B. LA DÉGRADATION DES INDICATEURS DE L'EXCELLENCE APPELLE UN SURSAUT

Si la qualité des formations universitaires doit être jugée selon une approche multidimensionnelle intégrant une variété de critères, plusieurs marqueurs de l'excellence témoignent d'une dégradation de leurs résultats, préoccupante pour la formation de la jeunesse et la place de la France dans la compétition scientifique internationale.

1. Un échec étudiant massif, une insertion professionnelle contrastée

Avec moins d'un tiers des étudiants satisfaisant à l'examen de licence en trois ans et près d'un sur deux n'obtenant aucun diplôme en cinq ans, le premier cycle universitaire enregistre un échec massif. Ces résultats placent la France dans le peloton de queue des pays comparables (24ème sur 32 pays de OCDE). Ils entraînent des coûts sociaux et financiers colossaux, évalués à 534 millions d'euros annuels par la Cour des comptes.

Ils se doublent d'une faible maîtrise des compétences fondamentales par une proportion notable d'étudiants et de diplômés : selon l'étude Piaac de l'OCDE, 8 % des diplômés du supérieur français présentent un faible niveau de littératie ; plusieurs acteurs universitaires ont fait part de leur préoccupation quant au faible niveau de langue française des étudiants.

Si, d'un point de vue quantitatif, les titulaires d'un diplôme universitaire s'insèrent largement et rapidement sur le marché du travail, les données du Mesre ne permettent pas de mesurer la qualité de cette insertion. L'adéquation entre le niveau de diplôme obtenu et les emplois occupés apparaît incertaine : l'enquête Génération évalue à 35 % le taux de déclassement des titulaires d'un master de littérature ou de sciences humaines et sociales.

2. Des positions en recul dans la compétition scientifique internationale

Les universités françaises occupent une place modeste dans les classements internationaux de référence. Avec vingt-sept établissements classés dans l'édition 2026 du classement de Shanghai, dont quatre parmi les cent premiers, la France se situe au dixième rang mondial. Certains petits établissements tirent leur épingle du jeu en déployant une stratégie d'excellence spécialisée : l'université de Bretagne occidentale s'est ainsi hissée à la quatorzième place du classement thématique relatif à l'océanographie en 2025.

Le risque de décrochage de la recherche française est avéré. En 2024, les publications scientifiques françaises ne représentaient en volume que 1,9 % des publications mondiales, plaçant la France au treizième rang (derrière l'Inde, l'Italie, l'Espagne, le Canada, le Brésil et l'Australie). Seuls 2 % des étudiants français poursuivent leur formation en doctorat, contre 3,7 % des étudiants européens et 5,2 % des étudiants allemands - un phénomène à mettre en lien avec la faible valorisation culturelle du doctorat dans notre pays.

3. Un phénomène de fuite des cerveaux

Les universités ne parviennent plus, enfin, à attirer et à retenir les meilleurs profils d'étudiants et de chercheurs étrangers. Alors que la France était en 1980 le deuxième pays d'accueil des étudiants internationaux, elle se classe désormais au huitième rang des pays les plus attractifs, et ce sont désormais les écoles de commerce et les écoles d'ingénieurs qui tirent la dynamique d'accueil. Le taux de rétention des étrangers diplômés en France est également très bas : près d'un docteur étranger sur deux (47 %) quitte le territoire français dans les trois années suivant la validation de sa thèse. Les conditions d'accueil et de rémunération ne permettent pas, enfin, d'attirer des chercheurs de renommée internationale à l'université ; plusieurs prix Nobel formés en France exercent désormais à l'étranger.

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page