B. DES CAMPAGNES DE COMMUNICATION SUR LES CANCERS QUI DEVRAIENT ÊTRE CONFIÉES AU MINISTÈRE DE LA SANTÉ
1. Des dépenses de communication principalement orientées vers la prévention, qui connaissent une diminution en 2026
L'action de l'INCa en matière de communication est prévue par l'article L. 1415-2 du code de la santé publique, selon lequel l'institut exerce une mission d'information du public et des professionnels de santé sur l'ensemble des problématiques liées au cancer.
a) Des actions de communication orientées vers la prévention
Cette mission de communication est, pour l'essentiel, consacrée à des actions de prévention. La prévention consiste à éviter ou réduire le nombre et la gravité des cas de cancers. Elle est à la fois primaire - impliquant des actions qui visent à réduire les facteurs de risque - et secondaire, notamment par la promotion du dépistage pour déceler plus tôt les cas de cancer.
En effet, les principales actions de l'INCa en matière de communication consistent à :
- adresser des messages au grand public s'agissant des facteurs de risque évitables et de l'importance des dépistages. Cette action s'inscrit dans le cadre du premier axe de la stratégie décennale « Améliorer la prévention ». Elle passe par le site cancer.fr de l'institut, la publication de dépliants et brochures, des messages publicitaires radio-télévisés ou encore des campagnes sur internet et les réseaux sociaux ;
- l'information des personnes malades durant leur parcours de soins, notamment via la rubrique « Patients et proches » du site cancer.fr, la ligne téléphonique « Cancer info » et la publication de guides en format papier ;
- la diffusion des expertises auprès des professionnels de santé sur les bonnes pratiques en matière de soins, ce qui se traduit notamment par la présence de l'INCa à des congrès ou salons, la rubrique Professionnels de santé du site cancer.fr ou encore le relais auprès des sociétés savantes ;
- la lutte contre la désinformation et la communication ciblée envers les jeunes au travers d'un partenariat avec Le Petit Quotidien, les campagnes sur les réseaux sociaux ou encore des partenariats rémunérés avec des influenceurs.
b) Des dépenses de communication projetées en diminution en 2026
La circulaire du 4 octobre 20258(*) du Premier ministre demande de revoir la politique de communication de l'État et de ses organismes. Cette dernière impose une réduction de 20 % des dépenses de communication en 2026 par rapport au niveau de 2025. La circulaire précise que cette réduction concerne : « les dépenses de veille média et de sondages, d'achats d'espaces, de production de contenus audiovisuels et de supports, l'événementiel, le développement de produits numériques portés par les directions de communication et les relations presse ».
Les dépenses de communication de l'INCa sont passées de 4,8 millions d'euros à 13,4 millions d'euros entre 2019 et 2024, soit une hausse de 8,6 millions d'euros.
Conformément à la circulaire du Premier ministre, l'INCa a engagé une diminution de ses dépenses de communication. Les dépenses exécutées de communication sont passées de 13 millions d'euros en 2024 à 11,4 millions d'euros en 2025, et l'INCa prévoit d'y consacrer 9 millions d'euros en 2026.
Ainsi, la réduction des dépenses de communication entre 2025 et 2026 atteindrait 21 %. Cette diminution a consisté à réduire l'ambition de certaines campagnes de communication. L'INCa s'est attaché à préserver ses campagnes de communication prioritaires, notamment celles portant sur la prévention du cancer colorectal et de l'infection à virus du papillome humain (HPV).
Par ailleurs, la Cour des comptes9(*) soulignait que les effectifs de l'INCa consacrés à la communication s'établissaient à 18,8 ETP en 2024, soit 12 % des effectifs totaux de l'INCa. En mars 2026, le département de communication de l'INCa dispose encore d'un effectif de 18 ETP.
2. Des campagnes de communication morcelées entre plusieurs acteurs justifiant de les confier au ministère de la santé
Si le rapporteur spécial reconnaît l'importance de la prévention dans le cadre de la lutte contre le cancer, il considère que les actions de communication sont dispersées entre de nombreux acteurs et insuffisamment coordonnées.
a) Une rationalisation inaboutie des acteurs qui communiquent sur la prévention des cancers
À l'échelle nationale, plusieurs acteurs oeuvrent pour la prévention des cancers par des actions de communication, notamment la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), Santé publique France et l'INCa.
En effet, chaque organisation dispose de son département de communication et choisit ses campagnes. Par exemple, Santé publique France dispose d'un département de prévention étoffé, de l'ordre de 80 ETP. Ses dernières campagnes de communication portent sur les gestes barrières et la chaleur, pour des budgets respectifs d'environ 2 et 1,5 millions d'euros.
Aucun document ne formalise l'intervention de chacune des agences. En application de l'instruction du Premier ministre visant à diminuer les dépenses de communication, chaque agence arbitre sur ses priorités. Dans ce contexte, l'absence de vision stratégique en matière de communication est particulièrement dommageable.
Par ailleurs, la communication sur le dépistage des cancers a fait l'objet d'une rationalisation inaboutie. L'arrêté du 16 janvier 2024 redistribue les compétences de chaque acteur en la matière. La DGS est responsable de l'organisation de la politique de dépistage, la Haute autorité de santé émet des recommandations en la matière, Santé publique France assure le suivi épidémiologique des campagnes, la CNAM pilote les invitations des patients, l'INCa communique sur l'importance du dépistage et fournit une expertise.
D'après les éléments transmis au rapporteur spécial par la direction du budget : « Dans le cas du cancer colorectal et du cancer du sein, l'INCa a dépensé 2,8 millions d'euros en 2024 pour organiser des campagnes d'information et produire des outils de communication à destination des acteurs locaux, en doublon des missions de communication dévolues exclusivement à la CNAM en application de l'arrêté du 16 janvier 2024 relatif aux programmes de dépistages organisés des cancers. ».
La Cour des comptes10(*) souligne qu'aucune diminution du nombre d'ETP n'est constatée dans les différentes agences à la suite de cette réorganisation. Au contraire, la CNAM s'est vu attribuer 48 ETP supplémentaires en 2024 pour prendre en charge ses nouvelles missions en matière de dépistage.
b) Transférer au ministère de la santé l'ensemble des compétences en matière de communication
Le rapporteur spécial considère que les campagnes de communication sur le cancer souffrent actuellement de deux défauts.
En premier lieu, l'absence de vision stratégique et de priorisation à l'échelle nationale est un frein à leur efficacité. Si la volonté du Premier ministre de réduire les dépenses de communication de l'État et de ses agences mérite d'être saluée, le fait d'imposer une réduction des dépenses sans arbitrer au niveau ministériel les sujets prioritaires est dommageable.
En second lieu, la dispersion des compétences de communication sur la prévention des cancers est coûteuse. Le fait que chaque instance dispose de son département de communication et de son expertise accroît inévitablement les dépenses.
Dans son rapport de 2025 sur l'INCa, la Cour des comptes recommandait :
- de transférer les actions de communication nationales mises en place au titre de la prévention primaire à Santé publique France et à la CNAM ;
- de transférer la communication sur le dépistage du cancer à la CNAM, pour achever la rationalisation engagée par l'arrêté du 16 janvier 2024.
Pour autant, le rapporteur spécial considère que de tels transferts ne permettraient pas d'aboutir à un réel pilotage stratégique de la communication sur le cancer, ni d'obtenir de réelles économies puisque des départements de communication étoffés subsisteraient au sein de Santé publique France et de la CNAM.
Le rapporteur spécial préconise de rattacher la politique de communication au ministère de la santé afin d'en assurer un pilotage stratégique unifié et de mieux en arbitrer les priorités. Ainsi, il considère que cette recentralisation devrait concerner également les autres institutions qui communiquent sur la prévention des cancers et non seulement l'INCa.
Bien que le maintien indispensable des actions de prévention empêche d'économiser la totalité des 9 millions d'euros actuellement dépensés par l'INCa, cette réorganisation vise à rationaliser les coûts. L'opérateur pourra ainsi se recentrer sur ses principales missions.
Recommandation n° 2 : transférer l'ensemble des compétences de communication sur la prévention des cancers au ministère de la santé. Un tel transfert permettrait d'arbitrer les priorités de communication à l'échelle nationale et de rationaliser les dépenses publiques de communication (ministère de la santé).
* 8 Circulaire n°6506/SG du 4 octobre 2025 relative à la politique de communication de l'État.
* 9 Cour des comptes, Rapport, L'Institut national du cancer, 2025.
* 10 Cour des comptes, Rapport, L'Institut national du cancer, 2025.