M. le président. La parole est à M. Thani Mohamed Soilihi.
M. Thani Mohamed Soilihi. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le projet de loi de finances pour 2026 consacre près de 26 milliards d’euros à la mission « Sécurités », soit une progression maîtrisée de 2,7 % par rapport à l’an dernier.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte budgétaire contraint. Pourtant, la Nation fait ici le choix clair de maintenir la sécurité des Français au rang de ses priorités absolues. Nous abordons en effet la quatrième année de mise en œuvre de la Lopmi, qui a engagé un effort inédit de transformation de nos forces de sécurité intérieure.
Après une période où les investissements ont été particulièrement soutenus, nous entrons désormais dans une phase de consolidation. Il ne s’agit plus tant d’ouvrir de nouveaux chantiers que de faire en sorte que les réformes engagées produisent pleinement leurs effets.
Pour 2026, près de 8 milliards d’euros seront consacrés à la masse salariale. La police nationale bénéficiera de la création de 1 000 emplois supplémentaires, prioritairement destinés à l’investigation, à la lutte contre l’immigration clandestine et au contrôle aux frontières.
Ces renforts répondront à des besoins opérationnels bien identifiés, et ils s’accompagneront de la montée en puissance de la réserve opérationnelle, qui constitue un outil précieux pour renforcer la présence sur la voie publique et améliorer la réactivité des forces de l’ordre.
Je me réjouis également que la lutte contre les trafics et la criminalité organisée soit érigée comme une priorité. Cette orientation va dans le sens des avancées techniques et juridiques que nous avons votées dans le cadre de la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic de nos ex-collègue Jérôme Durain et collègue Étienne Blanc.
Nos services spécialisés, déjà pleinement mobilisés, doivent pouvoir s’appuyer sur ces outils pour frapper au cœur les réseaux qui minent nos territoires et entraver durablement leurs capacités d’action.
Toutefois, mes chers collègues, l’examen des crédits de cette mission révèle aussi quelques fragilités, en particulier en ce qui concerne la gendarmerie nationale.
Si le schéma d’emploi est certes positif, il peine à compenser les carences matérielles qui sont encore trop souvent constatées sur le terrain. Le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau, l’a rappelé : ces quatre dernières années, seuls 5 000 véhicules ont pu être acquis, alors que 15 000 auraient été nécessaires.
En outre, la dynamique de création de brigades, pourtant essentielle pour nombre de territoires ruraux ou ultramarins, a été mise en pause en 2025.
À cela s’ajoute un problème structurel majeur : l’immobilier. Sur près de 3 700 brigades, seules 649 appartiennent au parc domanial. Concrètement, cela signifie que 77 % des crédits immobiliers du budget 2026 seront absorbés par le paiement des loyers, dans un contexte de crise du logement qui fait mécaniquement grimper ces dépenses. Cette inflation empêche parfois la création ou l’installation de nouvelles brigades.
Dans ce contexte, je veux néanmoins saluer l’effort significatif consenti pour soutenir plusieurs opérations structurantes.
La reconstruction ou la réhabilitation des casernes en Guadeloupe, en Martinique, en Nouvelle-Calédonie et à La Réunion constitue une avancée notable pour améliorer les conditions de vie et de travail de nos gendarmes dans les territoires d’outre-mer.
À cet égard, je remercie le rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères Jérôme Darras d’avoir consacré le volet thématique de son rapport aux outre-mer. Il est important d’en parler ici devant la représentation nationale.
À moyens constants, les actions de sécurité routière pourront se poursuivre dans l’objectif de réduire durablement le nombre de tués et de blessés sur nos routes.
À ce sujet, mes chères collègues, j’appelle votre attention sur la situation inquiétante dans les territoires d’outre-mer, où les chiffres restent préoccupants : les accidents de la route ont causé 160 décès en 2024, contre 135 en 2023, soit une augmentation de 18,5 %.
Cette hausse, lourde de conséquences humaines, doit être considérée avec le plus grand sérieux. Usagers comme pouvoirs publics doivent se mobiliser pleinement pour inverser cette tendance et enrayer une mortalité qui détruit des familles et des territoires déjà durement éprouvés.
Enfin, je souhaite souligner l’augmentation de 6,3 % des crédits destinés à la sécurité civile.
Notre modèle est aujourd’hui confronté à l’accélération des aléas climatiques. Je pense avant tout au cyclone Chido, qui a ravagé Mayotte en 2024 et laissé derrière lui un territoire meurtri, mais aussi au mégafeu dans l’Aude, ou encore à la tempête Benjamin, qui a récemment causé un mort et plusieurs blessés.
Face à cette intensification des épisodes climatiques extrêmes, les moyens doivent suivre. Le budget 2026 renforcera la flotte aérienne, en permettant d’acquérir deux nouveaux canadairs et huit hélicoptères H145. Il prévoit également une montée en puissance du 4e régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (Riisc) de Libourne, qui comptera 163 militaires à la fin de 2025 et 30 de plus en 2026.
Il s’agit d’un investissement indispensable pour protéger nos compatriotes et soutenir les forces de sécurité civile qui, chaque jour, interviennent au péril de leur vie.
Les crédits de la mission « Sécurités » pour 2026 traduisent la volonté de consolider les réformes engagées, d’accompagner nos forces au plus près de leurs besoins, et de continuer de faire de la protection des Français une exigence cardinale de l’action publique.
Notre groupe, convaincu de l’importance de cet effort maîtrisé, mais ambitieux, votera ces crédits. (Applaudissements au banc des commissions. – M. Marc Laménie applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme Audrey Linkenheld. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. – M. Guy Benarroche applaudit également.)
Mme Audrey Linkenheld. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous examinons la mission « Sécurités », dont chacun mesure évidemment l’importance, tant le besoin est fort, dans l’Hexagone comme dans les outre-mer, de protection, de confiance et de présence des forces intérieures, auxquelles je veux à mon tour rendre hommage ce matin.
Comme je l’ai indiqué lors de l’examen des crédits en commission des lois, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, s’opposer à ce budget n’aurait que peu de sens dans la mesure où nous partageons plusieurs des constats qui y sont dressés et où nous reconnaissons les efforts consentis. En effet, nous sommes globalement en phase avec le diagnostic posé par les rapporteurs pour avis, en particulier Henri Leroy et Jérôme Darras.
Dans le contexte budgétaire difficile, comment ne pas souligner la hausse, même modeste, des autorisations d’engagement et des crédits de paiement ? Surtout, comment ne pas saluer les 1 000 emplois supplémentaires octroyés à la police et les 400 octroyés à la gendarmerie ?
Pour autant, si ces chiffres se rapprochent de la trajectoire financière de la Lopmi, l’objectif final a peu de chances d’être atteint au regard des retards accumulés, en particulier en fonctionnement et en investissement.
Nous restons en dessous du niveau des effectifs de 2007, avant la révision générale des politiques publiques. Or les défis en matière de sécurité se sont multipliés en vingt ans : les menaces terroristes, la cybercriminalité et le narcotrafic se sont ajoutés aux violences sexuelles et sexistes et, malheureusement, à toutes les violences du quotidien.
Des effectifs supplémentaires seraient encore nécessaires pour mettre fin à la sous-dotation des compagnies afin que nos forces de sécurité intérieure puissent répondre à l’intégralité des besoins qui remontent du terrain, qu’ils soient exprimés par les policiers et les gendarmes eux-mêmes, par les élus locaux, ou encore par nos concitoyens.
À cet égard, comme les rapporteurs spéciaux et pour avis, nous ne pouvons que regretter le contraste entre la dotation de la police et celle de la gendarmerie. Les crédits de la gendarmerie sont globalement en décalage avec les besoins, tant du point de vue des moyens opérationnels que du point de vue des effectifs, malgré le rattrapage tardif que constitue la création de 58 nouvelles brigades dans le cadre du plan 239 brigades.
Par ailleurs, il est dommage de constater que la dette grise continue de s’accumuler à cause du manque d’investissement dans les casernes et de la part croissante des loyers dans le budget immobilier depuis que les locations sont privilégiées par rapport à la détention patrimoniale. Sur cette question, un changement d’orientation serait souhaitable.
Comme je l’ai dit, la question des moyens de fonctionnement et d’investissement se pose. C’est un enjeu d’efficacité important pour nos gendarmes et nos policiers, mais aussi un élément d’attractivité et de fidélisation dans ces métiers essentiels.
Quand sont vieillissants ou inadaptés les voitures, les motos, les hélicoptères, les armes, les casernes, les bureaux, le matériel informatique ou les outils numériques, les conditions de travail en pâtissent forcément, de même que la manière dont on accueille les citoyens et les victimes.
Dans cette mission budgétaire, des progrès sont donc possibles et espérés, y compris pour la police judiciaire. Indéniablement, un geste est fait, et il était attendu depuis longtemps, y compris dans les récents rapports de nos ex-collègue Jérôme Durain et collègue Nadine Bellurot. Mais cet effort n’est pas suffisant pour résorber le stock énorme de procédures en souffrance, puisqu’il manquerait 2 500 enquêteurs en France, d’après les représentants des personnels que nous avons auditionnés. Nous présenterons donc des amendements pour aller plus loin sur la filière judiciaire, pour mieux mesurer, élucider et démanteler.
L’investigation est au cœur de la lutte contre la délinquance et la criminalité du haut du spectre dans les affaires sophistiquées de drogues, financières ou en lien avec d’autres trafics.
À l’autre bout du spectre, nous défendrons également un amendement pour rééquilibrer les emplois en faveur de la sécurité du quotidien.
Comment ne pas s’étonner que la police aux frontières, qui s’intéresse d’abord aux étrangers, voie ses effectifs augmenter, quand la police chargée de l’ordre public et de la sécurité publique voit dans le même temps ses effectifs diminuer ? C’est là un drôle de symbole : certains ici approuvent peut-être un tel choix politique, mais, de notre côté, nous voulons revenir dessus. Car la sécurité, ce sont des hommes et des femmes présents sur le terrain, visibles dans la rue, capables de prévenir les violences, de recueillir la parole et d’assurer le lien police-population. Sur ce dernier aspect, nous avons aussi des propositions à faire.
Enfin, parce que les métiers de la sécurité évoluent vite, et dans l’intérêt des agents qui les exercent comme des victimes qu’ils accompagnent, nous souhaitons pousser encore certains moyens pour les enquêtes et l’accueil, en particulier face aux violences sexistes et sexuelles, contre les adultes comme contre les enfants, dans le monde réel comme virtuel.
Contrairement aux apparences et à ce que pourraient laisser croire les gages dans nos amendements, nous ne voulons évidemment pas « déshabiller » la gendarmerie au profit de la police ou mieux doter la sécurité intérieure au détriment de la sécurité routière. D’ailleurs, dans le droit fil des vingt postes supplémentaires d’inspecteur du permis de conduire que notre groupe a fait voter samedi matin, nous vous suggérons davantage de formations associées.
Mes chers collègues, ainsi que nous l’avons montré au moment du vote de la Lopmi, puis, récemment, avec la proposition de loi sur le narcotrafic, nous ne sommes ni dans le déni des réalités en matière de sécurité ni dans le déni des efforts faits. Nous sommes dans l’exigence, parce que la sécurité est un droit fondamental, mais complexe à appréhender, qui implique des moyens, des indicateurs, de la transparence, de l’efficacité.
Le vote du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain sur les crédits de cette mission budgétaire ne sera pas défavorable. Mais nous tiendrons compte des évolutions encore possibles dans la discussion, notamment via nos amendements. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. – MM. Michel Masset et Marc Laménie applaudissent également.)
M. le président. La parole est à M. Ian Brossat.
M. Ian Brossat. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous examinons aujourd’hui les crédits de la mission « Sécurités », un budget essentiel pour protéger nos concitoyennes et nos concitoyens. Et pourtant, ce qui nous est présenté est bien loin d’être à la hauteur des défis auxquels notre pays est confronté.
Je souhaite d’abord évoquer la sécurité civile. Les chiffres pourraient, au premier regard, sembler encourageants : une hausse de 15 % en autorisations d’engagement et de 6 % en crédits de paiement. Mais cette augmentation ne fait que traduire tardivement et très partiellement les annonces du Président de la République en 2022. Ne vous y trompez pas, nous sommes loin de l’investissement nécessaire. Le Président de la République avait promis seize canadairs d’ici à 2027 ; dans ce budget, seuls deux avions bombardiers d’eau apparaissent. C’est très insuffisant au regard de l’urgence.
Pourtant, nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer la réalité. Les mégafeux se multiplient, deviennent plus intenses chaque année et mettent nos capacités de réponse au bord de la rupture. Chaque été, les incendies gagnent en intensité. Chaque année, les épisodes climatiques extrêmes se multiplient. Et chaque fois, nos moyens peinent à suivre.
Nous savons d’ailleurs désormais que la promesse du Président de la République ne sera pas tenue : l’échéance est repoussée de six ans, et le renouvellement intégral de la flotte n’est plus d’actualité. Si le Président de la République aime se voir en sauveur, ses renoncements budgétaires, eux, exposent nos concitoyens à un risque réel.
À ce titre, le rapport du Beauvau de la sécurité civile, publié au mois de septembre dernier, est clair. L’écrasante majorité des acteurs demandent un engagement beaucoup plus fort de l’État. Ils réclament de la cohérence, de la prévisibilité, des moyens pérennes. Ils attendent une stratégie nationale.
Pendant ce temps, les services départementaux d’incendie et de secours sont à bout de souffle. Les associations de sécurité civile survivent avec des moyens bien souvent dérisoires. Et pourtant, aucune proposition sérieuse ne figure dans ce programme : pas d’augmentation significative des financements pour les Sdis, pas de fonds national de péréquation pour les départements les plus exposés. Ce renoncement est lourd de conséquences.
Quant aux crédits de la police et de la gendarmerie, ils poursuivent leur expansion, mais pas toujours dans la bonne direction. La part destinée à la police judiciaire est largement insuffisante. Il manque encore 2 500 enquêteurs. Et la police de proximité, celle du quotidien, est la grande oubliée. Ses effectifs sont diminués de vingt-trois ETP pour 2026, ses missions délaissées. Je ne peux que regretter ce choix politique.
Pourtant, la police de proximité a un double avantage. Elle rétablit la confiance entre la population et l’État, et elle contribue à restaurer un climat de sécurité pour nos concitoyennes et nos concitoyens. C’est cette confiance, qui, je le rappelle, est parfois aujourd’hui endommagée.
Le tout-répressif ne mène nulle part ; il alimente les tensions sans résoudre les problèmes de fond. C’est une impasse, et les chiffres de l’inflation répressive le démontrent.
J’aimerais enfin dire un mot de l’orientation préoccupante de votre politique migratoire. Vous affichez dans les documents budgétaires que la priorité en matière d’emploi reste mise sur le contrôle de nos frontières et la lutte contre l’immigration irrégulière. En ce sens, la police aux frontières voit ses effectifs augmenter de 288 ETP. Il est établi un lien implicite et persistant entre immigration et insécurité. Or ce lien est erroné et dangereux.
La sécurité civile devrait être notre première ligne de protection ; au lieu de cela, elle reste sous-financée. Ce n’est pas seulement une faute budgétaire : c’est une faute politique. Nous devons par ailleurs reconstruire de toute urgence – je l’ai dit – le lien social et la confiance entre la police et la population. Sortons de l’impasse du tout-répressif.
Pour toutes ces raisons, le groupe CRCE-K ne votera pas les crédits de cette mission. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K ainsi que sur des travées des groupes SER et GEST.)
M. le président. La parole est à Mme Mélanie Vogel. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST et sur des travées du groupe SER.)
Mme Mélanie Vogel. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le projet de loi de finances pour 2026 présente pour la mission « Sécurités » un budget en légère hausse qui, pour l’essentiel, suit la trajectoire définie dans le cadre de la Lopmi et est, de manière assez positive, relativement épargné par la politique d’austérité du Gouvernement.
Nous saluons l’augmentation des effectifs, avec la création de 1 000 postes supplémentaires dans la police, dont 70 % d’officiers de police judiciaire, et de 400 postes dans la gendarmerie. Même si ces recrutements ne suffiront pas à compenser la réduction d’effectifs des deux dernières années, ils sont – vous le savez – essentiels pour améliorer le traitement des enquêtes et pour renforcer les luttes contre le narcotrafic, dont l’ampleur et les conséquences croissent tragiquement.
Pour autant, nous regrettons qu’une part importante de ces nouveaux postes soient fléchés vers le contrôle aux frontières, alors que les besoins sont criants pour développer la police de proximité, pour mieux former à la prise en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles – nous le savons, ce sont les violences intrafamiliales et sexuelles qui augmentent le plus en France –, pour recouvrer une spécialisation des filières mises à mal par la réforme de la Lopmi, pour lutter contre le narcotrafic ou pour améliorer les conditions de travail du personnel de gendarmerie.
De fait, en plus du besoin d’investissement et d’équipements, il nous faut enfin prendre au sérieux la souffrance au travail qui persiste chez nos forces de l’ordre, avec un taux encore très élevé de suicides tragiques et intolérables. Ces difficultés ont des effets délétères tant pour les agents eux-mêmes – c’est évident – que pour le maintien de l’ordre, réalisé dans des conditions dégradées.
Nous ne cessons de le rappeler depuis des années, le lien entre la population et la police est abîmé, d’un côté comme de l’autre. La politique actuelle, qui est centrée sur le chiffre, épuise les agents et n’a pas toujours de pertinence en termes d’efficacité. Des contrôles discriminatoires, des violences parfois volontaires et à rebours de la mission de police, comme on l’a vu et redécouvert pendant les manifestations de Sainte-Soline ou à Paris avec les brigades de répression de l’action violente motorisées (Brav-M), minent durablement le lien avec la population. Ce lien indispensable, il faut le réparer avec des moyens adéquats.
Concernant la sécurité civile, nous nous félicitons de la hausse des moyens. Elle permettra d’investir dans de nouveaux avions bombardiers d’eau et hélicoptères nécessaires pour prévenir les feux, qui ne cesseront de se multiplier avec le dérèglement climatique.
Vous le comprendrez toutefois, nous rappelons que cet engagement de l’État reste insuffisant pour financer les Sdis, pour soutenir les associations de sécurité civile et pour engager une réflexion sur les questions d’assurabilité face aux risques climatiques. Le domaine de la sécurité civile requiert une stratégie de long terme pour anticiper la dotation en équipements, les formations et, surtout, la prévention des crises.
Le vote du Sénat en faveur de l’augmentation de la TSCA a été un signal positif.
M. Grégory Blanc. Tout à fait !
Mme Mélanie Vogel. Renforcer les moyens est nécessaire. Mais ce renforcement sera vain si nous ne faisons pas assez dès maintenant pour réduire à la source les catastrophes naturelles, les mégafeux, les inondations et pour éviter qu’ils ne se multiplient encore et encore sous le coup du réchauffement climatique.
Et cette logique de prévention doit s’appliquer à tous les domaines : investir dans la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et les discriminations pour prévenir les violences et l’alimentation, entre autres, du narcotrafic et de la délinquance ; soutenir la santé mentale et la formation de nos forces de l’ordre pour améliorer la prise en charge des victimes, pour mettre fin aux débordements et pour apaiser les relations ; redéployer les personnels pour retrouver un lien de confiance grâce à des équipes qui connaissent les territoires sur lesquels elles interviennent, leurs enjeux, leur population, et qui peuvent apporter des solutions adaptées, vouées à faire diminuer sur le long terme des insécurités auxquelles la répression seule n’apporte pas de solution durable.
Au regard des efforts budgétaires réalisés, nous ne voterons pas contre ce budget. Mais nous appelons à une prise de conscience collective : les choix globaux décidés actuellement orientent la politique de sécurité vers la réaction plutôt que vers la prévention de long terme.
Pour ces raisons, notre groupe s’abstiendra sur l’adoption de ces crédits, tout en appelant à un débat approfondi sur des priorités structurelles nécessaires à la protection de nos concitoyens et de nos libertés publiques. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST et sur des travées du groupe SER.)
(Mme Sylvie Robert remplace M. Xavier Iacovelli au fauteuil de la présidence.)
PRÉSIDENCE DE Mme Sylvie Robert
vice-présidente
Mme la présidente. La parole est à M. Joshua Hochart.
M. Joshua Hochart. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous examinons aujourd’hui une mission absolument centrale pour la vie quotidienne de nos concitoyens : le budget de la sécurité. Nous saluons d’abord la légère hausse des crédits alloués. Les besoins sont immenses ; chacun le sait ici. Mais force est de constater que, sous la majorité actuelle, si les budgets augmentent, l’insécurité aussi !
Les chiffres du ministère de l’intérieur sont sans appel. Depuis 2016, aucun indicateur de délinquance n’a reculé. Nos compatriotes doivent connaître la réalité de la France de 2025. Chaque jour, ce sont trois homicides, douze tentatives et près de 600 cambriolages. Voilà le bilan !
Cette insécurité, qui n’est plus depuis longtemps un simple sentiment, touche désormais tous les territoires. Hier encore, des fusillades ont éclaté en plein cœur de Rennes. Et dans ma ville de Denain, le 23 novembre dernier, une violente rixe a éclaté. Trois jeunes alcoolisés se sont introduits chez un voisin après avoir brisé une fenêtre. La bagarre a dégénéré, des coups de feu ont été tirés, heureusement sans blessé. Les suspects ont été interpellés et deux mis en examen pour violences avec armes et violation de domicile. Remercions encore une fois ici les forces de l’ordre.
Jadis, ces scènes faisaient la une dans les grandes métropoles. Aujourd’hui, elles surviennent dans nos petites communes, dans nos campagnes, dans les territoires ruraux, qui connaissent eux aussi désormais une montée des violences, des atteintes aux biens et des agressions gratuites.
La sécurité, ce n’est pas seulement la police et la gendarmerie, mais celles-ci en constituent le cœur battant. Ce sont aussi les services de secours et les associations agréées de sécurité civile, parfois contraints d’agir avec des moyens insuffisants, financés par nos collectivités. Je pense bien évidemment aux services départementaux d’incendie et de secours, à nos pompiers, à ces femmes et à ces hommes qui interviennent les premiers face au danger. C’est pourquoi nous proposerons dans des amendements l’acquisition de nouveaux canadairs, ainsi que la création d’un fonds d’intervention d’urgence consacré aux services départementaux d’incendie et de secours, activable lors de crises majeures, afin de soulager les départements les plus touchés – certains ont été évoqués ici.
Face aux crises climatiques, désormais récurrentes, nous devons armer davantage notre sécurité civile et respecter d’ailleurs les engagements du Président de la République, qui, une fois encore, ne furent que des mots. Que ce soit sur notre économie, sur notre diplomatie, sur nos frontières ou sur la sécurité, le bilan du macronisme se résume en un seul adjectif : triste !
Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Bitz. (Applaudissements sur les travées du groupe UC. – M. Marc Laménie applaudit également.)
M. Olivier Bitz. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, dans le cadre de l’examen des crédits de la mission « Sécurités », j’aborderai plus spécialement ceux qui sont consacrés à la sécurité civile.
J’observe d’abord que la structure budgétaire ne nous permet pas de saisir l’ensemble des moyens publics consacrés à cette politique si importante pour nos concitoyens, puisque nous parlons quasi exclusivement des moyens nationaux ce matin. J’espère que le projet de loi, annoncé pour le début d’année, pour tirer les conclusions du Beauvau de la sécurité civile nous permettra d’appréhender globalement le sujet et de conforter notre modèle, fondé principalement sur le volontariat.
Aujourd’hui, je souhaiterais avant tout me féliciter de la fin de ce qui a été, en 2025, une véritable année blanche, d’un point de vue budgétaire, pour la sécurité civile. Alors même que les risques et les menaces augmentent à la fois dans le temps et dans l’espace, ce gel des investissements en 2025 n’était pas tenable dans le temps.
Ainsi, la reprise de la montée en charge de la quatrième unité de sécurité civile est à saluer, même si la trajectoire, avec la création de trente postes pour cette quatrième unité en 2026, n’est pas tout à fait celle qui avait été initialement envisagée. La création d’une quatrième unité n’a de sens que si l’effectif du régiment est complet ; sinon, on aurait mieux fait de créer des compagnies d’intervention supplémentaires dans les unités existantes de Brignoles ou de Nogent-le-Rotrou, ce qui nous aurait épargné des investissements immobiliers importants.
Autre élément de satisfaction, l’inscription des crédits pour la commande de deux canadairs supplémentaires, ce qui portera à terme notre flotte à seize aéronefs de ce type. C’est surtout la relance de la chaîne de production par De Havilland qu’il faut aujourd’hui souligner, grâce à une approche européenne des besoins.
J’exprimerai néanmoins deux points de vigilance.
D’une part, monsieur le ministre, nous sommes toujours dans l’attente de la définition d’une véritable stratégie pour nos moyens aériens. Des travaux de la Cour des comptes, en 2022, si ma mémoire est bonne, pointaient cette absence de vision stratégique à moyen terme et à long terme. Nous en avons plus que jamais besoin. Aujourd’hui, les moyens aériens, c’est, certes, ce que l’État possède, mais c’est aussi maintenant ce qu’il loue de plus en plus et ce que les Sdis font de leur côté. Il y a donc une multiplication à la fois de moyens et de donneurs d’ordres, en tout cas de commandes d’un point de vue administratif et financier. À mon avis, cela nuit au dispositif général.
D’autre part – c’est pour moi le point de vigilance le plus important –, la Lopmi avait, je le rappelle, envisagé 40 millions d’euros pour aménager la base aérienne de Nîmes, afin d’accueillir les nouveaux aéronefs, de permettre leur entretien dans des conditions correctes et aussi de mettre les appareils à l’abri en toutes circonstances, sachant qu’ils sont en ce moment remisés à l’extérieur.