B. CLASSEMENTS INTERNATIONAUX ET PRODUCTION SCIENTIFIQUE : DES POSITIONS EN RECUL
1. Les classements internationaux, une référence à laquelle les universités françaises s'adaptent progressivement
En dépit de leurs limites et de leurs biais, les classements internationaux constituent un facteur important de la visibilité et de l'attractivité des universités. Comme l'a rappelé Donatienne Hissard, directrice générale de Campus France, ces classements, « malgré leurs limites réelles, constituent un marqueur communément admis de l'excellence académique et un point de repère essentiel pour les étudiants, les chercheurs et les établissements eux-mêmes dans leur recherche de partenaires étrangers »138(*).
a) Les classements internationaux constituent une référence pour l'attractivité des universités
Quatre classements sont particulièrement pris en compte pour comparer les établissements (cf. infra). Les deux premiers s'intéressent principalement aux activités de recherche, alors que les autres étendent leur évaluation à l'ensemble des missions de l'université (notamment le taux d'insertion des diplômés dans l'emploi). La qualité de l'enseignement est rarement prise en compte, et souvent réduite à des ratios d'encadrement des étudiants.
Les principaux classements internationaux
Depuis la création du classement de Shanghai Academic Ranking of World Universities (ARWU) en 2003, destiné à l'origine à orienter le choix des étudiants chinois, plusieurs classement concurrents sont apparus, qui ne sont pas parvenus à le détrôner de son statut de référence mondiale.
Les critères du classement de Shanghai, qui accordent une grande part à la recherche dans les domaines scientifiques, favorisent les universités de taille importante et de grande réputation.
Le classement de Leiden s'appuie sur la qualité de la recherche plutôt que sur son volume, puisqu'il comptabilise, au sein de chaque discipline, la part de publications figurant dans les 10 % les plus citées dans le monde, le « PP 10 % » (critère d'impact scientifique). Il ne comporte pas de dimension réputationnelle, critère qui favorise les universités ayant acquis la plus grande notoriété. Il permet également de corriger l'effet de taille en proposant un classement d'impact scientifique en proportion des publications de chaque université.
Le classement World University Rankings produit par Times Higher Education (THE) agrège cinq familles d'indicateurs allant au-delà de la seule recherche, pour s'intéresser également à l'enseignement (taux d'encadrement), l'ouverture internationale et l'insertion des diplômés.
Publié par la société Quacquarelli Symonds, le classement QS évalue lui aussi les activités d'enseignement et la qualité de l'insertion professionnelle des diplômés, tout en accordant plus d'importance que le classement THE à la réputation de l'établissement.
Synthèse des principaux classements internationaux des établissements d'enseignement supérieur
Source : Mesre
Ainsi que l'ont souligné plusieurs présidents d'université, ces classements présentent un certain nombre de biais méthodologiques qui peuvent produire d'importantes variations de positionnement et déprécier les universités françaises pour des raisons d'organisation plutôt que de qualité.
À titre d'exemple, le classement de Shanghai favorise les publications en langue anglaise et valorise les publications dans certaines revues anglophones. Plus généralement, le classement prend davantage en compte les sciences expérimentales plutôt que d'autres domaines, comme les lettres, le droit et les humanités. Coralie Chevallier souligne enfin que ce classement « présente un biais important en faveur des universités de grande taille »139(*) et « souffre également d'un biais lié aux mesures de prestige, comme le nombre de prix Nobel, qui reflète l'excellence de recherches passées, menées parfois il y a un demi-siècle »140(*).
La spécificité du modèle de la recherche française, notamment des UMR, peut également conduire à une moindre prise en compte des publications associées aux universités françaises.
Enfin, certaines universités ont fait le choix de ne plus figurer dans certains classements dont elles contestent la méthodologie : par exemple, Sorbonne Université a récemment annoncé cesser de transmettre les données nécessaires aux classements produits par THE.
b) Le bilan en demi-teinte des universités françaises
(1) Une position relative modeste dans les classements généraux
Ainsi que l'a concédé Philippe Baptiste lors de son audition par la commission, il faut « regarder en face la dégradation de la position relative de la France dans la compétition internationale141(*).
En 2026, la France compte quatre établissements dans les cent premières places du classement général de Shanghai, dix-sept dans le top 500 et vingt-sept établissements au total.
Les quatre établissements français présents dans le top 100 du classement - Paris Saclay (13e), PSL (33e), Sorbonne Université (55e) et Paris Cité (57e) - sont tous issus de regroupements d'établissements.
Quatre établissements figurent dans le top 100 du classement THE, (contre deux en 2020), faisant de la France le sixième pays le mieux représenté.
Quatre établissements figurent dans le top 100 du classement QS (septième pays le mieux représenté), avec une progression générale depuis 2020 (la France était alors le huitième pays le plus représenté ; PSL est passé de la 44e à la 28e place, Paris Saclay de la 86e à la 70e place).
En se fondant sur les publications figurant dans les 10 % les plus citées et en comptage non fractionné142(*), trois universités françaises figurent dans le top 100 de l'édition 2025 du classement du Leiden : Paris Cité (34e), Sorbonne Université (41e) et Paris Saclay (65e). La France y est le quinzième pays le plus représenté, et le cinquième à l'échelle de l'Union européenne. La France est mieux représentée dans la version « ouverte » du classement de Leiden143(*), avec 80 universités classées (contre 34 dans le classement traditionnel).
L'évolution des premières universités françaises dans les principaux classements internationaux d'établissements d'enseignement supérieur
Source : Dgesip
(2) Pour améliorer leur visibilité, plusieurs universités ont opté pour une stratégie d'excellence axée autour d'une différenciation thématique
Donatienne Hissard, directrice générale de Campus France, a souligné l'intérêt d'une stratégie de différenciation, notamment pour les universités territoriales : « une stratégie claire et un positionnement intelligent peuvent permettre à des universités de dimension plus modeste de développer une forte attractivité lorsqu'elles s'appuient sur des domaines d'excellence clairement identifiés, des laboratoires reconnus ou des spécialisations scientifiques fortes »144(*).
Ces stratégies se révèlent payantes dans les classements thématiques, à l'instar du classement Global ranking of academic subjects de Shanghai.
Ainsi, l'université de Bretagne occidentale, spécialisée dans les sciences marines, a été classée 14e en océanographie dans le classement de 2025. D'autres universités obtiennent d'excellents résultats, l'université de Montpellier étant classée 14e en écologie, et les universités Grenoble-Alpes et Toulouse-III Paul-Sabatier respectivement 21e et 24e en sciences de la Terre.
Lors de son déplacement à l'université de Reims Champagne-Ardenne, la commission d'enquête a pu apprécier la manière dont l'établissement construit son identité de recherche en lien avec les grands laboratoires présents sur son territoire, autour de la bio-économie et l'environnement. Cela se traduit par un programme de formation adapté, depuis la licence et jusqu'au doctorat. En 2024, 121 projets de thèses préparées dans cette université portaient sur cette thématique transversale. L'université a intégré le classement de Leiden à partir de 2023 et le classement THE en 2026.
2. L'effritement de la position scientifique de la France
D'après les chiffres de la Dgesip, en 2021, la France était au sixième rang mondial en termes de densité de chercheurs et au septième rang mondial en termes de puissance de recherche (333 800 chercheurs en équivalents temps plein).
Toutefois, le risque de décrochage de la recherche française est réel. Une publication récente du Hcéres met en évidence une dégradation de « la position scientifique de la France, quels que soient les indicateurs retenus et les dimensions de l'activité scientifique considérées »145(*). D'après le Hcéres, la France se situe en 2024 à la treizième position mondiale en considération du nombre de publications scientifique, alors qu'elle se classait sixième en 2005146(*).
En 2024, la France ne représentait plus que 1,9 % des publications mondiales, derrière le Brésil et l'Australie, dans un classement dominé par la Chine (plus de 28 %), qui devance les États-Unis, l'Inde, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Si l'effet de volume joue face à de grandes puissances démographiques (Chine, Inde), il n'explique pas le recul par rapport à des États comparables (à l'instar de l'Italie et de l'Espagne).
Part mondiale des publications scientifiques, corpus total, 20 premiers pays, en pourcentage, 2005-2024
Source : OST-Hcéres
En prenant en compte le nombre de publications scientifiques figurant parmi les 10 % les plus citées au monde, qui constitue l'un des éléments de mesure de l'influence et de la contribution à l'excellence scientifique retenus par le Hcéres, le recul de la position de la France est plus important encore : toutes disciplines confondues, la contribution de la France est passée de 4 % en 2005 à 1,6 % en 2024147(*).
Si l'essoufflement de la production scientifique française touche l'ensemble des grands domaines scientifiques, il est particulièrement marqué dans celui des sciences physiques et de l'ingénieur et, dans une moindre mesure, dans celui des sciences du vivant. Le Hcéres souligne que les sciences humaines et sociales (SHS) constituent le domaine « dans lequel la France résiste le mieux au cours des deux dernières décennies, même si elle y est dépassée par l'Espagne et l'Italie, et rejointe par la Suède »148(*).
Ainsi que l'ont souligné un grand nombre d'intervenants, la corrélation entre la part du produit intérieur brut (PIB) consacrée à la recherche et l'impact scientifique est très nette : les pays qui investissent le plus dans la recherche sont ceux qui ont le plus fort niveau d'excellence scientifique.
Or, en 2023, la France a investi 2,2 % de son PIB dans la recherche, soit moins que la moyenne des pays de l'OCDE (2,7 %), que la Corée du Sud (5 %), la Suède (3,6 %), les États-Unis (3,5 %), le Japon (3,4 %), l'Allemagne (3,1 %) et le Royaume-Uni (2,7 %)149(*). Cette part est bien en deçà de l'objectif de 3 % annoncé dans le cadre de la stratégie de Lisbonne de 2000 afin de faire de l'Europe « l'économie de la connaissance ».
Si la dépense intérieure de recherche et de développement publique française, qui représentait en 2023 0,74 % du PIB, se situe dans la moyenne des pays de l'Union européenne et de l'OCDE (0,72 %), l'effort de recherche est inférieur, en proportion du PIB, à celui observé en Allemagne (0,99 %), en Belgique (0,91 %) ou au Royaume-Uni (0,83 %). L'écart résulte toutefois principalement du niveau de dépense en recherche et développement des entreprises : celui-ci représentait 1,44 % du PIB français en 2023, contre 2,36 % en Belgique, 2,14 % en Allemagne et 1,84 % au Royaume-Uni150(*).
* 138 Audition du 2 juin 2026.
* 139 Cet effet de taille doit être relativisé dès lors que, comme le pointait Mme Chevallier lors de son audition, certaines universités de petite taille et très intensives en recherche sont très bien classées, à l'instar du California Institute of Technology (Caltech), qui compte un peu plus de 2 000 étudiants et figure à la 9e place du classement général de Shanghai et à la 7e place du classement général THE.
* 140 Audition du 13 avril 2026.
* 141 Audition du 30 juin 2026.
* 142 En comptage fractionné, la pondération de la publication est répartie entre chaque cosignataire (si la publication est signée par deux organismes, chacun reçoit 0,5). En comptage non fractionné, chaque signataire se voit attribuer le coefficient 1. Le comptage fractionné désavantage la recherche française, dont les publications résultent souvent de travaux communs entre universités, laboratoires et grandes écoles.
* 143 Cette version est réalisée à partir des données ouvertes de la base bibliométrique OpenAlex.
* 144 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 145 OST-Hcéres, La France dans la compétition scientifique mondiale : radioscopie d'un décrochage ?, 26 juillet 2026, p. 14..
* 146 Ibid., p. 14.
* 147 OST-Hcéres, Ibid, p. 20
* 148 Ibid, p. 8.
* 149 Mesre-Dgesip/DGRI-Sies, État de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation en France n°19, 2024.
* 150 Sies, L'État de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en France (Eesri), 2026, n° 19, juin 2026.


