M. Jean-Luc Fichet. Cet amendement vise à rétablir l'article 5, supprimé en commission, qui instaurait une loi de programmation pluriannuelle des soins palliatifs.
Un tel article est indispensable : il inscrit cette politique dans le temps long, fixe des objectifs clairs, des indicateurs et une trajectoire financière. Son rétablissement est donc nécessaire pour donner de la visibilité et garantir un développement structuré et pérenne des soins palliatifs sur l'ensemble du territoire.
M. le président. La parole est à Mme Cathy Apourceau-Poly, pour présenter l'amendement n° 86.
Mme Cathy Apourceau-Poly. Comme l'a rappelé ma collègue Silvana Silvani lors de la discussion générale, en décidant de supprimer l'article 5, les rapporteurs de la commission des affaires sociales scient la branche sur laquelle nous, les parlementaires, nous sommes assis.
Mme Florence Lassarade, rapporteure. Vous n'y allez pas de main morte !
Mme Cathy Apourceau-Poly. Renoncer à une telle loi de programmation et de financement pluriannuelle enverrait un message terrible aux structures de soins palliatifs, ainsi qu'à nos concitoyens.
Chers collègues, vous avez refusé la création d'un droit opposable en considérant que l'égalité d'accès aux soins n'était pas garantie.
Vous avez refusé la création d'un droit à l'aide à mourir, en estimant que, si les unités palliatives étaient présentes en nombre suffisant sur le territoire, les demandes d'aide à mourir disparaîtraient.
Vous aviez enfin l'occasion de fixer un cap financier pour les soins palliatifs. Or vous avez décidé de supprimer l'article 5. Ce choix interroge votre cohérence, et même sur votre réelle volonté de développer les unités palliatives.
À l'inverse, nous sommes cohérents : nous proposons de rétablir la loi pluriannuelle de financement des soins palliatifs.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
Mme Florence Lassarade, rapporteure. Ces trois amendements visent à rétablir l'article 5, qui prévoit l'adoption d'une loi de programmation pluriannuelle.
Pour rappel, la commission a supprimé cet article, car il est dépourvu de toute portée normative.
Pour autant, nous tenons au principe de programmation pluriannuelle. C'est la raison pour laquelle la commission a prévu à l'article 4 bis que le développement de l'accompagnement et des soins palliatifs devait obligatoirement faire l'objet de stratégies nationales pluriannuelles élaborées par le Gouvernement, sur le modèle de la stratégie décennale 2024-2034.
Nous avons également maintenu la création d'une instance de gouvernance, pour piloter ces stratégies, et conservé l'inscription des crédits de la stratégie décennale à l'article 7.
En définitive, la commission estime qu'il est vain de décréter l'adoption future de lois de programmation qui ne seront sûrement jamais déposées, comme en témoigne l'exemple de la loi du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l'autonomie, dite loi Bien vieillir, qui prévoyait l'adoption d'une loi de programmation pour le grand âge avant le 31 décembre 2024.
Mme Anne-Sophie Romagny. Tout à fait !
Mme Florence Lassarade, rapporteure. Il est au contraire préférable de se concentrer sur les dispositions utiles et de tâcher de suivre les engagements pris par le Gouvernement dans les prochains projets de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).
Pour toutes ces raisons, la commission émet un avis défavorable sur ces amendements.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Stéphanie Rist, ministre. Je suis du même avis que Mme la rapporteure. Cette proposition s'inscrit dans la continuité de notre débat sur la pertinence d'une loi de programmation dans le domaine de la santé. Notre cadre juridique impose que nous débattions annuellement du financement de notre système de santé.
Une loi pluriannuelle pourrait être remise en cause chaque année par le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Elle n'apporterait pas davantage que l'engagement pris dans le cadre de la stratégie décennale, qui fixe des objectifs très clairs.
Le Gouvernement émet donc un avis défavorable sur ces amendements.
M. le président. La parole est à Mme Marion Canalès, pour explication de vote.
Mme Marion Canalès. La suppression de l'article prévoyant une loi de programmation pluriannuelle – l'idée avait fait son chemin à l'Assemblée nationale – ne nous semble pas aller dans le bon sens.
Ce type de loi, nous dit-on, n'aurait pas de valeur normative. Par ailleurs, on cite volontiers en exemple la loi Bien vieillir, à la suite de laquelle le Gouvernement n'a jamais déposé de loi de programmation.
Le raisonnement est identique à celui qui a été conduit à partir du droit opposable au logement : puisque cela n'a pas fonctionné, pourquoi devrions-nous le faire en matière de soins palliatifs ? Permettez-moi de citer Michael Jordan : « Je peux accepter l'échec, tout le monde échoue dans quelque chose. Mais je ne peux pas accepter de ne pas essayer. »
Ce n'est donc pas parce que cela n'a pas été fait pour le grand âge – nous sommes d'ailleurs toujours en droit d'attendre la loi de programmation pluriannuelle dans ce domaine – que nous devons renoncer à réclamer, en plus de la stratégie décennale, une loi de programmation pour les soins palliatifs.
La stratégie décennale, que nous avons aujourd'hui enrichie, est définie par le Gouvernement, avec le concours des associations d'usagers et des fédérations hospitalières.
La loi de programmation relève, elle, du Parlement. Madame la ministre, je ne vois pas en quoi nous ne serions pas fondés à demander de la visibilité, comme nous pouvons en avoir grâce à la loi de programmation militaire.
Nous prenons acte des 100 millions d'euros que vous avez mentionnés, ainsi que de votre engagement à renouveler cet effort pour atteindre 1,1 milliard d'euros dans dix ans.
Nous réclamons toutefois une plus grande visibilité. Les élections présidentielles approchent ; d'autres sujets surgiront. Une loi de programmation nous permettrait d'y voir plus clair sur le retard que nous devons rattraper ; elle offrirait des perspectives à celles et ceux qui attendent des soins palliatifs.
Enfin, il nous est dit que, lorsque les moyens seront mis sur la table, le droit opposable que nous défendons pourra plus facilement être instauré.
La stratégie décennale, ce sont les paroles ; la loi de programmation, ce sont des actes, gravés dans le marbre. Madame la ministre, nous vous faisons confiance pour tenir votre engagement, mais nous attendons une visibilité à plus long terme.
Les échecs du passé ne doivent pas nous conduire à renoncer à la loi de programmation, telle qu'elle a été prévue par l'Assemblée nationale.
M. le président. La parole est à Mme Corinne Féret, pour explication de vote.
Mme Corinne Féret. L'instauration d'une loi de programmation dans le cadre de la loi Bien vieillir était un acte fort de la part des parlementaires. Nous aurions pu penser que les gouvernements successifs respecteraient la volonté de ces derniers.
Aujourd'hui, on nous dit que nous devrions renoncer à une loi de programmation en matière de soins palliatifs au motif qu'une loi similaire en matière de grand âge n'a pas abouti.
Or, du point de vue parlementaire, elle a bien abouti ! Le vote de cette disposition a été le résultat d'un long débat, de discussions et d'amendements. Si elle ne s'est pas concrétisée, c'est parce que les gouvernements successifs n'ont pas respecté le vote des parlementaires.
Mme Cathy Apourceau-Poly. Exactement !
M. le président. La parole est à M. Daniel Chasseing, pour explication de vote.
M. Daniel Chasseing. Je comprends la position de la commission et de Mme la ministre.
Nous évoquions précédemment un droit opposable, qui poserait un certain nombre de problèmes : même en faisant leur maximum, les services ne pourraient pas répondre aux besoins au moment où ils seraient sollicités. La situation est ici totalement différente. Une loi de programmation ne pose pas de contraintes ; elle fixe un objectif.
Par conséquent, je voterai cet amendement.
M. le président. La parole est à Mme Raymonde Poncet Monge, pour explication de vote.
Mme Raymonde Poncet Monge. L'argument qu'avance la commission me semble particulièrement spécieux.
Madame la rapporteure, vous nous avez dit que nous ne pouvions pas créer de droit opposable en matière de soins palliatifs, car le Dalo n'est pas effectif. À présent, au sujet de la loi de programmation annuelle prévue par le Parlement dans le cadre de la loi Bien vieillir, vous nous dites que le Gouvernement ne respecte pas le vote du Parlement.
Le Parlement a parlé et joué son rôle, mais le Gouvernement n'en a pas tenu compte. Dès lors il ne faudrait plus que le Parlement parle ; il ne faudrait plus qu'il décide. Dans ce cas, votons un article 1er ainsi rédigé : « Le Gouvernement décide » ! Telle est la conclusion que nous devons tirer.
Pour avoir longtemps travaillé dans des services gérontologiques, je puis vous dire que nous devrions avoir honte de citer l'exemple de la loi Bien vieillir. Or nous en faisons un alibi : le Parlement n'ayant pas été respecté par le Gouvernement, il faudrait renoncer à lui opposer notre décision.
Au contraire, réintroduisons la loi de programmation pluriannuelle dans le texte du Sénat. Si la disposition est finalement votée à l'Assemblée nationale, alors le Gouvernement devra la respecter. Et nous en profiterons pour lui demander également de respecter la volonté exprimée par le Parlement au sujet de la loi pluriannuelle relative au bien vieillir.
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Stéphanie Rist, ministre. Je le répéterai aussi souvent que ce sera nécessaire : la stratégie décennale va bien au-delà des paroles. Depuis son lancement, les financements ont augmenté de 25 %, les objectifs sont très clairs et un comité de suivi a été mis en place.
En elle-même, une loi de programmation ne garantit pas un financement sur dix ans, ni même sur trois ans, puisque, chaque année, le budget doit être redéfini dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale.
Si le vote d'une loi pluriannuelle présente un aspect rassurant – je puis l'entendre, nous avons ce débat régulièrement –, notre Constitution prévoit des lois de financement annuelles. Les crédits inscrits dans la loi de programmation pourraient donc être réduits ou augmentés en fonction des PLFSS. (Mme Raymonde Poncet Monge s'exclame.)
À la fausse solution miracle que serait une loi pluriannuelle, je préfère une stratégie assortie d'objectifs clairs, des engagements tenus et un comité de suivi.
M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 22 rectifié.
J'ai été saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe Les Républicains.
Je rappelle que l'avis de la commission est défavorable, de même que celui du Gouvernement.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions fixées par l'article 56 du règlement.
Le scrutin est ouvert.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président. Personne ne demande plus à voter ?…
Le scrutin est clos.
Voici, compte tenu de l'ensemble des délégations de vote accordées par les sénateurs aux groupes politiques et notifiées à la présidence, le résultat du scrutin n° 165 :
| Nombre de votants | 342 |
| Nombre de suffrages exprimés | 326 |
| Pour l'adoption | 122 |
| Contre | 204 |
Le Sénat n'a pas adopté.
Je mets aux voix les amendements identiques nos 47 et 86.
J'ai été saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe Les Républicains.
Je rappelle que l'avis de la commission est défavorable, de même que celui du Gouvernement.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions fixées par l'article 56 du règlement.
Le scrutin est ouvert.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président. Personne ne demande plus à voter ?…
Le scrutin est clos.
Voici, compte tenu de l'ensemble des délégations de vote accordées par les sénateurs aux groupes politiques et notifiées à la présidence, le résultat du scrutin n° 166 :
| Nombre de votants | 342 |
| Nombre de suffrages exprimés | 326 |
| Pour l'adoption | 121 |
| Contre | 205 |
Le Sénat n'a pas adopté.
En conséquence, l'article 5 demeure supprimé.
Article 6
(Suppression maintenue)
Article 6 bis
(Supprimé)
Article 7
Les crédits de paiement de la stratégie nationale de l'accompagnement et des soins palliatifs mentionnée à l'article L. 1110-9-2 du code de la santé publique évoluent sur la période de 2026 à 2034 en application du tableau du deuxième alinéa du présent article. Ces crédits peuvent être réévalués afin de garantir un accès effectif des malades à un accompagnement et à des soins palliatifs.
Crédits de paiement et plafonds des taxes allouées aux mesures nouvelles prévues par la stratégie nationale de l'accompagnement et des soins palliatifs
Année |
Mesures nouvelles (en millions d'euros) |
(ligne supprimée) |
|
(ligne supprimée) |
|
2026 |
97 |
2027 |
96 |
2028 |
94 |
2029 |
97 |
2030 |
75 |
2031 |
105 |
2032 |
100 |
2033 |
122 |
2034 |
111 |
Le périmètre budgétaire concerné intègre les dépenses relatives :
1° À l'hôpital de jour et aux courts séjours ;
2° Aux séjours en service de médecine générale ou de chirurgie ;
3° Aux séjours en lits identifiés de soins palliatifs ;
4° Aux séjours en unité de soins palliatifs ;
5° Aux créations d'unités de soins palliatifs et d'unités de soins palliatifs pédiatriques, notamment dans les départements qui n'en sont pas dotés, en poursuivant l'objectif d'atteindre un minimum de deux unités par région avant le 31 décembre 2030, et aux créations de maisons d'accompagnement et de soins palliatifs ;
6° Aux journées d'hospitalisation à domicile ;
7° Aux séjours en unité de soins médicaux et de réadaptation ;
8° Aux missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation ;
9° Au fonds d'intervention régional, dont les équipes mobiles de soins palliatifs et les équipes ressources régionales de soins palliatifs pédiatriques ;
10° Aux actes des professionnels de santé libéraux ;
11° Aux médicaments délivrés en ville et relevant d'un parcours palliatif ;
12° (Supprimé)
13° Aux associations de bénévoles d'accompagnement.
M. le président. Je suis saisi de quatre amendements identiques.
L'amendement n° 53 rectifié est présenté par Mme Pantel, MM. Bilhac et Cabanel, Mme M. Carrère, MM. Daubet et Fialaire, Mme Girardin, MM. Gold et Grosvalet, Mme Guillotin, M. Guiol, Mme Jouve et MM. Laouedj et Masset.
L'amendement n° 87 est présenté par Mmes Silvani et Apourceau-Poly, MM. Bacchi, Barros, Basquin et Brossat, Mmes Brulin et Corbière Naminzo, M. Corbisez, Mme Cukierman, M. Gay, Mme Gréaume, M. Lahellec, Mme Margaté, MM. Ouzoulias et Savoldelli, Mme Varaillas et M. Xowie.
L'amendement n° 98 rectifié est présenté par Mme Antoine, M. Chasseing, Mme Devésa, MM. Dhersin, Hingray, Lemoyne et Lévrier, Mme Perrot, M. Pillefer et Mme Romagny.
L'amendement n° 107 rectifié bis est présenté par MM. Gremillet, Burgoa, Menonville et Reynaud, Mmes Demas, Belrhiti et Micouleau, MM. Margueritte et Séné et Mme P. Martin.
Ces quatre amendements sont ainsi libellés :
Alinéa 2, tableau, seconde colonne, quatrième à douzième lignes
Rédiger ainsi ces lignes :
194 |
192 |
188 |
194 |
150 |
210 |
200 |
244 |
222 |
La parole est à Mme Véronique Guillotin, pour présenter l'amendement n° 53 rectifié.
Mme Véronique Guillotin. Cet amendement vise à doubler les crédits de paiement de la stratégie nationale de l'accompagnement et des soins palliatifs.
M. le président. La parole est à Mme Silvana Silvani, pour présenter l'amendement n° 87.
Mme Silvana Silvani. Les inégalités de déploiement des soins palliatifs, comme la croissance des besoins, sont très fortes. Elles nécessitent un investissement historique de la Nation et de la République. Cet amendement vise donc à doubler les fonds dédiés aux mesures prévues par la stratégie décennale.
Selon la Cour des comptes, la dépense publique a augmenté de près de 25 % entre 2017 et 2021, soit de 6,25 % par an. Le plan décennal prévoit une augmentation de 66 %, soit 6,6 % par an. L'effort annoncé par le Gouvernement en 2024 revient donc, en réalité, à maintenir un budget constant sur dix ans. (Mme Anne-Sophie Romagny s'exclame.)
Dans ce contexte, il convient de corriger ces crédits, pour au minimum les doubler, afin de combler le retard actuel. Je le rappelle, un patient sur deux n'a pas accès aux soins palliatifs. Et il faut mieux tenir compte des nouveaux besoins liés au vieillissement de la population, à l'augmentation des maladies chroniques et aux affections de longue durée. Chaque année, nous insistons sur ces éléments, qui posent forcément question.
Enfin, cet amendement vise à tenir compte des reliquats de 2024 et 2025, initialement prévus par la loi, qui n'auront pas été utilisés.
Les rapporteurs peuvent critiquer l'absence de valeur normative de l'article 7, mais les montants fixés dans la stratégie décennale serviront de référence pour la loi de finances et pour la loi de financement de la sécurité sociale.
M. le président. La parole est à Mme Jocelyne Antoine, pour présenter l'amendement n° 98 rectifié.
Mme Jocelyne Antoine. Il est défendu, monsieur le président.
M. le président. La parole est à M. Laurent Burgoa, pour présenter l'amendement n° 107 rectifié bis.
M. Laurent Burgoa. Il est également défendu.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
Mme Florence Lassarade, rapporteure. Ces amendements visent à doubler les crédits qui sont dédiés aux mesures nouvelles prévues par la stratégie décennale et retracés dans un tableau à l'article 7.
Nous partageons la nécessité d'accorder les financements nécessaires au développement de l'offre d'accompagnement et des soins palliatifs. Toutefois, il apparaît évident que doubler de cette façon les crédits prévus par la stratégie décennale, sans y associer des objectifs précis et dans un contexte budgétaire très contraint, est peu réaliste.
Malheureusement, quelle que soit l'ambition qui nous anime pour assurer l'accès de tous aux soins palliatifs, les chiffres inscrits dans le tableau de l'article 7 n'ont aucune valeur contraignante.
En commission, nous avons été interrogés sur la raison de la recevabilité de ces amendements. Nous pouvons doubler ces crédits si nous le souhaitons, car, comme le disait déjà Philippe Marini, ancien rapporteur de la commission des finances, « les ″vœux pieux″ ne coûtent rien et, dès lors, ne peuvent être financièrement irrecevables ! Quant aux illusions que peuvent créer de telles pratiques, elles s'apparentent à celles qu'engendrent dans notre pays tant de promesses politiciennes et insolvables... »
La commission émet donc un avis défavorable sur ces amendements identiques.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
Mme Stéphanie Rist, ministre. D'une part, je le répète, la stratégie décennale prévoit une augmentation de crédits de 66 %, ce qui est tout de même assez significatif.
D'autre part, la question n'est pas seulement financière : nous avons aussi besoin de former plus de médecins, d'où l'échelonnement sur dix ans.
L'effort est là, et c'est normal. Il est progressif, dans la mesure où le nombre des médecins formés et des équipes augmentera année après année.
J'émets donc moi aussi un avis défavorable sur ces amendements identiques.
M. le président. La parole est à Mme Marion Canalès, pour explication de vote.
Mme Marion Canalès. Avis après avis, nous avons tout de même le sentiment de rester spectateurs… On nous dit qu'un droit n'est pas utile parce qu'il n'est pas effectif. On nous dit qu'une loi de programmation n'est pas nécessaire, même si la loi de programmation militaire donne des perspectives, au motif que, en matière de santé, les décisions sont prises dans le cadre du PLFSS.
Quand nous proposons des amendements visant à renforcer l'information, on nous répond qu'ils sont déjà satisfaits et qu'il ne faudrait tout de même pas aller trop loin.
Voilà que plusieurs de nos collègues proposent un doublement des crédits. Il s'agit d'ailleurs d'un excellent amendement – heureusement qu'ils l'ont déposé ! Certes, 100 millions d'euros sont prévus, Mme la ministre nous l'a répété. Nous en reparlerons à l'occasion du PLFSS et, de toute façon, nous proposerons tous des amendements visant à augmenter les crédits.
Un mur se dresse devant nous : nous devons simultanément rattraper notre retard et faire face à de nouvelles demandes, puisque le nombre de personnes susceptibles de recourir aux soins palliatifs augmentera de près de 20 %.
Prenons donc une décision ! Au bout du compte, madame la rapporteure, je me demande ce que nous aurons décidé. Nous nous apprêtons à voter un texte qui restera un vœu pieux. En effet, il n'y a là rien de nouveau sous le soleil !
Dans une démarche transpartisane, plusieurs de nos collègues proposent d'aboutir à un texte permettant d'affirmer qu'un grand pas a été fait au Sénat, au moins en ce qui concerne les moyens financiers. Je rejoins sur ce point Mme la ministre : comme l'a rappelé à l'Assemblée nationale mon collègue auvergnat et communiste Yannick Monnet, ce n'est pas qu'une question de finances ; c'est aussi une question de moyens humains.
En l'occurrence, nous traitons ici des besoins financiers. Faisons au moins un pas dans cette direction ce soir. Avançons sur le financement des soins palliatifs !
M. le président. La parole est à Mme Anne-Sophie Romagny, pour explication de vote.
Mme Anne-Sophie Romagny. Nous en sommes arrivés, me semble-t-il, à la question cruciale : avons-nous oui ou non pour ce texte une réelle ambition ?
J'entends parfaitement l'avis de la commission : les chiffres inscrits dans le tableau de l'article 7 sont incitatifs et n'ont pas de valeur contraignante. Dans le cas contraire, les amendements seraient d'ailleurs jugés irrecevables au titre de l'article 40 de la Constitution, et ce serait tout à fait normal.
Pour autant, à quel moment faisons-nous preuve d'ambition dans ce texte ? Je rappelle que la question du droit à mourir nous reviendra avec la navette parlementaire. Si nous n'affichons pas l'ambition nécessaire, nous resterons sur notre faim.
Nous proposerons en effet dans le cadre du PLFSS des amendements visant à augmenter les crédits pour les soins palliatifs. Madame la ministre, vous mettez en avant les 100 millions d'euros que vous y avez consacrés, mais ces derniers visent davantage à rattraper notre retard qu'à afficher une ambition.
Or, en matière de soins palliatifs, nous avons besoin d'une vision. C'est pourquoi j'ai cosigné ces amendements. Certes leur portée sera limitée, mais je rejoins Marion Canalès : en tant que parlementaires, nous ne pouvons considérer que, quoi que nous fassions, cela n'aura qu'une faible portée.
Notre préoccupation est partagée sur toutes les travées. Soyons soudés et affichons notre ambition ; à défaut, nos travaux resteront lettre morte – nous avons tous en tête l'exemple de la loi Claeys-Leonetti.
Mme Marion Canalès. Vous avez raison !
Mme Anne-Sophie Romagny. Si nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions, que faisons-nous ici aujourd'hui ?
M. le président. La parole est à Mme Silvana Silvani, pour explication de vote.
Mme Silvana Silvani. Madame la ministre, un financement a beau être significatif, s'il n'est pas à la hauteur des besoins, il sera de toute façon insuffisant.
Cela a été dit et répété, le financement des soins palliatifs est insuffisant. Il faut une volonté ou une ambition, pour reprendre les différents termes qui ont été utilisés.
Il semblerait que l'on établisse d'abord le budget et que l'on voie ensuite ce que l'on peut faire avec... Évidemment, ce n'est pas ainsi que cela devrait fonctionner. Le budget reflète un certain nombre d'orientations et de volontés.
Manifestement, aucun travail de priorisation n'a été réalisé pour cette année, ni pour l'année prochaine, concernant le développement des soins palliatifs. L'année prochaine, nous serons de nouveau amenés à formuler le même constat : comme la population vieillit, le nombre des patients atteints de longues maladies augmente, ce qui implique des besoins de plus en plus importants, alors que les moyens nécessaires ne sont toujours pas à la hauteur.
M. le président. La parole est à Mme Anne Chain-Larché, pour explication de vote.
Mme Anne Chain-Larché. Lors du débat de la semaine dernière sur la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir, nous avons tous regretté de ne pas avoir commencé par examiner la proposition de loi visant à garantir l'égal accès de tous à l'accompagnement et aux soins palliatifs. Cela nous aurait permis de cheminer plus lentement et d'étayer notre raisonnement.
Par ailleurs, je rappelle que cette semaine est réservée par priorité au Gouvernement. Or ce dernier n'est pas capable de nous présenter autre chose qu'une proposition de loi, qui, par définition, n'a fait l'objet d'aucune étude d'impact ! Cela nous déçoit beaucoup quant à la véritable ambition du Gouvernement sur ce sujet crucial.
Je voterai ces amendements identiques, car ne pas le faire me conduirait à me questionner sur notre rôle. Bien que, d'une certaine manière, on nous coupe les jambes, nous devons être présents pour faire avancer les choses. Voilà, madame la ministre, ce que je voulais vous dire.
M. le président. La parole est à M. le président de la commission.
M. Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales. Je suis fortement ennuyé.
Madame la ministre, comme vous pouvez le constater, sur toutes les travées, nous nous inquiétons des moyens financiers accordés aux soins palliatifs. Alors que le Gouvernement annonçait une grande réforme des soins palliatifs, les crédits qui ont été prévus dans le PLFSS suscitent de vives inquiétudes.
Par ailleurs, nous commençons à avoir l'habitude de voter des lois de programmation et d'entendre des promesses de réformes, sans qu'elles se concrétisent au moment de l'examen des projets de loi de financement de la sécurité sociale.
Mme Anne-Sophie Romagny. C'est le moins que l'on puisse dire !
M. Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales. Ces deux facteurs cumulés expliquent nos inquiétudes. Alors que nous tenons sans cesse le même discours – il faut répondre aux besoins et rattraper le retard sur l'offre de soins palliatifs –, celui-ci n'a pas de traduction sur le plan budgétaire.
Cela dit, mes chers collègues, cessons de susciter de faux espoirs. Si ces amendements identiques n'ont pas été déclarés irrecevables au titre de l'article 40 de la Constitution, c'est parce que leur objet n'est pas véritablement engageant : ce ne sont que des mots ! Il serait faux de dire que nous doublerions les crédits en adoptant ces amendements. Ce ne serait pas la réalité.
Ayons l'honnêteté de le reconnaître, l'objet de ces amendements est d'envoyer un message au Gouvernement : premièrement, de manière générale, nous ne sommes clairement pas satisfaits des crédits qui ont été alloués dans le PLFSS, car ils sont insuffisants à la fois pour rattraper les besoins et pour répondre à l'ambition affichée ; deuxièmement, nous regrettons que ce texte prenne la forme d'une proposition de loi, ce qui nous prive d'étude d'impact et entraîne un manque en termes de crédits alloués.
Toutefois, en tant que parlementaires, nous devons conduire nos travaux de façon responsable. Il me semble inopportun de voter des amendements qui ont pour seul objet d'adresser un message – nous avons l'intention de doubler les crédits –, sans que cela se traduise dans la réalité.
Aussi, je ne voterai pas ces amendements identiques, non pas parce que je ne suis pas d'accord avec les arguments de leurs auteurs, mais parce que je sais pertinemment que cela n'aurait aucun effet, si ce n'est celui de laisser entendre que des moyens financiers supplémentaires vont être attribués, alors que tel ne sera pas le cas.
En revanche, je donne rendez-vous lors de l'examen du prochain PLFSS à tous les parlementaires qui se sont exprimés. (Mme Silvana Silvani manifeste son ironie.) Car c'est là que tout se joue. Or je ne suis pas certain que beaucoup d'interventions appelant à aller plus loin sur les soins palliatifs aient été prononcées lors de l'examen du PLFSS pour 2026...
Il faut aller plus loin. Le Gouvernement nous a donné une première indication en ce sens. Toutefois, nous sommes inquiets, madame la ministre, car de nombreuses promesses n'ont pas été tenues. (Mme Anne-Sophie Romagny et Mme Nadia Sollogoub approuvent.) Voilà le message que je voulais faire passer.
Je ne voterai pas ces amendements, mais j'entends parfaitement le message qui est adressé depuis toutes les travées de cette assemblée.
M. le président. La parole est à Mme Raymonde Poncet Monge, pour explication de vote.
Mme Raymonde Poncet Monge. Je ne tire pas du tout les mêmes conclusions de cette ambiguïté : nous ne ferons pas mieux lors du PLFSS, puisque nous serons restreints par l'article 40 de la Constitution ! Nous sommes relativement impuissants. Mes chers collègues, je vous propose donc d'abroger l'article 40, pour remédier à cette impuissance. (Exclamations amusées.)
Au bout du compte, le Parlement ne décide de rien. Comme je le disais précédemment, le Gouvernement fait seul la loi, et nous ne servons donc à rien. Aussi, mes chers collègues, j'espère vous trouver à mes côtés si une proposition de loi constitutionnelle était déposée pour abroger l'article 40.
Toutefois, tant que cette disposition est en vigueur, notre rôle de parlementaire est de faire valoir notre ambition et de proposer un cap et une trajectoire. Ce ne sont pas de simples paroles, monsieur le président de la commission. C'est simplement une manière de nous adapter au principe de réalité ! Au reste, je note que vous intervenez au moment où ces amendements allaient peut-être être adoptés…
En adoptant ces amendements, le Parlement enverrait un signe très fort – le seul qu'il puisse émettre – au Gouvernement : la programmation est insuffisante et il convient d'accélérer. Que le Gouvernement fasse ou non preuve de sagesse et suive notre avis, nous aurons quoi qu'il en soit joué notre rôle.