C. FAIRE DES TERRITOIRES ULTRAMARINS UN PILIER DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE DE L'ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

1. L'outre-mer, un laboratoire de l'adaptation au dérèglement climatique

Les territoires ultramarins ne sont pas seulement des victimes du dérèglement climatique, mais également des « laboratoires de la transition écologique », selon le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Le programme de l'Agence nationale de la recherche (ANR) consacré aux outre-mer, doté de 15 millions d'euros, finance des solutions locales d'adaptation qui n'existent nulle part ailleurs, comme la gestion des littoraux, l'agriculture résiliente ou les savoirs autochtones appliqués à la biodiversité.

À titre d'exemple dans l'archipel des îles Tuamotu (Polynésie française), une convention abris de survie a été signée en 2021 par le Gouvernement polynésien et l'État. Doté de 50 millions d'euros financés à parité par les deux signataires, le projet a permis de soutenir 23 projets visant à aménager des bâtiments publics (mairies, écoles, infirmerie, centre d'incendie et de secours, salle polyvalente) pouvant servir d'abris de survie en cas de survenance d'un événement météorologique majeur.

Les collectivités développent elles-mêmes leurs propres plans d'adaptation au dérèglement climatique.

En Polynésie française où, selon l'expression de l'ancien président de la COP 21 Laurent Fabius « l'adaptation est une question existentielle », la stratégie FenuAdapt, inscrite au Plan climat de Polynésie française (PCPF), constitue le cadre central de l'adaptation de la collectivité. Déployée par le Gouvernement polynésien avec l'appui de l'État (Ademe et AFD), elle vise à doter la Polynésie d'une trajectoire d'adaptation robuste, scientifiquement fondée et transéchelles à horizon 2030, articulée autour de quatre axes :

- connaissance systématique du risque climatique actuel et futur ;

- état des lieux du niveau d'adaptation actuel selon six dimensions (connaissance des risques, planification, pertinence des actions, capacités institutionnelles et financières, réduction effective du risque, vision de long terme) ;

- construction d'une trajectoire combinant protection, accommodation et relocalisation ;

- flexibilité des politiques publiques de gestion du risque.

En Nouvelle-Calédonie, la Stratégie calédonienne du changement climatique (SCCC), adoptée par le Congrès en avril 2025, vise à définir des orientations stratégiques pour faire face aux enjeux climatiques et à apporter un cadre pour décliner toutes les actions d'adaptation. Elle repose sur une gouvernance intégrée et partagée entre les institutions locales. Pour la rendre opérationnelle, un plan d'action et de mise en oeuvre multisectoriel sera finalisé d'ici début 2027. Son élaboration repose sur une approche inclusive et collaborative, impliquant la participation active de toutes les parties prenantes du territoire et veillant à la cohérence avec les actions et initiatives conduites par les différentes collectivités et institutions compétentes.

Il se traduit par des mesures ambitieuses de protection des populations, alors qu'une hausse de quarante à quatre-vingts centimètres du niveau de la mer est attendue d'ici 2100. La mairie de Nouméa a ainsi investi plus de 1 milliard de Francs CFP (8 millions d'euros) pour protéger la plage de l'Anse-Vata, qui constitue l'un des sites touristiques les plus importants117(*).

2. Valoriser l'expertise ultramarine au service de la diplomatie de l'adaptation

Il convient de faire passer aujourd'hui ces expérimentations à l'échelle, pour faire des outre-mer non pas les marges de notre diplomatie climatique mais plutôt, comme le propose la ministre Naïma Moutchou, « les piliers de notre crédibilité internationale ».

Certaines solutions locales pourraient être étendues aux États limitrophes. À titre d'exemple, Météo France conduit actuellement des travaux pour construire une trajectoire de référence pour l'adaptation au changement climatique pour les outre-mer, en précisant les caractéristiques climatiques à venir au cours du prochain siècle dans l'océan Indien, l'océan Atlantique ou l'océan Pacifique. Comme l'a évoqué la climatologue Valérie Masson-Delmotte au cours de son audition, ces connaissances pourraient nourrir des pistes de partenariats scientifiques avec les pays de ces régions et améliorer les réponses, les innovations et l'adaptation aux risques, tout en construisant des coalitions d'intérêts partagés.

Un exemple de solution locale : l'utilisation des scories de nickel

Sous-produit abondant de la fusion du minerai en Nouvelle-Calédonie (avec 25 millions de tonnes stockées à Nouméa), la scorie de nickel représente une solution environnementale innovante pour lutter contre l'érosion côtière et la montée du niveau de la mer. En remplaçant le sable naturel dans la composition du béton, elle permet de construire des bâtiments, des digues et des quais, évitant ainsi aux territoires de creuser leurs lagons ou de détruire leurs récifs coralliens pour récupérer des agrégats. Face aux défis climatiques, ce matériau est devenu un vecteur prometteur de coopération régionale dans le Pacifique. Un projet impliquant sept États insulaires a été mis en place pour qu'ils puissent bénéficier de cette ressource calédonienne, et les Îles Marshall ont d'ores et déjà signé un contrat pour l'achat de 30 000 tonnes de scories.

Comme le propose le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna, qui « testent des solutions concrètes pour la région » pourraient « servir de pont technique entre les standards européens et les réalités de nos îles »118(*).

Les initiatives développées dans les territoires ultramarins doivent davantage être valorisées comme des exemples précurseurs en matière d'adaptation au changement climatique, tant à l'échelle nationale qu'internationale, comme l'a déjà préconisé le rapport d'information de la délégation sénatoriale aux outre-mer sur la coopération et l'intégration régionales des outre-mer, pour lequel les rapporteurs étaient Christian Cambon, Guillaume Chevrollier, Solange Nadille et Rachid Temal119(*).

D'une part, à l'échelle nationale, les innovations ultramarines, s'agissant par exemple des abris de survie, ont vocation à inspirer les politiques nationales d'adaptation au dérèglement climatique, déployées dans le cadre du plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC).

D'autre part, à l'échelle internationale, l'État, à travers ses opérateurs (AFD, Expertise France) doit valoriser les initiatives des territoires ultramarins auprès des États limitrophes, pour renforcer l'influence diplomatique française auprès des pays vulnérables. De tels exemples de coopérations réussies en matière environnementale entre territoires ultramarins et pays limitrophes existent déjà. Ainsi, au cours de son audition, la ministre déléguée chargée de la francophonie et des partenariats internationaux Éléonore Caroit a évoqué la coopération entre les territoires caraïbéens, la Jamaïque et la République dominicaine, qui permet d'obtenir des résultats probants en matière de lutte contre les sargasses.

Recommandation n° 7 : Faire des territoires ultramarins des laboratoires de référence en matière d'adaptation climatique, afin de renforcer à la fois la résilience nationale et l'influence diplomatique française auprès des pays particulièrement exposés.


* 117 Audition de Jérôme Katidjo Monnier.

* 118 Source : réponse du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie au questionnaire écrit du rapporteur.

* 119 Rapport d'information n°671 (2025-2026) du 28 mai 2026 fait au nom de la délégation sénatoriale sur la coopération et l'intégration régionales des outre-mer volet 3 : bassin océan Pacifique.

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