Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Chasseing. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)
M. Daniel Chasseing. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la différence entre la Nation et le peuple, c’est que la Nation dépasse le peuple. Elle est à la fois celui d’hier, d’aujourd’hui et de demain ; elle est le lien entre les générations qui se succèdent.
Ce lien passe par la mémoire. Comme le disait Primo Levi, « cela s’est passé, donc cela peut se reproduire ». Chaque jour, l’actualité nous le rappelle, en Ukraine, à l’extrémité de l’Europe, au Moyen-Orient ou ailleurs. Nous constatons que la paix n’est malheureusement jamais acquise.
Dans un passé pas si lointain, notre pays a connu la guerre sur son sol. Des femmes et des hommes se sont battus pour la paix, pour la France et pour les valeurs fondamentales de notre Nation, que nous défendons toujours à l’heure actuelle.
La mission « Monde combattant, mémoire et liens avec la Nation » est là pour les honorer. C’est notre devoir à tous de ne jamais oublier ce que nous leur devons. Ce que nous sommes, les valeurs que nous partageons et notre liberté ne doivent pas être tenus pour acquis. « La plus belle sépulture, c’est la mémoire des hommes », disait André Malraux.
Comme l’année dernière, les crédits de la mission sont en baisse, essentiellement en raison de la diminution du nombre de bénéficiaires des pensions militaires d’invalidité et des autres prestations. Ces versements représentent en effet 95 % des crédits.
Je salue le changement de dénomination de la mission. Les termes « anciens combattants » ne reflétaient pas la réalité de la situation actuelle. La mission n’a pas seulement vocation à soutenir des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc. Des militaires continuent de donner leur vie dans des opérations extérieures. Cette mission les concerne, eux et leurs familles, ce qu’occultait en partie son ancien intitulé.
En effet, l’engagement militaire – et ses risques corollaires – ne s’est pas arrêté avec les conflits que j’ai cités. Il est encore bien présent. Notre devoir mémoriel doit également porter sur ces générations plus récentes du monde combattant.
Nous leur devons également le meilleur accompagnement possible. À ce titre, nous saluons la consolidation du dispositif de réhabilitation psychosociale Athos, qui inclut la création d’établissements consacrés à l’accompagnement des militaires blessés psychiques.
En 2026 est prévu un gel du point de PMI, qui sert de base de calcul des pensions et des allocations. Il est impératif que le montant de ces prestations reste digne et équitable. À cet égard, une augmentation identique à celle des retraites aurait pu être prévue.
Indépendamment de la baisse du nombre de bénéficiaires des prestations, nous souhaitons que cette mission conserve toute l’attention et les moyens qu’elle mérite, compte tenu de sa portée symbolique et sociale.
La mémoire et le lien avec la Nation sont des valeurs transversales. Elles dépassent le simple cadre budgétaire : elles touchent à l’éducation citoyenne, à la transmission et à la cohésion sociale. Aussi pouvons-nous regretter la baisse des crédits destinés aux actions mémorielles, à l’entretien du patrimoine et à la rénovation des monuments aux morts, qui doivent rester des lieux de commémoration, de rassemblement, de transmission et d’éducation pour les plus jeunes.
En conclusion, je remercie l’excellent rapporteur spécial Marc Laménie de son travail et de son engagement sur cette mission depuis maintenant plus de dix ans, ainsi que de son investissement en faveur des anciens combattants dans son département.
Le groupe Les Indépendants votera en faveur des crédits de cette mission. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP, ainsi qu’au banc des commissions. – M. Laurent Somon applaudit également.)
Mme la présidente. La parole est à Mme Pascale Gruny. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Pascale Gruny. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, nous examinons ce soir les crédits de la mission « Monde combattant, mémoire et liens avec la Nation ». Cette mission incarne la solidarité de la Nation envers nos militaires et le monde combattant, en raison de leur engagement et de leurs sacrifices au service de la France.
Nous ne saurions mener les discussions budgétaires sans penser à ces femmes et ces hommes avec infiniment de gratitude.
Je salue à mon tour le changement de nom de la mission, qui en rend l’objet plus lisible. Cette nouvelle dénomination reconnaît plus clairement les combattants encore en activité, qu’ils soient revenus d’Afghanistan, du Sahel ou du Levant. Il s’agit d’un pas symbolique important pour rappeler que l’on peut toujours servir son pays après son engagement militaire.
Il convient de souligner la baisse des crédits alloués aux allocations en faveur du monde combattant : pension militaire d’invalidité et allocation de reconnaissance du combattant. Cette baisse s’explique principalement par la diminution naturelle du nombre de bénéficiaires, mais elle résulte également de l’absence de revalorisation des dispositifs malgré l’inflation.
En effet, la stagnation du point de PMI constitue un motif de préoccupation dans le monde combattant, car la valeur de ce point, qui est indexé depuis 2005 sur le traitement brut figurant dans la grille indiciaire de la fonction publique, n’a pas suivi le rythme de l’inflation.
Malgré les revalorisations ponctuelles, notamment en 2022 et 2023, le pouvoir d’achat des pensionnés s’est érodé de manière significative depuis 2005. Je me joins donc à l’appel lancé au Gouvernement par la rapporteure pour avis Jocelyne Guidez : un coup de pouce doit être envisagé sur le point de PMI. La baisse du nombre d’allocataires doit aussi permettre de revaloriser les allocations pour soutenir le monde combattant.
Concernant les moyens accordés aux opérateurs, je m’inquiète de la dégradation de la santé financière de l’Office national des combattants et des victimes de guerre, au sein duquel j’ai l’honneur de représenter notre assemblée. Si la baisse de sa subvention pour charges de service public s’explique par la fin du pilotage budgétaire du dispositif d’aide aux militaires blessés psychiques Athos, force est de constater que cette subvention reste quasi stable depuis 2021, alors que ses coûts de fonctionnement augmentent.
L’ONaCVG est ainsi forcé de recourir à des contrats à durée limitée et ne peut pas recruter à hauteur du plafond d’emploi autorisé en loi de finances.
Surtout, la trésorerie de l’office, qui a été longtemps excédentaire, s’est asséchée après avoir été ponctionnée à plusieurs reprises en loi de finances. Son niveau est désormais inférieur à un mois de fonctionnement courant.
Cette situation est déplorable, tout comme l’est la baisse de 5 millions d’euros de sa subvention d’action spéciale, qui sert à financer des actions de solidarité comme le maintien à domicile, l’aide à la réinsertion professionnelle ou encore le soutien aux ressortissants en Ehpad. Rappelons qu’en milieu rural l’ONaCVG est parfois le seul contact de personnes en grande difficulté !
La préservation des moyens consacrés aux liens armées-jeunesse demeure l’une des seules satisfactions de ce budget. Les crédits consacrés à la Journée défense et citoyenneté sont en effet quasiment au même niveau qu’en 2025, après une forte hausse entre 2024 et 2025.
La JDC est désormais recentrée sur sa dimension militaire. Si elle permet toujours de détecter les jeunes en situation d’illettrisme, je regrette, comme notre rapporteur spécial Marc Laménie, qu’elle ne comporte plus aucun module de sensibilisation des jeunes à divers enjeux comme l’enseignement de la mémoire.
En effet, s’il y a bien un sujet sur lequel nous sommes tous d’accord, c’est l’importance cruciale de la transmission. À chacune des cérémonies patriotiques auxquelles je participe, à chacun de mes déplacements dans les écoles, je constate l’impact décisif de l’enseignement de la mémoire, surtout lorsqu’il est illustré par des souvenirs personnels et des histoires de famille, dont nous avons tous des exemples. Pour mieux comprendre le passé et prendre conscience des enjeux actuels, nos enfants ont besoin d’exemples concrets.
Aussi ne puis-je que regretter la baisse de 22 % des crédits affectés à la politique de mémoire. Cette baisse importante est injustifiable ! Même en neutralisant les baisses liées à la fin du cycle du quatre-vingtième anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire, elle se répercutera sur les enveloppes destinées aux actions mémorielles, à l’entretien du patrimoine et à la rénovation des monuments aux morts.
À l’heure où le Président de la République veut ranimer la flamme du patriotisme et du lien de la Nation avec son armée, ce choix est pour le moins incohérent…
Malgré ces réserves, le groupe Les Républicains votera pour les crédits de cette mission. L’instabilité politique actuelle ne doit en aucun cas fragiliser notre politique de solidarité en faveur du monde combattant.
Nous le devons à la France. Nous le devons à tous ceux qui, un jour, se sont sacrifiés ou battus pour elle ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme la présidente. La parole est à Mme Solanges Nadille. (Applaudissement au banc des commissions – M. Michel Masset, Mmes Émilienne Poumirol et Sophie Primas applaudissent.)
Mme Solanges Nadille. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la mission « Monde combattant, mémoire et liens avec la Nation » revêt une importance symbolique majeure.
Elle porte sur l’effort de solidarité nationale à l’égard des militaires, des combattants, des victimes civiles de guerre et de leurs conjoints survivants. Elle traduit notre reconnaissance envers l’engagement et le sacrifice de ces femmes et de ces hommes qui ont servi la France.
Surtout, cette mission finance notre politique de mémoire et permet de préserver notre patrimoine culturel et mémoriel. Elle est un vecteur essentiel de cohésion et de résilience de la Nation, en particulier dans un contexte géopolitique dégradé.
Sur ce point, la diminution des crédits sur l’activité mémorielle s’explique avant tout par la fin du cycle des commémorations du quatre-vingtième anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire, qui a représenté un effort important en 2024.
Le changement de dénomination de la mission dans le projet de loi de finances pour 2026 n’est pas anodin : c’est un moyen d’affirmer que le monde combattant appartient au présent. Il désigne autant les générations du feu, les anciens combattants d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, que les générations actuelles revenues récemment d’opérations extérieures en Afghanistan, au Sahel ou au Levant.
S’établissant à environ 1,7 milliard d’euros en autorisations d’engagement et en crédits de paiement, les crédits de la mission diminuent d’environ 6 % par rapport à 2025.
Ces diminutions s’expliquent essentiellement par l’évolution de la démographie des bénéficiaires des pensions. Elles résultent notamment de l’érosion du nombre de ressortissants de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre.
Le programme 169, qui concentre une très large majorité des crédits de la mission, traduit des orientations stratégiques essentielles.
Je pense en premier lieu à l’accompagnement des harkis, qui est l’un des points majeurs de la mission. Ce projet de loi de finances préserve le déploiement du dispositif prévu par la loi du 23 février 2022 leur ouvrant droit à réparation.
Depuis 2022, l’action en faveur des harkis et des autres supplétifs et rapatriés a fait l’objet d’un renforcement exceptionnel, qui s’est poursuivi jusqu’en 2025. L’année 2026 devrait marquer la fin de cette progression. Nous resterons vigilants quant à la poursuite de la valorisation de la mémoire des harkis, dans la continuité de l’effort engagé ces dernières années.
Je pense en second lieu à la consolidation du dispositif de réhabilitation psychosociale Athos. Il représente un soutien essentiel pour les blessés militaires psychiques, qui peuvent bénéficier d’un accompagnement adapté.
Dans ce même programme, les pensions militaires d’invalidité et l’allocation de reconnaissance du combattant sont les dispositifs qui concentrent le plus de crédits.
Nous avons tous rappelé notre attachement à ces allocations, qui doivent être préservées.
Cette année, la valeur du point de pension militaire d’invalidité demeure stable. Des amendements que nous examinerons tout à l’heure ont pour objet d’augmenter les crédits à hauteur de l’inflation en 2025, laquelle est estimée à 1 %. Nous en débattrons.
Enfin, cette mission comporte des dispositions en faveur de la jeunesse, dont les crédits sont stabilisés.
Parmi ces dispositifs, la Journée défense et citoyenneté a évolué cette année, avec un format nouvelle génération, qui vise à renforcer le lien entre les jeunes et les militaires. Elle contribue notamment à renforcer l’attractivité des métiers des armées. Le service militaire volontaire joue également un rôle essentiel pour améliorer l’accueil des jeunes en situation de précarité sociale.
Mes chers collègues, cette mission est essentielle à la reconnaissance et à l’indemnisation de ceux qui ont servi la France avec courage et dévouement.
En responsabilité, le groupe RDPI votera en faveur des crédits de la mission. (Applaudissements au banc des commissions.)
Mme la présidente. La parole est à Mme Émilienne Poumirol. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Émilienne Poumirol. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, en préambule de l’examen de cette mission, je tiens à redire l’immense respect du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain envers l’ensemble des acteurs du monde combattant d’hier et d’aujourd’hui.
Comme l’an dernier, la mission « Monde combattant, mémoire et liens avec la Nation » voit ses crédits diminuer. Pour autant, la question de la reconnaissance mémorielle reste centrale et doit être défendue. Elle est l’un des fondements du vivre ensemble dans notre pays.
Les crédits alloués pour l’année 2026 au titre de cette mission diminuent de 6,3 %. Si elle est principalement due à la diminution naturelle du nombre de bénéficiaires, cette baisse affecte également certaines enveloppes.
Tout d’abord, et je sais que c’est un point de vue partagé dans cet hémicycle, nous regrettons l’absence de revalorisation suffisante du point de PMI au regard de l’inflation. Nous constatons même une baisse des crédits finançant les pensions militaires d’invalidité de 6,8 % par rapport à la loi de finances initiale pour 2025. Pourtant, la baisse du nombre d’allocataires aurait pu et même dû permettre de soutenir le monde des combattants via des revalorisations.
Cela a déjà été souligné, le mode de calcul de la PMI, qui est basé sur l’indice d’ensemble des traitements bruts de la fonction publique d’État, a conduit à une stagnation de ce montant du fait du gel du point d’indice des fonctionnaires, et ce en dépit de l’inflation constatée.
Nous ne pouvons que regretter cet écart entre l’évolution de l’inflation et celle du point de PMI. En effet, il nous paraît indispensable de préserver le pouvoir d’achat de ces retraités, dont les pensions sont déjà très faibles. Nous demandons donc une revalorisation au Gouvernement.
Le projet de budget pour 2026 consacre également une diminution importante – 5 millions d’euros – de la subvention d’action sociale de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG). Celle-ci sert pourtant à soutenir des actions de solidarité envers le monde combattant et les victimes de guerre.
Cette diminution est notamment liée à la fin de la mesure Pupilles majeurs, qui a été introduite en 2024 et qui bénéficiait à 120 000 pupilles de la Nation.
Là encore, nous déplorons la décision du Gouvernement de ne pas soutenir de telles actions sociales. Comme l’a souligné Mme la rapporteure pour avis, le nombre de ressortissants en grande difficulté a tendance à augmenter, en particulier « en raison des besoins grandissants de la troisième génération du feu, et notamment des veuves isolées, et des besoins plus spécifiques des générations des Opex ».
Nous notons de la même manière la diminution de 4,3 % des crédits alloués au financement des aides versées aux harkis et aux rapatriés.
Les crédits alloués au droit à la réparation en faveur des harkis et des autres personnes rapatriées d’Algérie, en application de la loi du 23 février 2022, enregistrent une baisse de 16 %. Il apparaît ainsi que le budget consacré, en particulier, à l’instruction des dossiers de demande de réparation par l’ONaCVG et leur présentation à la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, qui avait alors été installée, est insuffisant pour traiter l’ensemble des 12 600 demandes non traitées et qui devraient être acceptées. Nous appelons donc le Gouvernement à augmenter les crédits alloués pour que chacun, en particulier les harkis, puisse bénéficier au plus vite de l’indemnisation qui lui est due.
Comme les années précédentes, nous demanderons l’adoption d’un amendement visant à assurer l’indemnisation de dix-huit supplétifs de statut civil de droit commun de la guerre d’Algérie qui se sont vu refuser l’allocation de reconnaissance du combattant.
Nous proposerons aussi par voie d’amendement de mettre fin aux disparités existantes et d’élargir la rente viagère de 700 euros par mois qui est accordée aux veuves d’anciens supplétifs à toutes les veuves, sans tenir compte de la date du décès de leur mari, dans un souci d’équité et d’équilibre.
Enfin, ce projet de loi de finances réduit les crédits alloués à la politique de mémoire. Si une partie de cette diminution s’explique évidemment par la fin de la mission commémorative du quatre-vingtième anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire, le budget de l’ONaCVG sera néanmoins amputé de 800 000 euros pour ses actions mémorielles, son soutien à l’entretien du patrimoine et à la rénovation des monuments aux morts. Nous ne pouvons que déplorer cette décision du Gouvernement, dans un temps où notre mémoire doit plus que jamais être transmise et soutenue.
Le projet de loi de finances pour 2026 établit une nouvelle sous-action consolidant les financements destinés aux maisons Athos. Ainsi, une sixième maison est en cours d’installation dans le Haut-Rhin. J’ai assisté à l’inauguration par Mme Mirallès de la cinquième maison dans le Lauragais, dans un petit village situé à dix kilomètres de chez moi. Il s’agit d’un établissement remarquable.
Si nous saluons évidemment ces avancées pour les maisons Athos, qui accompagnent les blessés psychologiques et leurs familles, nous alertons sur la trop faible progression des financements, qui met en péril les capacités de recrutement pérennes de ces structures.
Enfin, nous prenons note de la stabilisation des crédits consacrés aux liens armées-jeunesse, notamment du fait de la généralisation de la Journée défense et citoyenneté « nouvelle génération ». Cette journée sera plus immersive, afin de susciter davantage de vocations pour les carrières militaires. Elle sera mise en place à partir du 1er janvier 2026.
Conscient de l’importance de ce budget pour le monde combattant, le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain votera toutefois pour l’adoption des crédits de cette mission. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi qu’au banc des commissions.)
Mme la présidente. La parole est à Mme Cathy Apourceau-Poly.
Mme Cathy Apourceau-Poly. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, l’examen des crédits de cette mission pour 2026 s’inscrit dans une évolution lexicale et politique inquiétante. L’intitulé de la mission, dont les premiers termes étaient auparavant « Anciens combattants », commence désormais par « Monde combattant ».
Ce changement reflète la place plus importante accordée aux générations Opex au détriment des anciennes générations du feu.
Les anciens combattants sont pourtant toujours en vie et subissent toujours le gel du point de la pension militaire d’invalidité et l’absence de revalorisation de l’allocation de reconnaissance du combattant.
Ce changement révèle, selon nous, une évolution de la politique de défense de notre pays qui prépare les mentalités au retour des conflits armés sur notre sol.
Lorsque le chef d’état-major des armées affirme que l’armée française doit se préparer à un choc d’ici trois ou quatre ans face à la Russie, il participe à ce discours aux accents bellicistes. Lorsque le même dit : « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors, on est en risque », nous passons un cap dans la rhétorique guerrière.
Jamais nous n’accepterons de perdre des enfants dans des conflits fabriqués par le capitalisme, qui cherche dans l’économie de guerre à dégager des profits qu’il n’arrive plus à accumuler dans la financiarisation de l’économie ! Nous refuserons toujours que nos enfants meurent pour défendre les intérêts financiers d’une poignée de puissants ! L’expérience l’a montré, ce sont toujours les enfants des ouvriers et des employés qui sont envoyés sur la ligne de front, tandis que les enfants des milliardaires jouent à la guerre sur leurs écrans de télévision !
L’intitulé de cette mission budgétaire se termine par les termes « mémoire et liens avec la Nation ». Il faut croire que la transmission des horreurs des conflits armés aux jeunes générations est moins importante pour le Gouvernement, qui veut effacer les monuments aux morts dans nos communes pour y inscrire les noms de nos enfants.
En bon soldat de l’Otan, le Président de la République a annoncé pour l’été 2026 un nouveau service national militaire. Encore volontaire, celui pourra devenir obligatoire demain en cas de situation exceptionnelle. Nos jeunes pourront suivre pendant dix mois une formation militaire gracieusement rémunérée 800 euros par mois.
Bientôt, ils pourront rejoindre leurs voisins allemands, qui, pour l’instant, ont échappé au retour de la conscription obligatoire. Le gouvernement allemand a maintenu son ambition de bâtir l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe pour contrer la menace russe et compenser le désengagement du bouclier américain.
Le modèle européen Erasmus s’est largement fissuré au profit de la concurrence de l’armée la plus imposante et la plus moderne. Vos discours atlantistes nous ont conduits de L’Auberge espagnole à Voyage au bout de l’enfer.
Le 7 mars 1895, dans son discours à la Chambre des députés, Jean Jaurès déclarait : « Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie, qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d’unité. »
Nous refusons la vision impérialiste engagée dans ce projet de loi de finances pour 2026.
Par conséquent, nous voterons contre les crédits de cette mission. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K. – M. Thierry Cozic applaudit également.)
Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Gontard. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guillaume Gontard. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, comme chaque année, la présente mission voit ses crédits diminuer.
Pour 2026, la baisse est tout de même de 6,46 %. Cette évolution s’explique seulement en partie par la disparition d’anciens combattants, de bénéficiaires des pensions militaires d’invalidité ou de victimes de spoliation ou de barbarie durant la Seconde Guerre mondiale en raison de leur âge avancé. Elle tient aussi à la fin de la branche commémorative.
Cette disparition des anciens combattants et résistants, mais aussi des victimes de guerre et de leurs contemporains, qui ont toutes et tous été touchés de près ou de loin, pose l’évidente question de la transmission de la mémoire.
Comme beaucoup d’entre vous, mes chers collègues, j’ai eu l’honneur de pouvoir échanger avec des résistants et des anciens combattants lors de cérémonies officielles ou dans le cadre scolaire. Ces échanges sont toujours marquants, car ils nous rappellent le prix douloureux de la liberté. Malheureusement, ces occasions se font désormais rares.
En parallèle, nous assistons au grand retour des discours belliqueux promus par l’extrême droite. Par le biais de ses accointances avec certains régimes autoritaires et ses politiques impérialistes, celle-ci prépare les guerres de demain. Par ailleurs, la cohésion sociale de notre société se réduit de manière préoccupante avec la prolifération de propos et actes racistes, antisémites et négationnistes.
Dans ce contexte très inquiétant, le devoir de mémoire est plus important que jamais. Je regrette donc vivement le choix du Gouvernement de réduire de plus de 23 % le budget de la sous-action « Mémoire et patrimoine mémoriel », qui remplit justement cette fonction. C’est pourquoi j’ai déposé un amendement visant à accorder 3 millions d’euros supplémentaires à cette branche du budget. Je vous invite vivement à le voter, mes chers collègues.
En cette année du quatre-vingtième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la tentative de suppression du jour férié commémorant cette victoire contre l’occupant nazi par le Premier ministre François Bayrou était déjà un affront total à cette mémoire ! Si je me réjouis que cette folie n’ait pas abouti, diminuer le budget de la mémoire d’une telle ampleur serait également un très mauvais signal.
Permettez-moi également de regretter la transmission parfois très partiale de cette mémoire. Ainsi, alors que 57 % des Français estimaient en 1945 que l’URSS était la nation ayant le plus contribué à la défaite du Troisième Reich, contre 20 % pour les États-Unis et 12 % pour la Grande-Bretagne, ces proportions se sont inversées depuis. Si la contribution évidente des États-Unis, notamment par le débarquement de Normandie, est largement transmise, c’est beaucoup moins le cas de celle de l’URSS, qui a pourtant perdu 20 millions de personnes durant la Seconde Guerre mondiale.
De même, la transmission des guerres coloniales, notamment d’Indochine et d’Algérie, reste encore trop faible. Alors que des représentations caricaturales de cette mémoire inondent le débat public et que l’enjeu mémoriel reste central dans nos relations avec l’Algérie, la réalité de ces guerres doit être enseignée à toutes les Françaises et tous les Français.
Le sang versé par de nombreux colonisés, comme les tirailleurs sénégalais, ou par les francs-tireurs et partisans - main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) n’a pas moins de valeur que celui des autres résistants ou soldats français. Leur contribution à la libération de la France doit être connue du plus grand nombre. Inscrire cette mémoire dans le roman national est d’autant plus important que cela permettrait de développer un plus fort sentiment d’appartenance à la Nation chez des milliers de jeunes Français héritiers de cette mémoire.
Pour conclure, le groupe GEST votera les crédits de cette mission, mais sera très attentif à ce que la politique mémorielle ne soit pas sacrifiée sur l’autel de l’austérité. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – M. le rapporteur spécial applaudit également.)