté et au sein de la Cosmetic Valley71(*).

En dix ans, l'entreprise a levé plus de 2,5 millions d'euros pour financer les recherches sur le bananier, soutenue grâce au label « Jeune Entreprise innovante » et à des business angels. Une nouvelle levée de fonds de plus de 20 millions d'euros a permis le lancement du premier site de production de Kadalys aux Antilles en 2025, qui a constitué un tournant stratégie pour la marque, rapprochant ainsi la transformation de la matière première grâce à l'implantation locale, et profitant aux producteurs et à l'économie locale par la relocalisation de la valeur ajoutée sur place72(*).

Cette première usine de Kadalys a obtenu une reconnaissance dans le cadre de l'appel à projets « Première usine » du plan France 2030, « véritable game changer »73(*) qui a permis un accompagnement à hauteur de 4,5 millions d'euros et l'intégration de l'entreprise à l'accélérateur Néo-Industrie de Bpifrance.

(3) Une formule innovante alliant maquillage et protection solaire développée à La Réunion

Fondatrice de The Island Cosmetics à La Réunion, Sarra Vencatachellum, présidente de la French Tech La Réunion, a développé des cosmétiques innovants, alliant maquillage, soin et protection solaire indice 50 pour protéger tout type de carnation. Les produits comprennent filtres minéraux, pigments et ingrédients naturels locaux, notamment un extrait de bagasse de canne à sucre, réputé pour ses propriétés protectrices et hydratantes.

Après plus de trois ans de travail, des contacts avec plus de 1 500 laboratoires et des tests de plus de 60 formules pour mettre au point une formule finale, la marque a été lancée en 2022, avec une campagne de financement participatif qui a atteint 202 % de son objectif74(*).

Récompensée par un prix de l'innovation aux États-Unis où elle a été lancée avant même La Réunion et la France hexagonale75(*), la marque a par la suite reçu plusieurs distinctions : victoire au Startup Weekend Women 2022, prix du produit le plus innovant au salon MakeUp in Paris 2024, médaille d'argent aux Indies Days 2025, et également médaille d'honneur de l'engagement ultramarin.

Au cours de son audition par la délégation76(*), Sarra Vencatachellum a préconisé une « aide à obtenir le réseau, comme le fait Innovation Outre-mer, pour réaliser [les] premiers chiffres d'affaires », à la suite desquels il serait plus facile « d'obtenir les financements, qu'ils soient nationaux, internationaux ou locaux ».

(4) La relance de la filière d'excellence ylang-ylang à Mayotte

Figurant parmi les filières stratégiques identifiées à Mayotte77(*), la filière ylang-ylang, reconnue au niveau mondial, a été la production phare de Mayotte jusqu'aux années 1990. En effet, les caractéristiques du terroir mahorais confèrent à l'huile d'ylang - dont la qualité est régie par la norme ISO 306378(*) - un avantage sur ses concurrents voisins des Comores et de Madagascar, en raison de la qualité des fractions « Extra Supérieur » et « Extra », les plus odorantes, qui suscitent l'intérêt des marchés haut de gamme de la parfumerie. Jean-Paul Guerlain a par exemple exploité une vingtaine d'hectares d'ylang-ylang à Combani entre 1997 et 2002, créant alors le parfum Mahora à base d'huile essentielle d'ylang-ylang. La concurrence des producteurs comoriens, avec des coûts de main-d'oeuvre très inférieurs, a porté atteinte à la filière mahoraise et les coûts de production constituent aujourd'hui le principal défi de la filière ylang à Mayotte. Ainsi, un litre d'huile essentielle coûte environ 750 euros à Mayotte, contre 120 euros aux Comores, et le prix d'un litre d'« Extra Supérieur » oscille entre 300 euros et 450 euros aux Comores, contre entre 1 300 euros et 1 500 euros à Mayotte79(*). Par conséquent, sur les 1 100 hectares de plantation d'ylang que comptait Mayotte en 1995 et qui lui conféraient son surnom d'« île aux parfums », il en reste environ 100 hectares aujourd'hui, dispersés sur le territoire, permettant une production de 500 kg d'huiles essentielles par an contre 25 tonnes auparavant. Mayotte se place donc désormais loin derrière les Comores, premier producteur mondial avec environ 45 tonnes annuelles.

En 2018, sous l'égide du Conseil départemental de Mayotte, un projet de pôle d'excellence rurale (PER) a été mis en place pour structurer la filière ylang et, plus généralement, les plantes à parfum et aromatiques, sur l'agropole de Coconi, avec l'accueil d'un pôle recherche, d'un pôle économique et d'un pôle écotourisme. L'objectif visé pour l'ylang-ylang était le retour à une production de 15 tonnes d'huile essentielle par an. Des démarches avaient alors été engagées auprès de négociants internationaux, à la suite desquelles le groupe drômois Elixens avait manifesté son intérêt, voulant développer une production française d'ylang-ylang, avant de renoncer80(*). Selon Anwar Soumaila Moeva, producteur et distillateur et président du Syndicat des Jeunes Agriculteurs de Mayotte jusqu'en mai 2026, qui a accompagné le groupe drômois, conjointement avec les services de la DAAF, pendant plusieurs années, les conditions imposées dans le cadre de la délégation de service public (DSP), très contraignantes, n'étaient pas viables économiquement (loyers, charges de fonctionnement...)81(*). Seul le bâtiment avait en effet été construit mais tout le matériel de distillation restait à la charge du futur gestionnaire, pour une durée initialement limitée à cinq ans, portée à neuf ans après négociation - sans que cela suffise à lever les contraintes pesant sur le projet.

Le bâtiment abrite donc actuellement l'association Saveurs et senteurs de Mayotte qui s'occupe de la vanille, ainsi que, dans le pôle touristique, l'office de tourisme et dans le pôle recherche, le laboratoire PI²M. Pour le pôle distillerie et la filière ylang-ylang, ce PER reste à ce stade une « coquille vide ». La relance de cette filière d'excellence, au coeur du patrimoine mahorais, constitue néanmoins un atout majeur pour l'avenir économique de Mayotte.

(5) Le potentiel de l'holothuriculture polynésienne dans le domaine des cosmétiques

L'holothuriculture polynésienne a un potentiel pour plusieurs types de produits. À ce titre, elle constitue un exemple significatif d'innovation dans le secteur des cosmétiques. Elle permet notamment de produire des ingrédients pour la nutraceutique et un ingrédient breveté pour la cosmétique, commercialisés sous la marque Anave sur le marché local polynésien par l'entreprise Tahiti Marine Biotech. Le projet est également de développer des molécules bioactives pour le domaine pharmaceutique.

Le potentiel des holothuries vient de leur composition particulièrement riche, qui comprend « des minéraux bénéfiques à l'hydratation de la peau, des glucides pour l'élasticité, du collagène pour la réparation cutanée ou ses qualités antioxydantes, des acides aminés, qui maintiennent l'hydratation, des saponines antirides et de la mycosporine, pour la photoprotection, autant de molécules actives très efficaces »82(*), avec des résultats prouvés par des études cliniques réalisées par le laboratoire Eurofins. La culture d'holothurie vise aussi à produire, pour la nutraceutique, des ingrédients contenant des minéraux, métaux - calcium, chrome, magnésium, sélénium - et autres composants (vitamines, saponines, mycosporines notamment).

3. L'excellence à la française, avantage comparatif de nouvelles filières agricoles dans des environnements régionaux fortement concurrentiels

Le déclin de filières agricoles historiques (canne, banane, vanille...) impose aux agricultures ultramarines une diversification incarnée par l'agroforesterie, les plantes aromatiques ou les microgreens. Dans un environnement concurrentiel fort fait de normes environnementales et sociales moins-disantes, les stratégies s'orientent vers la promotion de productions de qualité, incarnant une french touch recherchée de certains acteurs et participent du rayonnement du patrimoine de chaque territoire.

a) Des produits exotiques emblématiques mais fortement concurrencés

Des produits emblématiques des climats ultramarins, comme la vanille, le café ou le cacao ont connu un déclin rapide suite à la mondialisation des marchés et en conséquence de la concurrence de productions de moindre qualité mais répondant à une demande importante. C'est le cas notamment de la vanille, produite par exemple à Madagascar ou en Ouganda avec des coûts très faibles.

Cette pression concurrentielle peut toutefois constituer un potentiel de structuration de la filière. Ainsi, comme en témoigne Cédric Coutellier, président de l'association APAGwa et de la Fédération nationale des vanilles d'outre-mer, les techniques d'agroforesteries développées permettent de positionner la production de vanille dans une stratégie de haute qualité, tout en diversifiant les productions traditionnelles. Cette qualité est à la fois gustative (mise en valeur des différents terroirs existants, à la manière de la viticulture) et environnementale (l'agroforesterie permet de préserver la forêt primaire des Antilles et de Guyane, avec un bilan carbone quasi nul). La concurrence étrangère, quand bien même elle approvisionnerait une partie du marché en raison d'une demande forte ne pouvant entièrement être satisfaite par des productions haut de gamme (à l'exception de la Polynésie française ou les restrictions d'importation sont strictes), n'est donc pas à la hauteur de cette qualité, recherchée par exemple par des professionnels reconnus de la restauration ou des maisons de parfumerie. À cet égard, l'obtention de médailles lors de concours agricoles apporte une visibilité intéressante pour le producteur (ainsi en Guyane où une médaille d'argent a permis de valoriser une exploitation) mais également pour le territoire, l'agroforesterie revêtant un caractère patrimonial. Elles donnent une légitimité supplémentaire aux producteurs, de telle sorte que la filière est dynamique et commence à recruter des salariés dans les Antilles, là où elle avait pratiquement disparu. Elle se maintient à un niveau important de production en Polynésie française (80 tonnes vendues en 2025) où elle est bien structurée. Dans les autres territoires ultramarins, à l'exception de La Réunion où elle s'est maintenue (vanille de Bourbon), celle-ci renaît, en partie portée par le dialogue inter-outre-mer fécond des producteurs.

Une telle stratégie de constitution des filières pourrait également être adoptée par les producteurs de cacao et de café. Ceux-ci constituent aujourd'hui des filières locales peu structurées mais à fort potentiel, également orientées vers des productions d'excellence. La filière cacao est particulièrement implantée en Martinique, où elle est réapparue en 2015 après avoir disparu pendant plusieurs siècles en raison des maladies et des cyclones. Le potentiel de la filière est estimé aujourd'hui à une production de 100 tonnes en 203083(*), avec 130 hectares aujourd'hui cultivés. Celle-ci s'oriente vers une production d'excellence, qui pourrait être mise en valeur par un « chocotourisme » et une reconnaissance d'AOP en cours d'instruction. Une filière est également en construction en Guyane, avec la création fin 2025 d'une association fédérant producteurs et transformateurs84(*), et en Nouvelle-Calédonie, où les chocolatiers s'intéressent au potentiel de la production locale.

Ces stratégies d'excellence sont ainsi particulièrement adaptées aux contextes régionaux des territoires ultramarins, et permettent une valorisation patrimoniale adaptée et dimensionnée. C'est le cas également de filières plus confidentielles ou en restructuration.

b) Des filières prometteuses et dimensionnées aux stratégies de développement territorial

Certaines filières historiques en difficulté, comme la filière canne-sucre-rhum, peuvent miser sur des démarches d'excellence pour se moderniser. Aussi leurs stratégies de valorisation, comme celle du rhum martiniquais, s'appuient-elles sur une valorisation reposant sur les piliers de la labellisation (cf. infra) et du spiritourisme qui, à condition de développer une stratégie concertée avec les territoires, peut être bien accepté socialement et apporter une clientèle fortunée. Adam Oubuih, directeur général d'Atout France, explique ainsi développer dans les Caraïbes « une stratégie de spiritourisme : au-delà des plages, les visiteurs sont invités à découvrir des distilleries de rhum séculaires et des savoir-faire reconnus. Cette démarche fonctionne particulièrement bien en Martinique, mais également en Guadeloupe ».

D'autres filières plus confidentielles ont un fort potentiel de développement, adapté aux spécificités et aux enjeux des territoires. C'est le cas notamment de l'agriculture biologique, dont la part dans la SAU des DROM est significativement inférieure à celle de l'Hexagone mais qui présente un important potentiel de développement et de diversification. Ainsi, les surfaces et le nombre d'exploitations ont été multipliées par deux à La Réunion et en Guyane, par quatre en Martinique, par dix en Guadeloupe et par vingt à Mayotte depuis dix ans. Ainsi, l'INAO accompagne aujourd'hui la filière canne à sucre de Guadeloupe dans sa mise en conformité pour obtenir le label agriculture biologique.

 

Part de l'agriculture biologique dans le total des exploitations

Part de l'agriculture biologique dans le total de la SAU

France hexagonale

14,9 %

10,1 %

Guadeloupe

3,6 %

4,7 %

Guyane

2 %

11,9 %

La Réunion

8,5 %

6 %

Martinique

5,2 %

3,8 %

Mayotte

1,5 %

4,1 %

Source : Sénat d'après données fournies par l'INAO

Dans les territoires ultramarins du Pacifique, l'agriculture biologique est reconnue par des normes régionales (la norme océanienne d'agriculture biologique notamment). Des techniques particulières de certification (dénommées « système participatif de garantie ») reposant sur un contrôle de commissions professionnelles et de consommateurs permettent d'apporter une garantie crédible aux consommateurs sans imposer aux petits producteurs les coûts de la certification. Ce système n'est toutefois adapté qu'à de petites filières en raison de son caractère chronophage.

À Saint-Martin, les sols agricoles ont été préservés de toute pollution, aucun produits phytopharmaceutiques n'ayant été utilisés (élevages extensifs et cultures maraîchères limitées). À Saint-Barthélemy, des productions agricoles de niche comme les microgreens, des pousses utilisées par les chefs particuliers ou des restaurants gastronomiques de l'île, sont particulièrement adaptées aux spécificités du tourisme local. Ainsi, comme l'indique la Chambre économique multiprofessionnelle (CME) de Saint-Barthélemy, des activités industrielles de niche peuvent émerger si elles sont associées à une image qualitative du territoire. C'est le cas par exemple pour des projets d'unités de transformation alimentaire locale, à petite échelle : transformation de produits de la mer, préparation de produits gastronomiques ou de spécialités locales destinées à la restauration et à l'export de niche.

Ces petites filières sont structurantes pour l'économie de territoires où l'agriculture est peu développée en raison de leurs particularités géographiques. Ainsi, à Wallis-et-Futuna, une filière apicole est apparue et s'oriente vers l'export, aux côtés de la filière curcuma ou taro. Elle représente entre une et deux tonnes de miel par an, regroupant une dizaine d'apiculteurs85(*). L'apiculture représente un vivier d'emplois potentiels pour l'archipel. Elle est notamment mise en avant par le lycée professionnel et agricole de Lavegahau à Wallis. Dans d'autres territoires, comme à La Réunion, une filière de tisanerie pourrait voir le jour afin de mettre en valeur les nombreuses espèces végétales endémiques ou indigènes des territoires mais non commercialisables aujourd'hui faute d'autorisation de mise sur le marché. Un statut du tisaneur permettrait l'apparition d'une telle filière.

4. L'artisanat et les savoir-faire traditionnels : un pilier économique méconnu et sous-estimé

L'artisanat dans les outre-mer représente un pilier fondamental de leur économie. Ils comptent près de 150 000 entreprises artisanales, à 67 % composées de micro-entreprises, générant un chiffre d'affaires global de 8,5 milliards d'euros par an, dont près de 480 millions à l'export, soit 6 à 12 % du PIB local. Les entreprises artisanales sont pourvoyeuses de 280 000 emplois, à 43 % occupés par des femmes, contre 26 % dans l'Hexagone86(*).

 

Nombre d'entreprises artisanales recensées par la CMA France

Guadeloupe

19 000

Guyane

12 000

Martinique

18 000

Mayotte

8 000

La Réunion

24 030

Nouvelle-Calédonie

14 000

Polynésie française

11 000

Wallis-et-Futuna

179

Source : Sénat, d'après données fournies par la CMA - France (pour la Polynésie française, service de l'artisanat traditionnel ; pour Wallis-et-Futuna, CCIMA de Wallis-et-Futuna)

Cette réalité statistique est toutefois méconnue, en l'absence d'un observatoire de l'artisanat ultramarin que CMA France recommande de créer. En effet, l'artisanat, et en particulier les savoir-faire traditionnels, représentent une activité économique significative mais aussi un pan important de la vie sociale. Or, les statistiques nationales invisibilisent cet aspect en ne se focalisant pas spécifiquement sur les outre-mer.

a) Des dynamiques contrastées dans chaque territoire mais des savoir-faire traditionnels nombreux

Au niveau de chaque territoire, les dynamiques sont contrastées et reposent sur les spécificités de chaque culture ultramarine, comme c'est le cas par exemple de l'artisanat bushinengué en Guyane.

L'artisanat autochtone bushinengué en Guyane

La diversité culturelle de la Guyane, dont la population est composée de peuples autochtones et issus de l'esclavage, a donné lieu à une production artisanale riche. Marie Fleury, présidente de l'association pour le développement et l'étude des plantes aromatiques et médicinales en Guyane (Gadepam) et gestionnaire de la Maison de l'artisanat traditionnel et des produits naturels de Guyane, en a présenté la richesse, tout en soulignant les difficultés de transmission et de renouvellement générationnel, qui mettent en péril l'avenir de ces productions. Celles-ci concernent par exemple : « le tembe des Noirs marrons, qui est à la fois une écriture symbolique et un art de vivre ensemble. Il se décline sur du bois sculpté, le koti tembe, sur du bois peint, le feifi tembe, mais aussi sur des tissus brodés par les femmes. Il y a aussi le maluwana, devenu un emblème de la Guyane : il s'agit du “ciel de case“, un disque de bois noirci peint d'animaux appartenant à la mythologie et à l'histoire des Wayana, inséré traditionnellement au sommet du carbet collectif, le tokushipan, et aujourd'hui décliné sur divers supports à des fins commerciales ». Le développement de structures associatives, comme la Gadepam, est alors singulièrement adapté pour accompagner les artisans vers une meilleure valorisation de leur savoir-faire, sans mettre en cause leurs traditions. Elle accompagne 630 artisans et dispose de deux espaces d'accueil. Elle possède également une boutique solidaire labellisée « produits de Guyane » et s'est engagée dans une démarche de protection pour lutter contre le pillage des motifs traditionnels de ces peuples.

En Nouvelle-Calédonie, la place de l'artisanat (métiers de bouche, production-fabrication, services à la personne, bâtiment) est cruciale pour l'économie locale. La densité artisanale (413 artisans pour 10 000 habitants) est la plus élevée de France, DROM-COM inclus. Il est présent dans toutes les dimensions de la vie locale : centres urbains, villages, tribus. Ce maillage dense permet d'offrir des produits et services de proximité à l'ensemble de la population. S'il a souffert de la crise institutionnelle de 2024 (160 milliards de francs CFP de chiffre d'affaires en 2024 contre 196 milliards en 2023), il conserve un potentiel important (croissance du secteur de 36 % entre 2019 et 2023), employant plus de 20 000 actifs87(*).

Dans l'ensemble des territoires ultramarins, une part importante de l'artisanat traditionnel repose sur une économie informelle ou située hors des circuits habituels de commercialisation. C'est par exemple le cas à Mayotte, où seulement 40 % des artisans sont immatriculés. Les demandes d'immatriculation ont toutefois fortement augmenté à l'issue du cyclone Chido. À Wallis-et-Futuna, l'artisanat se situe quasi intégralement dans l'économie coutumière (nattes lolo, tapas, sculptures). L'enjeu d'une structuration de la filière artisanat repose donc en partie sur l'intégration de ces savoir-faire à l'économie formelle, sans mettre en cause l'identité culturelle ou la spécificité de pratiques ancestrales.

Des exemples d'intégration réussie se distinguent, par exemple en Nouvelle-Calédonie, grâce à l'action d'accompagnement de la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) : la charcuterie à base de cerf, les sirops à base de fruits locaux, la fabrication de condiments (achards), la teinture sur tissu à base de végétaux locaux ou la sculpture traditionnelle kanak en bois local. Ces filières rencontrent néanmoins des difficultés de structuration, pour partie communes au reste des économies ultramarines.

b) Des difficultés structurelles limitant l'organisation de la filière

En ce domaine comme dans d'autres, la trajectoire démographique de la filière fait craindre des difficultés de renouvellement, et in fine une perte de certains savoir-faire eu égard aux spécificités de leur mode de transmission. Ainsi, CMA France recense au moins trois modes de transmission plus spécifiques aux outre-mer : la transmission familiale directe (artisanat kanak, bushinengué et polynésien), le compagnonnage informel (répandu dans le secteur du BTP artisanal de tous les outre-mer) et la transmission communautaire (cérémonies et pratiques collectives en Nouvelle-Calédonie, à Wallis-et-Futuna et dans la Polynésie rurale). La formation au sein des centres de formation d'apprentis (CFA) se développe mais est freinée par des contraintes structurelles. Or, les métiers manuels ont progressivement été dévalorisés, les familles préférant orienter leurs enfants vers des études générales, et la politique publique de l'apprentissage est inadaptée aux réalités ultramarines.

En effet, certains territoires comme la Polynésie française, sont dépourvus de CFA. Jusqu'en 2023, le CFA de Mayotte ne disposait pas d'ateliers pratiques. Les maîtres d'apprentissage sont peu nombreux, en raison notamment d'un coût d'accueil important. Les aides à l'apprentissage étant fixées au niveau national, celles-ci ne prennent pas en compte les surcoûts de la vie ultramarine. Comme l'explique Henri Salomon, président de la CMA Martinique et membre du bureau de CMA France : « financer les centres de formation ultramarins de la même façon que les centres hexagonaux, en versant une somme identique pour chaque apprenti au centre de formation, crée des décalages d'année en année. En raison d'un manque de ressources, nous aurons des outils moins performants et nous mènerons moins d'entretiens et d'actions. C'est une injustice pour les outre-mer. Par conséquent, je plaide pour davantage d'équité ».

À cette difficulté structurelle propre à l'artisanat, s'ajoutent d'autres handicaps partagés avec d'autres filières, qui freinent leur potentiel de croissance. Les artisans ultramarins sont en effet victimes de prix élevés des matières premières, d'un difficile accès aux financements et au foncier, ainsi que de la complexité administrative (pour les dossiers de défiscalisation par exemple). Enfin, la structuration du tissu économique artisanal est freiné par la prévalence du statut de micro-entreprise, choisi par 67 % des artisans ultramarins contre 48 % en métropole. 41 % des micro-entrepreneurs ultramarins déclarent refuser des commandes pour demeurer sous ce seuil88(*). Aussi le rôle d'accompagnement des chambres consulaires est-il indispensable à une meilleure organisation de la filière. Plusieurs initiatives porteuses témoignent ainsi de son potentiel à court et moyen terme.

c) Des initiatives prometteuses pour organiser les professions

Les auditions menées par la délégation ont démontré l'existence de plusieurs pistes permettant de mieux structurer les filières de l'artisanat et libérer le potentiel économique qu'elles contiennent.

Celles-ci concernent notamment leur potentiel de numérisation et de digitalisation. Un usage renforcé des outils numériques permettrait de réduire les effets de l'insularité et de faire connaître des produits haut de gamme sur de nouveaux marchés. Or, ce potentiel est aujourd'hui sous exploité, 34 % des artisans ultramarins ayant une présence professionnelle en ligne, contre 61 % dans l'Hexagone. Le retard est encore plus marqué à Wallis-et-Futuna (8 %), Mayotte (19 %) et en Guyane (28 %). Une meilleure connectivité et un investissement dans la formation (incluant l'apprentissage de l'anglais pour donner accès aux plateformes internationales) permettraient en partie d'y remédier.

L'accompagnement par les chambres consulaires de la structuration des filières locales repose également sur la création de marques territoriales. Ainsi de l'association Coeur Martinique, qui regroupe la chambre des métiers, la chambre de commerce et d'industrie, la chambre d'agriculture, l'Association martiniquaise pour la promotion de l'industrie (AMPI) et les réseaux de distribution, de la grande distribution à la distribution de proximité ; ou de l'association « Ardici » portée par la CMA de Nouvelle-Calédonie. Ces « marques ombrelles » permettent de structurer l'offre de produits d'artisanat local sous une bannière faisant appel à l'affect des habitants de chaque territoire, tout en leur donnant de la visibilité également pour les touristes ou à l'export. Henri Salomon explique ainsi à propos de « Coeur Martinique » qu'elle permet « d'avoir une communication plus forte malgré des moyens limités. Mais il ne s'agit pas seulement de marketing : il s'agit aussi de structurer les filières, d'aider les entreprises à s'organiser et à se développer ».

De la même manière, la marque « Ardici » en Nouvelle-Calédonie valorise les productions d'artisans d'art (bois, pierre, verre, cuir, textile...) et les productions à vocation touristique (sérigraphies, cosmétiques, parfums), avec une attention à la structuration des filières comme elle ne s'adresse qu'aux entreprises inscrites au répertoire des métiers de la CMA de Nouvelle-Calédonie. Depuis son lancement en 2015, la marque a connu 168 adhésions. 120 adhérents y sont toujours actifs aujourd'hui (dont 31 dans le secteur du « mobilier et décoration », 22 dans le secteur « mode et accessoires », 15 dans le secteur « cosmétiques », 9 dans le secteur « artisanat traditionnel »). Elle a permis de professionnaliser la filière, notamment en créant des synergies avec les distributeurs et les prescripteurs.

Cette stratégie de marque ombrelle tire vers le haut l'activité des artisans. Lors des derniers marchés ou foires organisés avant la création de la marque, le chiffre d'affaires global atteignait 31 700 euros par jour, avec un chiffre d'affaires moyen par artisan de 424 euros. Quatre ans plus tard, avec la marque, le chiffre d'affaires global atteignait 85 000 euros, et un chiffre d'affaires moyen par artisan de 1 508 euros. Pour Laure Le Gall, directrice de la communication de la CMA Nouvelle-Calédonie, « cela prouve économiquement la réussite de ce type d'outil, parce qu'il donne de la visibilité aux artisans d'art et qu'il sécurise le consommateur dans son acte de consommation ».

Cette structuration dans des « marques ombrelles » pourrait être orientée par bassin géographique afin de fédérer différentes productions. Ainsi en est-il du projet de créer des labels « Coeur Guadeloupe » ou « Coeur Guyane » pour le bassin Antilles-Guyane. Cela permettrait notamment de répondre à la contrainte de l'étroitesse des marchés locaux.

Enfin, l'origine outre-mer, comme label d'identification de la valeur des produits, demeure aujourd'hui un actif sous-exploité. Elle permet notamment de répondre aux attentes des clients d'un tourisme haut de gamme, notamment à Saint-Barthélemy ou en Polynésie française. La montée en gamme de la filière perles de Tahiti (cf. supra) est un exemple abouti de l'intérêt de cette stratégie. Aucune IGP ne vient néanmoins à ce jour protéger les savoir-faire traditionnels dans le cadre de leur valorisation à l'export.

5. Les ressources du sol et du sous-sol

Certaines ressources du sous-sol ultramarin sont emblématiques et structurantes pour leurs économies. C'est notamment le cas du nickel en Nouvelle-Calédonie et de l'or en Guyane. D'autres filières pourraient néanmoins apparaître, ce qui suppose au préalable une bonne connaissance des sols et des sous-sols ; c'est le cas aussi bien pour les minerais dits stratégiques que pour les hydrocarbures.

a) Des filières historiques à fort potentiel mais menacées

Les filières minières historiques des économies ultramarines sont concentrées en Nouvelle-Calédonie, avec l'exploitation du nickel, et en Guyane, avec les gisements d'or. Ces deux filières connaissent des dynamiques contrastées.

Ainsi, la filière nickel en Nouvelle-Calédonie demeure le pilier central de l'économie, représentant 90 % des exportations totales en 202589(*). La valeur des exportations est orientée à la baisse, alors même que l'extraction de nickel progresse par rapport à 2024 (+24 %). Elle demeure en revanche largement inférieure au niveau de 2023. La difficulté de la filière tient notamment à la baisse du cours du nickel, dont le taux était au plus bas depuis 5 ans. En 2026, celui-ci a légèrement augmenté. Ainsi, la filière nickel demeure fragile, et les recommandations émises en juillet 2023 par l'Inspection générale des finances (IGF) dans son rapport sur l'avenir de la filière nickel en Nouvelle-Calédonie90(*) demeurent pertinentes. En particulier, la filière doit investir dans la transition énergétique et s'orienter vers la production de matte de nickel, utile à la fabrication de batteries. Elle pourrait mieux cibler le marché européen afin d'y limiter l'influence de la production asiatique. Aussi pourrait-elle contribuer à répondre à la forte hausse de la demande mondiale de nickel qui va probablement augmenter de 75 % à l'horizon 204091(*).

En Guyane, la filière aurifère connaît également une dynamique contrastée, même si elle est soutenue par la hausse des cours de l'or. Elle demeure le seul territoire d'outre-mer avec des exploitations ou des recherches minières actives. Celles-ci ont permis d'extraire 935 kg d'or, après affinage, en 2022. Elles sont notamment orientées par le Schéma Départemental d'Orientation Minière (SDOM), lequel prévoit des investissements et une structuration industrielles lourds sur l'exploitation de l'or primaire, c'est-à-dire celui qu'il faut directement prélever dans la roche. D'après les données de l'IEDOM, la filière emploie 385 personnes en 2024 sur les sites miniers pour une production de 1,06 tonnes, soit 44 % de la valeur des exportations de biens de la Guyane (66,8 millions d'euros). Son développement est toutefois freiné par les enjeux de ses impacts environnementaux et par la persistance du fléau de l'orpaillage illégal. Celui-ci aurait généré 600 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2023, grâce à l'extraction illégale de 5 tonnes d'or.

L'orpaillage illégal détruit l'environnement par la déforestation et empoisonne les populations, en raison notamment de l'utilisation de mercure qui s'accumule dans les milieux aquatiques. Malgré les ambitions affichées par les services de l'État dans son éradication, le nombre de chantiers illégaux a augmenté en 2025 pour s'établir à 18992(*).

b) Une connaissance encore lacunaire des sols et sous-sols ultramarins

Le potentiel de la filière minière outre-mer ne s'arrête pas à l'exploitation de l'or guyanais ou du nickel en Nouvelle-Calédonie. Il apparaît en effet que les sous-sols ultramarins sont riches d'autres minerais dits « stratégiques », c'est-à-dire des minerais dont la possession et l'exploitation constituent un enjeu économique et politique majeur93(*).

Le rôle du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) est notamment de fournir une « cartographie géologique de base » afin de recenser leur présence et orienter les politiques publiques. Celui-ci estime que le sous-sol guyanais pourrait contenir d'importantes réserves de coltan, bauxite, kaolins, plomb, zinc, cuivre, diamant, nickel, platine et d'uranium94(*).

La connaissance des ressources, qui pourraient donner lieu à l'émergence de filières d'avenir, demeure toutefois lacunaire. La précédente actualisation de l'inventaire minier en Guyane remonte en effet à 2013. Une actualisation a toutefois été lancée en 2025, ce qui représente un programme d'un montant de 53 millions d'euros pour une durée prévisionnelle de cinq ans. La démarche est clairement orientée pour répondre aux enjeux de souveraineté nationale en matière d'approvisionnement en ressources critiques.

c) L'épineuse question des hydrocarbures

Un autre enjeu de souveraineté, cette fois énergétique, est celui de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures en Guyane. Celle-ci est interdite sur l'ensemble du territoire hexagonal et des DROM depuis la loi dite Hulot du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures et portant diverses dispositions relatives à l'énergie et à l'environnement.

Si le potentiel d'une filière hydrocarbure en Guyane n'est pas établi, en raison du caractère incertain de la ressource, le Sénat s'est prononcé en faveur de la levée de cette interdiction en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire où s'applique le code minier. Il convient en effet de s'assurer de la présence ou non de gisements d'hydrocarbures d'importance, lesquels pourraient contribuer à la souveraineté énergétique de la France pour ses usages d'hydrocarbures sans alternatives, sans remettre en cause l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050. C'est néanmoins aux élus du territoire eux-mêmes de décider de l'avenir de cette filière potentielle.

Il en va de même à Saint-Pierre-et-Miquelon. Plusieurs plateformes offshore sont exploitées dans la région par des opérateurs canadiens et les forages menés dans la zone comprenant la ZEE française confirment l'existence d'un important potentiel d'hydrocarbures (comme souligné dans le rapport d'information n° 1312 déposé devant l'Assemblée nationale le 10 décembre 2008).

6. Diversifier le tourisme ultramarin

Le tourisme représente environ 10 % du PIB des outre-mer français, une proportion 50 % supérieure à son poids économique dans l'Hexagone. Il constitue donc un pilier des économies ultramarines, mais n'est pas comparable à un tourisme de masse, comme celui de destinations concurrentes : la République dominicaine dans les Antilles, l'île Maurice dans l'océan Indien et les Fidji dans le Pacifique.

a) Une part importante mais inégale du tourisme dans les économies ultramarines

Le tourisme étant un secteur de l'offre, il dépend à la fois de leur réputation et des infrastructures permettant de mettre en valeur la destination. Ainsi, certaines destinations ultramarines ont souffert d'une image dégradée, notamment en lien avec les mouvements sociaux. La part du tourisme dans la valeur ajoutée de l'économie néo-calédonienne a par exemple fortement chuté en 2024, pour s'établir à 4 %95(*). C'est le cas également en Guadeloupe et en Martinique pour l'année 202496(*).

La dynamique de la filière dans l'ensemble des outre-mer est toutefois positive en 2025, et se rapproche des niveaux antérieurs à la crise sanitaire. Atout France, opérateur de l'État en matière de tourisme, qualifie ainsi d'« extrêmement dynamique » le bassin Antilles-Guyane-Caraïbes, avec 34,2 millions d'arrivées en 2024, soit une croissance de 6 % par rapport à 2023. La filière des croisières, dont le premier marché émetteur sont les États-Unis et draine également des clients canadiens, y est une filière d'avenir.

Le bassin Pacifique est porté par la Polynésie française, ayant accueilli 263 766 touristes en 2024, ce qui constitue son record de fréquentation. 20 % de ces touristes sont des croisiéristes. L'offre est majoritairement orientée vers le luxe, en écho à un puissant imaginaire mondial très ancré - Bora Bora, lagons... La durée moyenne de séjour est relativement élevée pour une clientèle internationale (16,1 jours) laquelle dépense en moyenne, en 2023, environ 380 000 XPF (soit près de 3 200 €) par touriste et par séjour97(*). Selon le rapport annuel économique 2024 de l'IEOM pour la Polynésie, « en 2024, 45 établissements ont été recensés dans l'hôtellerie internationale, notamment dans le luxe puisque les deux tiers sont étoilés. Avoisinant 2 800 chambres au total, ils sont surtout implantés à Tahiti (11), Bora-Bora (10) et Moorea (10). Hors de l'archipel de la Société, les Marquises accueillent deux hôtels internationaux et les Tuamotu quatre ».

Son potentiel est important, évalué à 450 000 visiteurs à moyen terme par Atout France. Cela passe par une adaptation des infrastructures et de l'action des acteurs économiques, prévue notamment par la Stratégie de développement touristique de la Polynésie française, qui fixe l'ambition de capter une clientèle fortunée, dans une logique de tourisme durable. Elle vise ainsi un luxe expérientiel, afin de répondre à la demande d'une clientèle recherchant une expérience particulière : lune de miel, bungalows sur pilotis, croisière, resorts 5 étoiles exclusifs...

Le bassin océan Indien, enfin, est dominé par Maurice, mais La Réunion dispose d'un potentiel important, aujourd'hui caractérisé par l'importance d'un tourisme affinitaire et d'un tourisme vert. L'hôtellerie-restauration y compte près de 7 700 entreprises en 2022 (6,3 % du parc d'entreprises), employant 13 200 salariés.

Dans chacun des trois bassins, le marché émetteur est très majoritairement français (85 % à La Réunion, 80 % dans les Caraïbes)98(*), à l'exception de la Polynésie française, pour des raisons géographiques. Ainsi, près de 115 000 touristes nord-américains ont voyagé en Polynésie française en 2024, contre un peu plus de 75 000 voyageurs venant de France hexagonale99(*). Un enjeu majeur de développement du tourisme ultramarin réside donc dans la diversification des marchés émetteurs.

Un tourisme de luxe emblématique à Saint-Barthélemy

À Saint-Barthélemy, le secteur du tourisme est tourné vers l'ultra-luxe, attirant une clientèle internationale fortunée, avec un modèle reposant essentiellement sur les villas de luxe privées, l'hôtellerie très haut de gamme, le yachting et les événements premium pour les fêtes de fin d'année. En 2024, le territoire a accueilli 312 793 visiteurs, avec une clientèle très majoritairement nord-américaine (environ 65,9 %), dont la quasi-totalité est originaire des États-Unis (55,9 %), la part de la clientèle européenne s'élevant à 28,5 % (dont 15,9 % de France)100(*). D'après une enquête du Comité territorial du tourisme de Saint-Barthélemy pour la saison 2023-2024, les visiteurs s'orientent davantage vers la location de villas (45,3 % des répondants) suivie par les hôtels (32 %)101(*). En effet, selon le rapport annuel économique 2024 de l'IEDOM pour Saint-Barthélemy, « le parc d'hébergements touristiques de Saint-Barthélemy se distingue par la part prépondérante de villas de standing et par les caractéristiques haut de gamme de son offre hôtelière. Fin 2024, près de la moitié des hôtels sont des établissements luxueux de grand standing (hôtels 5 étoiles et palaces) contre environ un quart en 2015, signe d'une incontestable montée en gamme de l'offre. L'île compte même un établissement, le Cheval Blanc St-Barth, classé en catégorie palace ».

La filière tourisme à Saint-Barthélemy présente également des perspectives d'évolution. L'enjeu en effet n'est pas de créer un nouveau secteur, mais de transformer ce savoir-faire en actif exportable : formation internationale, label de qualité, conseil aux destinations premium transmission des métiers du luxe. Ainsi, Saint-Barth pourrait devenir à terme la référence mondiale du service personnalisé dans les destinations exclusives

b) Le haut potentiel de destinations qui restent à construire

Le développement de la filière tourisme repose sur la réponse à des contraintes propres aux destinations ultramarines. Il est notamment freiné par une desserte aérienne insuffisamment diversifiée. Celle-ci se développe (6,4 millions de sièges offerts en 2025, soit une augmentation de 4 % par rapport à 2024 et de 2 % par rapport à 2019)102(*) mais reste majoritairement proposée par des compagnies françaises au départ de l'Hexagone. Aussi les destinations ultramarines cherchent-elles à diversifier les marchés émetteurs, en se tournant notamment vers les plus fortunés, à l'image de l'Allemagne, de la Belgique ou de la Suisse en ce qui concerne l'Europe.

Les besoins de main d'oeuvre et en formation sont également des enjeux majeurs. Les offres d'emploi sont nombreuses (7 050 à La Réunion, 2 220 en Guadeloupe et 2 010 en Martinique en 2024 par exemple)103(*) et difficilement pourvues dans certains territoires, ce qui fait du tourisme un secteur en tension. Il en résulte un recours à une main d'oeuvre parfois non-qualifiée, en particulier pour accueillir un public anglophone. C'est le cas par exemple à Saint-Martin, qui dépend de formations proposées en Guadeloupe lesquelles ne correspondent pas, de facto, aux spécificités de sa clientèle104(*).

Enfin, la spécificité du tissu économique ultramarin, essentiellement composé de TPE-PME (elles représentent 95 % de la filière tourisme), peut affaiblir la structuration de la filière mais présente un potentiel de numérisation et d'innovation très important, comme l'a expliqué Adam Oubuih, directeur général d'Atout France, lors de son audition : « le tourisme représente ainsi un excellent vecteur de numérisation, de digitalisation et de modernisation de l'économie. Toute la chaîne de valeur et de distribution du tourisme est aujourd'hui bouleversée : voilà encore dix ans, Booking occupait une place centrale ; aujourd'hui c'est l'intelligence artificielle ».

L'accompagnement d'Atout France, qui dispose d'un pôle outre-mer, vise pour partie à développer cette numérisation et à collecter des données. Sa stratégie repose également sur une montée en gamme de la filière (avec le développement de filières de luxe comme le spiritourisme) et le maintien d'un tourisme durable. Son développement doit nécessairement être accepté par les acteurs locaux pour être pérenne, et fait donc appel à un travail collectif avec les comités régionaux du tourisme et les offices du tourisme notamment.

Des freins à ce développement, spécifiques à certains territoires, demeurent néanmoins. C'est le cas par exemple à Saint-Martin où l'ouragan Irma a laissé des traces durables, notamment en matière d'infrastructures. Des marinas emblématiques de l'île demeurent hors d'usage, ce qui limite le nombre d'amarrages, alors que la plaisance est un moteur du tourisme de l'île. D'autre part, les infrastructures, notamment énergétiques, de distribution et d'assainissement demeurent fragile et ne peuvent absorber une trop forte pression touristique, comme à Saint-Barthélemy ou Saint-Martin. La Guadeloupe connaît également des problèmes récurrents de distribution d'eau. La détérioration des sites de baignade par la présence de sargasses dans le bassin Antilles-Guyane est aussi un problème majeur. Enfin, certaines destinations comme La Réunion ou la Martinique ont vu leur capacité d'accueil stagner depuis dix ans, ce qui freine leur potentiel de développement.

c) Des destinations émergentes qui se prêtent à un tourisme insolite

Certaines destinations demeurent méconnues ou en cours de structuration. C'est le cas notamment de la Guyane ou de Mayotte. D'autres, comme Saint-Pierre-et-Miquelon, sont plus confidentielles mais attirent des marchés émetteurs spécifiques, y compris en matière de croisière, avec la livraison récente d'équipements portuaires dédiés.

Ainsi, Mayotte est qualifiée de « destination émergente » par Atout France, dont le potentiel est lié au fait que le tourisme y est historiquement peu développé et l'île relativement préservée. Cette thématique est absente de la stratégie quinquennale pour la reconstruction et le développement de Mayotte (2026-2031), mais elle est poussée les acteurs économiques locaux. Ainsi, l'Agence d'Attractivité et Développement Touristique de Mayotte (AaDTM), dont une des missions principales est de piloter le Schéma Régional de Développement du Tourisme et des Loisirs de Mayotte, met en valeur le patrimoine naturel du territoire ainsi que l'artisanat local.

La culture musulmane de l'île est également un vecteur important de diversification des marchés émetteurs. Ainsi, Adam Oubuih a expliqué à la délégation que les enquêtes menées par Atout France montrent que Mayotte « pourrait attirer une clientèle, notamment moyen-orientale, à la recherche d'une destination compatible avec la culture musulmane présente sur l'île. Son positionnement pourrait être complémentaire de celui de La Réunion ou de l'île Maurice, à condition d'engager un travail en ce sens ».

Plus encore, le positionnement sur le segment du tourisme vert et insolite est pertinent pour la Guyane, dont le potentiel est qualifié d'« énorme » par Atout France, « dû à une offre produit insolite et unique au monde », à savoir la possibilité de développer un tourisme dans la forêt amazonienne et le long des fleuves. L'offre d'hébergement est néanmoins très restreinte et la définition d'un projet emblématique et structurant permettrait de construire cette destination, en ciblant une clientèle aventureuse et à fort pouvoir d'achat.

La promotion d'un tourisme insolite à Saint-Pierre-et-Miquelon est enfin vecteur d'avenir pour la filière. Nathalie Hoareau, chargée de mission à Atout France, explique ainsi qu'elle constitue « une destination France qui offre des produits gastronomiques, un accueil et une histoire propres, et un caractère insolite lié, par exemple, au déménagement du village de Miquelon en raison de la montée des eaux ».

Par ailleurs, l'existence à Saint-Pierre-et-Miquelon d'une destination touristique française caractérisée par un climat estival tempéré, desservie par un vol direct depuis Roissy-Charles de Gaulle de juin à septembre, constitue en outre un potentiel à ne pas négliger, dans un contexte de canicules à répétition et d'essor d'un tourisme d'exode vers un climat estival tempéré.

7. L'émergence des industries culturelles et créatives : un potentiel majeur de valorisation internationale des outre-mer

Les industries culturelles et créatives (ICC) sont définies comme « les secteurs d'activité ayant pour principal objet la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et d'activités dont le contenu est culturel, artistique et/ou patrimonial »105(*). Elles présentent un potentiel de premier plan pour l'économie nationale dans son ensemble, le ministère de la culture déployant un investissement d'un milliard d'euros pour structurer, renforcer et transformer la filière106(*).

Les outre-mer en bénéficient pour partie, certains territoires étant lauréats d'appels à projet « Pôles territoriaux d'industries culturelles et créatives » dans le cadre du volet culture du plan France 2030, comme la Martinique. Le développement de filières dans ces territoires est porteur d'innovation et de rayonnement international, à condition de réussir à les structurer et à consentir aux investissements nécessaires.

a) Un potentiel de développement économique et de rayonnement international pour La Réunion

La filière des ICC représente un potentiel de développement économique important pour les territoires ultramarins. Elle figure ainsi dans les axes stratégiques des Schémas régionaux (territoriaux) de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SR(T)DEII), parfois déclinés dans des stratégies sectorielles, de collectivités comme La Réunion, la Guadeloupe ou la Guyane.

Ainsi, la Région Réunion qualifie les ICC de « nouvelles briques stratégiques sur lesquels investir pour répondre aux enjeux de demain »107(*). C'est « une opportunité pour positionner l'île de La Réunion comme “terre d'inspiration et de création“ à l'échelle internationale ». Ainsi, d'après des données recueillies en 2021, le secteur connaît une forte progression : 233 entreprises en 2019 contre 142 en 2009 ; 1 253 emplois en 2020 contre 655 en 2011 et 27,4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 avec une valeur ajoutée de 12,7 millions d'euros108(*). Il permet de faire de La Réunion une destination de tournage et, au-delà des retombées immédiates du secteur (estimées à 16 millions d'euros en recettes de restauration, transports et hôtellerie109(*)), de valoriser l'image du territoire aux yeux d'acteurs économiques internationaux. En plus du cinéma traditionnel, l'animation représente une sous-filière d'avenir des ICC, dans laquelle la France est en pointe au niveau national. Ainsi, l'île héberge des studios et des opérateurs privés d'envergure internationale. Des formations existent également, dans l'enseignement secondaire (option et spécialité cinéma et audiovisuel en lycée) et supérieur (BTS Métiers de l'audiovisuel ; Institut de l'Image de l'océan Indien pour le cinéma, l'animation ; la création digitale et le jeu vidéo ; l'organisme de formation SIMPLON Outre-mer pour la montée en compétence dans le secteur du jeu vidéo ; l'école Rubika Réunion installée depuis 2024)110(*).

La structuration de la filière a connu une accélération au 1er janvier 2026 avec la création d'une Maison du Cinéma et des Jeux Vidéo (MCJV), établissement public administratif exerçant une mission d'accompagnement des acteurs de la filière de la fabrication jusqu'à la diffusion des films. Elle accompagne notamment les porteurs de projet en matière de recherche de financements. Un partenariat existe avec le Centre national du cinéma (CNC), permettant de distribuer un montant d'aides de 4 millions d'euros par an en moyenne.

b) Des succès internationaux pour le cinéma antillais

Dans le bassin Antilles-Guyane, le potentiel des industries culturelles et créatives est également établi. Ainsi l'agence de développement économique Martinique Développement, opérateur de la collectivité territoriale, contribue à la structuration de la filière. Son potentiel local est estimé à 136 millions d'euros de chiffres d'affaires, avec 4 000 établissements représentant près de 2 000 ETP, soit 1,5 % de l'emploi du territoire111(*). La Martinique est ainsi le deuxième DOM en nombre d'actifs culturels après La Réunion. L'enjeu de structuration de la filière demeure toutefois en raison de l'existence d'une économie informelle dont l'activité est par nature difficile à quantifier. Des succès récents ont témoigné du potentiel international du cinéma antillais.

La série Bandi, une illustration du potentiel international
du cinéma caribéen

La série Bandi est la première production originale de Netflix réalisée dans sa totalité en Martinique. Comme le rapporte le quotidien France-Antilles, le tournage de la série représente une aventure quasi totalement martiniquaise. Ainsi, « sur 82 rôles identifiés en Martinique, 75 sont interprétés par des talents de l'île, sélectionnés parmi plus de 4 000 profils castés. Netflix a également fait participer plusieurs scénaristes locaux à la création des épisodes. Côté technique, la série a mobilisé en moyenne 110 techniciens par jour, dont 60 % de techniciens originaires de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane. Le tournage a duré 114 jours, dont 107 jours en Martinique ». La musique du film est quant à elle entièrement caribéenne, réunissant notamment des rappeurs martiniquais (Kalash, Meryl, X-Man, Shannon, Maureen).

L'audience de Bandi est jugée particulièrement importante. Ainsi, elle a fait partie des dix séries les plus regardées sur la plateforme Netflix pendant plus de trois semaines après sa sortie, soit un score de plus de 70 millions d'heures de visionnage. Elle est ainsi l'illustration du potentiel du cinéma ultramarin dans son ensemble, à l'image de la série télévisée Foudre ou Cut ! de Stéphane Meunier et Bertrand Cohen pour la Nouvelle-Calédonie et La Réunion. Plus récemment, les films Zion (Nelson Foix, 2025) et Fanon (Jean-Claude Barny, 2024) ont connu des succès importants.

L'interruption du projet de tournage d'une deuxième saison de Bandi témoigne toutefois de certains défis auxquels est confrontée la filière. En effet, la poursuite de la production de séries originales par Netflix est conditionnée à d'étroits critères de rentabilité que les dépenses liées au tournage en Martinique, exclusivement dans des décors naturels parfois difficiles d'accès, peinent à couvrir. Le quotidien France-Antilles explique ainsi que « certains analystes informels pointent aussi un biais plus profond : les séries émanant de territoires ultramarins ou de régions dites périphériques doivent faire leurs preuves deux fois plus pour décrocher une suite. Une exigence que ne connaissent pas les productions franciliennes ou américaines calibrées dès le départ pour du long terme »112(*).

c) Une filière de niche mais à fort potentiel dans d'autres territoires ultramarins.

La filière des ICC est moins développée dans les autres territoires ultramarins mais peut néanmoins constituer un potentiel significatif ou une filière de niche importante à structurer.

Ainsi, en Guyane, un axe de développement des ICC a été identifié dans le SRDEII et dans le Schéma départemental de développement culturel. Les dispositifs de soutien à la filière semblent toutefois limités à des projets à rayonnement local ou régional.

À Saint-Martin, en revanche, l'audiovisuel et le cinéma représentent une filière de niche à fort potentiel de développement, lié notamment à ce que la Collectivité qualifie de positionnement géographique stratégique du territoire, entre l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Amérique latine. Elle permet également de diversifier les activités économiques de l'île. Ainsi, la collectivité s'est dotée d'un fonds territorial en faveur du cinéma et de l'audiovisuel, en partenariat avec le CNC, regroupant des aides au développement, à la production et à la promotion, pour un montant total attribué de plus de 300 000 euros.

L'industrie est également en plein essor à Saint-Pierre-et-Miquelon, avec notamment la série « Saint-Pierre », production de la société audiovisuelle publique canadienne CBC. Les deux saisons initiales de cette série ont connu une réception enthousiaste et primée auprès du public canadien, et sont désormais diffusées à l'international, y compris sur France Télévisions, mettant en valeur le patrimoine unique de Saint-Pierre-et-Miquelon auprès d'un public international.

La structuration de la filière suppose une professionnalisation des sociétés de production saint-martinoises ainsi qu'un renforcement des compétences des acteurs de la filière. Celui-ci a été prévu par un programme pluriannuel visant à structurer durablement la filière, à renforcer la compétitivité des acteurs et à accompagner l'émergence d'un véritable écosystème audiovisuel sur le territoire113(*).


* 47 Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), Bilan du commerce extérieur 2024, en ligne, consulté le 17 juin 2026 : https://www.ispf.pf/publication/1504.

* 48 IEOM, « La perliculture en Polynésie française, état des lieux d'une filière fragilisée », septembre 2020, en ligne, consulté le 18 juin 2026 : https://www.ieom.fr/IMG/pdf/et_309_la_perliculture_en_polynesie_francaise.pdf.

* 49 Ifremer, La crevette en Nouvelle-Calédonie, le développement d'une filière aquacole locale, en ligne, consulté le 18 juin 2026 : https://www.ifremer.fr/fr/la-crevette-en-nouvelle-caledonie-le-developpement-d-une-filiere-aquacole-locale.

* 50 Agreste, ibid.

* 51 La nutraceutique désigne l'industrie des produits alimentaires ayant un effet positif supposé sur la santé.

* 52 https://biodiversite.gouv.fr/la-strategie-dans-les-outre-mer.

* 53 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 54Cosmetic Valley, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.cosmetic-valley.com/fr/page-de-base/chiffres-cles.

* 55Dont la Cosmetic Valley, pôle de compétitivité français de la filière parfumerie-cosmétique.

* 56 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 57 PI²M, Présentation, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://pi2m.yt/fr/pi2m.

* 58 Ibid.

* 59 Ibid.

* 60 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 61 Guyane développement innovation, « Guyane Cosmetic Valley : l'excellence amazonienne au coeur de la beauté mondiale », en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.ardi-gdi.fr/cosmetic-valley/.

* 62 Zétval, « Création du 1er cluster d'entreprises dédiées à la cosmétique en Martinique », en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.zetwal.mq/actualites/creation-du-cluster-martinique-cosmetic-valley/.

* 63 Cosmetic Valley, Annuaire, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://cosmetic-valley.com/fr/annuaire/entreprises/formulation/fiche-entreprise/bio-stratege-guyane.html.

* 64Ibid., consulté le 23 juin 2026 : https://cosmetic-valley.com/fr/annuaire/entreprises/recherche-et-formation/fiche-entreprise/universite-de-la-guyane.html.

* 65Yana Wassaï, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://yana-wassai.com/a-propos/#.

* 66L'Europe s'engage en France, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.europe-en-france.gouv.fr/en/projets/en-guyane-fruits-amazoniens-meconnus-sont-transformes-z-filiere-locale.

* 67Agence Française de développement, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.afd.fr/fr/actualites/communique-de-presse/afd-et-ses-partenaires-soutiennent-developpement-agro-industrie-guyanaise.

* 68L'Europe s'engage en France, ibid.

* 69Kadalys, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://kadalys.com/blogs/green/lupcycling-a-lorigine-de-la-marque-de-cosmetique-bio-kadalys-composee-d-ingredients-issus-de-bananiers-upcycles.

* 70Interview de Shirley Billot par la marque All Tigers, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://all-tigers.com/blogs/community/interview-shirley-billot-kadalys?srsltid=AfmBOooDxSpNe89TTLz_tUb0Y-cfS9yzsv8WrqXu6wplKwsThYqNhNGN.

* 71 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 72 Forbes Afrique, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://forbesafrique.com/shirley-billot-kadalys-introduit-la-banane-au-coeur-du-marche-mondial-des-cosmetiques/.

* 73 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 74 Franceinfo : La Première, en ligne, consulté le 23 juin 2026 https://la1ere.franceinfo.fr/les-peaux-foncees-sont-les-grandes-oubliees-l-innovation-solaire-de-sarra-vencatachellum-1647448.html.

* 75 Table ronde consacrée à l'artisanat et aux savoir-faire traditionnels dans les outre-mer, 26 mars 2026.

* 76 Ibid.

* 77 Département - Région de Mayotte, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.mayotte.fr/actualite/lire/225/le-posei-le-programme-europeen-pour-structurer-lagriculture-a-mayotte.

* 78 DAAF Mayotte, « Conjoncture et évolution des prix des produits agricoles », 2017, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://daaf.mayotte.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Mars_-Etat_des_lieux_Ylang_74_cle8b51bf.pdf.

* 79 Table ronde réunissant des représentants de filières, 18 juin 2026.

* 80 Audition de Carole Ly et Libération, « À Mayotte, l'essence d'ylang-ylang revient en odeur de sainteté », 26 décembre 2020, en ligne, consulté le 23 juin 2026 : https://www.liberation.fr/france/2020/12/26/a-mayotte-l-essence-d-ylang-ylang-revient-en-odeur-de-saintete_1809507/.

* 81 Table ronde réunissant des représentants de filières, 18 juin 2026.

* 82 Ibid.

* 83 Le Monde, 16 avril 225, « A la Martinique, la relance prometteuse de la production de Cacao ».

* 84 Guyane La Première, 8 avril 2026, « Le cacao "made in Guyane" une filière qui s'installe », en ligne, consulté le 18 juin 2026 : https://la1ere.franceinfo.fr/guyane/le-cacao-made-in-guyane-une-filiere-qui-s-installe-1683663.html.

* 85 Wallis-et-Futuna La Première, « Le miel de Wallis et Futuna : une filière d'avenir aux portes de l'export », 20 mai 2026, en ligne, consulté le 18 juin 2026 : https://la1ere.franceinfo.fr/wallisfutuna/le-miel-de-wallis-et-futuna-une-filiere-d-avenir-aux-portes-de-l-export-1702288.html.

* 86 Données transmises à la délégation sénatoriale par les Chambres des Métiers et de l'artisanat, 2026.

* 87 Chambre des Métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Calédonie, données transmises à la délégation.

* 88 ISM, CMA France, juillet 2023.

* 89 IEOM, « Synthèse annuelle 2025, l'économie calédonienne peine à se redresser », avril 2026.

* 90 IGF, L'avenir de la filière nickel en Nouvelle-Calédonie, juillet 2023.

* 91 Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), « Nouvelle-Calédonie et géopolitique des métaux critiques : vers une perturbation du marché du nickel ? », mai 2024.

* 92 Guyane La Première, «"Les dispositifs actuels ne suffisent pas" : orpaillage illégal, les autorités Wayana appellent l'État à déclarer la guerre », 21 juin 2026, en ligne, consulté le 22 juin 2026 : https://la1ere.franceinfo.fr/guyane/ouest-guyanais/guyane/les-dispositifs-actuels-ne-suffisent-pas-orpaillage-illegal-les-autorites-wayana-appellent-l-etat-a-declarer-la-guerre-1712692.html.

* 93 France Terme, entrée « minerai stratégique ».

* 94 BRGM, cité par IEDOM, Rapport annuel économique Guyane 2024.

* 95 Atout France, données fournies à la délégation.

* 96 IEDOM, Rapport annuel économique Guadeloupe 2025, Rapport annuel économique Martinique 2024.

* 97 Institut de la statistique de la Polynésie française.

* 98 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par Atout France, 2026.

* 99 Institut de la statistique de la Polynésie français, Bilan du tourisme de l'année 2024, 24 juillet 2025.

* 100 IEDOM, rapport annuel économique 2024 sur Saint-Barthélemy.

* 101 Ibid.

* 102 Atout France, chiffres clés du tourisme outre-mer, 2025.

* 103 Ministère des outre-mer, Observatoire des outre-mer, en ligne : https://www.outre-mer.gouv.fr/observatoire/travail-emploi.

* 104 IEDOM, Rapport annuel économique 2024 - Saint-Martin.

* 105 Agence française de développement, en ligne, consulté le 24 juin 2026 : https://www.afd.fr/fr/thematiques/industries-culturelles-et-creatives.

* 106 Ministère de la culture, en ligne, consulté le 24 juin 2026 : https://www.culture.gouv.fr/thematiques/industries-culturelles-et-creatives.

* 107 SRDEII de La Réunion.

* 108 Ibid.

* 109 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par la Région La Réunion, 2026.

* 110 Région Réunion, Formations aux métiers des industries de l'image 19 novembre 2025, en ligne, consulté le 24 juin 2026 : https://regionreunion.com/actualite/toute-l-actualite/article/formations-aux-metiers-des-industries-de-l-image.

* 111 Martinique développement, conférence du 14 janvier 2026 sur les industries culturelles et créatives.

* 112 France-Antilles Martinique, « “Bandi“ sur Netflix : un succès fulgurant, une annulation brutale », 8 mai 2026, en ligne, consulté le 24 juin 2026 :

https://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/culture/bandi-sur-netflix-un-succes-fulgurant-une-annulation-brutale-1078514.php.

* 113 Données transmises à la délégation sénatoriale aux outre-mer par la Collectivité de Saint-Martin, 2026.

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