II. DES RÉSULTATS ALARMANTS SUR PLUSIEURS MARQUEURS DE L'EXCELLENCE
La définition des indicateurs permettant de juger de la qualité de l'accomplissement de ses missions par l'université a été débattue tout au long des travaux de la commission d'enquête. La plupart des personnes entendues ont plaidé pour une approche multidimensionnelle intégrant des critères variés, allant de la position des établissements dans les classements internationaux aux garanties présentées en termes d'intégrité scientifique, en passant par la démocratisation de l'accès aux cursus de formation ou la contribution au développement des territoires.
L'ensemble des acteurs s'accordent néanmoins à considérer que quatre marqueurs en particulier témoignent de la performance des universités dans leurs missions centrales d'enseignement et de recherche, définis en ces termes par le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Philippe Baptiste : « L'excellence se mesure à partir de la réussite des étudiants, de leur insertion durable dans l'emploi, de la qualité et du rayonnement de la recherche, de la capacité à attirer les esprits les plus prometteurs » 75(*).
Sur plusieurs de ces indicateurs, les universités françaises présentent des résultats préoccupants, notamment au regard des performances des pays comparables. La faiblesse de certains des éléments statistiques produits par le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace (Mesre) laisse cependant plusieurs zones d'ombre sur ces résultats.
A. DES PERFORMANCES CONTRASTÉES EN MATIÈRE DE RÉUSSITE ÉTUDIANTE ET D'INSERTION PROFESSIONNELLE
Le premier marqueur examiné par la commission d'enquête est celui de la capacité des universités à accompagner les étudiants dans l'obtention d'un diplôme puis d'un emploi. Il correspond en effet au premier des objectifs assignés au service public de l'enseignement supérieur par l'article L. 123-2 du code de l'éducation, dont le 1° A vise expressément « la réussite de toutes les étudiantes et de tous les étudiants », ainsi qu'à la mission d'insertion professionnelle prévue par l'article L. 123-3 du même code.
Trois indicateurs ont été retenus à ce titre : la réussite étudiante à l'université, mesurée au regard de l'obtention par les étudiants du diplôme sanctionnant le cycle universitaire dans lequel ils sont engagés, et de leur capacité à poursuivre leur parcours de formation lorsqu'ils le souhaitent ; le volume et la qualité de l'insertion professionnelle des jeunes formés à l'université ; la valeur ajoutée du plus haut diplôme délivré par les universités, le doctorat, pour les parcours de ses titulaires et la société dans son ensemble.
1. Un échec étudiant massif
Les données statistiques mises à la disposition de la commission d'enquête conduisent à dresser un constat sévère quant à la possibilité pour les étudiants de parvenir à la réussite académique par la voie universitaire. Cette difficulté, qui concerne principalement le cycle de licence, se double d'une inquiétude sur la maîtrise des compétences fondamentales par les diplômés de l'enseignement supérieur français.
a) Des résultats accablants en cycle de licence
• Avec moins d'un étudiant sur trois ayant obtenu, au sein de la cohorte des primo-inscrits en licence en 2020 et 2021, le diplôme de licence au terme de la durée prévue de trois ans (respectivement 29,5 % et 30,6 %76(*)), la formation universitaire se caractérise par un échec massif en premier cycle.
L'ajout d'une, voire de deux années de formation supplémentaires améliore ces résultats, sans pour autant permettre de parvenir à une situation satisfaisante : après cinq ans de formation, moins d'un étudiant sur deux de la cohorte de 201977(*) obtient finalement le diplôme de licence (44,7 % en quatre ans, et 48,5 % en cinq ans, soit après deux redoublements).
Ces résultats sont d'autant plus inquiétants que, après une progression sensible entre 2016 et 2023, ils sont aujourd'hui orientés à la baisse. Selon les éléments transmis par la Dgesip, une chute de 5,6 points est enregistrée entre les sessions 2021 et 2023 dans la proportion des étudiants obtenant leur licence en trois ans78(*). La même tendance est observée sur les deux dernières années pour lesquelles le taux de réussite en quatre et cinq ans est disponible.
Évolution de la proportion
d'étudiants inscrits en L1
obtenant le diplôme de licence en
trois, quatre et cinq ans
entre 2014 et 2024
Lecture : 27,2 % des étudiants inscrits pour la première fois en première année de licence (L1) en 2011 ont obtenu une licence (générale ou professionnelle) en trois ans, soit en 2014-2015. 39 % l'ont obtenue en quatre ans (soit en 2015-2016) et 44,1 % en cinq ans (soit en 2016-2017). Les données relatives à l'obtention de la licence en quatre et cinq ans ne sont pas disponibles pour la cohorte 2020.
Source : commission d'enquête d'après les données fournies par la Dgesip
• Ces résultats varient fortement selon les disciplines et les établissements.
- En raison de la sélection opérée pour l'accès aux études de santé, c'est dans les disciplines de sciences et santé que l'échec est le plus élevé, avec 35,3 % des étudiants obtenant une licence en trois ou quatre ans79(*).
Les disciplines de droit et sciences politiques et de sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) affichent des taux de réussite en trois ou quatre ans légèrement supérieurs à la moyenne (respectivement 42,4 % et 41,7 %) en raison d'une proportion plus importante d'étudiants diplômés au terme d'une quatrième année (10,2 % et 9,4 %).
Les disciplines d'arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales (SHS) se caractérisent par le taux de réussite le plus élevé pour l'obtention de la licence en trois ans (32,6 %), mais une moindre valeur ajoutée de la quatrième année de licence (qui permet à 7,5 % des étudiants de valider leur diplôme). Le taux de réussite varie fortement entre les étudiants inscrits en psychologie (45 %) et en langues (32,4 %).
Hors parcours de santé, ce sont les filières de sciences économiques et d'administration économique et sociale (AES) qui affichent les taux de réussite les plus faibles (39,1 % en trois ou quatre ans), ce taux étant tiré vers le bas par les résultats des étudiants inscrits en AES.
Répartition par filière des
étudiants de la cohorte 2020
ayant obtenu le diplôme de
licence en trois ou quatre ans
Source : commission d'enquête à partir des données du Sies
- De fortes différences existent également entre les établissements.
Tandis que deux étudiants sur trois (65,7 %) inscrits en L1 à l'université Paris-Panthéon-Assas en 2020 ont validé leur licence en trois ou quatre ans, ce taux tombe à 15 à 22 % pour plusieurs universités ultramarines (14,8 % dans les universités de Guyane et de Polynésie française, 18 % à l'université de Nouvelle-Calédonie et 22 % à l'université de La Réunion) et autour de 25 % pour trois universités franciliennes (23,4 % à l'université Paris 13, 25,3 % à l'université Paris 8 et 26,5 % à l'université d'Évry-Val d'Essonne).
48 % des établissements (33 sur 69), de toutes tailles et aux implantations territoriales variées, obtiennent des performances supérieures à la moyenne nationale. Il s'agit notamment de l'université d'Angers (55,9 %), de l'université de La Rochelle (52,3 %), de l'université Savoie Mont-Blanc (51,9 %), de l'université Toulouse Capitole (49,6 %) ou encore de l'université Paris Saclay (46,8 %). Ces résultats doivent cependant être nuancés par le fait que tous les établissements ne proposent pas de parcours de formation en santé, qui présentent les taux de réussite les plus bas.
• Au plan international, ces résultats placent la France dans le peloton de queue des pays comparables. Au regard du taux de réussite en trois et quatre ans, en 2023, des nouveaux inscrits en licence, notre pays se classe 24ème sur 32 pays de l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) - loin derrière la moyenne de 43 % des étudiants obtenant la licence en trois ans et 59 % en quatre ans au sein de l'Union européenne (UE).
Taux d'obtention du diplôme de licence (ou
équivalent)
à la fin de la durée théorique de
formation en 2023
parmi les pays membres de l'OCDE
Source : OCDE
• Les difficultés se concentrent sur le cycle de licence.
Les taux de réussite observés en master sont en effet nettement plus satisfaisants : plus des trois quarts (76 %) des étudiants inscrits pour la première fois en première année de master en 2021 ont obtenu leur diplôme en deux ou trois ans, et deux tiers (66,5 %) en deux ans. Ces taux de réussite sont en outre en hausse sur les dix dernières années.
Évolution de la proportion
d'étudiants inscrits en M1
obtenant le diplôme de master en
deux ou trois ans entre 2013 et 2024
Source : commission d'enquête d'après les données du Sies
• Le coût des redoublements et des sorties sans diplôme a été évalué par la Cour des comptes à plus d'un demi-milliard d'euros (534 millions d'euros) par cohorte d'étudiants, sur les trois années du premier cycle80(*).
Cette estimation, effectuée sur la cohorte des néo-bacheliers de 2018 en retenant l'hypothèse du conseil d'analyse économique (CAE) selon laquelle le coût moyen annuel d'un étudiant en licence est de 3 730 euros81(*), s'accompagne de réserves méthodologiques, rappelées devant la commission d'enquête par Louis Vallernaud, président de la section « Enseignement supérieur et recherche » de la troisième chambre de la Cour des comptes. Outre qu'elle ne tient pas compte des dépenses publiques non directement liées à la formation, comme la prise en charge de la restauration, de l'hébergement ou de la médecine scolaire, elle ne distingue pas entre les échecs et les réorientations. Elle n'intègre pas, enfin, « des coûts indirects que ces situations d'échec génèrent pour la société, en particulier les difficultés à intégrer le marché du travail ou le fait que les étudiants concernés perçoivent des salaires plus bas »82(*).
Interrogée sur ce point par la rapporteure, dans l'objectif d'affiner la première approche proposée par la Cour, la Dgesip n'a pas fourni de réponse. Quoique fruste, cette évaluation du coût de l'échec étudiant est donc à ce jour la seule disponible.
b) Une insuffisante caractérisation de la réussite étudiante
La gravité des résultats observés en licence doit cependant être tempérée par leur caractère approximatif. De nombreux acteurs font en effet valoir que la réussite étudiante ne peut être mesurée au seul regard de l'obtention du diplôme de licence dans la durée théorique de la formation y préparant.
• Sur le plan statistique, l'inadéquation de ce critère tient tout d'abord au fait qu'il permet de caractériser les seuls parcours rectilignes, dans lesquels un étudiant inscrit dans une discipline en L1 obtient sa licence dans cette même discipline ; a contrario, l'ensemble des parcours qui s'écartent de cette trajectoire sont automatiquement comptabilisés comme des échecs. Cette approche mécanique conduit à considérer comme des échecs deux situations qui doivent ou peuvent au contraire être analysées comme des réussites :
- les « faux échecs » résultant de la configuration particulière des études de santé. L'admission en études de santé (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie ou kinésithérapie - MMOPK) des étudiants inscrits en première année de licence accès santé (LAS) apparaît en effet comme un échec dans les statistiques du Mesre, dès lors que ces étudiants n'obtiendront pas la licence correspondant à la majeure disciplinaire de la LAS. Coralie Chevallier souligne que ce deuxième cas « n'a rien d'anecdotique : dans les universités pourvues d'un important département de santé, les chiffres sont faux » 83(*) ;
- les réorientations en cours de cycle de licence, y compris en dehors de l'université, dont des travaux récents tendent à démontrer l'effet positif sur la réussite étudiante84(*).
Ces difficultés renvoient à l'insuffisance du suivi statistique déployé par le Mesre, au cours des dernières années, sur les parcours étudiants, et qui ne permet pas de distinguer ces situations d'un décrochage ou de l'abandon d'un parcours de formation sans poursuite d'études, sans insertion professionnelle et sans projet.
Les données nécessaires à un tel suivi existent pourtant de longue date : l'identifiant national élève (INE), attribué à chaque élève dès le début de sa scolarité et qui le suit tout au long de son parcours de formation, permet d'analyser les trajectoires précises des étudiants- comme le font déjà certains établissements, à l'instar de l'université de Reims-Champagne-Ardenne. Interrogé sur ce point, le directeur général de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle, Olivier Ginez, indique que le suivi par numéro étudiant est assuré pour l'analyse de l'insertion professionnelle, « mais pas encore pour la réussite étudiante », qui ne fait pas encore l'objet d'une « analyse fine des cohortes »85(*), et que « le ministère travaille à une autre mesure de la réussite qui tienne plus compte de [la] variété des parcours offerts »86(*).
La commission d'enquête observe avec satisfaction que cette lacune est en cours de résorption par le service statistique du ministère. Après une première publication de janvier 2025 proposant une analyse inédite des parcours de tous les bacheliers 2019 au cours de leurs trois premières années d'études, réalisée à partir de leur numéro INE87(*), une seconde publication de juillet 2026 approfondit cette analyse pour les 182 900 entrants en licence générale, suivis sur quatre ans88(*).
Ces travaux proposent une lecture plus fine des parcours étudiants en licence, en distinguant quatre trajectoires-types des étudiants de licence :
- la trajectoire linéaire correspond à la validation, en trois ou quatre ans, de la licence dans laquelle l'étudiant était inscrit après le baccalauréat, ou d'une licence du même groupe disciplinaire ;
- la réorientation accomplie recouvre les situations dans lesquelles une réorientation a permis à un étudiant de progresser dans son parcours de formation, en validant un diplôme de niveau supérieur ou égal à bac+2 ou en atteignant le niveau bac +3 ;
- la trajectoire stagnante est caractérisée par l'absence d'obtention de diplôme malgré une inscription au niveau bac+1 ou bac+2 pendant au moins trois des cinq années d'observation ;
- la trajectoire des « peu inscrits » concerne les étudiants non diplômés et qui se sont inscrits une à deux fois pendant les cinq années d'observation.
Cette catégorisation simplifiée ne permet pas encore de disposer d'une vision exacte de l'échec et de la réussite étudiante : le Sies relève en effet que, « parmi les étudiants dont la trajectoire est considérée comme stagnante, certains pourraient obtenir un diplôme en-dehors de la fenêtre d'observation, et à l'inverse, certaines réorientations qualifiées d'accomplies selon les critères retenus pourraient finalement ne pas être menées à bien »89(*).
Cette approche permet néanmoins de nuancer en partie le constat d'échec massif en premier cycle universitaire par de nouvelles données :
- 46 % des étudiants inscrits en première année de licence générale en 2019 ont obtenu un diplôme de licence en trois ou quatre ans, que ce soit dans la discipline dans laquelle ils étaient initialement inscrits, dans une autre discipline ou en licence professionnelle (1,3 % des étudiants) ;
- une réorientation dans une autre filière de formation a permis à 7,2 % des étudiants d'obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur, notamment un BTS (3,5 %), un DUT (2,9 %) ou un titre inscrit au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) (0,6 %) ;
- parmi les 47 % d'étudiants n'ayant pas obtenu de diplôme, une majorité n'est plus inscrite dans l'enseignement supérieur (30 % de la cohorte).
Cette dernière donnée demeure en tout état de cause extrêmement inquiétante : près d'un étudiant sur deux s'inscrivant en licence générale après le baccalauréat n'obtient aucun diplôme cinq ans après son entrée dans l'enseignement supérieur.
Plus haut diplôme obtenu en 2023
par les
étudiants inscrits en première année de licence
générale en 2019
Source : Sies
• La mesure de la réussite étudiante au regard du critère de l'obtention d'un diplôme fait également l'objet de trois critiques de fond.
Plusieurs présidents d'université font tout d'abord valoir que cet indicateur ne rend pas compte de la valeur ajoutée des universités dans l'accompagnement des étudiants vers la réussite, qui peut être plus ou moins élevée en fonction des publics accueillis. Ils invitent à nuancer les taux de réussite au regard de critères tenant compte des profils étudiants - notamment leur origine socio-professionnelle, ou encore le taux d'étudiants exerçant une activité professionnelle de manière parallèle à leur formation.
La persistance, voire la progression de taux d'échec élevés peut ensuite être lue comme la marque du maintien d'une exigence académique élevée. L'université Littoral Côte d'Opale fait ainsi valoir que la baisse de son taux de réussite en licence, passé de 46 % à 41 % en quelques années, résulte d'un changement opéré dans les modalités de contrôle des connaissances ; il a en effet été mis fin à la possibilité d'une compensation entre les notes obtenues dans des modules distincts, de manière à « garantir l'acquisition réelle des compétences par les étudiants »90(*). Pour cette raison, l'interprétation des comparaisons internationales n'est pas toujours aisée, en raison de niveaux d'exigence probablement différents selon les filières et les pays.
Enfin, avec 206 000 étudiants en réorientation sur Parcoursup en 2026, une tendance à la « délinéarisation » des parcours étudiants est observée par plusieurs interlocuteurs de la mission et corroborée par les travaux de l'IGÉSR91(*). Ce mouvement, qui se caractérise par des trajectoires étudiantes marquées par des discontinuités, des réorientations ou encore une alternance entre des périodes d'emploi et de formation, est globalement perçu comme une évolution positive face à celles des trajectoires professionnelles, qui rendent nécessaires l'acquisition de compétences diverses et affranchies des cloisonnements entre les disciplines traditionnelles, et le retour périodique à des périodes de formation.
Sylvie Retailleau a ainsi considéré que « le changement rapide des connaissances et des compétences à acquérir dans les différents métiers devraient nous conduire à revoir [le modèle traditionnel de formation] »92(*), tandis que Daniel Mouchard, président de l'université Paris III-Sorbonne Nouvelle, observe que « nos diplômes sont orientés vers des corps de métier. Dans une certaine mesure, ce modèle est daté, d'autant que l'intelligence artificielle bouscule tous les cadres » et que « nos étudiants connaîtront deux, trois, quatre ou cinq expériences professionnelles dans des domaines très différents »93(*).
c) Des formations qui ne garantissent plus la maîtrise des compétences fondamentales
À ces sources de préoccupation s'ajoute la faible maîtrise des compétences fondamentales par une proportion notable d'étudiants et de diplômés de l'université.
• Ce constat est objectivé par les travaux de l'OCDE en matière d'éducation : l'évaluation des compétences des adultes réalisée dans le cadre de l'étude PIAAC établit que les diplômes de l'enseignement supérieur français94(*) n'attestent pas toujours de la maîtrise des compétences fondamentales95(*).
Cette observation est notamment fondée sur l'évaluation des compétences des diplômés français en littératie96(*) : 8 % des diplômés français du supérieur se situent au niveau 1 (sur 5) ou en-dessous, niveau auquel ne peuvent être compris que de très courts textes contenant peu d'informations parasites. Une tendance à l'aggravation est en outre observée : entre le cycle 1 (2012-2015) et le cycle 2 (2023) de cette enquête, le score moyen en littératie des adultes diplômés de l'enseignement supérieur a diminué de 5 points. Si la France se situe, sur ces deux indicateurs, dans la moyenne haute des pays comparables, il n'est évidemment pas possible de se satisfaire de tels résultats.
La Dgesip n'a pas été en mesure de préciser ces données. Elle indique que l'évaluation de la maîtrise des compétences fondamentales par les étudiants à l'université requiert « un changement de culture », lequel est « engagé » par le ministère97(*). Les outils Pix et Ecri+ doivent permettre au Mesre et aux établissements « d'assurer le suivi des acquis sur les compétences jugées sensibles », notamment le numérique et la littératie.
• Plusieurs acteurs entendus par la commission d'enquête ont illustré les résultats de l'enquête PIAAC par leurs observations de première main, faisant part de leur préoccupation quant au faible niveau de langue française des étudiants et de leur inquiétude sur la menace que fait peser le recours à l'intelligence artificielle sur la maîtrise déjà fragile des capacités de raisonnement et de lecture critique.
Danièle Kahn, présidente de la conférence des directions d'unité de formation et de recherche (UFR) arts, lettres, langues, sciences humaines et sociales (CDUL), indique ainsi que « les compétences en langue française sont extrêmement problématiques » et que « les étudiants ont beaucoup de mal à écrire en langage soutenu », soulignant que « le manque de maîtrise de la langue implique une difficulté croissante à problématiser, et ce jusqu'en master »98(*). Xavier Leroux, président de l'Auref, a dans le même sens relevé que certains étudiants pourtant inscrits en licence de lettres modernes « rencontrent encore à l'université de réelles difficultés dans la maîtrise de la langue française »99(*). Jeanick Briswalter, président de l'université Côte d'Azur, a pointé que « la dégradation des connaissances fondamentales » est constatée dans la correction des copies et que les enseignants-chercheurs « rapportent systématiquement une baisse de la capacité à s'exprimer correctement »100(*), tandis que Frédérique Berrod, présidente de l'université de Strasbourg, a relevé « un décalage [...] entre la maîtrise des fondamentaux et ce qui peut être demandé en première année » 101(*). Des « niveaux de compétence en syntaxe ou en orthographe complétement inadmissibles » ont enfin été pointés lors du déplacement de la commission d'enquête à Nantes102(*).
• Ces observations ont été confirmées par la consultation de copies de partiels de L1 par la rapporteure lors des déplacements de la commission d'enquête à Reims103(*) (qui a permis la consultation de copies de lettres modernes et d'histoire) et Nantes. Si la majorité des copies présentées étaient de niveau moyen, voire de bon niveau sur le plan des connaissances, des lacunes évidentes d'expression écrite, de raisonnement basique et de culture générale ont été relevées dans une large proportion d'entre elles.
2. Des angles morts sur la qualité de l'insertion professionnelle
La qualité des parcours étudiants à l'université doit ensuite être mesurée au regard de l'insertion professionnelle des diplômés qui en sont issus, qui permet d'apprécier l'acquisition de compétences mobilisables sur le marché du travail. Les conclusions de la commission d'enquête sont ici limitées par l'inégale qualité et la discontinuité des données disponibles, en cours de reconfiguration dans le contexte du déploiement de l'outil Insersup.
• D'un point de vue quantitatif, les titulaires d'un diplôme universitaire104(*) s'insèrent largement et rapidement sur le marché du travail, et le volume de l'insertion professionnelle des diplômés de l'université constitue indéniablement une force du modèle universitaire.
En témoignent les taux d'emploi élevés enregistrés :
- à dix-huit mois pour les diplômés de 2022 de licence professionnelle (87 %) et de master hors enseignement (83 %)105(*). Des écarts sont cependant enregistrés, au niveau master, selon les filières de formation : 78 % des diplômés de Lettres, langues et arts (LLA) étaient en emploi douze mois après leur sortie de l'université, contre 83 % des diplômés de Droit, économie et gestion (DEG) et 86 % de ceux formés en Sciences, Technologies et santé (STS) ;
- à dix-huit mois pour les diplômés de 2022 des masters préparant aux métiers de l'enseignement (94 %, soit une insertion massive cohérente avec la nature de leur formation) ;
- à douze mois pour la première promotion des diplômés du BUT, sortie de formation en 2024 (69,2 %)106(*).
L'insertion professionnelle salariée des étudiants ayant suivi un parcours de sciences de l'ingénieur et de management à l'université est par ailleurs proche de celle des diplômés formés dans les écoles extra-universitaires107(*). Les ingénieurs formés à l'université et diplômés en 2024 sont 75,3 % à être en emploi salarié douze mois après l'obtention de leur diplôme, soit une proportion légèrement supérieure à celle des anciens élèves d'école d'ingénieur (74,4 %). De même, 64,5 % des titulaires d'un diplôme universitaire de management de niveau bac+5 sont salariés un an après leur sortie d'études, soit une proportion presque identique à celle des diplômés des écoles de management (65,3 %).
Cette approche statistique a été confirmée au cours des auditions. Plusieurs présidents d'université, notamment El Mouhoub Mouhoud (Paris Sciences et Lettres) et Philippe Roingeard (Tours) ont fait état de taux d'insertion supérieurs à 90 % pour leurs diplômés de master108(*). Danièle Kahn a souligné une insertion « satisfaisante, contrairement aux idées reçues » pour les diplômés d'arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales109(*), tandis que Stéphane Braconnier (Paris-Panthéon-Assas) a jugé « absolument faux » l'argument commercial employé par certains établissements privés selon lequel les formations universitaires ne garantiraient pas une employabilité satisfaisante110(*).
Ces déclarations sont en ligne avec les éléments statistiques transmis par les universités interrogées par la rapporteure, qui font état de taux d'insertion fréquemment supérieurs à 80 %, toutes filières confondues111(*).
• La qualité de l'insertion professionnelle des diplômés de l'université ne peut cependant qu'être approchée par les données disponibles.
Selon la Dgesip, cette qualité doit être mesurée à travers plusieurs dimensions : l'adéquation entre le niveau de diplôme et le poste occupé, le délai d'accès au premier emploi en adéquation avec le niveau de diplôme, la stabilité de l'emploi occupé, le niveau de rémunération, les conditions de travail, les perspectives d'évolution professionnelle et la satisfaction professionnelle.
- La dernière étude disponible spécifique à l'université112(*) fait apparaître des résultats contrastés selon les filières sur certains de ces points. Ainsi, si la proportion d'emploi stable113(*) est de 78 % pour l'ensemble des diplômés de master de 2020 à trente mois de leur sortie de formation, elle n'est que de 62 % pour les diplômés de SHS. La proportion d'emplois de niveau cadre ou professions intermédiaires des titulaires de master de droit, économie et gestion (DEG) est supérieure de 14 points à celle des diplômés de LLA, et de 18 points à celle des diplômés en SHS. Le salaire net mensuel médian à 18 mois varie de 1 760 euros pour les masters en LLA à 2 210 euros en sciences-technologies-santé ; il est de 1 810 euros pour les licences professionnelles.
- Le critère de l'adéquation entre le niveau du diplôme obtenu et l'emploi occupé constitue un sujet de préoccupation largement partagé. Le ministre de l'enseignement supérieur Philippe Baptiste a ainsi indiqué que « les débouchés ne correspondent pas forcément au niveau de la formation, ce qui peut générer une forme de frustration. Le taux d'insertion professionnelle des diplômés de master est très bon ; la question est plutôt celle de l'adéquation entre le poste occupé et le niveau de qualification » 114(*). Le rapport d'information de la commission de la culture du Sénat d'octobre 2025 relatif à la stratégie universitaire de l'État pointait dans le même sens le risque d'un « décalage entre le niveau du diplôme obtenu et les caractéristiques de l'emploi occupé, qui place de nombreux jeunes en situation dite de déclassement professionnel ou de suréducation »115(*).
Ce critère peut être approché par la mesure du déclassement professionnel116(*) des diplômés de l'universités, régulièrement évoqué dans le débat public, mais qui fait l'objet d'évaluations contrastées et le plus souvent non spécifiques à l'université.
Une récente publication du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan relève ainsi, d'une manière générale, un « décalage entre niveau de diplôme et niveau d'emploi » chez les jeunes de moins de 30 ans117(*). La dernière enquête Génération du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) dresse un constat plus nuancé en estimant, toujours pour l'ensemble des diplômés du supérieur, que « le déclassement tend à diminuer depuis une décennie pour les diplômés de niveau bac+5 et plus », mais qu'il a « franchement augmenté pour les sortants diplômés du supérieur court (bac+2 et bac+3/4, à l'exception de la filière santé/social) »118(*). Il semble toutefois que la tendance au déclassement soit plus marquée pour les titulaires de diplômes universitaires de niveau bac + 5 : cette même publication précise en effet que « les bac+5 hors écoles » - catégorie qui semble majoritairement recouvrir les diplômes délivrés par les universités - « sont assez mal positionnés par rapport à plusieurs autres diplômes de niveau inférieur. La situation relative des diplômés de master, notamment, malgré une amélioration sur la période, est souvent moins favorable que celle des diplômés de bac+3/4 ou même de niveau bac ».
S'appuyant sur l'enquête Génération, l'État de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en France (Eesri) le plus récemment publié pointe enfin l'influence de la spécialité de formation sur la probabilité de déclassement119(*). L'enquête relève ainsi que « à niveau de formation égal, les jeunes diplômés de formations tertiaires et en langues, littérature et sciences humaines et sociales sont [...] plus fréquemment déclassés que celles et ceux issus de formations industrielles ou scientifiques ». Le taux de déclassement des titulaires d'un master de littérature ou de sciences humaines et sociales est ainsi évalué à 35 %.
• Toutefois, aux plans quantitatif et qualitatif, la fiabilité de l'évaluation de l'insertion professionnelle semble être partiellement remise en cause par le changement de méthode déployé par le Mesre.
De vives critiques s'élèvent en effet sur le dispositif Insersup, qui constitue depuis 2023 le nouvel outil de référence pour la mesure de l'insertion professionnelle des diplômés du supérieur, en remplacement des enquêtes internes réalisées par chaque établissement. Cet outil, qui agrège les données issues de l'appariement entre les fichiers des établissements d'enseignement supérieur et les données fiscales et sociales, a le grand mérite d'offrir une vision large et reproductible de l'insertion à l'issue de toutes les formations du supérieur, qui permettra d'enrichir les fiches Parcoursup de chaque formation. Il emporte cependant une perte de finesse dans l'analyse de certaines données relatives aux universités.
Les données relatives à l'emploi non salarié des diplômés des universités ne sont ainsi pas disponibles dans les premières études issues de cet outil ; cette lacune pénalisait fortement les formations débouchant largement sur un emploi indépendant ou libéral, notamment les filières de droit, dont les taux d'insertion publiés ont chuté de manière artificielle. Si cette difficulté a été partiellement corrigée, Coralie Chevallier souligne que d'importants angles morts subsistent dans le fonctionnement de l'outil : « les emplois à l'étranger restent exclus du périmètre, ce qui pénalise structurellement les formations à forte dimension internationale. Par ailleurs, pour des raisons de protection des données personnelles, les formations comptant moins de 20 étudiants ne font l'objet d'aucune publication, ce qui invisibilise une partie de l'offre de spécialité, précisément là où les résultats pourraient être les plus instructifs »120(*). Cette restriction est d'autant plus regrettable qu'elle semble procéder d'une conception extensive du secret statistique, et qu'elle ampute l'analyse de l'insertion professionnelle des diplômés de l'université de données indispensables. Régis Bordet, président de l'université de Lille, relève en conséquence des mêmes observations que l'outil Insersup est « déconnecté des réalités observées et connues des universités »121(*), selon une position qui rejoint celle publiquement exprimée par France Universités122(*).
Soulignant que le taux d'emploi mesure moins la performance des formations universitaires que l'état du marché du travail au moment des enquêtes, Coralie Chevallier appelle par ailleurs à systématiser des indicateurs complémentaires permettant d'évaluer la qualité des emplois obtenus, en prenant notamment en compte l'adéquation entre la formation suivie et les caractéristiques de l'emploi occupé123(*).
Cette approche semble encore entièrement à construire. Seules deux des dimensions permettant de caractériser la qualité de l'insertion professionnelle précitées font l'objet de mesures par Insersup : la stabilité de l'emploi (par la mesure de la proportion de diplômés occupant un CDI ou ayant le statut de fonctionnaire) et la rémunération (par la mesure du salaire médian de sortie de chaque formation). L'adéquation entre l'emploi occupé et le diplôme ne fait en revanche l'objet d'aucune mesure, à ce jour, dans le cadre de l'outil Insersup.
3. Un décrochage de l'activité doctorale face à la concurrence internationale
Le troisième indicateur de la qualité de l'accomplissement de leurs missions par les universités réside dans leur activité doctorale. Cet indicateur est particulièrement emblématique, dans la mesure où le doctorat constitue le plus haut grade des diplômes universitaires et est généralement considéré comme une marque d'excellence au niveau mondial.
a) Une stagnation des parcours doctoraux
• Les indicateurs124(*) relatifs à l'activité doctorale des universités125(*) témoignent d'une stagnation dans le développement des parcours doctoraux :
- l'effectif des nouveaux inscrits en première année dans une école doctorale (16 970 en 2024-2025) a reculé de 1 % entre 2015 et 2024. En dépit d'une tendance à l'augmentation au cours des dernières années (+ 4,6 % entre 2022 et 2023 et + 3 % entre 2023 et 2024126(*)), ces chiffres témoignent d'une absence de progression des effectifs doctoraux sur la dernière décennie ;
- sur la même période, le nombre de docteurs nouvellement diplômés (14 727) est demeuré quasiment stable (+ 1,25 %) - avec un effet de rattrapage marqué en 2023 des thèses non soutenues pendant la pandémie de Covid-19.
Cette stagnation s'accompagne d'améliorations qualitatives du parcours des doctorants. La proportion de doctorants bénéficiant d'un financement pour conduire leurs travaux a progressé de 12 % entre 2015 et 2025, ce qui porte à 81 % le taux de travaux doctoraux financés127(*). L'effectif des doctorants quittant le troisième cycle universitaire sans soutenance a par ailleurs diminué de moitié (- 48,6 %) pour atteindre un point bas en 2024-2025 (1 990 sorties sans soutenance) ; selon la Dgesip, cette évolution s'explique par un renforcement de la sélection des futurs doctorants, sous l'effet du développement du label européen HRS4R128(*). La Dgesip relève enfin une tendance à la diminution de la durée des thèses.
• Ces évolutions ne permettent cependant pas de hisser la recherche doctorale française au niveau constaté dans les pays comparables - ce que reconnaît par euphémisme la Dgesip, en indiquant que « le doctorat souffre, en France, d'une situation moins favorable que dans d'autres pays de l'UE ou de l'OCDE ».
Plusieurs données témoignent d'un décrochage des universités françaises dans la formation des docteurs :
- 2 % des étudiants entrant dans l'enseignement supérieur français après le baccalauréat poursuivent leur formation en doctorat, contre 3,7 % des étudiants dans l'Union européenne, 9 % des étudiants suisses, 3,4 % en Grande-Bretagne et 5,2 % en Allemagne ;
- la population française âgée de 25 à 64 ans compte 1 % de docteurs, contre 1,9 % en Allemagne, 2 % en Grande-Bretagne et 3 % en Suisse. Dans la mesure où une large proportion des étudiants inscrits dans les écoles doctorales sont étrangers (avec, selon la Dgesip, 37 % de doctorants internationaux), cet indicateur ne devrait pas progresser de manière significative au cours des prochaines années.
b) Une faible valorisation du plus haut diplôme universitaire
Ces difficultés ont été mises en lien, tout au long des travaux de la commission d'enquête, avec des facteurs culturels tenant à la faible valorisation du doctorat dans notre pays.
Cette absence de valorisation est observée à plusieurs niveaux.
Le doctorat ne bénéficie pas en France du niveau de prestige qui lui est accordé à l'étranger, et n'est pas considéré comme nécessaire pour accéder à certains emplois, y compris dans la recherche, ni pour progresser dans une carrière professionnelle. Ainsi, 14 % seulement des chercheurs dans les centres de recherche et développement des entreprises françaises sont des docteurs. Le fait que l'âge moyen des diplômés du doctorat français soit le plus faible parmi les pays de l'OCDE signifie selon la Dgesip que les professionnels français en activité depuis plusieurs années s'engagent moins dans la préparation d'une thèse, et dénote ainsi « une plus-value perçue du diplôme plus faible que dans les autres pays de l'OCDE ». Enfin, seuls 8 % des hauts dirigeants français sont des docteurs, contre 21 % aux États-Unis et en Suisse et 36 % en Allemagne - ce qui ne contribue d'ailleurs pas à faire évoluer les représentations relatives au doctorat, ainsi que l'a souligné Olivier Faron, responsable du pôle Compétences, formation et jeunesse du Medef129(*).
Des difficultés relatives à l'insertion professionnelle des docteurs sont également observées. L'enquête Génération précitée observe à ce titre que « le doctorat offre des chances moyennes d'accéder à l'emploi stable, presque toujours inférieures à celles des diplômés de bac+5 hors université ». Les phénomènes observés dans les entreprises privées et dans le secteur public diffèrent toutefois :
- s'agissant de l'emploi privé, la faible rémunération de nombreux docteurs a été pointée à plusieurs reprises, de même que la faible qualité perçue des profils de docteurs par les entreprises. Philippe Aghion a évoqué un « découragement » vis-à-vis du doctorat dès lors que celui-ci peut constituer un « [handicap] » au moment de l'embauche, ses titulaires étant considérés comme surqualifiés130(*). Camille Galap a également regretté « des salaires qui ne sont pas à la hauteur de ceux [qui peuvent être obtenus] dans une entreprise avec un diplôme d'ingénieur »131(*), tandis que Bruno Lina, président de l'université Claude-Bernard Lyon 1, relevait que « lorsqu'un docteur sort de l'université et se retrouve sur le marché du travail en concurrence avec un ingénieur sortant d'une école, il n'est pas avantagé, ce qui est incompréhensible puisqu'il a un niveau de qualification supérieur »132(*). Ces éléments témoignent, selon Daniel Mouchard, de ce que « le doctorat est encore trop souvent perçu, par les acteurs extra-académiques, comme un exercice intellectuel intéressant, mais non professionnalisant »133(*) ;
- le recrutement de docteurs dans la fonction publique, hors fonctions strictement académiques, est entravé par l'absence de filières de recrutement spécifiques, ou adaptées lorsqu'elles existent. Stéphane Braconnier a regretté la disparition, au nom de la simplification, de la voie de recrutement réservée aux docteurs pour l'accès à la magistrature134(*). Olivier Ginez s'est également interrogé sur la possibilité de « demander au secteur privé de recruter des docteurs quand le secteur public met un certain nombre de barrières à leur recrutement »135(*).
Cette situation est d'autant plus paradoxale que les docteurs formés en France bénéficient d'une reconnaissance élevée à l'étranger. Sylvie Retailleau a ainsi rappelé qu'« en France, nous formons des docteurs de très haut niveau. [...] D'ailleurs, on vient du monde entier pour les chercher et nous les prendre. Simplement, ils sont insuffisamment reconnus dans le secteur privé »136(*). Camille Galap a également souligné que « les autres pays reconnaissent la valeur du diplôme de doctorat délivré par les universités françaises » et que « quand des étudiants de l'étranger ayant obtenu leur doctorat en France retournent dans leur pays, ils sont des moteurs pour leur économie à l'échelle locale »137(*).
* 75 Audition du 30 juin 2026.
* 76 Selon les données fournies par la Dgesip en réponse au questionnaire de la rapporteure, qui diffèrent légèrement de celles figurant dans les bases de données de la sous-direction des systèmes d'information et des études statistiques (Sies) du Mesre accessibles en open data. D'une manière générale, des variations dans les données relatives aux taux de réussite en licence sont observées dans l'ensemble des informations transmises à la commission d'enquête. Ces données varient selon la source de l'information (par exemple entre l'OCDE et le Mesre), mais aussi au sein des éléments produits par le ministère lui-même. Si l'ordre de grandeur de l'échec étudiant demeure le même dans toutes les sources, ces écarts conduisent à s'interroger sur la fiabilité du suivi statistique effectué.
* 77 Dernière année pour laquelle le taux de réussite en cinq ans est connu.
* 78 La session 2023 correspond à l'achèvement en trois ans du cycle de licence pour les titulaires du baccalauréat de 2020, qui a enregistré un taux de réussite historiquement haut dans un contexte d'aménagement des épreuves du fait de la pandémie de Covid-19.
* 79 Les éléments statistiques qui suivent sont issus de la publication Parcours et réussite en licence : les résultats de la session 2024, Note Flash du Sies, n° 2025-29, 18 novembre 2025.
* 80 Cour des comptes, La prévention de l'échec en premier cycle universitaire, Rapport public annuel 2025.
* 81 G. Fack et É. Huillery, Enseignement supérieur : pour un investissement plus juste et plus efficace, Les notes du conseil d'analyse économique, n° 68, décembre 2021.
* 82 Audition du 7 mai 2026.
* 83 Audition du 13 avril 2026.
* 84 Institut des politiques publiques, Note n° 122, Quels effets d'une réorientation en première année d'études supérieures sur la réussite des étudiants ? Nagui Bechichi, janvier 2026. Cette étude, qui vise à proposer « une première estimation causale des conséquences d'une réorientation post-bac sur les parcours et la réussite d'études supérieures, en comparant les étudiants admis de justesse à cette réorientation à ceux refusés de justesse », relève que l'admission de justesse à un voeu de réorientation augmente de 23 points, par rapport au refus de réorientation de justesse, la probabilité d'obtenir un diplôme du supérieur (69 % contre 46 %).
* 85 Audition du 16 juin 2026.
* 86 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 87 Une grande diversité des trajectoires durant les trois premières années dans l'enseignement supérieur, Note d'information du Sies n° 25.03, janvier 2025.
* 88 Trajectoires des étudiants entrant en licence : entre réussites, réorientations et abandons, Note d'information du Sies n° 26.06, 2 juillet 2026.
* 89 Id.
* 90 Audition du 3 juin 2026.
* 91 IGÉSR, La réorientation dans l'enseignement supérieur, rapport n° 2020-063, juin 2020, selon lequel « les changements de trajectoires étudiantes sont en constante augmentation et pourraient de fait devenir, à la place des parcours linéaires et continus, la nouvelle norme » (p. 7).
* 92 Audition du 6 mai 2026.
* 93 Audition du 20 mai 2026.
* 94 La majorité de ces diplômes étant des diplômes universitaires. 57 % des 785 000 diplômes de l'enseignement supérieur délivrés en 2022 (hors titres RNCP) l'ont ainsi été par une université (calcul réalisé à partir de Insee, Formations et emploi, Diplômes de l'enseignement supérieur, analyse parue le 12 février 2025).
* 95 Évaluation des compétences des adultes 2023, étude initiée et dirigée par le programme de l'OCDE pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), publiée en décembre 2024, et dont les résultats sont retracés dans la publication Regards sur l'éducation 2025. Les éléments statistiques mentionnés trouvent leur source dans la note spécifique à la France.
* 96 C'est-à-dire, selon la définition qu'en donne l'OCDE et qui correspond à la notion anglo-saxonne de literacy, la capacité à comprendre et utiliser l'information contenue dans des textes écrits dans divers contextes quotidiens, pour atteindre des objectifs personnels et pour développer des connaissances et des aptitudes.
* 97 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 98 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 99 Audition du 7 avril 2026.
* 100 Audition du 14 avril 2026.
* 101 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 102 Déplacement du 8 juin 2026.
* 103 Déplacement du 4 juin 2026.
* 104 La commission d'enquête n'a pas retenu ici les données relatives à l'insertion des diplômés de licence générale, dans la mesure où l'obtention de ce diplôme débouche majoritairement sur une poursuite d'études.
* 105 L'insertion professionnelle des diplômés 2022 de l'université (master et licence professionnelle), fiche 27, in L'État de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en France (Eesri), 18e édition, 2e trimestre 2026, 11 juin 2025. Cette édition de l'Eesri constitue la dernière pour laquelle des données relatives à l'insertion professionnelle des étudiants spécifiques à l'université sont disponibles.
* 106 Sies, Le taux d'emploi salarié en France des diplômés 2024 de BUT, Note Flash n° 2025-35, décembre 2025.
* 107 L'insertion professionnelle en emploi salarié en France des diplômés de formation d'ingénieur et de niveau Bac + 5 en management, fiche 30, in L'État de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation en France, 19e édition, 2e trimestre 2026.
* 108 Auditions du 31 mars et du 14 avril 2026.
* 109 Audition du 27 mai 2026.
* 110 Audition du 7 avril 2026.
* 111 Sur la base des enquêtes d'insertion professionnelle menées par chacune d'entre elles auprès de leurs anciens étudiants.
* 112 Sies, L'insertion professionnelle à 18 et 30 mois des diplômés 2020 de master, Note Flash n° 2023-22, octobre 2023. Ces éléments sont issus de la dernière enquête sur l'insertion professionnelle fondée sur les données remontées par les universités.
* 113 C'est-à-dire dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, de la fonction publique, d'une profession libérale ou indépendante.
* 114 Audition du 30 juin 2026.
* 115 Stratégie universitaire de l'État : fixer un cap, restaurer la confiance, rapport d'information n° 58 (2025-2026) de Mme Laurence Garnier et M. Pierre-Antoine Levi au nom de la commission de la culture, 22 octobre 2025, page 39.
* 116 Dans l'enquête Générations du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq), sont considérés comme déclassés les diplômés de CAP ou BEP et les bacheliers quand ils sont employés ou ouvriers peu qualifiés, les diplômés de bac +2/3/4 quand ils ne sont pas cadres, professions intermédiaires ou chefs d'entreprise, et les diplômés de bac+5 ou plus quand ils ne sont pas cadres ou chefs d'entreprise.
* 117 Haut-commissariat à la stratégie et au plan, Jeunesse d'hier et d'aujourd'hui : le grand déclassement ?, Note flash n° 4, octobre 2025.
* 118 Céreq, S'insérer dans un monde instable : le diplôme reste une valeur sûre. Enquête 2024 auprès de la Génération 2021, Céreq Bref (Bulletin de recherches emploi formation), n° 487-488, 2026.
* 119 Sies, L'État de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation en France (Eesri), 2026, n° 19, juin 2026.
* 120 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 121 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 122 France Universités, Insersup : un outil qui masque la réalité de l'insertion professionnelle, communiqué de presse du 17 juin 2026.
* 123 Réponse au questionnaire de la rapporteure.
* 124 Les données qui suivent sont issues des réponses de la Dgesip au questionnaire de la rapporteure.
* 125 En 2024-2025, 120 établissements accueillaient des doctorants dans le cadre de 291 écoles doctorales.
* 126 La hausse enregistrée en 2020 a particulièrement concerné la physique (+ 12 %), les sciences pour l'ingénieur (+9%) ainsi que les sciences et technologies de l'information et communication (+ 7 %) ; elle n'a en revanche pas bénéficié aux sciences du vivant et de l'environnement. Le nombre de premières inscriptions en sciences humaines et sociales a augmenté de 3 % après avoir reculé de -2,2 % en 2023 et de 5,5 % en 2022.
* 127 La situation financière des doctorants diffère cependant fortement selon les domaines scientifiques : les doctorats en sciences exactes et en sciences du vivant sont très largement financés (respectivement 98 % et 86 %), contre 53 % des doctorats en sciences humaines et sociales.
* 128 Label reconnaissant des pratiques de recrutement, ouvertes, transparentes et fondées sur le mérite, de tous les chercheurs, y compris les doctorants.
* 129 Audition du 29 avril 2026.
* 130 Audition du 16 avril 2026.
* 131 Audition du 19 mai 2026.
* 132 Idem.
* 133 Audition du 20 mai 2026.
* 134 Audition du 7 avril 2026.
* 135 Audition du 16 juin 2026.
* 136 Audition du 6 mai 2026.
* 137 Audition du 19 mai 2026.




