B. DES CAPACITÉS FRANÇAISES ÉCHANTILLONAIRES
Les dispositifs de LAD actuellement employés par les forces françaises reposent sur deux grandes catégories de systèmes complémentaires.
D'une part, les systèmes dits « légers » ou de courte portée sont destinés à la protection rapprochée de sites, d'événements ou d'unités déployées. Ils sont généralement constitués de moyens de détection compacts associés à des dispositifs de brouillage portatifs et sont également employés par les forces de sécurité intérieure.
D'autre part, les systèmes dits « lourds » ou de longue portée assurent la protection d'infrastructures sensibles, de zones de déploiement ou d'emprises militaires. Mis en oeuvre par les armées, ils reposent sur l'intégration de capteurs multiples, d'un système de commandement et de contrôle et de plusieurs moyens de neutralisation.
Ces systèmes lourds s'articulent autour de trois composantes : les capteurs, le système de C2 et les effecteurs.
Les capteurs assurent la détection, la localisation et la caractérisation des menaces. Les informations recueillies sont ensuite fusionnées au sein du C2, qui constitue le véritable centre nerveux du dispositif. La qualité de ce logiciel de fusion et d'analyse est déterminante puisqu'elle conditionne la robustesse de la détection, l'identification de la menace et la capacité de l'opérateur à prendre une décision rapide et éclairée.
Une fois le drone détecté, classifié puis identifié comme hostile à l'issue d'une levée de doute réalisée notamment au moyen de capteurs optroniques, l'opérateur peut procéder à sa neutralisation à l'aide de l'effecteur le plus adapté.
Le premier système lourd développé pour les armées françaises est le système MILAD (Moyen interarmées de lutte anti-drones), dont CS Group assure la maîtrise d'oeuvre. Ce système contribue à la protection des bases de défense situées sur le territoire national ainsi que de certaines emprises déployées en opérations.
Le système BASSALT (BASSe ALTitude) constitue la version militaire du système Holosafe développé par Hologarde, filiale à 100 % du groupe Aéroports de Paris. Son architecture repose sur un logiciel de commandement et de contrôle développé en interne auquel peuvent être associés différents capteurs et effecteurs selon les besoins du client.
Cette approche dite « agnostique » permet notamment l'intégration du brouilleur DFB6 développé par MC2 Technologies, capable de couvrir les fréquences comprises entre 400 MHz et 6 GHz, du système laser HELMA-P conçu par CILAS ainsi que du dispositif de neutralisation par leurrage Skyjacker développé par Safran pour les drones autonomes ou faiblement dépendants de liaisons radio.
Depuis 2019, BASSALT a été déployé à de nombreuses reprises dans le cadre des dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA) mis en oeuvre par l'armée de l'Air et de l'Espace, notamment lors du sommet du G7, des célébrations du 14 juillet, de la Coupe du monde de rugby 2023, des JOP ou encore pour la protection du Centre spatial guyanais.
Le programme PARADE (Protection déployable modulaire anti-drones) a été développé à la suite d'un appel d'offres européen lancé par la DGA en mai 2021. Il a été attribué à un groupement momentané d'entreprises réunissant Thales et CS Group France. Ce groupement s'appuie également sur plusieurs partenaires industriels européens et français, parmi lesquels Robin Radar Systems (Pays-Bas), MC2 Technologies, Comrod, Exavision et Cerbair.
Lancé en avril 2022, PARADE a vocation à équiper les trois armées pour répondre à trois missions principales : la protection des infrastructures critiques, la protection des grands événements dans le cadre des dispositifs particuliers de sûreté aérienne et la protection des forces déployées en opérations.
Le système associe plusieurs capteurs - radar, goniomètres et moyens optroniques - ainsi qu'un brouilleur destiné à neutraliser les drones hostiles. Il est conçu pour traiter des menaces allant du micro-drone de quelques centaines de grammes jusqu'aux drones de plusieurs dizaines de kilogrammes, qu'ils soient télépilotés ou autonomes.
Surtout, son architecture de commandement et de contrôle a été conçue dès l'origine comme une architecture ouverte, modulaire et évolutive. Elle doit permettre l'intégration progressive de nouveaux capteurs et de nouveaux effecteurs au fur et à mesure de l'évolution de la menace.
Les armées disposent en outre de plusieurs équipements LAD destinés à la protection des unités au contact. Parmi ceux-ci figurent notamment le fusil brouilleur NEROD, le brouilleur BLAST et le détecteur HADDES développés par MC2 Technologies, le radar de surveillance MURIN de Thales, ainsi que le système PROTEUS, destiné à renforcer les capacités de détection et de neutralisation.
Elles mettent également en oeuvre les systèmes mobiles ARLAD (Adaptation réactive pour la lutte anti-drones), conçus pour accompagner les forces déployées au plus près du contact et intégrant notamment des effecteurs cinétiques utilisant des munitions de type Airburst.
Si les données concernant le nombre exact d'exemplaires de chaque dispositif ont vocation à rester confidentielles, le rapport annexé à l'actualisation de la LPM 24-30 indique que, fin 2024, les armées n'avaient en dotation que 31 systèmes de LAD, 150 fusils brouilleurs, 3 systèmes de LAD navals et 8 SAMP-T.
En particulier, les dispositifs de LAD mobiles apparaissent insuffisants.
Au cours des auditions, KNDS France, Arquus et MBDA ont indiqué développer de nouvelles solutions de protection et d'autoprotection des véhicules terrestres, reposant notamment sur la combinaison de radars, de canons, de roquettes ou d'autres effecteurs spécialisés.
Dans l'attente de ces nouveaux équipements, les armées s'appuient principalement sur des capacités intermédiaires. Il s'agit des VAB ARLAD ainsi que des véhicules équipés du premier standard de PROTEUS, qui repose sur la réutilisation de matériels existants, notamment un canon de 20 mm monté successivement sur camion TRM 2000, puis sur véhicule V3P. Le standard 2 de PROTEUS, qui intégrera notamment une brique d'intelligence artificielle destinée à améliorer les performances de détection et de poursuite des cibles, devrait être livré prochainement. Les premiers Serval LAD ne sont quant à eux attendus qu'à partir de 2027.