II. LE PROJET DE PROTOCOLE MODIFIANT LA CONVENTION EUROPOL : UN SYSTÈME DE CONTRÔLE TOUJOURS INSUFFISANT, EN PARTICULIER PAR LES PARLEMENTS NATIONAUX

A. UN NOUVEL ACCROISSEMENT DES POUVOIRS D'EUROPOL SANS UNE AMÉLIORATION ÉQUIVALENTE DES CONTRÔLES

1. Plus d'autonomie et de nouveaux pouvoirs

La dernière version, datée du 4 novembre 2003, du projet de protocole modifiant la Convention Europol entérinerait certaines pratiques aujourd'hui contraires à cette Convention. Elle améliore de la sorte les capacités opérationnelles de l'Office en apportant de la souplesse. Mais cela se fait au détriment du contrôle.

Ainsi, elle donne un fondement juridique à la pratique consistant, pour les services nationaux de police ou de gendarmerie compétents, à s'adresser directement à Europol pour échanger des informations sans passer par l'intermédiaire des unités nationales auprès d'Europol chargées d'orienter et de sélectionner ces demandes d'information.

Cette dernière version modifie également les modalités de création d'un fichier d'analyse. La procédure actuelle consiste, pour le directeur d'Europol, à soumettre à l'approbation du conseil d'administration une instruction de création d'un fichier d'analyse, à propos de laquelle l'Autorité de contrôle commune est appelée à faire part de ses observations préalables. La nouvelle procédure permettrait dorénavant au directeur d'Europol d'ouvrir un fichier d'analyse sans attendre l'accord du conseil d'administration et l'avis de l'ACC. On passerait donc d'un contrôle a priori à un contrôle a posteriori . Or, il n'est pas certain que cette procédure permette à l'ACC et au conseil d'administration de faire valoir leurs observations de manière efficace.

De plus, le projet de protocole autoriserait le traitement d' « autres données » par Europol, sans préciser davantage leur nature. Elles pourraient être enregistrées pour une durée inférieure à six mois, alors même qu'elles n'entreraient pas dans le champ de compétence d'Europol.

Au final, ces dispositions aboutiraient à affaiblir le contrôle par l'ACC, alors même qu'il s'agit du seul organisme de contrôle un peu efficace des activités d'Europol.

2. Des progrès peu sensibles en matière de contrôle

Le Parlement européen verrait ses droits légèrement renforcés, en particulier en matière d'information. Le projet de protocole prévoit que les rapports d'activité établis par l'ACC, le rapport annuel et le programme de travail établi par le conseil d'administration, ainsi que le plan financier quinquennal seraient communiqués au Parlement, de la même manière qu'au Conseil.

En outre, le Parlement européen pourrait procéder à des auditions de la présidence du Conseil de l'Union européenne ou de son représentant au sujet d'Europol, accompagné éventuellement de son directeur.

Rappelons que la version initiale de ce projet de protocole issue d'une initiative du Royaume du Danemark devait permettre également la comparution du directeur d'Europol, seul, devant le Parlement européen.

Les parlements nationaux , en revanche, ne sont plus concernés par ce protocole. La version initiale datée du 2 juillet 2002 autorisait la création d'une commission mixte composée de représentants du Parlement européen et des parlements nationaux. Il revenait au Parlement européen de prévoir ou non la création d'une telle commission chargée d'examiner les questions liées à Europol. Il s'agissait donc d'une simple possibilité. Cette commission pouvait procéder à la comparution de la présidence du Conseil ou de son représentant et du directeur d'Europol dans les mêmes conditions que le Parlement européen.

Toutefois, les négociations entre les représentants des Etats membres ont abouti à supprimer toute référence à l'idée d'une telle commission mixte.

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