3. Les enjeux d'une diversification de la clientèle

La clientèle de La Poste est tout d'abord une clientèle vieillissante. Alors que la part des moins de 25 ans décroît, la part des personnes âgées de 76 ans et plus dans la clientèle de La Poste est passée de 11,3 % à 12,3 %. Selon la Cour des comptes, dans son rapport particulier précité d'octobre 2003 relatif aux comptes et à la gestion de La Poste (1991-2002), « si cette situation apparemment favorable - d'autant que la population française dans son ensemble vieillit - est potentiellement très dangereuse pour La Poste, c'est parce que la clientèle « historique » de La Poste ne se renouvellera pas à l'identique. La clientèle la plus âgée est celle qui a, pour la première fois, accédé aux services bancaires grâce aux CCP. Les nouvelles générations ont un comportement différent. Si aujourd'hui 30 % de la population française entre 80 et 84 ans a son compte principal à La Poste, ce taux décroît avec l'âge, et tombe à 15 % environ pour les 50-60 ans et moins de 10 % pour les 20-30 ans ».

Selon La Poste, le non-renouvellement de la clientèle âgée des comptes chèques postaux se traduirait par une perte de près de 20 % de sa part de marché en encours d'ici à 2020.

De plus, les services financiers de La Poste jouent incontestablement un rôle social important. Ce rôle n'obéit à aucune sujétion législative particulière. De même, le cahier des charges précisant les obligations et conditions des missions de service public de l'établissement, ne mentionne pas la mission d'intérêt général d'accès des populations défavorisées au service bancaire. Dans sa réponse à une insertion au rapport annuel de la Cour des comptes de 1993, le ministre du budget précisait alors que « le déficit que pourrait assumer La Poste du fait de cette activité ne pourrait provenir que de charges particulières qu'il n'appartient pas à l'Etat d'assumer » et que l'exploitant était libre de les « remettre en cause, le cas échéant, dans le cadre de sa politique commerciale ».

La loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier, si elle renforce le droit au compte bancaire, y compris pour les interdits bancaires, en permettant au consommateur de saisir la Banque de France pour obtenir la désignation d'office d'une institution financière tenue de lui ouvrir un compte, ne crée aucune obligation spécifique pour La Poste.

Pourtant, les livrets d'avoir moyen annuel de moins de 150 euros représentent 57 % des livrets A de La Poste contre seulement 28 % du total des livrets A et bleu des Caisses d'épargne et du Crédit mutuel. La Poste est de facto l'établissement financier attitré des personnes défavorisées : elle accepte ainsi de gérer les très petits comptes, à un prix très faible même s'ils font l'objet de très nombreux mouvements ; le Livret A est accessible aux interdits bancaires et aux SDF et les opérations y sont effectuées sans frais et sans limite de nombre et de montant.

Une banque postale évoluant dans des conditions de marché, pratiquant une tarification des opérations proportionnées à leurs coûts et veillant à la rentabilité des comptes qu'elle gère pourra se trouver en porte à faux avec ce rôle social, qui, s'il correspond à une mission d'intérêt général reconnue par l'Etat, devra trouver une prise en charge financière correspondante.

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