Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Vous ne vous engagez pas vraiment…

pour porter la paix face aux bellicistes

M. le président. La parole est à M. Jérémy Bacchi, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.

M. Jérémy Bacchi. Ma question s'adresse à Mme la ministre des armées et des anciens combattants.

Face aux maires de France, le chef d'état-major des armées a affirmé que le pays devait être « prêt à accepter de perdre ses enfants, de souffrir économiquement ». Ce discours anxiogène et belliciste a laissé incrédules les maires et la nation tout entière.

Madame la ministre, l'administration, fût-elle gradée et militaire, est aux ordres du politique, et non l'inverse. Avez-vous demandé au chef d'état-major de tenir de tels propos ? Cautionnez-vous ce discours sacrificiel, contraire à l'idéal républicain de progrès humain, qui décrit le scénario d'une guerre mondiale impliquant la France en Ukraine ?

Nous, communistes, connaissons le prix du sang, de l'engagement ultime pour la défense de la nation, en ardents patriotes que nous sommes. Or, aujourd'hui, vous entérinez le passage d'un État social à un État guerrier. L'accroissement des besoins militaires donne lieu de prétexte à toutes les coupes dans les services publics. Jaurès nous enseignait pourtant que l'« on ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre ».

Madame la ministre, ces annonces tonitruantes, ce conditionnement des masses actent en réalité une crise majeure et sans précédent de la diplomatie française : passage en force de la réforme du corps diplomatique, désaveu de notre pays en Afrique et au Moyen-Orient, mise à l'écart, de la part du président Trump, des discussions qui comptent… La France recule face aux désordres du monde.

Depuis 2017, le Président de la République a sacrifié nos réseaux diplomatiques et notre influence, dévitalisant l'idée même que notre pays soit une puissance d'équilibre.

Nous devons mener une coalition se tenant au côté de l'Ukraine, définir de claires lignes rouges et proposer un plan de paix crédible, juste et durable. Dans la période actuelle, toute escalade est à rebours de ce qu'exige l'avenir de notre humanité.

C'est pourquoi nous avons déposé une proposition de loi pour limiter les rentes des grandes entreprises de la défense et neutraliser les dividendes de guerre. L'économie de guerre entraîne une valorisation des portefeuilles boursiers. La commande publique se transforme en dividendes privés. La destruction et la peur deviennent des indices sur les marchés financiers.

Comme le disait Victor Hugo : « La paix est la vertu de la civilisation, la guerre en est le crime. » (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K et sur des travées du groupe SER.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre des armées et des anciens combattants.

Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants. Monsieur le sénateur, je vous remercie de cette question.

Permettez-moi de vous répondre très directement sur la présence du chef d'état-major des armées au 107e Congrès des maires et des présidents d'intercommunalité de France. Mesdames, messieurs les sénateurs, vous le savez très bien, les maires sont des acteurs majeurs du lien entre l'armée et la nation, tout simplement parce que, dans les territoires, se trouvent des empreintes militaires, mais aussi des entreprises de notre base industrielle de défense. Les échanges entre les divers acteurs y sont donc quasi quotidiens.

Par ailleurs, je vous le redis, monsieur le sénateur, le chef des armées, c'est le Président de la République. Le chef d'état-major des armées est le conseiller du Président de la République et du Gouvernement. Il coordonne l'activité de nos armées et informe le Gouvernement sur leurs besoins.

Il a répondu à une invitation et son propos s'inscrit strictement dans les termes non seulement de la revue nationale stratégique (RNS) qui a été publiée au mois de juillet dernier et qui sert de fondement au projet de budget que nous vous proposons, mais également de l'intervention du Président de la République le 13 juillet dernier à l'hôtel de Brienne.

Oui, la menace existe ; oui, les choses ont changé ; et oui, il faut le dire ! Malheureusement, les dividendes de la paix, c'est terminé : on peut le regretter, mais nous devons, quoi qu'il en soit, anticiper.

En ce qui concerne la place de la diplomatie française et les coalitions, permettez-moi de fonder ma réponse sur l'actualité. Hier après-midi, le Président de la République présidait une réunion de la coalition des volontaires à laquelle étaient représentés trente-cinq pays.

Cette coalition des volontaires regroupe les pays qui veulent préparer l'après-paix en Ukraine. Les questions auxquelles elle cherche à répondre sont les suivantes : comment nous rassembler pour une paix juste et durable ? Comment garantir cette paix aux Ukrainiens ?

Vous le voyez, non seulement la France anticipe, mais elle se tient au milieu de l'ensemble des pays engagés pour la paix en Ukraine et sur le continent européen ! (MM. François Patriat et Marc Laménie applaudissent.)

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Très bien !

lutte contre les violences faites aux femmes (iii)

M. le président. La parole est à Mme Dominique Vérien, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Mme Dominique Vérien. Madame la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, depuis deux quinquennats, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants est présentée comme la grande cause de notre pays.

Certes, le Grenelle de 2019 a marqué une étape importante : des dispositifs ont été créés, des lois ont été adoptées et nul ne peut nier votre volonté d'agir.

Pourtant, les féminicides ne reculent pas et les violences sexuelles restent massives : 150 femmes sont mortes cette année et 600 nourrissons ont été victimes de violences sexuelles en 2024.

Ayons le courage de l'admettre, il s'agit d'un échec collectif : celui de l'État, celui des institutions, mais aussi le nôtre, nous, parlementaires, qui avons travaillé, proposé et voté des lois qui ne produisent pas encore les effets attendus. J'en prends bien sûr ma part.

Parmi les failles persistantes, la formation des forces de l'ordre reste insuffisante, alors que le premier accueil au commissariat ou en gendarmerie peut sauver une vie. Les rapports successifs montrent que cette formation est encore partielle, fondée sur le volontariat et non systématique. En outre, elle est dépendante de financements locaux qui sont encore en baisse dans le budget pour 2026.

Cette situation s'explique aussi par le manque criant de moyens. À en croire le projet de loi de finances pour 2026, la mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), qui doit piloter et coordonner cette politique essentielle, tout en assurant la formation de l'administration de l'État et des collectivités territoriales, mais aussi de la société civile, disposera l'année prochaine de seulement neuf postes et de 9 000 euros de frais de fonctionnement. Comment prétendre remplir des objectifs aussi ambitieux avec de tels moyens ?

Madame la ministre, ma question est double et s'adresse en réalité à tous vos collègues : à quand une formation obligatoire, initiale et continue, des policiers, des gendarmes, des magistrats et des services sociaux ? À quand un pilotage fort, interministériel et doté de moyens à la hauteur de cet enjeu vital ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées des groupes INDEP et SER.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

Mme Aurore Bergé, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Madame la présidente de la délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, permettez-moi tout d'abord de saluer votre engagement personnel, mais aussi celui de l'ensemble de la délégation que vous présidez.

Vous avez conduit des travaux très importants, notamment sur la santé des femmes ou la lutte contre la pornographie, dont nous savons qu'elle est un fléau pour nos enfants et nos adolescents en termes de représentation.

Pour revenir à votre question, le ministre de l'intérieur et moi-même le disons de manière très claire : la formation initiale des policiers et des gendarmes n'est pas une option, elle est bel et bien une obligation. À l'heure actuelle, plus de 200 000 policiers et gendarmes ont d'ores et déjà été formés sur la manière de recueillir la parole des victimes.

Si vous visitez un commissariat, comme n'importe quel parlementaire a le droit de le faire et comme je l'ai moi-même fait encore cette semaine, vous verrez que les policiers disposent de procès-verbaux types, qui décrivent la façon de conduire l'entretien lors de l'accueil de personnes victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales.

Il est aussi tenu compte de certains types de violences dont on ne parlait pas nécessairement auparavant et qui sont parfois minimisées par les victimes elles-mêmes : les violences psychologiques, les violences économiques, mais aussi les violences sexuelles lorsqu'elles interviennent au sein du couple – certaines personnes ont toujours une idée particulière du « devoir » conjugal…

Il existe également une grille d'évaluation du danger, qui est en cours de révision en partenariat avec le ministère de l'intérieur, pour garantir une bonne appréhension de l'ensemble des facteurs. Je pense en particulier aux risques suicidaires, auxquels, nous le savons, les femmes victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales sont souvent exposées.

Cette grille d'évaluation du danger a même été éditée en français facile à lire et à comprendre (Falc) pour les personnes les plus éloignées de notre langue ou celles en situation de handicap.

Notre engagement concernant la formation est donc tenu et nous le renforcerons, en nous appuyant sur les élus locaux et plus particulièrement sur l'Association des maires ruraux de France (AMRF). Le réseau inclue déjà 600 élus locaux et je vais signer cet après-midi avec Françoise Gatel une convention pour renforcer cette coopération.

M. le président. La parole est à Mme Dominique Vérien, pour la réplique.

Mme Dominique Vérien. Je vous remercie de votre réponse, madame la ministre. Nous ne doutons pas de votre engagement. Je pense que le Centre Hubertine Auclert sera ravi d'apprendre qu'il va pouvoir reprendre la formation des policiers franciliens. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées du groupe INDEP.)

suites données à la convention citoyenne sur les temps de l'enfant

M. le président. La parole est à Mme Ghislaine Senée, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

Mme Ghislaine Senée. Monsieur le ministre de l'éducation nationale, après six mois de travail, la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant, dont la création avait été annoncée en mai dernier, a rendu il y a quelques jours ses conclusions. Le constat est sans appel : les temps de vie des enfants sont trop fragmentés, car ils sont construits autour des contraintes des adultes.

Le manque d'articulation des temps scolaires, périscolaires et extrascolaires, la raréfaction des temps libres sans contraintes, les temps de transport et l'exposition aux écrans sont autant d'éléments qui affectent leur bien-être, leur santé et leur apprentissage et qui accentuent, de fait, les inégalités sociales et territoriales.

Je veux saluer ici le travail de cette convention citoyenne qui, au travers de ses vingt propositions structurantes, remet à nouveau les besoins de l'enfant au centre des débats.

Monsieur le ministre, je vous poserai deux questions.

À l'heure où le Gouvernement se désengage envers la jeunesse et s'apprête à procéder à une coupe budgétaire de près de 1 milliard d'euros dans les politiques qui leur sont consacrées – les « colos apprenantes », le Pass'Sport, les missions locales… –, où des postes d'enseignants sont supprimés, où le nombre d'AESH reste insuffisant et où les associations éducatives, sportives et culturelles qui œuvrent pour et avec les jeunes sont mises en danger, je m'interroge : quelles suites comptez-vous réellement donner à ce rapport ?

Comment comptez-vous associer l'ensemble des acteurs de la jeunesse – enseignants, encadrants, mais aussi élus locaux –, alors que les collectivités sont déjà très fortement en tension dans le domaine périscolaire ? Ces acteurs attendent une réponse très claire de votre part. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST et sur des travées du groupe SER. – M. Alexandre Basquin applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant est un jalon substantiel de la réflexion relative à l'articulation des différents temps de l'enfant. À cet égard, je me permets d'adresser mes remerciements au Conseil économique, social et environnemental (Cese) et aux 133 citoyens et citoyennes qui ont participé à cette convention.

Plusieurs points de convergence ressortent de ces travaux, notamment sur la nécessité de penser comme un tout le continuum des temps de l'enfant et sur le caractère transversal et, au fond, partenarial de ces différents temps. En effet, les temps de l'enfant concernent bien sûr les familles et l'école, mais aussi les collectivités territoriales et les associations, notamment les associations d'éducation populaire.

Cela étant dit, des réflexions doivent être menées sur le strict temps scolaire, qui ne représente, comme vous le savez, que 18 % du temps de l'enfant. Des expériences ont déjà été conduites, en plusieurs phases successives, avec des résultats que je qualifierai d'inégaux. La suite de ces travaux ne peut être envisagée que de manière partenariale, en tenant compte des contraintes propres au service public de l'éducation.

À partir de ce jalon, nous allons poursuivre la réflexion, non seulement sur les temps de l'école, mais aussi sur des aspects que vous avez mentionnés, notamment la question des écrans. J'aurai prochainement l'occasion de revenir vers vous pour parler de ce dernier sujet de manière plus précise.

Cette convention citoyenne est un point de départ à partir duquel nous allons pouvoir travailler ensemble dans le cadre des instances du ministère de l'éducation nationale, en particulier le Conseil supérieur de l'éducation.

M. le président. La parole est à Mme Ghislaine Senée, pour la réplique.

Mme Ghislaine Senée. Vous parlez de « point de départ », de « jalon »… Je vous mets en garde : il s'agit de la troisième convention citoyenne que lance Emmanuel Macron depuis 2017. Nous avons assisté à trois exercices de démocratie participative, au cours desquels les citoyens ont travaillé, débattu et proposé des pistes avec sérieux et créativité. Dans les trois cas, il a été promis que les conclusions seraient entendues.

Pourtant, les 149 recommandations formulées par la Convention citoyenne sur le climat ont fait l'objet d'un mépris total ; celles formulées par la Convention citoyenne sur la fin de vie ont reçu un soutien frileux et leur mise en application est sans cesse repoussée.

Aurez-vous cette fois-ci le courage d'écouter nos concitoyens qui ont participé à cet exercice et de transformer leurs propositions en décisions politiques ? Il s'agit d'un véritable enjeu de démocratie participative, et vous êtes attendus sur le sujet. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST et sur des travées du groupe SER.)

narcotrafic à marseille

M. le président. La parole est à Mme Valérie Boyer, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Valérie Boyer. Monsieur le ministre de l'intérieur, samedi, l'hommage rendu à Mehdi Kessaci a rassemblé une foule qui disait une chose : les Français n'en peuvent plus de voir leurs enfants être détruits ou tomber sous les balles des trafiquants.

En 2024, le narcobanditisme a fait quatorze victimes collatérales et dix-huit blessés : quatorze innocents, quatorze vies arrachées, quatorze familles détruites. À travers elles, à travers Mehdi, je veux rendre un hommage solennel aux victimes et dire à leurs proches que la France ne les oubliera pas et qu'elle réagira avec toute la force nécessaire.

Ces crimes ne sont pas des faits divers. Ils sont les signes d'une narcoviolence qui prend des allures de terrorisme. Pourtant, l'ancien garde des sceaux avait préféré minimiser les alertes plutôt que de reconnaître l'effondrement de l'autorité de l'État.

La vérité, c'est que nous perdons du terrain. Les magistrats de Marseille l'ont dit sous serment : nous livrons une guerre asymétrique contre des organisations riches, armées, implantées dans 173 narcocités, pesant 7 milliards d'euros par an.

Ces territoires ne sont plus des quartiers populaires. Ils sont devenus des zones de droit parallèle où la pègre, les trafics, y compris d'êtres humains, et l'islamisme dictent leurs lois. Ces réseaux ont déclaré la guerre à la République française.

Face à cela, les hommages ne suffisent plus. Il faut frapper fort, vite et juste. Autour de Martine Vassal, (Protestations sur les travées des groupes SER et GEST.) nous voulons faire de Marseille le fer de lance de la reconquête de la sécurité.

C'est pourquoi, à la suite de la loi que j'ai défendue avec notamment Bruno Retailleau, Étienne Blanc et Jérôme Durain, je réitère la demande qui vous a été formulée par Martine Vassal de créer immédiatement une antenne marseillaise du parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco), afin de frapper au cœur les réseaux criminels et de coordonner une riposte à la hauteur. (Nouvelles protestations sur les travées des groupes SER et GEST.)

Tout est prévu pour accueillir cette nouvelle juridiction à Marseille. (Mme Marie-Arlette Carlotti s'exclame.) Cette exigence émane d'élus locaux, mais aussi de magistrats comme Luc Fontaine, qui appellent à agir là où la guerre se joue.

Soyons concrets, car il y a urgence : monsieur le ministre, le Gouvernement va-t-il agir et accéder à notre demande de créer une antenne du Pnaco à Marseille ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Franck Menonville applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Tout d'abord, je veux à mon tour saluer le rassemblement qui s'est tenu samedi à Marseille. Il s'agit d'une réponse extrêmement forte adressée aux trafiquants. Il est important que la société civile se mobilise. La réponse ne peut pas être uniquement répressive, policière et judiciaire.

Pour autant, nous apportons cette réponse. Nous continuerons de démanteler des réseaux à Marseille, comme nous l'avons encore fait il y a quelques minutes en saisissant 150 kilos de drogue. Nous continuerons d'empêcher des règlements de compte, comme nous l'avons encore fait la semaine dernière en déjouant deux opérations grâce à l'engagement des forces de police, sous l'autorité du préfet des Bouches-du-Rhône, de la préfète de police déléguée et, évidemment, du ministre de l'intérieur et du garde des sceaux.

Nous continuerons de mener de telles actions et nous allons les renforcer grâce à la loi qui a été adoptée en juin 2025, puisqu'elle confère davantage de prérogatives à nos policiers et à nos magistrats. Désormais, la lutte contre le narcotrafic est placée sur le même plan que la lutte contre le terrorisme en termes de moyens et d'outils.

Des outils supplémentaires comme le gel administratif des avoirs ou la faculté laissée aux préfets de prendre des interdictions de paraître ou de fermer des commerces permettront aux services de mieux se coordonner.

Le Pnaco fait partie de ces outils. Il en est de même pour l'état-major de lutte contre la criminalité organisée (Emco) qui a été créé par mon prédécesseur : situé dans les locaux de la direction nationale de la police judiciaire, ce nouveau service favorisera les échanges d'informations entre les services.

Le garde des sceaux ne m'en voudra pas de m'exprimer aussi en son nom pour dire que ce qui fait la force de l'Emco et du Pnaco, c'est leur centralité et leur capacité à réunir toutes les informations requises pour mieux décider de la conduite d'actions répressives sur l'ensemble du territoire, qu'elles proviennent des services de renseignement, de la police ou de la justice. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI. – M. Bernard Fialaire applaudit également.)

M. le président. La parole est à Mme Valérie Boyer, pour la réplique.

Mme Valérie Boyer. Monsieur le ministre, permettez-moi d'insister : nous avons demandé l'installation du siège national du Pnaco à Marseille, car cela constituerait un signal fort de reconquête de nos territoires.

À l'instar du combat contre l'islamisme et le terrorisme, la lutte contre le narcotrafic exige un sursaut, une volonté et une politique nationale. (M. Guy Benarroche s'exclame.) Il me semble indispensable de localiser ce nouvel outil à Marseille. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

politique industrielle et situation de l'entreprise novasco

M. le président. La parole est à M. Michaël Weber, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Michaël Weber. Monsieur le ministre de l'économie, la fermeture des usines NovAsco met à mal votre politique de relance industrielle, celle d'un État qui rechigne à toute intervention directe dans l'économie, mais qui se ruine en aides publiques sous couvert de promesses souvent non tenues par des acteurs privés si peu soucieux de la casse sociale qu'ils provoquent.

Combien de projets de reprise d'industries en difficulté ont ainsi englouti ces aides ? Pour ne citer que ces deux entreprises, l'État a dépensé 85 millions d'euros dans le plan de reprise de NovAsco par Greybull, et ArcelorMittal a touché 298 millions d'euros d'aides pour la seule année 2023.

Qu'ont donné en retour les entreprises bénéficiaires de ces aides ? Le rapport de commission d'enquête de notre collègue Fabien Gay sur ce sujet est édifiant : ArcelorMittal, tout en distribuant 200 millions d'euros de dividendes à ses actionnaires, a organisé aux frais de l'État le licenciement de 600 salariés à Dunkerque, à Florange et en Basse-Indre.

Le fonds Greybull n'aura investi que 1,5 million d'euros dans NovAsco sur les 90 millions promis, provoquant la fermeture définitive des usines d'Hagondange, de Custines et de Saint-Étienne. À cause des atermoiements de ce fonds d'investissement que vous qualifiez vous-même de voyou, 549 emplois sont supprimés. Vous réagissez enfin en saisissant la justice, mais convenez que c'est un peu tard.

Le Gouvernement, au cours des différentes reprises de NovAsco, a déjà engagé plus de 200 millions d'euros, pour l'essentiel à fonds perdus. Pourtant, il persiste à écarter toute perspective de détention majoritaire, voire de participation publique au capital de ces entreprises stratégiques.

Songerez-vous désormais à renforcer le pouvoir de l'État sur la gouvernance des entreprises industrielles, plutôt que de vous limiter à dresser des constats d'échec et à payer les pots cassés ? Envisagez-vous d'interdire enfin les licenciements économiques, lorsque le comportement financier des entreprises atteste de leur parfaite viabilité ?

C'était précisément l'objet de la proposition de loi de Thierry Cozic, défendue ici même : encadrer le recours abusif aux licenciements économiques pratiqués par les multinationales in bonis. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et sur des travées du groupe CRCE-K.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur, je vous remercie de votre question.

Franchement, ce qui se passe chez NovAsco est difficile pour nous tous : c'est évidemment difficile, en premier lieu, pour les salariés, mais cela l'est également pour moi, puisque j'étais ministre de l'industrie lorsque nous avons organisé la reprise des sites.

Je voudrais rappeler qu'il y a eu de bonnes nouvelles dans le cadre de ces reprises. Le site de Fos-sur-Mer a été repris par le groupe italien Marcegaglia, qui investit et décarbone les infrastructures. Plus de 300 emplois ont ainsi été sauvés. De même, l'entreprise Métal Blanc va reprendre le site de Dunes, ce qui sauvera plusieurs dizaines d'emplois. Il s'agit là aussi d'un investissement.

Vous critiquez l'action de l'État, mais nous avons accompagné la reprise des sites de Fos-sur-Mer et de Dunes. Félicitons-nous-en !

Pour autant, vous avez raison, Greybull n'a pas été au rendez-vous. Quand Sébastien Martin, le ministre chargé de l'industrie, m'a annoncé vouloir saisir la justice sur le non-respect des engagements de ce fonds d'investissement, je l'ai bien évidemment soutenu, et nous irons jusqu'au bout de cette démarche.

Dorénavant, nous devons nous occuper des salariés et Sébastien Martin travaille avec tous les élus concernés pour donner un espoir aux territoires et bien sûr aux salariés.

Cela étant dit, il y a des choses sur lesquelles nous ne tomberons pas d'accord, monsieur le sénateur : je ne pense pas que ce soit en nationalisant l'industrie française que nous lui permettrons de faire face à la compétition internationale. (M. Fabien Gay et Mme Silvana Silvani s'exclament.) De même, je ne pense pas que nous créerons des emplois en France en interdisant les licenciements. À ce sujet, nous ne serons d'accord que sur le fait que nous ne sommes pas d'accord !

Je reste persuadé que l'industrie se développera si nous investissons dans l'innovation, dans la décarbonation, et si nous la protégeons à l'échelle européenne.

M. Fabien Gay. Avec de l'argent public !

M. Roland Lescure, ministre. Vous avez mentionné l'acier ; la France se bat pour adapter la clause de sauvegarde sur cette filière.

Nous resterons dans une économie ouverte, surtout pour ce qui concerne des secteurs aussi compétitifs que celui de l'acier. Nous devons être innovants, compétitifs et protéger les entreprises françaises contre la concurrence internationale déloyale. Pour cela, monsieur le sénateur, nous devons être offensifs, j'en suis convaincu ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – M. Fabien Gay proteste.)

M. le président. La parole est à M. Michaël Weber, pour la réplique.

M. Michaël Weber. Monsieur le ministre, nous ne serons pas d'accord parce que vous faites preuve de dogmatisme. Il est de votre devoir de tout tenter pour les salariés et pour leur territoire ! (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

polémique à l'université lyon-ii

M. le président. La parole est à M. Stéphane Piednoir, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Olivier Cigolotti applaudit également.)

M. Stéphane Piednoir. Monsieur le ministre de l'éducation nationale, j'ai mal à mon université publique. Ce haut lieu de la connaissance et de la promotion de l'universalisme, auquel nous sommes évidemment tous très attachés, vacille sous les assauts répétés de certains idéologues qui menacent ses fondamentaux.

Je dis évidemment oui au débat et à la liberté d'expression, mais dans un cadre résolument républicain, qui ne permet pas tout, et sûrement pas l'incitation à la haine, au racisme et à l'antisémitisme.

M. Stéphane Piednoir. C'est – hélas ! – ce qui se passe au cœur de l'université Lyon-II, qui incarne à elle seule cette dérive, cette gangrène qui progresse à vitesse grand V.

Souvenons-nous du professeur Balanche, qui a été contraint de quitter son amphithéâtre sous la menace physique de militants d'extrême gauche. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.) Souvenons-nous de ce vice-président de la même université, qui a été contraint de démissionner pour la simple raison qu'il s'était exprimé sur le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais.

Plus récemment, nous avons franchi un nouveau cap dans l'ignominie : un professeur d'histoire, M. Théry, a publié sur ses réseaux sociaux une liste de vingt noms célèbres, qu'il qualifie de génocidaires, à boycotter en toutes circonstances : leur seul tort est d'être juif ! Comme une incitation au retour du port de l'étoile jaune, cet épisode nous plonge dans les heures les plus sombres de notre histoire.

Monsieur le ministre, quelles sanctions exigez-vous à l'encontre de M. Théry ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC et INDEP.)