B. LA DIPLOMATIE DE L'ATTÉNUATION : DE NOUVELLES ALLIANCES À FORGER

La diplomatie de l'atténuation ne consiste plus seulement à demander aux États de réduire leurs émissions. Elle porte désormais sur les trajectoires énergétiques, les technologies, les chaînes de valeur, les matières premières, les infrastructures, les normes industrielles, les financements et les capacités de mise en oeuvre.

Depuis l'Accord de Paris, l'atténuation demeure le coeur de l'action climatique internationale. Limiter le réchauffement suppose d'abord de réduire rapidement les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais cette réduction ne peut plus être abordée comme une simple question de fixation d'objectifs nationaux. Elle implique la transformation concrète des systèmes énergétiques, industriels, agricoles, urbains et financiers.

Cette transformation se heurte à plusieurs obstacles. Les énergies fossiles occupent encore une place centrale dans l'économie mondiale. De nombreux États dépendent de leurs revenus fossiles pour leurs finances publiques, leur balance commerciale, leur sécurité énergétique ou leur stabilité sociale. D'autres pays, en particulier en développement, considèrent qu'ils ne peuvent accepter une accélération de la transition que si elle s'accompagne de financements, d'accès aux technologies, d'infrastructures et de perspectives de développement.

Dans ce contexte, la diplomatie de l'atténuation doit être moins déclaratoire et davantage opérationnelle. Elle doit contribuer à construire des trajectoires de sortie des énergies fossiles, développer des coalitions de volontaires, mobiliser les entreprises, soutenir les technologies bas-carbone et organiser une offre française et européenne de transition.

Recommandation n° 21 : En reprenant le principe de l'agenda de l'action de la COP 21, développer des coalitions climatiques de « volontaires » réunissant États, collectivités, acteurs scientifiques et économiques autour d'objectifs ambitieux, dans une approche moins eurocentrée et davantage ancrée dans les réalités régionales.

1. Organiser diplomatiquement la sortie des énergies fossiles
a) La sortie des énergies fossiles, nouvel objet central de la diplomatie climatique

La sortie des énergies fossiles est devenue l'un des points les plus sensibles de la diplomatie climatique. Pendant longtemps, les négociations internationales ont porté davantage sur les émissions que sur les sources mêmes de ces émissions. L'Accord de Paris a fixé des objectifs de température, mais il n'a pas explicitement organisé une trajectoire de sortie du charbon, du pétrole et du gaz. Cette question est progressivement devenue incontournable.

La COP28 de Dubaï a marqué une étape importante en actant, dans le cadre du premier bilan mondial, la nécessité d'une transition hors des énergies fossiles. Cette formulation constitue une avancée politique, mais elle reste insuffisamment opérationnelle. Elle ne fixe ni calendrier précis, ni mécanisme de suivi, ni répartition des efforts entre États producteurs, consommateurs et pays en développement.

La difficulté est structurelle. Les énergies fossiles représentent encore une part majeure des émissions mondiales. Elles sont aussi au coeur des intérêts économiques, géopolitiques et industriels de nombreux pays. Certains États producteurs redoutent une perte de revenus et de pouvoir. Certains pays consommateurs craignent une hausse des prix de l'énergie ou une atteinte à leur sécurité d'approvisionnement. Certains pays en développement demandent à juste titre que leur accès à l'énergie et leur industrialisation ne soient pas sacrifiés.

La diplomatie de la sortie des fossiles ne peut donc être seulement morale ou injonctive. Elle doit traiter les conditions économiques de la transition : substitution énergétique, infrastructures, financements, emplois, reconversion industrielle, dépendance fiscale, sécurité d'approvisionnement, soutien aux populations vulnérables et accès à l'énergie.

C'est dans cette perspective qu'apparaissent de nouvelles initiatives plurilatérales. Elles cherchent à dépasser les blocages du cadre onusien sans l'abandonner, en regroupant des États, des organisations, des collectivités, des entreprises et des acteurs scientifiques prêts à agir de manière coordonnée.

b) Les initiatives internationales pour accélérer la sortie des fossiles

Plusieurs initiatives internationales promeuvent l'abandon progressif des énergies fossiles ou l'arrêt de leurs subventions.

La Powering Past Coal Alliance (PPCA), fondée en 2017 lors de la COP23 de Bonn, vise à accélérer la sortie du charbon. Elle rassemble des États, des collectivités et des acteurs non étatiques engagés dans la fermeture progressive des centrales à charbon non équipées de dispositifs d'atténuation.

La Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA) porte une approche similaire sur le pétrole et le gaz. Elle encourage les États à planifier la diminution de la production d'hydrocarbures et à ne pas ouvrir de nouveaux projets d'exploration.

La Fossil Fuel Treaty Initiative, fondée en 2019, défend l'idée d'un traité international sur les combustibles fossiles. Elle rassemble des États, des collectivités territoriales et des acteurs de la société civile. Plusieurs collectivités françaises y participent, parmi lesquelles Besançon, Bordeaux, Bourgogne-Franche-Comté, Rennes, le Grand Paris, Grenoble, Loos-en-Gohelle, Lyon, Paris et Poitiers.

La Coalition on Phasing Out Fossil Fuel Incentives, fondée lors de la COP28 de Dubaï en 2023, vise à accélérer la suppression des incitations et subventions aux énergies fossiles.

La Under2 Coalition, fondée en 2015, regroupe des États fédérés, des régions et des collectivités engagés dans l'action climatique. Elle illustre le rôle croissant des territoires dans les politiques d'atténuation.

Ces initiatives ont des statuts, des ambitions et des modes d'action différents. Leur point commun est de chercher à créer une dynamique politique hors du seul cadre des négociations universelles. Elles permettent à des pays et acteurs volontaires d'avancer plus vite que le consensus global. Elles peuvent aussi exercer une pression normative sur les négociations internationales en rendant plus visible l'écart entre les engagements généraux et les actions concrètes.

c) La conférence de Santa Marta et la diplomatie de la transition hors des fossiles

La première conférence « Transitioning Away from Fossil Fuels (TAFF) » s'est tenue à Santa Marta du 27 au 29 avril 2026, sous l'égide des Pays-Bas et de la Colombie. Elle illustre cette évolution vers une diplomatie plus opérationnelle de la sortie des énergies fossiles.

Cette conférence part d'un constat simple : malgré la baisse du coût des énergies renouvelables, les énergies fossiles représentaient encore une part très importante des émissions mondiales en 2024. Les engagements pris à Dubaï doivent donc être traduits en plans d'action concrets. Face aux blocages des négociations traditionnelles de l'ONU, l'initiative propose un multilatéralisme à deux vitesses, permettant à des États volontaires d'avancer ensemble vers la mise en oeuvre.

La conférence s'est structurée autour de trois piliers.

Le premier vise à surmonter la dépendance économique aux énergies fossiles. Il s'agit d'identifier les défis macroéconomiques des pays dépendants des revenus fossiles, notamment la dépendance fiscale, l'emploi, les effets sur la balance commerciale et le coût élevé du capital pour les énergies propres. La transition hors des fossiles ne peut pas être pensée uniquement comme une décision environnementale. Elle suppose d'accompagner les économies dont les recettes publiques, les exportations ou les emplois sont liés aux hydrocarbures.

Le deuxième pilier vise à transformer l'offre et la demande. Il s'agit de planifier la réduction de la production pour éviter les actifs échoués et d'éliminer progressivement les subventions aux énergies fossiles. Cette approche est importante, car la diplomatie climatique s'est longtemps concentrée sur la demande et sur les émissions, sans toujours traiter la question de l'offre fossile.

Le troisième pilier vise à faire progresser la diplomatie climatique en identifiant les lacunes du cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et en coordonnant la levée de certaines barrières juridiques. Les dispositions de règlement des différends entre investisseurs et États, qui permettent à des entreprises de poursuivre des États pour certaines mesures climatiques, font partie des obstacles identifiés.

La conférence de Santa Marta avait également pour objectif de relancer le processus d'adhésion à la Déclaration de Belém afin d'affirmer l'engagement mondial en faveur de la sortie des fossiles et de former une coalition de volontaires. Elle a établi un processus de coordination scientifique destiné à accompagner la mise en oeuvre de la transition hors des énergies fossiles et doit produire un rapport consolidé recensant des solutions concrètes.

Un objectif clé était aussi de nourrir la feuille de route mondiale relative à la transition hors des énergies fossiles développée par la présidence brésilienne de la COP30. Cette feuille de route n'avait pas pu être formellement adoptée faute de consensus. Elle visait pourtant à transformer l'engagement de principe pris à Dubaï en un plan d'action concret doté de mécanismes de responsabilité.

Enfin, la conférence a institutionnalisé le processus par l'annonce d'une deuxième conférence, à Tuvalu avec la coprésidence de l'Irlande, et par l'établissement d'un secrétariat technique destiné à assurer le suivi des engagements.

d) La feuille de route française de sortie progressive des énergies fossiles

La France a présenté lors de cette conférence sa « Feuille de route pour la sortie progressive des énergies fossiles ».

Cette feuille de route repose sur des engagements chronologiques précis pour chaque type de combustible : abandon complet du charbon d'ici 2030, sortie totale du pétrole d'ici 2045 et sortie totale du gaz fossile d'ici 2050.

Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement français a annoncé une série de mesures destinées à transformer la demande énergétique, notamment l'accélération de la transition vers les véhicules électriques et l'interdiction progressive des chaudières à gaz.

La feuille de route s'appuie sur une situation initiale particulière : l'électricité française est déjà largement décarbonée. En 2023, 95 % du mix électrique était issu de sources bas-carbone, nucléaire et renouvelables. L'objectif global est donc de réduire drastiquement la part des fossiles dans la consommation finale d'énergie, qui représentait encore en 2024 une part importante du mix : 38 % pour le pétrole et 19 % pour le gaz.

En présentant cette feuille de route en Colombie, la France a cherché à montrer l'exemple et à inciter d'autres pays à traduire leurs engagements climatiques en plans d'action sectoriels concrets.

e) La fin des garanties export aux combustibles fossiles

La sortie des énergies fossiles concerne aussi les financements publics internationaux. Les garanties export ont longtemps soutenu des projets énergétiques à l'étranger, y compris dans le secteur fossile. Leur réorientation constitue donc un levier important de diplomatie climatique.

La fin des garanties export pour les combustibles fossiles s'inscrit dans un mouvement mondial conduit par des coalitions d'institutions de financement public, visant à réorienter les flux financiers vers les énergies propres en cohérence avec l'Accord de Paris.

Sous l'égide de l'ONU, les membres de la NZECA (Net-Zero Export Credit Agencies Alliance), se sont engagés à ne plus accorder de nouveau soutien direct au secteur traditionnel des combustibles fossiles d'ici la fin de l'année 2024.

En novembre 2021, les membres de la coalition Export Finance for Future (E3F) et d'autres signataires se sont engagés à mettre fin au soutien public direct au secteur des combustibles fossiles sans dispositif d'atténuation du carbone, tout en augmentant le soutien aux projets favorables au climat.

Pour les membres d'E3F, les engagements annuels envers le secteur fossile sont passés d'une moyenne de 5,3 milliards d'euros entre 2015 et 2020 à 1,7 milliard d'euros entre 2021 et 2024. Depuis 2022, le volume annuel s'est stabilisé autour de 1,1 milliard d'euros, ce qui traduit la mise en oeuvre des politiques de sortie progressive. Conformément aux engagements de 2021, aucune nouvelle transaction liée au charbon n'a été enregistrée de la part des membres d'E3F depuis 2022. Le gaz naturel a représenté 51 % du volume des transactions fossiles sur la période 2015-2024, mais ces financements sont désormais de plus en plus restreints à des cas spécifiques d'amélioration de l'efficacité ou de sécurité énergétique.

La France est l'un des pays les plus engagés dans ce mouvement. Par l'intermédiaire de Bpifrance Assurance Export, elle a mis fin au soutien à l'exportation pour l'ensemble de la chaîne de valeur des combustibles fossiles -- charbon, pétrole et gaz -- dès la loi de finances pour 2023. Bpifrance Assurance Export a rejoint la NZECA en tant que membre affilié en 2025. Elle s'est engagée à atteindre la neutralité carbone de son portefeuille d'ici 2050.

Dans le cadre de sa participation à la NZECA, Bpifrance Assurance Export a publié pour la première fois en novembre 2025 un rapport détaillé sur l'empreinte carbone de son portefeuille d'assurance-crédit civil, qui a baissé de 14 % entre 2023 et 2024. Le secteur naval, et plus précisément celui des bateaux de croisière, représente environ 50 % de l'encours et 17,5 % de l'empreinte carbone du portefeuille de Bpifrance Assurance Export. Pour répondre aux exigences de transparence de l'alliance, Bpifrance utilise la méthodologie du Partnership for Carbon Accounting Financials afin de rendre compte de manière fiable des émissions financées.

2. Accélérer les réductions d'émissions à fort impact
a) Le méthane : une diplomatie de l'atténuation à effet rapide

La réduction des émissions de méthane constitue l'un des leviers les plus rapides pour freiner le réchauffement à court terme. Le méthane se dégrade plus rapidement que le CO2, mais son potentiel de réchauffement global (PRG) est beaucoup plus élevé. Les émissions de méthane contribuent de manière significative au réchauffement observé.

L'Engagement global pour le méthane, lancé en 2021 et signé par 159 pays ainsi que par l'Union européenne, vise à réduire les émissions mondiales de méthane d'au moins 30 % d'ici 2030 par rapport à 2020. Cette réduction, qui représente environ 100 millions de tonnes de méthane, est considérée comme l'un des moyens les plus rapides de limiter la hausse des températures à court terme.

Certaines études, comme le rapport 2026 sur les émissions de méthane des mines de charbon réalisé par le think tank Ember, montrent toutefois que les rejets restent stables et massifs et qu'une partie importante des émissions sont sous-estimées ou insuffisamment mesurées.

Dans le cadre de la présidence française du G7, une conférence internationale pour une action globale concertée de réduction des émissions de méthane s'est tenue le 4 mai 2026 à Paris. Elle a rappelé que des solutions éprouvées et à coût nul, comme la détection des fuites et la limitation du torchage, permettraient d'éviter une part importante des émissions liées aux combustibles fossiles.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, qui a publié en mai 2026 le Global Methane Tracker, la récupération du gaz gaspillé permettrait de fournir aux marchés environ 200 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit le double des flux annuels transitant par le détroit d'Ormuz.

L'Union européenne a adopté en 2024 le règlement (UE) 2024/1787 visant à mesurer, surveiller, déclarer et réduire avec précision les émissions de méthane dans le secteur de l'énergie, y compris les puits et mines inactifs. Il s'applique également aux émissions de méthane se produisant en dehors de l'Union en ce qui concerne le pétrole brut, le gaz naturel et le charbon mis sur le marché européen. Il contraint les exploitants de pétrole et de gaz à détecter et réparer les fuites et interdit l'éventage et le torchage systématique.

Ce règlement doit s'appliquer à partir de 2027. Il est fortement critiqué par les industries pétrolières et gazières, qui jugent que les règles fixées sont trop strictes et pourraient mettre en péril la sécurité d'approvisionnement de l'Union. D'après certaines analyses, une part importante des importations de gaz et de pétrole brut pourrait être jugée non conforme et soumise à sanctions.

Le méthane illustre donc les tensions de la diplomatie de l'atténuation. Les solutions techniques existent, leur coût peut être limité, les bénéfices climatiques sont rapides, mais leur mise en oeuvre suppose des règles, des mesures, des contrôles et une coopération internationale avec les pays producteurs.

La ministre Monique Barbut a indiqué vouloir inscrire la coalition des volontaires sur le méthane à l'agenda des futurs COP. Cette prise en compte permettra de coupler la question du gaz et de l'énergie à d'autres sujets importants comme par exemple l'inscription de la question des déchets à l'ordre du jour de la prochaine COP souhaitée par la Turquie. Le méthane offre ainsi une porte d'entrée intéressante sur d'autres problématiques.

b) Une diplomatie industrielle de l'atténuation

La diplomatie de l'atténuation ne peut plus être séparée de la politique industrielle. La transition mondiale repose sur des technologies, des chaînes de valeur, des infrastructures et des financements. Les pays qui maîtriseront les technologies propres, les réseaux, les systèmes de stockage, les matériaux, l'hydrogène, les procédés industriels bas-carbone, le nucléaire ou les technologies d'adaptation disposeront d'un avantage stratégique.

La Chine occupe une position dominante dans plusieurs secteurs de la transition : panneaux solaires, batteries, véhicules électriques, raffinage de certains minerais critiques. Les États-Unis ont utilisé l'Inflation Reduction Act pour attirer les investissements industriels bas-carbone. L'Union européenne cherche à répondre par le Pacte vert, le règlement pour une industrie « zéro net », le Clean Industrial Deal et sa stratégie de sécurité économique.

Dans ce contexte, la diplomatie climatique devient une diplomatie de compétitivité décarbonée. Elle ne peut pas se contenter de fixer des normes ou de demander des réductions d'émissions. Elle doit proposer des solutions industrielles, technologiques et financières.

La France doit mieux intégrer ses entreprises à sa diplomatie climatique. Les énergéticiens, industriels, banques, assureurs, gestionnaires d'infrastructures, bureaux d'ingénierie, entreprises du nucléaire, acteurs des renouvelables, entreprises de l'eau, du transport et deacc la ville durable sont des acteurs reconnus de la transition mondiale. Ils peuvent et doivent contribuer à l'offre française et européenne. Comme l'a indiqué la ministre Monique Barbut, lors de la dernière réunion de Choose France, les industriels étrangers présents ont tous signalé cet élément comme l'un des grands points forts de la France.

Les pays partenaires attendent des solutions concrètes. Ils demandent des réseaux électriques, des capacités de production bas-carbone, de l'accès aux technologies, des financements, de la formation professionnelle, des garanties, des systèmes d'alerte, des infrastructures d'eau, des transports propres, des outils de planification et des perspectives industrielles. La diplomatie climatique française doit donc mieux articuler les objectifs climatiques avec la mobilisation de ses filières économiques d'excellence.

Recommandation n° 16 : Mieux articuler diplomatie climatique et diplomatie économique afin d'accompagner l'émergence de filières françaises et européennes de la transition.

c) Le nucléaire, un atout spécifique de la diplomatie climatique française

Le nucléaire est l'un des atouts français dans la diplomatie de l'atténuation. Il permet à la France de disposer d'une électricité largement décarbonée et d'une filière industrielle complète. Dans un contexte de retour des enjeux de sécurité énergétique, le nucléaire peut être présenté comme une composante de la transition bas-carbone.

La COP28 de Dubaï a marqué une réintégration plus visible du nucléaire dans les discussions climatiques internationales. Le premier bilan mondial y a reconnu la nécessité d'accélérer le déploiement de technologies bas-carbone, dont le nucléaire. En marge de la COP28, plusieurs pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire mondiale d'ici 2050. Lors du deuxième sommet pour l'énergie nucléaire à Paris, en mars 2026, le nombre de pays signataires de la déclaration commune a progressé.

La France porte, dans ce contexte, la reconnaissance du nucléaire comme énergie bas-carbone au même titre que les énergies renouvelables dans la décarbonation du mix énergétique européen. Elle défend le principe de neutralité technologique, afin que chaque État puisse choisir les technologies adaptées à sa trajectoire de neutralité climatique.

Le nucléaire est également reconnu comme une énergie de décarbonation dans le cadre du règlement pour une industrie « zéro net », adopté en 2024. Cette reconnaissance est importante pour l'accès aux financements, aux cadres industriels et aux politiques européennes de soutien aux technologies propres.

La question du financement est cependant centrale. Atteindre l'objectif de triplement de la capacité nucléaire mondiale supposerait des investissements considérables. Les mécanismes tels que les obligations vertes, les prêts, les garanties, les financements publics, les institutions financières internationales, les agences de crédit à l'exportation, les investisseurs privés et les instruments financiers novateurs peuvent faciliter une participation plus large des investisseurs.

La déclaration sur le financement du nucléaire, adoptée en mars 2026 lors du Sommet de Paris, insiste sur l'importance de mobiliser un financement adéquat, prévisible et diversifié pour les projets nucléaires. Elle appelle également à une plus grande inclusion de l'énergie nucléaire dans les politiques environnementales, sociales et de gouvernance des institutions financières internationales compétentes, ainsi qu'à l'étude d'une taxonomie commune et d'instruments financiers intégrant le nucléaire dans la finance verte.

Par ailleurs, la coopération dans le secteur de la régulation énergétique, notamment à travers des réseaux comme RegulaE.fr ou MedReg, participe d'un soft power technique. Elle peut renforcer les capacités des partenaires et créer un environnement favorable à des projets énergétiques bas-carbone, qu'ils soient nucléaires, renouvelables ou hybrides.

3. Transformer les engagements des entreprises en plans crédibles

La diplomatie des entreprises suppose également de vérifier la crédibilité des engagements climatiques privés. Depuis plusieurs années, de nombreuses entreprises affichent des objectifs de neutralité carbone ou de réduction de leurs émissions. La question n'est plus seulement de savoir si elles ont des engagements, mais si ces engagements sont crédibles, mesurables et compatibles avec l'Accord de Paris.

L'initiative Accelerate Climate Transition, ou ACT, constitue à cet égard un outil important. Elle est aujourd'hui la seule initiative française officiellement inscrite à l'agenda de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Créée en 2015, dans le prolongement direct de l'Accord de Paris, elle répond à un enjeu central : transformer les engagements climatiques des entreprises en plans d'action crédibles et vérifiables.

En dix ans, ACT a permis d'engager plus de 3 000 entreprises à travers le monde, en s'appuyant sur deux outils complémentaires.

ACT Pas-à-Pas accompagne les entreprises dans la construction de leur plan de transition : objectifs chiffrés, choix stratégiques, plan d'actions détaillé dans le temps. En France, près de 400 entreprises se sont engagées dans cette démarche en 2025. Les résultats sont tangibles : 78 % des entreprises ayant suivi la démarche ont fait évoluer leur offre de produits ou de services, ce qui traduit une transformation réelle de leur modèle économique.

ACT Évaluation s'adresse aux entreprises les plus avancées, en particulier les grandes entreprises. L'enjeu est de vérifier la crédibilité des plans de transition au regard des objectifs de l'Accord de Paris. En 2025, plus de 200 entreprises ont été évaluées, et plus de 1 400 grandes entreprises internationales le sont désormais via des partenaires comme la World Benchmarking Alliance.

ACT fait aujourd'hui référence au niveau international. C'est la première initiative à avoir défini de manière sectorielle ce qu'est un plan de transition crédible. Ses méthodologies, en accès libre, ont été largement reprises dans les cadres normatifs européens et internationaux, notamment dans les standards européens de reporting extra-financier.

L'initiative repose désormais sur un écosystème solide : Bpifrance, le Pacte mondial des Nations unies, l'initiative Science Based Targets, ou encore des réseaux internationaux de référence. Plus de 1 000 consultants ont été formés et plus de 150 cabinets de conseil déploient ACT en France et à l'international.

Avec ACT, la France dispose d'un levier stratégique. Elle peut promouvoir un standard reconnu, une capacité concrète à transformer les entreprises et un réseau opérationnel déjà structuré pour passer à l'échelle. Dans un contexte où l'enjeu international n'est plus seulement celui des engagements mais celui de leur mise en oeuvre, les plans de transition crédibles deviennent un point de passage obligé pour les entreprises et les investisseurs.

L'ADEME joue ici un rôle particulier. Elle n'est pas un acteur diplomatique au sens classique, mais elle agit comme un bras technique et opérationnel de l'influence française.

Elle participe aux négociations climatiques à travers le Comité exécutif de la technologie de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Elle intervient aussi dans l'initiative GlobalABC pour le secteur du bâtiment et de la construction, plateforme mondiale issue de la COP21. Dans ce cadre, elle a porté des sujets comme la sobriété et l'adaptation dans ces secteurs, repris dans la Déclaration de Chaillot signée en mars 2024 par 70 États.

De même, la Convention des entreprises pour le Climat (CEC), association d'intérêt général créée en 2020, organise des parcours de transformation à l'attention des décideurs économiques afin de rendre irrésistible la bascule de l'économie extractive vers l'économie régénérative avant 2030. Après un premier parcours national en 2021-2022, elle a déployé des parcours thématiques et territoriaux dont un en Polynésie en 2024-2025. Ce dernier a regroupé 64 participants (entreprises et institutions). 29 feuilles de route détaillant les plans d'actions des participants ont été remises dont 25 ont été publiées et sont accessibles en ligne. Des sessions d'échanges ont été également organisées avec les représentants du gouvernement de la Polynésie française.

4. Accélérer les réductions d'émissions à fort impact
a) Les transports, champ de négociation distinct

Les secteurs de l'aviation et du transport maritime ne sont pas traités dans le cadre de la CCNUCC mais au sein des enceintes sectorielles que sont l'organisation de l'aviation civile internationale (OACI) et l'organisation maritime internationale (OMI), où un objectif de neutralité carbone a été adopté et où des mesures d'opérationnalisation ont été adoptés ou sont en cours de négociation.

• Les Européens sont particulièrement actifs à l'OACI pour promouvoir la décarbonation de l'aviation internationale. Leurs positions sont harmonisées à Bruxelles et portées, hors Assemblée triennale, par les représentants des États européens au Conseil - l'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, la France, l'Italie, la Pologne, le Royaume-Uni et la Suisse à la suite des élections de la 42ème Assemblée en octobre 2025. L'approche de l'OACI en termes de décarbonation est celle du panier de mesures : technologie, opérations au sol et en vol, carburants et énergies propres et mesures de marché sont les quatre leviers devant être actionnés pour parvenir à l'objectif de zéro émission nette de CO2 en 2050 adopté lors de la 41ème Assemblée, en 2022.

Dans l'esprit du Pacte de Paris les peuples et la planète (4P), adopté à Paris en 2023, la France, le Kenya et la Barbade ont lancé la Global Solidarity Levies (GSL) Taskforce, qui travaille sur les contributions internationales de solidarité. Son objectif est de créer des instruments fiscaux internationaux innovants pour financer le climat et le développement, avec des propositions sur les transports, les énergies fossiles, les transactions financières et un prix du carbone. Dans ce contexte, en 2025, une coalition internationale dite aviation a été lancée pour créer une contribution internationale sur voyageurs premium dans l'aviation, que la France et ses partenaires cherchent à élargir.

Au sein de l'OMI, la France fait partie, aux côtés d'autres États européens - Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Norvège, Royaume-Uni -, des pays les plus moteurs en faveur de la stratégie de décarbonation maritime. Elle se mobilise pour l'entrée en vigueur du Cadre Net Zéro qui fixe un objectif de zéro émission d'ici à 2050. Un compromis ambitieux a été trouvé en avril 2025 qui visait à instaurer un mécanisme financier incitatif pour les navires les plus émetteurs de façon à les encourager à accélérer leur transition, accompagné de la création d'un fonds permettant d'indemniser un certain nombre de victimes de la production d'oxyde de carbone, dont les États insulaires.

Ces mesures n'ont cependant pas été formellement adoptées du fait du blocage et des pressions exercées par les Etats-Unis, avec le soutien des Émirats arabes unis, de la Russie et d'autres États pétroliers en octobre 2025. Cet accord a donc été repoussé d'une année. L'Ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes, Olivier Poivre d'Arvor, qui a dit en audition son pessimisme sur l'issue des discussions qui reprendront en octobre 2026110(*), fait également observer que l'indifférence des Etats-Unis pour cette question risque de rester « leur problème » car « c'est aujourd'hui la Chine qui a pris la place », ce qui rejoint les conclusions que la mission fait par ailleurs.

5. Constituer de nouvelles formes de partenariats équilibrés
a) Encourager les coopérations décentralisées

L'association des collectivités territoriales pourrait être mieux formalisée au sein des négociations climatiques. Si le principe des responsabilités communes mais différenciées impose que chaque pays contribue en fonction de ses capacités et commande donc une forme de proportionnalité entre États, il en va différemment au niveau infranational, où les collectivités synthétisent les besoins et les capacités contributives de leurs administrés et où tous les efforts doivent être encouragés.

Ainsi aux Etats-Unis, malgré le désengagement de l'État fédéral américain de la question climatique, les investissements privés et des collectivités locales dans les énergies renouvelables restent soutenus. Des entreprises comme Nextra Energy, Google et Amazon continuent de financer des projets solaires, éoliens et de stockage de l'énergie. Plusieurs États maintiennent ou renforcent leurs propres politiques climatiques. La Californie s'est par exemple fixé un objectif de neutralité carbone d'ici 2045 et impose des standards élevés en matière d'énergie propre, et le Texas est devenu le premier producteur d'énergie éolienne du pays. D'autres États et grandes villes réaffirment leur engagement en faveur des objectifs de l'accord de Paris à travers des initiatives comme « We Are Still In ».

Dans un contexte d'un désengagement américain dont la réversibilité est incertaine, sans doute pourrait-on développer les coopérations décentralisées afin de maintenir les dynamiques positives dans la lutte contre le dérèglement climatique, sans attendre de retour à meilleure fortune au plan fédéral.

Au-delà des Etats-Unis, l'association du niveau infranational, celui de la mise en oeuvre, mérite d'être renforcée. Au cours de son audition, le maire de Cotonou Luc Gnacadja a ainsi déploré que les villes africaines, pourtant en première ligne face au dérèglement climatique, restent marginales dans la diplomatie climatique. Il est souhaitable, comme le propose M. Gnacadja, de reconnaître les villes africaines comme des acteurs diplomatiques à part entière en matière de résilience.

Cette coopération pourrait prendre la forme concrète d'un recensement des initiatives des collectivités dans une base de données numériques.

Recommandation n° 28 : Encourager les coopérations décentralisées entre collectivités françaises et étrangères, notamment avec les États fédérés américains, afin de maintenir des dynamiques climatiques de terrain indépendamment des fluctuations politiques nationales.

Recommandation n° 29 : Organiser le recensement au travers d'une base nationale digitale des initiatives des collectivités comme outil d'accélération et d'appropriation par les élus et les services publics des initiatives en matière climatique.

b) Monter des partenariats équilibrés

La première priorité identifiée par le conseil présidentiel pour les partenariats internationaux d'avril 2025 a été : « Accélérer la sortie du charbon et financer les énergies renouvelables dans les pays en développement et émergents pour limiter le réchauffement climatique global à 1.5°C »). Cet engagement politique s'est traduit notamment par la conclusion de Partenariats pour une Transition Énergétique Juste - en anglais Just Energy Transition Partnerships, ou JETP.

Ces partenariats, qui visent à accélérer la sortie du charbon, à promouvoir les énergies renouvelables et à encourager une transition juste, illustrent les difficultés rencontrées dans les relations Nord-Sud. De tels accords ont été conclus entre les pays du G7+ et l'Afrique du Sud en 2021, pour 8,5 milliards de dollars, l'Indonésie en 2022, pour 20 milliards de dollars, le Vietnam en 2022, pour 15 milliards de dollars, et le Sénégal en 2023, pour 2,7 milliards de dollars. Ils suscitent pour l'heure des analyses mitigées dans la littérature internationale.

La critique la plus récurrente concerne l'écart entre les promesses et les décaissements. Fin 2024, seuls 5,5 % des décaissements promis pour l'Indonésie avaient été réalisés. L'engagement indonésien de 20 milliards illustre le problème : une large part représente des mobilisations privées anticipées plutôt que des financements publics garantis, et les décaissements réels accusaient un retard important fin 2024. Dans le mécanisme indonésien par exemple, la complexité des financements distincts chacun doté de son propre cadre comptable, rend le suivi des financements délicat111(*). En décembre 2025, l'Indonésie a abandonné son projet de fermer la centrale à charbon de Cirebon-1, aspect pourtant central de l'accord. Au cours de son audition, le maire de Cotonou Luc Gnacadja a ainsi évoqué « des frustrations financières » liées à « des promesses financières souvent non tenues ».

La composition des financements est une autre source de critiques, qui relève que ces mécanismes alourdissent l'endettement de pays déjà très endettés. Pour l'Afrique du Sud, le montage financier est principalement public - environ 70 % provient directement de partenaires bilatéraux souverains, le reste provenant des banques multilatérales de développement. Les financements ont en outre été perçus par certains bénéficiaires comme trop restrictivement fléchés, notamment au regard des objectifs d'amélioration de l'accès à l'énergie112(*). Enfin, l'absence d'une compréhension partagée de ce qu'est une « transition juste » conduit certains observateurs à y voir un outil de reconsolidation de l'influence des bailleurs occidentaux, visant à maintenir leur ancrage dans des pays stratégiquement stables - tel le Sénégal113(*).

La question de la situation financière des pays du Sud reste difficile à détacher de celle du climat et du financement de l'adaptation. Comme l'a relevé en audition Marine Pouget, du Réseau Action Climat, le niveau d'endettement des pays en développement a en effet doublé en dix ans, ce qui a pour corollaire que ce sont en réalité les pays pauvres qui financent les pays riches, pour des montants très supérieurs aux transferts destinés à financer la transition écologique au Sud. Le RAC a ainsi plaidé pour que la France, copilote du Club de Paris créé en 1956 pour rassembler les créanciers publics et trouver des solutions aux États surendettés, promeuve des solutions de restructuration indexées sur les circonstances climatiques114(*) - aussi soutenues par Laurence Tubiana et Emmanuel Guérin. Les représentants de l'AFD ont par ailleurs évoqué des projets pilotes consistant en des annulations de dette contre des crédits carbone115(*).

La France, pays de l'Accord de Paris, pourrait plaider pour promouvoir une diplomatie qui soit perçue comme moins insoucieuse des vulnérabilités historiques des États insulaires ou en développement, plus partenariale, et intégrant mieux les contraintes des pays du Sud dans les mécanismes de financement climatique.

Recommandation n° 22 : Promouvoir une diplomatie climatique fondée sur le partenariat plutôt que sur une logique perçue comme prescriptive ou moralisatrice, respectant la souveraineté et intégrant les aspirations légitimes de développement des différents pays.

Recommandation n° 23 : En cohérence avec la recommandation précédente, créer un réseau des États et territoires côtiers et insulaires partenaires de la France sur les enjeux d'adaptation et de montée des eaux.

Recommandation n° 24 : Reconnaître davantage les vulnérabilités historiques et contemporaines des États insulaires et des pays africains, répondre à leur demande de financement sur l'adaptation dans le cadre d'une vision partagée et de positions défendues ensemble sur l'augmentation de l'ambition des COP en matière de réduction des émissions.

Recommandation n° 10 : Mieux intégrer les priorités et contraintes spécifiques des pays du Sud dans les mécanismes internationaux de financement climatique, notamment en Afrique, dans le Pacifique et dans les États insulaires et associer à chaque fois que possible les départements et territoires d'outre-mer voisins.

6. Se positionner sur les questions spécifiques ou émergentes
a) Écarter les fausses solutions, telle la géo-ingénierie

Le terme « géo-ingénierie » désigne un vaste ensemble de méthodes et de technologies qui visent à modifier délibérément le système climatique afin d'atténuer les effets du changement climatique. Il s'agit notamment de techniques d'élimination du carbone - marines ou terrestres - et de modification du rayonnement solaire. La France porte une position de grande prudence sur ces techniques à l'efficacité douteuse et qui font peser d'importants risques environnementaux, sociétaux et sécuritaires. La France s'y oppose généralement par principe, la promotion de ces techniques risquant de réduire l'ambition en matière de décarbonation et de perpétuer l'usage des énergies fossiles, dont la réduction de l'usage doit être érigée en priorité.

La gouvernance de ces techniques est pourtant quasi-inexistante actuellement - seule une technique de géo-ingénierie marine étant régulée dans le cadre du Protocole de Londres116(*). La France défend le développement de cadres de gouvernance susceptibles de réguler les activités de recherche de façon transparente et éthique, et de prohiber tout déploiement unilatéral. À ces fins, la France étudie le développement des dispositions de gouvernance au sein des instruments internationaux existants, tel le protocole de Londres, les conventions sur l'océan ou le traité sur l'Antarctique, ou bien via d'éventuels instruments nouveaux.

b) La réflexion relative aux migrations liées au changement climatique

Après le silence gardé sur cette question jusque dans les années 1990, les rapports du GIEC, les conventions de Rio et l'ouragan Mitch de 1997 ont constitué de premières alertes dans le courant des années 1990 sur les migrations climatiques. La COP16 de Cancún, en 2010, a donné lieu à l'adoption d'un paragraphe 14 f) qui invite les parties à prendre des mesures pour faire face à la migration, au déplacement, à la réinstallation et à la « relocalisation planifiée » dans le cadre du changement climatique. Le Préambule de l'Accord de Paris évoque à son tour les droits des migrants. L'année 2018 a ensuite été marquée par la recherche d'un cadre juridique spécifique sous l'égide du Haut commissariat aux réfugiés, et l'adoption de deux résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies : le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, et le pacte mondial sur les réfugiés.

Le cadre juridique de prise en compte de ce problème est pour l'instant limité : la convention de Genève de 1951 est universelle et contraignante mais n'a pas été pensée pour les déplacements climatiques ; les deux pactes de 2018 ne sont pas contraignants ; les instruments bilatéraux ou régionaux sont par ailleurs presque inexistants - le plus connu, celui conclu par l'Australie et Nauru, lie les questions climatiques et sécuritaires.

L'interprétation du droit international général et du droit international et régional des droits de l'homme est toutefois de plus en plus sensible à la question climatique. La CEDH, le Tribunal international du droit de la mer et la CIJ ont récemment insisté sur les obligations des États en matière de lutte contre le changement climatique. La CIJ, dans son avis du 23 juillet 2025, a par ailleurs précisé que la disparition de l'un des éléments constitutifs de l'État n'entraîne pas la disparition de l'État lui-même, ce qui ouvre des perspectives pour les ressortissants des territoires menacés de submersion.

La principale difficulté tient à la fragilité de la notion de réfugié climatique, toute migration étant plurifactorielle. Le HCR lui-même, garant de la convention de Genève, ne qualifie pas de réfugiée toute personne déplacée par l'impact néfaste du changement climatique. Si les textes fondamentaux sur les réfugiés ou l'apatridie peuvent fournir des pistes ponctuelles, le HCR recommande plutôt d'intégrer les questions des déplacements dans la diplomatie climatique et de mieux s'appuyer sur les cadres régionaux - telles les conventions de l'Union africaine ou de Carthagène pour les Amériques.

La mise en oeuvre de solutions relève, davantage que des COP, des plans nationaux d'adaptation - et à cet égard, la France est en retard sur les mesures prises par le Bangladesh, la Chine, ou le Costa Rica - ainsi que de la mise en oeuvre de statuts spécifiques, tels que la protection temporaire - que l'Union européenne applique par exemple aux Ukrainiens depuis 2022. L'adoption du pacte européen sur l'asile et la migration a été une occasion manquée de progresser dans la prise en compte des effets du dérèglement climatique, et la négociation du règlement « retour » de l'UE, au moment où l'un des grands acteurs internationaux, les Etats-Unis, se retire du jeu diplomatique sur ces questions, aurait pu être une opportunité d'inclure la question des déplacements liés aux effets du changement climatique.

La diplomatie française accuse encore un certain retard dans la prise en compte de ces enjeux. Les auditions de la mission ont permis d'observer que la diplomatie allemande, par exemple, y consacre, elle, des moyens non négligeables. La protection offerte aux migrants pour raisons climatiques, ou le sort attendu par les territoires menacés de submersion ne sont pourtant pas des sujets anecdotiques pour la France, dont les territoires ultramarins sont directement exposés.

Les enjeux des déplacements forcés liés aux conséquences du changement climatique sont peu présents au sein des négociations internationales sur le climat. La France appelle dans ces instances à porter une attention particulière aux pays les plus vulnérables dont les états insulaires en développement, à réaffirmer l'urgence de la politique d'atténuation et à prioriser les actions d'atténuation, d'adaptation et à agir pour éviter, réduire et faire face aux pertes et préjudices. La France défend ainsi la protection des populations, notamment par les systèmes d'alertes précoces - dont fait partie l'initiative Climate Risks and Early Warning Systems, ou CREWS - l'opérationnalisation du Fonds pour répondre aux Pertes et Préjudices, et la Taskforce Déplacements, rattachée au Mécanisme International de Varsovie (WIM).

En dehors des enceintes climat, le sujet des déplacements forcés liés aux conséquences du changement climatique est porté dans certaines instances de négociation sur les migrations, comme le Forum mondial pour la migration et le développement ou la plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes - à l'initiative, notamment, de la France. Après la signature de l'Accord de Paris, un groupe de travail spécifique a été rattaché au Mécanisme International de Varsovie (WIM), ayant pour mandat la coopération internationale en matière de traitement de la mobilité humaine et l'impact du changement climatique sur les migrations.

La prise en compte de ces déplacements, et des enjeux particuliers des États insulaires en développement, pourrait toutefois être renforcée dans toutes les instances de négociations comme le Panel de haut niveau sur les déplacements internes (HLP-IDP), le réseau des migrations de l'ONU, ou la plateforme globale sur la réduction des risques de catastrophes. Elle pourrait en outre être mieux prise en compte dans le cadre européen, lors de l'adoption d'instruments juridiques spécifiques.


* 110 Audition du 27 avril 2026.

* 111 Voir par exemple Freddie Daley et Charlie Lawrie, « Why the world's most ambitious coal phase-out deal has failed - and what it means for climate finance » sur theconversation.com, le 1er juin 2026.

* 112 Voir Marta Torres Gunfaus, David Levaï, Jesse Burton, Henri Waisman, Elisabeth Hege, « Quels résultats pour les partenariats pour une transition énergétique juste ? Enseignements des processus en cours », blog de l'IDDRI, 22 juin 2023. Voir aussi, dans le cas vietnamien, « The missing « Just » in Vietnam's Just Energy Transition Partnership (JETP) », rapport de International Rivers and the Vietnam Climate Defenders Coalition, juin 2024.

* 113 Voir Yanis Rihi, « Comment la justice climatique risque de devenir un instrument de domination : le cas du Just Energy Transition Partnerships (JETP) au Sénégal » sur theconversation.com, le 22 avril 2026.

* 114 Audition du 17 mars 2026.

* 115 Audition du 30 mars 2026.

* 116 Accord sur l'application de l'article 65 de la convention sur le brevet européen, dit Protocole de Londres, signé le 17 octobre 2000, entré en vigueur le 1er mai 2008.

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page