III. L'ANALYSE ECONOMIQUE NE CONDAMNE PAS LE SYSTEME TRANSITOIRE DE TVA

A. LE REGIME TRANSITOIRE DE TVA N'A PAS AFFECTE LE FONCTIONNEMENT DU MARCHE COMMUN

Dans un rapport rendu public en juin 1996 (3( * )) , le Gouvernement a indiqué que " le nouveau système a fait l'objet d'un jugement positif de la part des entreprises. Plusieurs enquêtes ont été effectuées dans les pays à partir d'initiatives privées ou de services administratifs. Elles relèvent que les entreprises ont bénéficié d'une diminution de leurs coûts (réduction de la durée de transport avec la suppression des formalités, suppression du préfinancement de la TVA due à l'importation, disparition des frais des transitaires) et de leurs charges administratives. La manière dont la transition a été effectuée a également fait l'objet d'une appréciation favorable par les organismes indépendants qui ont étudié le fonctionnement du nouveau régime ".

L'étude du CEPII confirme cette analyse de l'administration fiscale.

D'une part les achats transfrontaliers ne témoignent pas d'une concurrence fiscale très intense . En effet les coûts de transports compensent en général largement l'avantage fiscal de telle sorte que l'écart de prix n'apparaît plus comme la motivation principale des achats à l'étranger. Il apparaît que : " même si les différentiels de taxation indirecte (accises et TVA) semblent jouer un rôle significatif dans les achats transfrontaliers, ces derniers restent donc pour l'heure limités, malgré la mise en oeuvre du Marché unique, et leur impact macro-économique est négligeable ".

D'autre part la dispersion des prix reste très proche, qu'on inclue ou non la TVA . On constate certes une accélération de la convergence des prix depuis la mise en place du Marché unique, mais on constate aussi que les taxes indirectes n'ont pas eu d'influence sur les rythmes de convergence des prix, qui sont comparables que l'on raisonne TTC ou hors taxes. Il semble donc se confirmer que les taxes indirectes n'ont eu que peu d'influence sur les prix hors taxes : " L'ancien système de TVA selon la destination déconnectait sans doute de manière relativement efficace les systèmes fiscaux nationaux et la concurrence portait bien sur les prix hors taxes ".

B. L'HARMONISATION DES TAUX ENVISAGEE AURAIT EN REVANCHE DES EFFETS ECONOMIQUES PERTURBATEURS

La Commission estime que le passage au régime définitif de TVA, qui impliquerait une harmonisation des niveaux de TVA, est justifié par le bon fonctionnement du marché intérieur.

Dans une communication présentée par sa commission fiscale, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris (4( * )) avait estimé de son côté : " Pour justifier le passage à un régime définitif bouleversant une fois de plus le fonctionnement des entreprises, la Commission soutient que le système actuel de TVA intracommunautaire freine le développement des échanges. Or à ce jour, aucune étude quantitative n'est venue confirmer cette appréciation. Les professionnels ne considèrent pas que les formalités du régime de TVA sont un obstacle au commerce international, à l'exception des difficultés qui persistent mais qui peuvent être résolues ponctuellement ".

La CCI de Paris ajoutait que " le régime définitif prévoyant une taxation à la TVA dans le pays d'origine présente trop d'écueils et de risques pour recevoir l'appui des entreprises et plus particulièrement de la CCI de Paris. Nombreux sont d'ailleurs ceux qui se sont prononcés dans ce sens comme récemment la fédération européenne des experts comptables, ou plus discrètement, mais non moins fermement, l'administration française ".

L'étude du CEPII confirme le caractère fortement perturbateur qu'aurait une harmonisation généralisée des taux en Europe : " Si l'harmonisation de la TVA semble être un préalable à la réforme proposée par la Commission, elle n'est en elle-même pas neutre. Une harmonisation complète de l'assiette et des taux dans tous les pays de l'Union européenne représente un choc important, par nature asymétrique... Harmoniser les taux de TVA est une entreprise lourde qui demandera sans doute une longue négociation... Globalement, pour l'ensemble de la Communauté, la production est modifiée : l'alignement vers le haut a un effet récessif, l'alignement vers le bas un effet expansionniste... Dans la plupart des pays de l'Union, une harmonisation de la TVA, quel que soit le niveau adopté, aurait des conséquences suffisamment importantes pour imposer des modifications non négligeables du reste de la fiscalité ".

L'étude conclut : " Le gain en neutralité de l'impôt qu'apporte le système commun, et qui devrait s'avérer favorable à l'allocation des ressources au sein de l'Union, est payé d'une perte d'autonomie nationale, puisque la possibilité de modifier les taux de TVA disparaît. Cette perte d'autonomie pose des problèmes macro-économiques d'autant plus importants qu'elle intervient en UEM ... Face à un choc purement national, auquel la Banque centrale européenne ne peut répondre de manière adéquate, les instruments fiscaux de gestion conjoncturelle qui subsistent sont essentiellement l'impôt sur le revenu et les prestations sociales. En France notamment, où l'impôt sur le revenu ne représente qu'une part très faible des recettes fiscales, et où les régimes sociaux sont en situation difficile, le champ des actions possibles serait restreint ".

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