II. LA MISSION IMPOSSIBLE DES UNIVERSITÉS

A. DES POLITIQUES PUBLIQUES QUI NE PRIORISENT PAS L'EXCELLENCE

Le premier déterminant de ces évolutions défavorables réside dans l'accumulation des missions confiées aux universités. Seules variables d'ajustement d'un système d'enseignement supérieur en pleine recomposition, les universités sont soumises à des injonctions contradictoires qui ne leur permettent pas de se focaliser sur l'excellence.

1. L'accueil de tous les bacheliers en licence : une contrainte incompatible avec une ambition d'excellence

Les établissements doivent concilier l'ouverture de principe de leurs formations à l'ensemble des bacheliers avec l'ambition de la réussite de tous les étudiants. Or, le lien entre l'échec étudiant et l'absence de sélection à l'entrée de l'université a été pointé tout au long des travaux de la commission.

Ce système repose sur l'absence de tout filtre à l'entrée du premier cycle universitaire. Tandis que, du fait de la croissance continue des taux de réussite, le baccalauréat ne joue plus son rôle de pivot entre le secondaire et le supérieur, les capacités d'accueil des licences générales sont calibrées de manière à offrir une solution d'orientation à tous les bacheliers, indépendamment de leurs capacités académiques.

Ce choix emporte trois conséquences délétères : en autorisant une sélection de fait dans les formations très demandées, il entretient l'ambiguïté et la défiance sur le fonctionnement de Parcoursup ; en permettant l'inadéquation entre les profils des inscrits et les attendus des licences générales, notamment pour les bacheliers technologiques et professionnels, il conduit au développement d'une sélection différée et par l'échec ; en l'absence de moyens d'accompagnement suffisants pour les profils les plus fragiles, il transforme certains cursus en plateformes de remise à niveau et de réorientation.

L'hypocrisie de ce fonctionnement, qui fragilise les étudiants comme les établissements, a été dénoncée en termes vifs au cours des auditions, notamment en ce qu'elle pèse d'abord sur les étudiants les plus modestes et les moins initiés au fonctionnement du supérieur, et nourrit ainsi la reproduction des inégalités.

2. Le recrutement des étudiants internationaux : une stratégie inaboutie, reposant sur des critères académiques incertains

Initiée en 2018, la stratégie « Bienvenue en France » repose principalement sur une logique quantitative, au détriment d'éléments plus stratégiques qui permettraient d'orienter le recrutement des étudiants internationaux vers les filières en pénurie ou prioritaires. En outre, si l'objectif de 500 000 étudiants étrangers accueillis en 2027 est en passe d'être atteint, ce succès masque une sous-représentation de certaines régions dans le recrutement des établissements, notamment l'Asie-Océanie (13 % des effectifs internationaux) et les Amériques (8 %). La hausse du nombre d'internationaux est principalement portée par ceux originaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (27 %) et d'Afrique subsaharienne (26 %).

La procédure d'admission ne permet pas une appréciation suffisante du niveau académique des candidats. Or, les étudiants majoritairement recrutés sont aussi ceux qui réussissent le moins bien : ceux originaires d'Afrique, inscrits pour la première fois à l'université en 2020-2021, ne sont que 28 % à réussir la licence en trois ou quatre ans, contre 47 % de ceux originaires d'Asie-Océanie. Enfin, le contrôle du niveau de langue française et du niveau de ressources des postulants, opéré par les ministères des affaires étrangères et de l'intérieur, présente de graves lacunes, tandis que le niveau minimal de ressources demandé (rehaussé à 857 euros mensuels au 1er août 2026) paraît insuffisant pour prévenir la précarité qui touche massivement les étudiants étrangers.

L'université fragilisée par des dérives militantes

Plusieurs acteurs ont fait état d'une progression des démarches militantes au sein de l'université, en contradiction avec les principes législatifs prévoyant que le service public de l'enseignement supérieur est « laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique » et « tend à l'objectivité du savoir ».

Deux phénomènes ont en particulier été signalés : d'une part, une confusion croissante entre science et militantisme, favorisée par le développement d'approches thématiques à l'insuffisante assise méthodologique et cultivant la porosité des frontières entre le savoir et l'opinion ; d'autre part, un dévoiement de la liberté académique, lorsqu'elle est interprétée comme une liberté d'expression absolue et sans assise déontologique.

L'activisme politique pèse également sur la vie des universités, dont il tend à fragiliser l'image. 63 % des Français, et 72 % de ceux ayant au moins un enfant qui étudie ou a étudié à l'université, estiment en effet que les mobilisations et prises de position collectives y perturbent le fonctionnement normal des enseignements.

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page