B. DES OBJECTIFS DE DÉPENSES ENFIN CRÉDIBLES
1. Une renaissance pour l'ONDAM (articles 32 et 34)
a) Le concept d'ONDAM
L'objectif national des dépenses d'assurance maladie
(ONDAM),
créé par la première loi de financement de la
sécurité sociale en 1996, a été appliqué
pour la première fois en 1997. Il s'agissait à l'origine de
créer un outil de suivi et de régulation des dépenses
d'assurance maladie en fixant un taux d'évolution annuel des
dépenses pour l'ensemble de la France. Cet objectif est ensuite
décliné en plusieurs sous-objectifs (soins de ville,
établissements sanitaires publics, établissements
médico-sociaux, cliniques privées, ressortissants français
de l'étranger et DOM). Jusqu'en 2001, il a été fixé
et suivi à partir des données statistiques en dates de
remboursement qui sont sensibles aux rythmes de liquidation des feuilles de
santé dans les caisses d'assurance maladie.
La question de la fiabilité de cet outil de suivi de l'évolution
des dépenses d'assurance maladie s'est posée en raison, d'une
part, de la complexité inhérente à la méthode de
construction de l'ONDAM, d'autre part, de multiples effets de champ au sein de
l'ONDAM qui ont pu rendre son analyse peu lisible.
Méthode de constitution de l'ONDAM
1- Les
enveloppes de l'ONDAM
L'ONDAM permet un suivi des dépenses d'assurance maladie sur les postes
suivants :
- les soins de ville
, pour lesquels on distingue deux sous-postes
principaux :
* les « dépenses déléguées »
sont constituées de l'ensemble des remboursements d'honoraires de
professionnels de santé : honoraires privés (de
médecins et dentistes), auxiliaires médicaux, laboratoires
d'analyses médicales et transporteurs sanitaires ;
* les « autres dépenses de soins de ville » se
composent principalement des dépenses de médicaments (dont les
consommations intermédiaires des cliniques), des dispositifs
médicaux et des indemnités journalières (hors
maternité).
- les établissements sanitaires
, pour lesquels on distingue trois
enveloppes principales, elles-mêmes détaillées :
* les établissements sanitaires publics comprennent les dépenses
d'établissements sous dotation globale (y compris les
établissements anciennement à prix de journée
préfectoral qui sont entrés dans ce champ en 1998), les
honoraires du secteur public (correspondant aux consultations externes) et les
autres établissements sanitaires publics (qui regroupent le reste :
les conventions internationales, les hôpitaux militaires et les
facturations d'exercice antérieur) ;
* les établissements médico-sociaux qui se répartissent
entre les établissements pour enfance inadaptée et adultes
handicapés (EI-AH) et les établissements de personnes
âgées ;
* les cliniques privées (hors consommations intermédiaires et
hors DOM) incluent les établissements anciennement à prix de
journée préfectoral (qui ne sont pas passés sous dotation
globale) et se décomposent en deux sous-enveloppes : celle des
prestations sous OQN et celles des prestations hors OQN. Les
établissements hors OQN sont essentiellement les associations
d'hospitalisation à domicile et les établissements
exerçant, sous statut d'association, des activités de dialyse.
Sont également exclus de l'OQN les soins de long séjour, les
forfaits de séances et de soins pour personnes âgées ainsi
que ceux pour le traitement de l'insuffisance respiratoire, les forfaits d'IRMN
et de scannographie, les dépenses relatives à la
réadaptation fonctionnelle ou professionnelle, les prestations relatives
à l'IVG.
- les soins aux ressortissants français qui sont à
l'étranger
;
- les soins pris en charge dans les DOM
.
Les opérations de rebasage consistent à tenir compte des
dépassements d'objectif observés en fin d'année pour fixer
l'objectif de l'année suivante. En 1999, le rebasage a concerné
majoritairement les soins de ville et, dans une moindre mesure, le secteur
médico-social et les dépenses des DOM et des ressortissants
français à l'étranger. En 2000, le rebasage s'est
également traduit par une hausse sur les soins de ville, et par une
légère augmentation de l'enveloppe des établissements sous
dotation globale.
2- Rappel des principes de construction de l'ONDAM
L'ONDAM est voté par le Parlement en montant et en comptabilité
d'encaissement. A partir de l'année 2002, il est voté en montant
en droits constatés. Le Parlement vote un montant total, la
décomposition en 4 sous-enveloppes principales relevant d'actes
réglementaires ou conventionnels.
Le débat au Parlement s'articule autour d'un taux de croissance total et
des taux de croissance par sous-enveloppes qui sont communiqués par les
ministres au moment du débat. Le taux de croissance rapporte le montant
d'ONDAM voté à une base de l'année
précédente dont le mode de calcul a été
modifié au cours du temps :
- dans les LFSS 1997 à 1999, la base de l'année
précédente est calée sur l'objectif de l'année
précédente, quelles que soient les réalisations effectives
de dépenses ;
- dans les LFSS suivantes, la base est différente de l'objectif de
l'année précédente et se rapproche des réalisations
effectives de dépenses (opération de rebasage du
dépassement
25(
*
)
) ; la base retenue peut
être un peu supérieure aux réalisations effectives lorsque
le rebasage est total sur les lignes en dépassement et nul sur les
lignes en économie ;
- enfin l'ONDAM étant présenté en octobre, le calcul des
bases se fait à partir des prévisions de la commission des
comptes de la sécurité sociale qui peuvent se
révéler supérieures ou inférieures à la
réalisation finale de l'année
Ainsi, le taux de croissance de l'ONDAM 1999 a été
présenté à 2,6 %, alors que la marge de croissance
disponible par rapport aux dépenses 1998 réelles n'est que de
1 %. En revanche, le taux de croissance de l'ONDAM 2000 tel que
présenté dans la LFSS est très proche de la marge
réelle de croissance.
La répartition définitive de l'ONDAM en sous-objectifs prend en
compte des opérations de transferts entre ces sous-objectifs au titre de
diverses opérations (transformation d'un établissement de
santé en établissement médico-social, fin de la prise en
charge par le budget hospitalier du coût des médicaments
antirétroviraux etc....). Ces transferts sont opérés
« en base », c'est-à-dire que la base retenue pour
le calcul de l'objectif voté par le Parlement est abaissée sur
une ligne et augmentée à due concurrence sur une autre ligne. Le
montant de l'objectif d'un secteur est ensuite obtenu en appliquant le taux de
croissance affiché au Parlement à cette nouvelle base
corrigée des transferts
26(
*
)
.
Les dépassements systématiques de l'ONDAM depuis sa
création, à l'exception de sa première année
d'existence, en 1997, ont participé de cette complexité dans la
méthode de construction de l'objectif. Les écarts entre l'ONDAM
voté, l'ONDAM réalisé, l'ONDAM rebasé et, enfin,
innovation de la loi de financement de la sécurité sociale pour
2002, l'ONDAM révisé, n'ont fait qu'accroître le manque de
lisibilité de cet outil de suivi et de régulation des
dépenses d'assurance maladie.
À ces dépassements de l'enveloppe globale, s'ajoute une multitude
de transferts au sein de l'ONDAM qui résultent de l'évolution de
la réglementation ou des pratiques, pouvant conduire certaines
dépenses à passer d'une enveloppe à l'autre au sein de
l'ONDAM. Ces mouvements, qui entraînent des effets de champ, compliquent
la compréhension des évolutions décrites.
Les principaux transferts au sein de l'ONDAM depuis 1997
-
En
1997
: les médicaments anti-rétroviraux, à
destination des malades non hospitalisés, sont sortis du financement
dérogatoire par dotation globale. Les dépenses correspondantes
viennent donc s'imputer sur la ligne « soins de ville » de
l'ONDAM, pour un montant de 152 millions d'euros. Par ailleurs, dès le
1
er
janvier 1997, une enveloppe de 366 millions d'euros est
transférée du poste « autres établissements
sanitaires » vers le poste « cliniques
privées » au titre du changement de régime de
financement des établissements à prix de journée
préfectoral.
-
En 1998
: le transfert des soins de ville vers le secteur
médico-social (les CAMSP ou Centres d'action médico-sociale
précoce) s'élève à 50 millions d'euros.
-
En 1999
:
trois transferts de champ majeurs
sont
observés à l'intérieur de l'ONDAM : le premier
transfert, de 91 millions d'euros, est lié aux dépenses
d'oxygénothérapie de l'Association Nationale des Traitements de
l'Insuffisance Respiratoire (ANTADIR) qui quittent le champ des cliniques
privées pour être comptabilisées dans les dépenses
de soins de ville (passage au droit commun des prestations liées
à l'insuffisance respiratoire, par inscription au TIPS) ; le second
transfert de 91 millions d'euros, est lié aux médicaments qui ne
sont plus financés de manière dérogatoire par la dotation
globale hospitalière et réintègrent le droit commun pour
être comptabilisés dans le poste « autres
dépenses de ville ». Le troisième transfert, d'un
montant de 660 millions d'euros est interne aux
établissements : il s'agit du changement de champ des
établissements anciennement à prix de journée
préfectoral (ex-PJP) : ils quittent le poste des autres
établissements sanitaires, à destination de la dotation globale.
-
En 2000
: l'achèvement de l'intégration dans la
dotation globale hospitalière de l'ensemble des dépenses de soins
de ville facturés à l'acte par les établissements ex-PJP
entraîne un transfert de 91,5 millions d'euros des soins de ville
vers les établissements sous dotation globale hospitalière.
-
En 2001
: 76 millions d'euros sont transférés de
l'enveloppe soins de ville vers l'enveloppe médico-social
« personnes âgées » au titre de la mise en
oeuvre de la réforme de la tarification des établissements pour
personnes âgées qui met à la charge des budgets des
établissements certaines dépenses de soins remboursées
auparavant à l'acte. Pour 2002, le montant lié à la
réforme des EHPAD est de 107 millions d'euros, soit 76 millions
d'euros en provenance du poste des dépenses
déléguées et 30 millions d'euros issus des autres
dépenses de ville.
-
En 2002
: les établissements SSA-INI (Service de Soins de
Armées et Institut National des Invalides) quittent le poste des autres
établissements sanitaires pour être comptabilisés dans le
poste de la dotation globale. Ce transfert est de 352 millions d'euros.
Par ailleurs, chaque année, sont enregistrés des transferts
d'enveloppe, dits de fongibilité, qui correspondent au changement de
statut des établissements, notamment du secteur sanitaire vers le
secteur médico-social.
Par ailleurs, en 2001, l'amélioration de l'information statistique a
permis le reclassement d'un certain nombre de dépenses à
l'intérieur de l'ONDAM.
En ce qui concerne la remise de l'industrie pharmaceutique, elle
s'élève à 183 millions d'euros en 1999, à 139
millions d'euros en 2000, à 274 millions d'euros en 2001 et à
198 millions d'euros en 2002.
Le tableau suivant permet de récapituler les modifications du champ de
l'ONDAM intervenues entre 1997 et 2002 et d'en apprécier l'effet sur
l'objectif.
Tableau récapitulatif des modifications de champ entre 1997 et 2002
(En millions d'euros)
|
|
Total des effets de champ 1997 |
Total des effets de champ 1998 |
Total des effets champ 1999 |
Total des effets de champ 2000 |
Total des effets de champ 2001 |
Total des effets de champ 2002 |
|
Soins de ville |
259,2 |
-59,3 |
170,4 |
-91,5 |
-31,4 |
-110,5 |
|
Objectif délégué |
0 |
-8,9 |
-4,3 |
-91,5 |
24,4 |
-76,2 |
|
Autres dépenses de ville |
259,2 |
-50,5 |
174,8 |
0,0 |
-55,8 |
-34,3 |
|
Versements aux établissements |
-223,8 |
58,2 |
-169,9 |
88,2 |
30,4 |
112,1 |
|
Etablissements sanitaires |
-514,7 |
-9,2 |
-67,6 |
96,3 |
-109,0 |
-33,1 |
|
Médico-social |
23,3 |
88,5 |
16,9 |
34,3 |
90,2 |
158,2 |
|
dont personnes handicapées (EI-AH) |
22,4 |
87,9 |
16,9 |
23,1 |
12,2 |
57,8 |
|
dont personnes âgées (EHPA) |
0,9 |
0,6 |
0,0 |
11,2 |
78,0 |
100,4 |
|
Cliniques privées |
267,5 |
-21,0 |
-119,2 |
-42,3 |
49,2 |
-12,9 |
|
Marge de manoeuvre résiduelle |
-65,9 |
1,2 |
-0,5 |
3,3 |
0,7 |
-1,2 |
|
ONDAM |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,4 |
Votre
rapporteur pour avis souhaite à cet égard introduire dans le
présent projet de loi de financement une disposition nouvelle visant
à la transmission par le gouvernement au Parlement d'un rapport faisant
une présentation détaillée des méthodes
d'élaboration et de suivi de l'ONDAM, permettant notamment d'en
apprécier l'évolution ainsi que celle des enveloppes qui le
composent et des objectifs quantifiés nationaux qui en
découlent.
Cette critique relative à la méthode de fixation de l'ONDAM est
ancienne puisque la Cour des comptes, dans son rapport sur l'application de la
loi de financement de la sécurité sociale pour 1998, avait
souligné «
le caractère parfois arbitraire du champ
de l'ONDAM, le degré différent d'encadrement des postes de
dépenses qui le composent, les faiblesses dans les méthodes de
préparation et enfin les insuffisances rencontrées dans les
modalités de suivi des objectifs
».
De même, dans son rapport sur l'application de la loi de financement de
la sécurité sociale pour 1999, la Cour des comptes, portant son
attention sur les méthodes de préparation et de suivi de l'ONDAM,
indiquait que «
l'existence de l'ONDAM constitue
[...]
un
indéniable progrès dans l'amélioration de la connaissance
par la représentation nationale des choix effectués en la
matière. Il n'en demeure pas mois que les insuffisances relevées
dans les méthodes de préparation et le fait que la traduction
chiffrée des objectifs de santé publique soit très
grossière font que l'information présentée n'est pas
encore totalement pertinente
». À cet égard, la
Cour des comptes mettait plus particulièrement en cause les
«
opérations de rebasage
» qui faussent la
signification de certaines informations fournies au Parlement.
Dès lors, la Cour des comptes concluait que «
si le contour
de l'ONDAM est plus stable, son équilibre n'est pas pérenne. De
plus, les transferts de dépenses entre enveloppes et l'absence de
procédure de rétropolation ne permettent pas de disposer d'un
suivi des objectifs et de leur réalisation sur plusieurs années,
ce qui réduit la capacité à dépasser une logique de
préparation annuelle pour mesurer les évolutions passées
aussi bien que pour établir des prévisions sur le plus long terme
en relation avec les objectifs de santé publique
».